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PREMIÈRE PARTIE

DANS LAQUELLE ON RÉFUTE LES FAUSSES RAISONS SUPPOSÉES AUX PÈRES DE l 'ÉGLISE ET AUX ANCIENS CHRÉTIENS, ET OU L'ON RAPPORTE LES VÉRITABLES QUI LES ONT PER SUADÉS QUE LES ORACLES DES PAÏENS ÉTAIENT RENDUS PAR LES DÉMONS.

Chapitre premier. — Raisons qui ont dû détourner l’auteur de /'Histoire des oracles d’adopter le système de M. Van-Dale. Division de son ouvraqe et ce uu’il prétend y établir.

J’ai lu, Monsieur, votre Histoiredes oracles , dans laquelle vous avez donné l’abrégé du traité que M. Van-Dale a fait sur le même sujet. Cet auteur n’a pas été tout à fait content de la manière dont vous vous en êtes acquitté. Il s’est plaint autrefois (1) que veus aviez oublié des choses importantes , et qui pouvaient être plus décisives et moins ennuyeuses que d’autres que vous avez mises en oeuvre. Mais il a eu tort de se plaindre. Bien loin d’avoir diminué en rien la force de son ouvrage , vous l’avez rendu , sans contredit, beaucoup plus méthodique et plus agréable qu’il n’est. Vous en avez ôlé cette confusion extrême qui y règne partout, et qui désespère le lecteur le plus ardent et le plus attentif, qui se perd à tout moment dans un labyrinthe de digressions, de parenthèses et de citations inutiles, entassées les unes sur les autres. Les choses que vous en avez judicieusement retranchées, quoi qu’il en puisse dire, méritaient de l’être. Vous avez reconnu sans eine qu’elles étaient fausses et injurieuses la religion. Vous avez su que l’auteur que vous entrepreniez de copier était un médecin anabaptiste, incrédule de profession, et qui passe dans son parti même pour un homme qui a de mauvais sentiments, comme il s’en plaint dans un de ses ouvrages (2). D’ailleurs vous n’ignoriez pas combien tous les protestants, de quelque secte qu’ils soient, sont ennemis des miracles, et surtout de ce pouvoir merveilleux de chasser les démons, que l’Eglise catholiquea reçude Jésus-Christ, et qu’elle a exercé dans tcus les siècles d’une manière si éclatante. Vous savez l’intérêt qu’ils ont de s’en moquer, et de traiter tous

(1) Lettre de M. Van-Dale, écrite à un ami et insérée dans la République des lettres au mois de mai de l’année IG87.

(2) Dans l’épîire dédicatoire de son livre : De l'origine et du progrès de l'idolâtrie.

(3) Toute la théologie des païens, selon Eusèbe, était divisée en historique, philosophique et civile. L’historique contenait ce que les poètes, qui é(a:ent les premiers et les plus anciens théologiens des païens, av. dent raconté des dieux; la philosophique, ce que les philosophes eu avaient enseigné, en rectifiant, autant qu’ils avaient pu, les fables des poêles par des interprétations et des allégories. La civile comprenait ce que les lois avaient ordonné louchant le culte que l’on devait rendre aux dieux dans les villes et les provinces. Les païens laissaient la liberté de croire ce que l’on voulait des deux premières ; mais

ces effets surnaturels d’impostures et de fourberies.

Cela étant , je ne suis pas surpris que vous ayez beaucoup retranché du traité do M. Van-Dale; mais ce qui me surprend, c’est que vous en ayez adopté la plus grande partie, et employé toutes les raisons et tous les agréments de votre esprit pour faire valoir son sentiment et soutenir la hardiesse de son paradoxe. Souffrez, Monsieur, que j’entreprenne de le réfuter, et que, pour le faire avec plus de méthode, je me serve de votre ouvrage. Si je puis y répondre solidement, celui de votre auteur, qui est beaucoup moins capable de produire de mauvais effets , ne sera plus en état de nuire. Cependant , s’il est nécessaire de le réfuter lui-méme dans la langue qu’il parle , je ne refuserai point do le faire, et j’espère que je n’aurai pas beaucoup de peine à en venir à bout.

Vous divisez votre ouvrage en d ux parties. Dans la première vous vous efforcez de montrer que les oracles n’ont point été rendus par les démons; dans la seconde, qu’ils n’ont point cessé à la naissance de Jésus- Christ. Je tâcherai de répondre à l’une et â l’autre en peu de mots, et de bien établir 1er deux vérités contraires , que vous avez entrepris de renverser, et qui sont si importantes à la religion.

Chap. il. — Etat de la question. Préjugés en faveur du sentiment commun. Les Pères de l’Eglise accusés injustement d’étre peu exacts dans leurs raisonnements. On leur suppose de mauvaises raisons qu’ils n’ont point avancées.

Je commence par votre première dissertation, dans laquelle vous prétendez prouver que tous ces fameux oracles de l’antiquité, si respectés dans tout le paganisme (3) et si

pour la troisième, qui regardait particulièrement les oracles, ils ne pouvaient souffrir que l’on y donnât la moindre atteinte, parce qu’ils croyaient que tout y était manifestement surnaturel et divin, et que l’on ne pouvait en douter que par une témérité et une impiété punissables. Voici comme Eusèbe en parle : Krs.tpoç «v écn rô xpixo'J inc xov nctpo'jxo; Siù&eïV xoôxo Si iaxi rô xtzxà nohe; v.cà yoipocç trvveaxùs , ncd.cxixàn uùxoïç npoaci.gopeoop.i'JO'j. O xcd ptaXioxa npoç twv vâftwv SilxScxûxcu, oi ç «v nalacov ôaoô xat iricxpcov xcd xrj; twv Osoloyovpdvoiv Sv'jàuioiç avroOsv xr,v ùpexâv vnofutvov SuxxsO pv}l-oxut yoûv aùroî? ptavreta xat yprnrpcol , ôepctnücd xi xcd àxiastç na'Jxoioiv na.6ûv, incaxn'pzcç xî xuxù àirso Cio. Tilv Sn xod Siù mtpa; il^sî-i yàaxovr sç, eu [vicia. •Kiniixc/.ac'i itzvxovç xù. Gefec xipcôivxuç , xù. Slxcctœ rrpùxxacX'ripcùç Si ptyioxoc ùaiSti'j, tùç ouxoiç ipifaveïç xod e'Jtpyîxcxiç Svmueiç sv ov5-vt liyoi xtSsp.hoo;

souvent produits par les païens (1) comme une preuve manifeste de la divinité de leui fausse religion, n’ont été que des fourberies et des impostures grossières des prêtres des idoles qui abusaient de la crédulité des peuples, et que dans toutes les prédictions et les guérisons surprenantes que différents auteurs en ont rapportées, il n’y arien eu de surnaturel, c’est-à-dire rien qui doive être attribué au démon.

