TRAITE HISTORIQUE DES DIEUX
donc que quelque vérité ait précédé, qu’ils aient trouvé un fondement posé, sur lequel ils aient bâti leurs Actions.
D’ailleurs, je ne sais ce que vous pourriez légitimement conclure des fables de la tradition judaïque sur les opérations des démons. Est-ce que, parce qu’une vérité a été altérée par des fictions, on doit d’abord la rejeter? 11 n’y a aucun principe, aucune notion naturelle, qui puisse subir cet examen sans encourir condamnalion. Il n’y en a point qui n’ait été mal conçue, et dont on n’ait abusé; il n’y en aura donc point que l’on puisse légitimement admettre. Où nous précipiterions-nous, Monsieur?
Concluons donc en général que, quoique l’on ait erré en une infinilé de manières sur la doctrine des démons, qu’on les ait conçus comme des substances ou matérielles, ou spirituelles, ou mixtes; quoique les uns les aient placés dans les étoiles, les autres sur la terre, les autres dans le Tartare ; quoiqu’il y ait eu autant de seniiments que de (êtes sur leurs emplois et leurs opérations ; quoiqu’on leur ait donné des pieds et des queues de mulet avec des cornes de bouc ; quoiqu’on leur ait donné les noms de sylphes, de gnomes, de salamandres, tout cela prouvera tout au plus que l’on a mal conçu la nature et les opérations des démons, mais nullement qu’ri faille entièrement rejeter le fond de celte doctrine, à cause des fables que la superstition y a mêlées.
Au reste, j’entre dans l’examen de la seconde partie de votre objection, savoir si le terme de Salan a pu signifier originairement autre chose que ce que l’on entend vulgairement par celui de Diable . Ces deux réflexions suffiront pour résoudre Votre difficulté. La première, c’est que les Juifs ont entendu leur propre langue ; la seconde, c’est que les opérations des démons leur étant chose fort indifférente pour soutenir leurs innovations, et n’ayant nulle efficacité pour les convaincre de leurs erreurs, rien n’a pu les porter à altérer celle même doctrine des opérations des démons.
S’il était vrai, comme cela résulte des expositions de M. Bekker, toujours opposé à lui-même, qu’il n’y eût dans l’Ancien Testament aucun terme qui signifiât proprement, ou qui pût, selon le génie de la langue hébraïque et l’usage d’alors, signifier ces esprits que nous appelons Satan, diables, etc., les Juifs, qui ont des yeux pour le moins aussi pénétrants que nous dans l’intelligence de leur langue, eux qui doivent mieux entendre l’Ecriturç sainte que les autres ( Liv . i, pag. 369), auraient pris ces termes dans leur signification propre, en sorte que, par ce nom de Satanim, ils n’auraient pas entendu des Satans, des anges de destruction ou de mort [Pag. 198), mais seulement des adversaires, des hommes ennemis de Dieu et de sa vérité. Les sadducéens, par exemple, qui disaient qu’il n'y avait ni unge ni esprit ( Act . ixm, 8), auraient été bien fondés à accuser Saint Paul d’ignorance, de ce qu’il favorisait le sentiment des Pharisiens qui soutenaient