Vous soutenez ce sentiment, quoique vous reconnaissiez qu'il estenlièrement contraire, non-seulement à ce que les peuples idolâtres et la plupart des philosophes en ont cru, mais encore à ce que tous les Pères de l’Eglise, tous les auteurs ecclésiastiques et tous les chrétiens en ont pensé jusqu’à présent. Mais bien loin que cette opposition si générale vous effraye, vous vous en faites honneur, et vous témoignez dans votre préface (2) que vous seriez fâché qu’un autre eût enlevé à votre ouvrage la gloire de la nouveauté du paradoxe. C’est là un effet de ce courage dont vous parlez dans votre digression (3) sur les anciens- et sur les modernes, et qui vous porte , comme vous le dites, à vous exposer sans crainte, pour l’intérêt de la vérité, à la critique de tous les autres. Il faut en effet avoir bien du courage ppur s’opposer au senti ment de tout le monde, et encore plus pour attaquer, non pas quelques poètes ou quelques orateurs païens, mais tout ce qu’il y a de plus savant et de plus respectable dans toute l’antiquité chrétienne; et pour entreprendre de faire passer les Pères de l’Eglise pour des gens qui raisonnaient mal, et qui avançaient souvent bien des choses qu’ils ne pouvaient prouver par des raisons suffisantes. « Les avis, ditesvous, ne sont point partagés, tout le monde croit qu’il y a eu quelque chose de surnaturel dans les oracles. D’où vient cela? La raison en est facile à trouver pour le temps présent. On a cru, dans les premiers siècles du christianisme, que les oracles étaient rendus par ces démons. Il ne nous en faut pas davantage pour le croire aujourd’hui. Tout ce qu’ont dit les anciens, soitbon, soit mauvais, est sujet à être bien répété, et

(Zvzixpv; Tzxpxvop.ovvra;.... Tô ptèv ouv Trpûzov i.ozopiy.ôi) ov v.cà i iivOixôv zri; Ozoloyix; eïSo;, ôirri zi; /3oùXîzxt nor/jTÜv zcdéada)' ûcrnzp oùv v.xi tpikoab'fWJ to Seutspo-j. Six Tri; T t5v fiùôwv rpvaiYMzépx; xklriyopix; carriyys’kp.évov to âi zpizov, b r.ai -Kpo; tû-j àpybvzwv û; «v

TTXlXLVi) ÔfJ. OÙ Y. xi 7roXiTtzÔv, TtUÏ?T£OV T£ XXC <pu),«XT£ OV

sivxt YS'jop.oQéznzai, prize t i; noirizüv, facri, g-nzs fàocr bfwv xivdrw. Eusehius, 1. îv Prœp. Evcimj., cap. I.

(1) Minutius Félix in Octavio : « Inlende templis ac delubris deorum quibus Romana civilas et protegitur et ornatur : magis sunt augur.ta nmninibiis, incolis, præsenlibus, inquilinis, quant cultu insignia et muneribus opulenla. Inde adeo pleni et inixli Deo vates bitura præcerpunt, danlcautelam periculis, morbis niedelain, spem alflictis, opem miserîs, solalium calamitalibus, laboribuslevamentum : etiani perquietem deos videmus,audiinns,agnoscimus.» — C’est ainsi queCécilius, encore païen, produit les oracles comme une preuve sensible de sa religion ; Oclaviusy répond ensuite tort au long. Athénagore se propose dans son Apologie la même objection des païens par ces paroles :

| ce qu’ils n’ont pu eux-mêmes prouver par /, des raisons suffisantes, se prouve à présent par leur autorité seule. S’ils ont prévu cela, b ils ont bien fait de ne se pas donner toujours •v, la peine de raisonner si exactement. »

ÎJ Je vous avoue que je ne reconnais point ) dans ce discours ni un chrétien savant tel ; que vous êtes, qui doit, à cequ’ilmesemble, - connaître un peu mieux les Peres de l’Eglise, et avoir plus de respect pour leur autorité ; ni un zélé partisan des modernes, que vous élevez beaucoup au-dessus des anciens pour ce qui regarde la justesse et la précision du raisonnement, et que je vois néanmoins ici accusés fort universellement de répéter sans discernement les mauvaises choses que les anciens ont avancées sans preuve.

Mais examinons si cette accusation, qui enveloppe presque également les anciens et les modernes, est bien fondée. Voyons si les saints Pères n’ont pas eu des raisons suffisantes pour avancer que les démons étaient les auteurs des oracles du paganisme; et si les écrivains modernes qui les ont suivis dans ce sentiment ont eu tort de le faire : si c’est là une de ces mauvaises choses qu’ils ont apprises des anciens, etqu’ilsontrépétéesin considérément dans leurs ouvrages.

Il est vrai que si les trois raisons que vous produisez sous le nom des anciens chrétiens, et que vous réfutez ensuite, étaient véritablement celles qui les ont persuadés, il serait difficile de les excuser, et de ne pas convenir avec vous de leur peu d’exactitude dans leurs raisonnements. Mais je dois vous dire d’abord que ces raisons que vous leur attribuez ne sont point d’eux du tout, que nonseulement on ne les trouve point dans leurs ouvrages, mais encore que l’on y en trouve d’autres en grand nombre toutes différentes, et un peu meilleures que celles que vous leur prêtez. Souffrez que j’entreprenne de vous le faire voir, et qu’aprôs avoir rejeté ces mauvaises raisons que vous leur supposez, je vous produise celles qui les ont persuadés en effet, afin que vous jugiez si elles n’étaient pas suffisantes pour leur faire avancer que les oracles des païens étaient rendus par les démons.

Et7TO£T£ «V OUV <7UV£<7££ 7T«VT0C? V7r£p£/OVT£f « TtVl OUI»

).oyu £Vt« t£»v eiSuk cuv ivspyzl,si prt eicriOsoiif oc; iSpoo — jxsda tx xyxlpxzx ; où yxp ely.b; zà; xÿvyov; xxi «xtvvjtouç dxovaf, r.xO' èxvzà; iff^ù Etv y^pi; toü yivovvzo;.* Il y répond par les paroles qui suivent immediaiemenl, en avouant que l’on voyait en effet bien des effets merveilleux dans les temples à oracles, mais que l’on devait les attribuer non pas à Dieu , mais aux démons, ce qu’il prouve ensuite par plusieurs autorités et plusieurs raisons.

(2) Préface de /’ Histoire des oracles. « La seconde chose que j’ai à dire, c’est que l’on m’a averti que le révérend Père Thomassin avait enlevé à ce livre-ci l’honneur de la nouveauté du paradoxe... J’avoue que j’en ai été un peu fâché ; cependant je suis consolé par la lecture, t etc.

(3) Digression sur les anciens. « Je puis me vanter que c’est avoir du courage que de s’exposer, pour l’intérêt. de la vérité, à la critique de tous les autres, dont le nombre n’est, assurément pas méprisable. »

«on

Chap. im. — Première raison suppose'e aux anciens chrétiens :les histoires surprenantes touchant les démons et les oracles. Méprise de l'auteur au sujet des îles Ecliinades dont parle Plutarque. Les anciens chrétiens ri ont pu fonder leur sentiment sur les histoires rapportées par Cédrénus, Suidas et Nicéphore.

La première raison qui les a portés à embrasser ce sentiment, ce sont, dites-vous, les histoires surprenantes qui couraient sur le fait des oracles et des génies. Sur quoi vous citez I histoire fameuse rapportée par Plutarque (1) touchant le pilote Thamus et la mort du grand Pan qui lui fut annoncée , lorsqu’il naviguait vers de certaines lies , à ce que vous dites , de la mer Egée. Je pense que vous avez voulu dire, delà tnerlonienne, où tous les géographes (*i) anciens et modernes placent les îles dont parle Plutarque : savoir entre celles do Céphalonie et de Gorfou, vis-à-vis de l’Etolie, et par conséquent fort loin de la mer Egée. Mais celle petite méprise ne doit pas nous arrêter. Vous produisez ensuite un oracle que Suidas a rapporté , et qu’il prétend avoir été rendu à Thuüs (3), roi d’Egypte, par le faux dieu Sérapis. Suivent trois autres oracles que vous dites qu’Eusèbe a tirés des écrits de Porphyre, ce grand ennemi des chrétiens, quoique l’on ne trouve dans Eusèbe que le second (à) des trois que vous citez. Enfin vous

lois

ajoutez îa fameuse réponse rendue à Auguste par l’oracle de Delphes touchant l’enfant hébreu, et rapportée originairement p ir Cédrénus (Comp. llist.) et Suidas [In verb. Acgus- Tus)> et ensuite par Nicéphore (5). Voilà, selon vous ce qui a porté les saints Pères à croire que les démons se mêlaient des oracles.

Souffrez que jo vous demande d’abord comment i! est possible qu'Origène, Eusèbe, Terlullien, saint Cyprien, saint Athanase et les autres Pères de l’Eglise aient pris le sentiment qu’ils ont eu touchant les oracles des histoires rapportées par Suidas, Cédrénus etNicéphore? histoires dont ils n’ont jamais entendu parler ni dit un seul mot dans leurs ouvrages. Comment avez-vous pu oublier sitôt le desseinque vous vous êtes proposé dès l’entrée de votre première dissertation, qui est de rechercher les raisons pourquoi tous les premiers chrétiens ont cru que les oracles avaient quelque chose de surnaturel ? Des auteurs tels que ceux que vous citez ici peuvent-ils être mis au nombre des premiers chrétiens, ou produits comme de bons garants de ce que l’on a pensé près de mille ans avant eux ? Prenez la peine de relire le titre de votre premier chapitre; voici comme vous l’exprimez : Première raison pourquoi les anciens chrétiens ont cru que les oracles étaient rendus par les déliions: les histoires surprenantes qui couraient sur le fait des oracles et des génies. Et dans ce chapitre même vous rapportez des histoi—

REPONSE A L’ilïSTülRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE.

(!) Plutarch., de Defeclu orac., Turnebo interprète: « De dirnmnum porro obilu narraiionem quamtlam de Domine nec* stulto m e vanoaceepi. Nam Æmii ani rhetoris, ex quo nonuulli etiam veslrum hoc auilierunt, Epilherses fuit paler, mtmjceps meus grammaticæ professor. !s narrabat cum aliquamlo Ualiam cogitans navigium conscendisset quod non sol urn merciuin niagnain viui, sed vectorum etiam magnam lurbam lerret, sub vesperam ad Echinadas insulas penitus flamm siluisse , navique in salo Huitante et tandem ad l’axas delata, plurimis tum vigilaulibus, muhis etiam post cœnam compolaniibus , e Paxis repente vocem auditam < sse cujusdam Tliamtim inclamaniis. Eral autem Tliainus ÆgypTus gnbernator, inuliis qui in naw eranl nom ne ignotus. Dis igitur iuclamatum siluisse, leriium voeanti paruisse : ilium majori vocis contenlione imperasse, ut , cum ad Palodes pervec lus esset, Pana magnum mortuum esse nuntiarent. Hoc audito Epilherses consternatos omnes stupore dicebat. Cumque deliberarent quoi imperatum er.T faeiendum esset nec ne, bac de re sic Thamum censuisse : si (lotus spirsret , silenlio prætervehemlum esse , sin a ventis esset eo in loco quieset tranquillitas, quod audiverat esset prædicandum. Igitur ad Palodes perlatis,cum aura nulla esset nec unda , prospectaniem e puppi Thamum exclamasse ut audierai , Pana magnum esse mortinim : continuoqne cum vixdum iiniisset, secutum esse ingentem, non unius, sed mullorum gemitum admirntione mixliim : et quod mulii adfuissent , narrabat rei famain celerrime dissipalam esse Roime , Thamurnque a Tiberio Cæsare accersiium : liberium vero usque adeo buic rei (idem adjunxisse, ut quis ille l’an esset, interrogaret et quærerel. Doctos vero Domines q nos circa se frequentes babebat, censuisse Pana ilium esse qui ex Wcrcur o et Penelope natus esset. Atque hæc quidem Phdippus, quorumdain etiam qui aderant memoria attestante, qui de Æmthano sene se audjvisse dixerunl. t>

(2) Steph. Byzant., v°’E^rv«t. ’E^îv«t vfprotnepi rÿ-j Atr&Aiav, oéç ’ A.'/eiôto ; tujtk'j.0; rr pOG§c/X).& il\iv‘ )iyovrat z«i ’E^tvàScj. Piinius, I. iv, c. 12 : Ante Ætoliam Ecliinades. Idem ibid. : Ad Leucadiam Paxee dnœ, quinque mill. discrètes a Corcyra. Poinp. Mêla , 1. 11, cap. 7, de Mediterranei maris«insnlis : In lonio Proie, llyria, Cephalenia... in Epiro Ecliinades. Vide prælereaStrabonem 1.x, et inter recenliores Laurenbergium et Ceilarium.

(3) Suidas, v° Qovh;. npüza. Qtoç, pc-imiru Viyo,-,

vv.i crùv kvtqîç. 2ùp.c pvra recevra vmI Etc îv

tjvra, eu rcé/ror atwvtov. ’üxstri noai fixStÇs, dvrrrè, S.Sn- ).ûv Stavûwu

(4) Euseb., 1. v Prœp. Evang., cap. 10 : nuQtôvof §’ OÙ'/ ecrriv MU'ifôurxi IxIvj opyriv. vh5ï; 7 ip 5o).t^otcrtv àp.au/5W?tij« %povc tua Siêlnrat •Ar/toaç àptavreÙTOto aujWŸiç.

'Pc'Çarâ §’ wr e&oç £<TTt SsoVfOTrK Ôùu.ara $oi£tç.

(5) [Siceph., lib. i U ht. cap. 17, interprète Lnnqo : « Cæsar autem Anguslus quamplurimis præclare feiieiterque gestis rebus clams, primusque i|>se moi us relia renuntiatus, provectiore jam ætate ad oracu- Itnn Pythii Apollinis venit : et sacriticio omnium inaximo quod hécatombe dicitur, dtemoni obaio, qux'sivit, quisnam post eum Romanum admimsiralurus esset imperium. At cum nullum ederelur rcsponsum, altcrum quoque adjecitsacrificium, denuoque rogavit : Qwd ita oraculutn pluribus verbis uti solitum , nunc tandem oblicuissel? Tum il 1 ud parva intcrposiia tnora ad hune modum respondit :

Me puer Hebræus divos Deus ipse gubernans,

Cedere sede jubet, irisleaique redire sui> orcum.

Aris ergo dciiinc tacilus abscedito nostris.

Tali resp niso accepio,Cücsar Romani est reverses, atque ibi in Capitolio aram maximain exstruxit cum ejusuiodiiatina inscriptione ; Ara Primoqcniti Dei. p

res qui n’ont commencé à courir dans le monde que plusieurs siècles après ces anciens chrétiens dont vous prétendez parler. Comment l’entendez-vous ? Est-ce là cette justesse de raisonnement que vous vous attribuez au-dessus des anciens, en qualité de moderne , et qui devrait surtout paraître dans les écrits d’un homme qui fait sur ce sujet le procès aux Pères de l’Eglise, et qui les accuse d’avancer bien des choses sans en apporter des preuves suffisantes ? Ces histoires tirées de Suidas, de Cédrénus et de Nicéphore, vous ont-elles donc paru suffisantes pour prouver ce que vous avez avancé touchant les premiers chrétiens ?

Chap. iv. — Eusèbe n’a cité L'histoire de la mort du grand Pan que pour prouver, de l’aveu des païens mêmes, la cessation de leurs oracles. Qu’elle soit vraie ou fausse, Eusèbe a eu raison de la citer.

Pour ce qui regarde l’histoire de Thamus rapportée parPlutarque,il est vrai qu’Eusèbe l’a insérée dans son livre de la Préparation cvangelique. Mais pouvez-vous dire que c’est sur celte histoire qu’il s’appuie pour prouver que les oracles des Gentils étaient rendus par les démons ? Vous ne pouvez ignorer qu’il n’en produise d’autres raisons en grand nombre, dans le quatrième, le cinquième et le sixième livre de son ouvrage. Pour cette histoire, il ne s’en sert, comme on le voit par le titre même du chapitre (1) où il la rapporte, que pour montrer que les païens eux-mêmes avaient reconnu que la plupart de leurs oracles avaient cessé après la naissance de Jésus-Christ, et que, ne connaissant pas la véritable cause de cet événement extraordinaire, ils l’avaient attribué à la mort des démons ou des génies qu’ils croyaient présider à ces oracles. Que cette histoire fût vraie ou non , Eusèbe ne s’en mettait pas en peine. Peut-être ne la croyaitil pas plus que vous. Au moins il est bien certain qu’il ne croyait pas que les démons puissent mourir ; mais ce qu’il concluait de cette histoire, vraie ou fausse, était vrai et le sera toujours, quoi que vous en puissiez dire, qui est, l°que lespaïensreconnaissaient que la plupart de leurs oracles avaient déjà cessé alors; 2° que ces histoires qu’ils racontaient de la mort de leurs dieux ou de leurs démons, n’ayant commencé à se répandre parmi eux que sous l’empire de Tibère (2), dans le temps que le Sauveur du monde chassait ces malins esprits, il était facile de ret onnaitre à qui on devait attribuer le silence t/es oracles, et le renversement de l’empire quo les démons exerçaient autrefois dans tout le monde par leur moyen.

(1) Euseb., 1. v Preep. Evang. cap. 15, in fine, loquens de Porphyrio : vA-/ous oïa o aùrof tjvyypxyvjç friai nepi tou vÀkikoi-Ki'ju.1 aùr&Vv xx fZoùy.evx xpriaxiom. El slatim cap. l(i, in ipso tilulo: ïlepi xâ>v i-Az- Ao'totmv ypnaxnpioù'j syprtaev xùxà; 6 ’AttoXXmv. C’est dans ce chapitre qu’il commence à rapporter le témoignage de Plutarque touchant le silence des oracles, et l’histoire de la mort du grand Pan, qu’il continue dans le chapitre suivant.

Voilà uniquement pourquoi Eusèbe a rap.

porté cette histoire. Il s’en sert comme d’un argument fort propre pour convaincre les païens par le témoignage de leurs auteurs mêmes. C’est donc en vain que vous voulez la faire passer pour une fable, puisque, après tout, il sera toujours vrai et indubitable quo cette fable a eu cours parmi les païens, et que Plutarque l’a rapportée pour expliquer le silence des oracles. Cela suffit pour justifier la conduite d’Eusèbe, et faire voir qu’il a eu raison d’insérer celte fable ou cette histoire dans son ouvrage, comme il a fait en copiant cet endroit tout entier du livre de Plutarque.

Chap. v. — Des trois oracles que l’on dit qu’ Eusèbe a tirés de Porphyre , on n’en trouve qu’un dans ses ouvrages, cité à même fin que l’histoire du grand Pan. Eusèbe a eu d'autres raisons que celles qu’on lui attribue pour croire les démons auteurs des oracles.

Les oracles que le même Eusèbe rapporte de Porphyre paraissent, dites-vous, plus embarrassants. J’ai déjà pris la liberté de vous avertir que des trois que vous citez, on ne trouve dans Eusèbe que le second, qu’il produit, avec un autre que vous ne citez pas, dans le même dessein que l'histoire de Plutarque, c’est-à-dire pour prouver aux païens que la plupart de leurs oracles avaient cessé, de l’aveu même de leurs plus fameuxauteurs. Voilà ce qu’il prétendait, et c’est aussi ce que celte histoire de Plutarque et les oracles de Porphyre qu’Eusèbe rapporte prouvent parfaitement bien.

Mais prouvent-ils également bien ce que vous prétendez prouver en les rapportant ? Est-ce une conséquence bien sûre, que puisqu’Eusèbe a produit ces histoires, c’est sur leur autorité qu’il a cru que les oracles étaient rendus par les démons ? Pour reconnaître la fausseté d’une telle conséquence, il n’y a qu’a faire réflexion qu’Eusèbe dans tout son ouvrage fait profession de combattre les païens. Or qu’y a-t-il de plus ordinaire que de combattre un adversaire par des autorités et des raisons que l’on juge les plus propres pour le convaincre de quelque vérité, quoique ce ne soient pas ces mêmes autorités et ces mêmes raisons , mais d’autres très-différentes, qui nous en ont convaincus nous-mêmes ? N’esl-on pas surtout obligé nécessairement d’en agir ainsi, lorsque ceux que l’on entreprend de convaincre reconnaissent une autorité et des principes tout différents des nôtres ? et n’esl-re point là précisément le cas où se Louve Eusèbe ? Agissant contre les païens, pouvait-il leur ci-

(2) Euseb., ibid., cap. 17, post relaiam ex Plularcho hisioriain de Thamno, ut eum appellat : Too-aüxx à nïo'jxupyoç’ 'ETuxrip-baxi 5i xZiov xàv xxicàj êv «S

cpïj<7l TQV Sa VKTOV ytyOVZVXl TOU SxLU OVOf ClVXOç 3è iv ô y. xxx Tioépiov, xaS’ ôv 6 ■hp.ixepoç Suxrip xx; t7Ùv àvS pi>tzoiç 7cot.ovp.£Voç §ixrpi.6xç , tzxv yzv oç 5a.tu.6v cov ÈÇsXaûvzlv toû tcüv àv0pcÔ7ra)v àvxyéypouvxxi fiiov wore rjS/} x iv as x £>v Sxtp tovwv yovvrzxzïv «ùrov y.xi Ixzxzvsiv jur) t<u 7tê pipivovxt aùroùf xxpxxprp 7rao«5oûv«c.

i0i 2 * * 5* REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE. 1022

ter l’autorité de l’Ecriture sainte, qu’ils ne reconnaissaient pas, quoique pour lui il la reconnût, comme tous les chrétiens, pour la règle de ses sentiments ? Et quand les autres SS. Pères (1) ont entrepris de prouver aux païens l’unité et la providence de Dieu, l’immortalité de l’âme , les récompenses et les châtiments de l’autre vie , ne se sont-ils pas servis comme lui du témoignage de leurs auteurs, de leurs poëtes et de leurs philosophes? Peut-on néanmoins conclure de là que c’est sur l’autorité de ces poëtes et de ces philosophes, et non sur celle de l’Ecriture sainte, qu’ils ont cru toutes ces vérités ? Ainsi donc, quoique Eusèbe ait produit contre les païens les oracles de Porphyre et les histoires de Plutarque, vous ne pouvez point en conclure, comme vous faites, que c’est sur de pareilles autorités qu’il a cru que les oracles étaient rendus par les démons.

Ce que j’ai dit jusqu’à présent prouve, à ce qu’il me semble, assez clairement, que vous avez eu tort d’avancer que la première raison qu’ont eue les anciens chrétiens pour croire les démons auteurs des oracles , ce sont les histoires surprenantes qui couraient sur le fait des oracles et des génies. Je pourrais donc passer à l’examen de la seconde, que vous leur attribuez avec aussi peu de justice ; mais comme, à propos d’Eusèbe et des oracles qu’il rapporte de Porphyre, vous faites tous vos efforts pour rendre suspect le livre de ce philosophe, et la bonne foi des premiers chrétiens que vous soupçonnez de l’avoir supposé , souffrez qu’avant que d’aller plus loin j’examine la solidité de vos raisonnements et de vos conjectures sur ce sujet.

Chap. vi. — Fausseté des conjectures produites par l'historien pour rendre suspect le livre de Porphyre de la Philosophie des oracles. Dessein de ce livre de Porphyre et les matières qu'il y traite. Pourquoi il en attribue lu cause au défaut des exhalaisons.

Porphyre, dites-vous, n'était pas assez malhabile homme pour fournir des armes contre le paganisme , sans y être engagé par la suite de quelque raisonnement, et c'est ce qui ne paraît pas ici. C'est Porphyre , conlinuezvous, qui prend plaisir à ruiner sa religion et à établir la nôtre. En vérité cela est suspect de soi-même. Non, Monsieur, Porphyre ue prétendait pas, dans le livre d’où Eusèbe

(1) Juslinus, I. de Monarclna Dei, et in P arien, aa Grœcos ; Clemens Alexandr. , Protrept. eut Gentes ; Theodoret. , de Affect. Grœcorum curandis ; Lactânt* etc*

(2) Euseb., 1. îv Prœp. evang., c. G, sub fincm, loquens de Porphyrio : Oùrof t oiyupovv ëv ot? ènéypuÿs 7 zepi zrjç èx loyitev yù.ouoyiuç, ovvuycaynv ë7rotr)aa.io /pwMGÔv toû ts ’At :ol\o)'JOç xui twv lomtûv 8sûv

T£ XUI ÙyuOüv §Ulp.QV COV oùç XUI p.uktGZU Exls^âpsvoç

a\i rü r.yriGuzo txavoù? eivue £ij ts UTzoSec^tv zàç twv ôstùoyov/jtsvtov ùpszÿç, îïç ts nporpwàv Tri?, tn; c/.uup mAov ovof/.«Çstv, Ôsoitoi piaf.

(5) Porphyr., npud Ëusebium,l. îv Prœp. evang., cap. 7 : "Eçsi Ss v? r.upwQu. G'j-juyu>yà noXkûv ps v twv

a tiré les oracles qu'il rapporte, ruiner sa religion et établir la nôtre ; il est évident au contraire qu’il travaillait de toutes ses forces à soutenir la sienne et à renverser la nôtre, et qu’il s’y prenait d’une manière très-capable de faire impression sur l’esprit des païens. Pour en être convaincu, il ne faut que lire ce qui nous reste de son ouvrage dans Eusèbe (Prœp. Evang. lib. îv, cap. G et 7 ) et dans saint Augustin ( De Civit. Dei, lib. xix, cap. 23). On voit qu’il tend presque également à ces deux fins. 11 soutient le paganisme , en montrant que les dieux par leurs oracles en ont confirmé tous les dogmes et toutes les superstitions. Il s’efforce de ruiner le christianisme, en faisant voir que les mêmes dieux le condamnent dans leurs oracles et n’en parlent que comme d’un égarement pitoyable. Son livre avait pour titre : De la philosophie par les oraclesfô). Au reste, celte philosophie dont il prétend parler, c’est particulièrement la magie, ou, pour lui donner avec lui un nom moins odieux, la théurgie qui enseigne de quelle manière il faut préparer et purifier l’âme pour la rendre capable de converser familièrement avec les dénions. Voici comme il expose lui-même le sujet et le but de son ouvrage. « Ce recueil, dit-il (3), comprendra un grand nombre de dogmes de philosophie, de la vérité desquels les dieux mêmes nous ont assurés parleurs oracles. Nous parlerons aussi de la manière de les consulter (c’està-dire de la théurgie), parce que cette sorte de connaissance sert beaucoup à la contemplation et à l’entière purgation de l’âme. Pour ce qui regarde l’utilité de cet ouvrage, ceux là particulièrement la connaîtront, qui, dans la passion qu’ils ont eue de découvrir la vérité, ont souhaité quelquefois de jouir de la présence et de l’entretien des dieux, afin d’être délivrés de tous leurs doutes par des maîtres si sûrs et si dignes de créance. » Il conjure ensuite (4) celui à qui il envoio son livre de le tenir fort secret, et de n’en pas permelire la lecture indifféremment à tout le monde.

Pour remplir le dessein qu’il s’y propose, il rapporte un grand nombre d’oracles qui enseignent et qui autorisent toutes les superstitions du paganisme et de la magie, et plusieurs aussi qui condamnent le christianisme et qui blasphèment contre Jésus- Christ même , comme entre autres celui que saint Augustin rapporte (5) au commence-

xuzù ydoaoyiuv boypùzai'j ùnuypuyô'J, oiç oi Osoi zulrt- Qiç zyj. iv êdêamauv" stt' o\iyov iïs xui znç ypYiGznxr,; Uiop. cOu Tlpuyp.UZS.iuS, mtç 7T pOÇ T£ Tï]V^0£&>f tav OV>J!7£t xui tvjv ô')i xùQupaiv toû ftiov. 'hiv ô’ i-yu dy^sleiuv « cu'juybiyn, p.u).t(rzu slGcntzui oGouzzp t tîv ui.YiOziuv wSt- VaVTSJ, Yill^UVZO 7TOT£ Z'ÔS SX- 0£ÜV £TU'fUV£LUS Tuy^ovrcç, àviîTKUO-lV ).u6üv Tïjf ùnopius, §tà T«V TWV jeyàmarj

«ÇlG7rtC7TOV SlSutTX.uhtUV.

(4) Idem, ibid., cap. 8 : Së, UTzîp Tt, xui zuvzu

7T££/3W p-à Sï7f/00-l£U£iV , pr,8' c/.ypsi xui TWV PeGriïwj pt7TT£tv uù-ù evtxu h xepSoxiç. • . Etpauto post : Tuî/zù poi ùs ùppizui) zù ùpp-nzozepu. xpvnzscj.

(5) August., 1. xix de Civil. Dei, cap. 25 : « Nam in libris quos Ilsft zàç ix. ïoyiu'j yàwoyiuç appellat,

ment du chapitre 22 du livre xix de la Cité de Dieu. 11 les accompagne de ses réflexions, dans lesquelles on le voit soutenir jusqu'au bout son caractère, qui est celui d’un homme entêté de l'idolâtrie et de la magie , et en même temps furieusement emporté contre le christianisme.

Du nombre de ces oracles que Porphyre rapporte en faveur de l’idolâtrie et de son art diabolique de théurgie , sont ceux qu’Eusèbenous a conservés (Prœp. Evang., lib. iv, cap. 9; lib. v, cap. 8-12 et seg.), et qui enseignent quelle sotie de sacrifices il faut faire aux dieux célestes, terrestres et infernaux ; de quelles figures et de quels caractères il faut se servir pour les évoquer et les obliger de répondre, même malgré eus.

Mais la plupart do ces prétendues divinités, qui étaient de véritables démons, ne répondaient déjà plus de son temps, dans ces fameux oracles qui portaient leur nom. Gomme Porphyre ne pouvait pas nier un fait aussi évident que celui-là, il lui était aussi trèsimportant d’enlever aux chrétiens, s’il était possible, l’argument qu’ils en tiraient contre le paganisme. Que fait-il pour cela? Il rapporte deux oracles (1) qui attribuent ce silence à la longueur du temps qui avait dissipé les vapeurs et les exhalaisons qui causaient la fureur et l’enthousiasme prophétique. Eusèbe, sans se mettre en peine de réfuter cette mauvaise raison, se contente de l’aveu d’Apollon et de Porphyre touchant le silence des oracles, parce que cela lui suffisait et au’il n’en demandait pas davantage.

Je vous prie, Monsieur, de me dire ce qu’il y a de suspect en tout cela, et qui puisse faire naître la pensée que quelque chrétien pourrait bien avoir supposé ces oracles en faveur du christianisme, comme vous voulez nous le faire croire. N’était-il pas naturel que Porphyre, dans un livre où il rapportait tant d’oracles en faveur du paganisme et contre le christianisme, parlât du silence où ces oracles étaient réduits pour la plupart : silence si préjudiciable au premier et si avantageux au second? Lui et les auteurs des oracles, quels qu’iis pussent

in quibus exsequitur atque conscribit rerum ad philosophiam pertinentium, velut divina responsa, ut ipsa verba ejus quemadmodum ex lingua Græca in Lalinam interprelala sunt ponam. Interroganti, inquit, quem Deum placando revoeare possit uxoïem suam a Clirislianismo , bæc ait versihus Apollo. Deimle verba velut Apollinis ista sunt : Forte mugis poteris in aqua impressis litteris scribere, aut inflans pennas leves per aéra ut avis volare, quant semel pollniæ rcvoces impiæ uxoris sensum. Pergat qnoniodo volt inanibus fallaciis perseverans, et lamentationibus faUacissimis inorlumn deum cantans, quem judicibus recta ser.tienlibus perdilum, pessima in speciosis ferro juncla mors interfecit. Deinde post bos versus Apollinis, qui non stante métro Latine inlerpreiati sunt, subjunxit atque ait : lu bis qaidem lergiversationem irremediabilis sententiæ eorum manitestavit dicens, quoniam Judæi suscipiunl Deum magis quam isti. »

(1) Euseb., 1. v Vrxp. Evaug., cap. 16 :

être, pouvaient-ils apporter une raison plus spécieuse et qui couvrît mieux leur honte ? Plutarque (2) ne s’en sert-il pas pour expliquer ce silence si extraordinaire dont il ignorait la véritable cause? D’ailleurs, qu’y avait-il qui entrât mieux dans le dessein du livre de Porphyre? Voulant enseigner l’art d’évoquer les démons pour s’élever par leur assistance aux plus sublimes connaissances, pouvait-il se dispenser , entre les autres moyens qu’il en donne, de parler des exhalaisons de certains endroits de la terrp, que les philosophes de ce temps-là (Jamblic., I. de Myst.,sect. iii, c. 11) croyaient contribuer beaucoup à attirer ces démons qu’ils appelaient leurs dieux, et à les faire entrer dans le corps de ceux qui recevaient ces exhalaisons en eux-mêmes?

Cuap. vii. — Les anciens fidèles accusés d’a voir supposé des livres en faveur de la religion. Réfutation de celte accusation injuste. Les Pères de l'Eglise étaient zélés contre les suppositions , et habiles d les reconnaître. Le livre de la Philosophie par les oracles est incontestablement de Porphyre.

Je sais que, pour faire valoir vos soupçons et disposer adroitement vos lecteurs à y entrer, vous vous répandez en des accusations vagues contre les premiers chrétiens, que vous voulez faire passer, ainsi que les prêtres des idoles, pour des fourbes et des imposteurs, qui , pour favoriser le christianisme, n’ont point fait de difficulté de supposer quaniité de livres. C’est là un artifice ordinaire à ceux qui se trouvent embarrassés de l’autorité des Pères et des anciens auteurs, qui sont opposés à la nouveauté des sentiments qu’ils veulent introduire. Manquant de bonnes raisons pour résoudre les difficultés que l’on peut leur former de ce côté-là , et dont ils sentent toute la force, ils les tranchent tout d’un coup à la faveur de ces suppositions et de ces falsifications prétendues.

H me semble néanmoins que vous devriez être un peu plus réservé à former de pareilles accusations contre les premiers fidè-

’Afxyt ds cot IldSw K lapiwre pavTevpçra ioiSov (sic) Aù§ï5t a fùzi; ripezipn OspiruSecnv ofiycûç.

Mupia pèv 7a Los f iOTTÂïa Oéaxsïa vutw ’ESidcGïj, r.nyavze x.ai aa6pa.ro. StvKjevra.

Kai zà y.è'J à\p ^dovioicnv virai y.ohrocaiv eSsmo Aù-ij 7a ta yavovera • rà S’ «Xsffî pvfioç «twv.

Moûvtu 0 ’lle/i'f) fa.ecnp.Sf.6TM eitréz eacrvJ ’Ev AtSû/jtwv yvakoiç Muxeù&ov IvSsov i Scop , ïlvdû'joç T àvà itiÇa.v virai napvàmnov attrof ,

Kai y.oa'jan KÏapin , zpriyjj arôpa foiSâSoç opfnç.

NtaateOfft §s XP^V

ndGwvo? 5’ ovk so-Ttv, ut supra, col. 1018, not. i.

(2) Plutarcb. lib. de Defectu orac. : Tavxa Sn irepi pavzcyûv irvevptxzcjv Simorizéov , wç ovr. iyovnov k'Smv ovaê àjnpoi tïjv SrjapiV, àlV vTcoY.eipévriv uezaSolaîç. Kai yàp opSpov; vTrepSàllo'Jxaç elxôç èazi xaz ocffêevvvvai xai y.epavvüv èpirecjovTMV $iafopeïaüai , fiàhava Sè tü? 7*]? virà Gtiàov ye-jopêvn; xai lapêavo vtrvi; tÇri^tara y.ai trvyyyzi-J, iv fiiêei g.-OicrzazOai xà; àvaSdf nàvuç. » rvflovg 9«£ t%,.

REPONSE A L'HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE F0NTENELLE

les, dont l'éminente vertu et l’horreur qu’ils avaient du mensonge et ue la fourberie (1), surtout en matière de religion, devrait, ce semble, les mettre à couvert. D’autant plus <| ue vous ne produisez point d’autres preuves de votre accusation contre eus que les livres de Mercure Trismégistô et des Si belles, comme si ce que les Pères de l’Eglise en ont cité était indubitablement supposé et reconnu pour tel par tous les savants, ce qui n’est pas assurément. Et quand il ie serait, il faudrait de plus nous convaincre que ces suppositions viennent plutôt des fidèles que de quelques Juifs hellénistes ou des hérétiques des premiers siècles.

Ce sont ccs derniers que vous avez raison d’accuser de ces sortes de fourberies. Us en ont fait une infinité pour soutenir ou pour répandre leurs erreurs. Aussi les Pères de l’Eglise n’onl pas manqué de les découvrir et d’en faire connaître la fausseté, comme, entre autres , Grigène (2) et saint Epiphane (3). Par ià ils ont fait voir qu’ils n’étaient pas gens à se laisser tromper si facilement que vous le prétendez, ni disposés à souffrir que cens, qui leur élaient soumis entreprissent d’en imposer à d’autres, quelque bonne intention qu’ils pussent avoir d’ailleurs. Vous savez l’histoire de ce prêtre d’Asie dont Tertullien (k) et saint Jérôme (o) font mention, qui, ayant voulu , pour faire honneur à saint Paul, débiter ses pieuses imaginations louchant les voyages de cet apôtre et de sainte Thècie, en fut sévèrement puni par une dégradation honteuse, à laquelle il fut condamné. Ce qui

(1) Les anciens fidèles n’auraient pas voulu dire nn seul mensonge pour se garantir des plus cruels supplices et de la mort même. C’est la protestation qu’ils font parla bouche de saint Justin Martyr : Où fiov'Xôp.eSx ÿevSoloyoôvnç' : Vivere nolurnus mendaciier quidquam loquenies. Justin., Apol. ii, ad Anloninum Pium. Celle femme chrétienne dont saint Jérôme a fait l’éloge, fit à peu près la même protestation, sur le point d’avoir la tête coupée pour le crime d’adulière dont elle avait été injustement accusée. * Tu, inquit, lestiscs, Domine Jesu, cui oeculluin niiiil est, qui es scruta lor renum et cordis, non ideome negare velle ne perearn ;sed ideo menliri nolle nepeccem. » Ilieronym., de Muliere septiesicta. Un peut ajouter ici ce que saint Augustin rapporte de l’évêque Firmus : « Fecit hoc episcopus quondam Tagastensis Ecclesiæ, Firmus noinine, lirmior voluntale. Nam cuin ab eo quæreretur horno jussu imperaloris perapparitores ab eo missos, quem ad se confugientem , diligenlia qu3nia poierat, occultabat ; respondit quserentibus : nec memiri se pnsse nec prodere. Passusque milita tormenta corporis, noudum enim eraut imperatores Christiani, permansit in seiilentia. t Augusl., I. deMend., ad Consent.

(2) Origenes , hom. 7, in Lucam : « Ecclesia quatuor liabet Evangelia ; hæresis plunma, e quibus quoddain scribitur secundum Ægyptios, aliud juxta duodecim apostolos. Ausus fuit et Basilides scribere Evangelium et suo illud nomine titulare... Scioquoddam Evangelium quoi! appellatur secundum Thomam et juxta Matthium et alia plura legimus, ne quod ignorare viderenuir, propter eos qui se putanl aliquid scire si isla cognoverint. Sed in bis nihil aliud probarnus nisi quod Ecclesia. »

(3) Epipbaniits. bæresi 26, «jus est Gnosiicorum,

fait voir combien , dès les premiers temps de l’Eglise, les évêques ont été éclairés pour reconnaître ces sortes de suppositions, et exacts à les rejeler. Iis Ont pu dire tous avec vérité ce que saint Scrapion, évêque d’Antioche, répondit aux fidèles de la ville de Rhosse en Cilicie : « Nous avons assez de lumières et de discernement pour dislinguer les ouyrages supposés, cl pour reconnaîtra qu’ils ne sont pas autorisés par la irariition ( Apud Euseb ., Bist . I. vi, cap. 12). » 11 s’agissait d’un Evangile attribué àVapôre saint Pierre, que quelques-uns croyaient légitime, et dont saint Sérapion reconnut d’abord la supposition.

Mais pour revenir à Porphyre, je ne crois pas que vous puissiez jamais réussir dans le dessein que vous avez de faire passer son livre de la Philosophie par les oracles pour supposé. Il est autorisé par de trop bons témoins et de trop bonnes preuves. Car, sans parler de Théodore! (Lib. de Grcec. Affect., serm. de Orac.), de saint Augustin (Lib. xtx de Civil., cap. 23) et de Julius Firmicus (6) qui le citent et en produisent des extraits ; Eusèbe, qui vivait et qui écrivait (7) à peu près en même temps que ce philosophe, était trop bien instruit de tous les ouvrages qu’il avait composés, pour se tromper sur celui dont il s’agit, et trop habile pour appuyer une bonne partie de sa Préparation évangélique sur un livre qui n’aurait pas clé incontestablement de celui à qui il l’attribue, et qui était si connu et si fameux alors. D’ailleurs, le sophiste Eunapius (8), qui ne peut pas vous être suspect,

et bæresi 30, quæ est Ebionitarum.

(4) Tertul., I de Bapiismo : « Quod si quæ Paulo perperam ascripta sunt, ad iicenliam muliorurn Jocendi linguendique défendant ; sciant in Asia presbyterum qui eam scripiuiain conslruxit, quasi tilulo Pauli de suo cumulons, convieium aiqueconfe»8um id se atnore Pauli feusse, loco decessisse. »

(5) Ilieronym., i. de Script. Ecoles., ub\ de sancui Luca : « Igilur ireptoSovz Pauli et Theclæ et totain bapiizati leonis tabulai» inter apocryplias scripiuras computainus. Quale enim est ut individuus cornes Aposloii, inter cætcras ejus res, hoc solum ignoraverit? Sed et Tertullianus vicinus eorunt lemporuin, refert presbylerum quemdam in Asia ernovêxaTijy aposloii Pauli , convieium apud Joannem quod auctor esset libri, et conlessum se hoc Pauli amore fccisse, et ob id excidisse. »

(G) Julius Firmicus Maternas, 1. de Errore profan. Belig., cap. 34: « In libris enim quos appellat ne pi tô; svïoyiwv fùoiroÿU'.ç (corrige ixloyiuv) majestalem ejus (Serapidis) prædicans, de intii miiate confessas est. In primis enim lil.rorum pariibus, id est in ipsis auspiciis posilus dixit : Scrapis vocatns et in ira corpus hominis collocalus lu lia respondit. »

(7) lîieron., 1. de Script. Ecoles., ubi rie Eusebio :

< lu Isaiant libri decein et contra Porphyrium qui eodem temiiore scribebai in Sæilia, ut ijuidam pillant, libri trigmta, de quibus ad me vigimi laniutn pervenerunl. »

(S) Eunapius in Vila Porpliyrii de ejus libris loquens, ail, interprète H dnano Junio, cujus versio sola ad nianutn est : < Nam philosophie? et quæ in scientiis tradidil caplurn humanum superant, majoraqtiesunl quant ut suis ea verbis eiiumiare possil. j — Eunapius dit que ce que Porphyre enseigne dans

pt qui a vécu peu de temps après Porphyre qu’il connaissait parfaitement, parle de cet ouvrage, quoique d’une manière un peu enveloppée, dans la Vie de ce philosophe. EnGn le style de cet auteur, son entêtement pour le paganisme, sa haine contre la religion chrétienne, qui paraissent clairement dans cet ouvrage, et les matières de théurgic et de magie qu’il y traite, le font reconnaître trop évidemment pour craindre que vos soupçons, qui ne sontfondés que sur des imaginations, puissent jamais faire impression sur personne.

Gu ap. vm. — On examine si Porphyre a rapporté des oracles sur la résurrection et sur l’ascension de Jésus-Christ. Réfutation de cette imagination ridicule. Sentiment de saint Augustin sur ce sujet , bien différent de celui de M. de Fonlenelle.

Mais , ajoutez-vous, on nous rapporte de Porphyre je ne sais combien d’autres oracles très-clairs et très-positifs sur la personne de Jésus-Christ, sur su résurrection, sur son ascension. Enfin, le plus entêté et le plus habile des païens nous accable de preuves du christianisme. Je ne sais , Monsieur , où vous avez lu ces oracles si clairs et si positifs sur ces mystères de la vie du Sauveur du inonde : si je ne me trompe, vous voulez désigner ceux qu’Eusèbe rapporte de l’ouvrage de Porphyre, au livre troisième de sa Démonstration évangélique, pour montrer, par le témoignage des païens mêmes, que Notre-Seigneur n’était pas un imposteur et un magicien, comme quelques-uns d’entre eux osaient l’avancer. Voici les paroles de Porphyre traduites mot à mot, qui feront voir clairement combien vous vous êtes trompé en cette occasion : « Ce que nous allons ajouter, ditee philosophe, paraîtra peutêtre surprenant à plusieurs. C’est que les dieux ont dit dans leurs oracles que le Christ avait été un homme très-religieux et

ses livres de la Philosophie surpasse les forces de l’esprit humain, parce que ce philosophe y traite de la nature des dieux et des démons, de leurs qualités et de leurs opérations, de la manière de les évoquer et de les obliger de répondre; enfin de plusieurs dogmes et de plusieurs pratiques de sa philosophie théurgique, telles, dit-il lui-même, que les dieux les ont enseignées par leurs oracles : 'ûj ot Osoi t «InOèt é'^etv è^éamaK-j. F.unapius ajoute que ces matières 6ont si élevées, que Porphyre n’a osé entreprendre d’y mêler ses paroles. C’est que Porphyre fuit profession dans ce livre de ne rien dire de lui-même, mais de rapporter religieusement les propres termes des oracles, sans y rien ajouter ni diminuer.

(I) August., 1. xix de Civil., cap. 23: « Diciteliam bona philosophus iste de Christo, quasi obiitus illius, de qua paulo ante locuti sumus, conlumeliæ suæ : ant quasi in somnis dii ejus maledixerint Christo, et evigilanies eum bonum esse cognoverint, digneque laudaverinl. Denique lauquam mira bïle aliquid alque incredibile prolaturus : Præter opinionem, inquit, profecto quibusdam videalur esse quod dicturi sumus. Chrislumenim dii piissimum pronuntiaverunt etimmortalem factum, et cuin bona prædicatione ejus meminerunt. Chrislianos autem pollutos, iuquit, et coutaminaios, et errure implicatos esse dicum, et

qu’il avait été fait immortel. Us en parlent avec éloge... Ainsi, ayant été interrogé s’il était Dieu, l’oracle répondit : Tout homme sage sait que l ame étant immortelle, subsiste après le corps. Au reste l’âme de cet homme est très-distinguée par sa piété. L’oracle dit donc, continue Porphyre, que le Christ avait été fort pieux, et que son âme avait été, comme celle des autres, rendue immortelle après sa mort, et que c’était elle que les chrétiens ignoranls adoraient. Ensuite l’oracle, élant interrogé pourquoi on l’avail fait mourir, répondit : Le corps est toujours exposé à quelques tourments, mais l’âme des gens de bien va dans le ciel. Après quoi ( c’est Eusèbe qui parle ici ) Porphyre ajoute: C’était donc un homme pieux, et il a été élevé dans le ciel, ainsi que les hommes pieux. Vous ne parlerez donc pas mal de lui, mais vous aurez pitié de la folie des hommes... ( Àpud Euseb., lib. m üemonst.

Evang., sub fin.). » Voilà ce qu’Eusèbe rapporte de Porphyre, pour montrer aux païens que le Sauveur du monde n’était pas un imposteur, puisque les oracles mêmes avouaient qu’il était homme de bien, et que son âme, comme celles des autres gens de bien, avait été reçue dans le ciel. Ce sont sans doute ces dernières paroles qui vous ont fait dira qu’Eusèbe rapportait de Porphyre je ne sais combien d’oracles très-clairs et très-positifs sur la personne de Jésus-Christ, sur sa résurrection et sur son ascension. Voyez â présent si vous avez eu raison de l’avancer. Il est vrai qu’Eusèbe a retranché plusieurs choses de ce passage de Porphyre , parce qu’elles ne servaient de rien à son sujet ; mais saint Augustin le rapporte plus au long, et nous fait encore mieux connaître par là le véritable sens des oracles dont il s’agit, et combien vous vous êtes trompé dans celui que vous leur avez donné. Voici ses paroles (1) : « Ce philosophe dit aussi du bien de Jésus- Christ, comme s’il avait oublié les termes

mullis talibus adversus eos blasphemiis utuntur. Deinde subjicit veluldeorum oraculablasphemantimn Christianos. Et post hæc : De Christo autem, inquit, intcrroganlibus si est Deus, ait ilecate : Quoniam quidem immorlalis anima post corpus ut incedit nosii ; asapientia autem. abscissa semper errât. Viri pietale præstanlissimi est ilia anima, hanc colunt aliéna a se venta te. Deinde post verba ejus quasi oraculi sua ipse contexens : Piissimum igitur virum, inquit, eum dixit, et ejus animam sicut et aliorum piorum, post ohitum iminortalitat-sdonatam ; et hanc colere Christianos errantes. Interrogansibus autem, inquit, cur ergo damnatus est, oraculo respondit dea : Corpus quidem debilitanlibus tormentis semper oppositum est : anima autem piorum cœlesti sedi insidet. Ilia vero anima aliis animabus fataliter dédit, quibus lata non annuerunt deorum obtinere dona, neque liabere Jovis immorlalis agnilionem, errore implieari. Propterea ergo diis exosi, quia quibus fato non fuit nasse Deum, nec dona a diis accipere, bis fataliter dédit iste errore implieari. Ipse vero plus et in cœlum sicut pii concessit. Itaque hune quidem non blasphemabis, miraberis autem hominum dementiam, ex eo in eis facile præcepsque pericubtm.

REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENFLLE

outragcux que nous venons de rapporter; ou comme si les dieux n’avaient ma! p irlé de lui que lorsqu’ils étaient endormis, et que, ie connaissant mieux à leur réveil , ils lui eussent donné les louanges qu’il mérite. Car comme s’il allait proposer quelque chose de merveilleux et d’incroyable : Quelques-uns, dit-il, seront sans doute surpris de ce que nous allons dire : c’est qne les dieux ont déclaré que le Christ était un homme de bien et qu’il a été fait immortel, et ils ont parlé honorablement de lui. Mais pour ce qui est des chrétiens, continue-t-il , les dieux assurent que ce sont des gens souillés de crimes et engagés dans l’erreur, et ils les chargent encore de plusieurs autres injures semblables. Ensuite (c’est saint Augustin qui parle) Porphyre rapporte les oracles des dieux qui sont remplis de termes outrageux contre les chrétiens. Après quoi, pour ce qui regarde le Christ, dit-il, Hécate répondit à ceux qui l’interrogeaient s’il était Dieu : Vous savez que l’âme étant immortelle subsisle après le corps ; mais lorsqu’elle s’est éloignée de la sagesse, elle erre toujours. Celle dont vous parlez est l’âme d’un Irès-liommc de bien, mais ceux qui l’adorent sont dans l’erreur. Porphyre, faisant ses réflexions sur cet oracle, ajoute : L’oracle dit donc que le Christ était tort homme de bien, et que son âme, comme celle des autres gens de bien, avait été faite immortelle après sa mort, et que c’élail ellequeles chréliensséduilsadoraient. Mais, continue-t-il, la déesse ayant été interrogée pourquoi donc on l’avait condamné à la mort, elle répondit par cet oracle : Le corps est toujours exposé aux tourments, mais l’âme des gens de bien a le ciel pour sa demeure. Pour ce qui est de celle dont vous parlez, elle est la cause fatale de l’erreur de ceux à qui les destins n’ont pas permis de recevoir les présents des dieux, ni d’avoir la connaissance du grand Jupiter. C’est pourquoi les dieux les ont en horreur. Pour lui, il est homme de bien, et il est allé au ciel, comme les autres gens de bien. Ainsi vous ne parlerez point mal de lui, mais vous aurez pitié de la folie des hommes qu’il a fait tomber dans l’erreur. »

Voilà, Monsieur, ce que vous appelez des oracles très-clairs et très-positifs sur la personne de Jésus-Christ , sur sa résurrection, sur son ascension. Voilà ce qui vous fait dircque leplusentélé et le plus habile des païens nous ac-

(1) August. , ibid. : < Quis ila stnltus est, ut non inlelligat, aut ab homine callido coque Christianis inimicissimo hæc oracula fuisse conlicta, aut consilio simili ab impuris dæmonibus ista fuisse responsa : ut scilicet, quoniam laudant Chris'um, proplerea credanlur veraciler viluperare Clirislianos, atque ila, si possint, iutercludant viam salulis æiernæ, in qua fit quisque Christianus ? Sure quippe nocendi aslutiæ milleformi seutiurit non esse contrarium, si credatur iis laudantibus Cbrisium, duut tamen credatur eliani viluperantibus Cbristianos , ut eum qui utrumque crediderit, talem Christi faciaut laudatorem, ne velit esse Christianus. Ac sic quamvis ab illo laudalus, ab istorurn tamen dæmonum dominaiu eum non liberel Christus : præserliiu quia ita tau-

cable de preuves du christianisme ; et qui vous fait soupçonner que les chrétiens pourraient bien lui avoir supposé ces oracles en faveur du christianisme, .le ne sais si vous trouverez bien des gens qui soient de votre avis ; mais je sais bien que saint Augustin n’en est pas, puisqu’il ajoute (1) : « Qui est assez aveugle pour ne point voir que cet homme rusé et ennemi déclaré des chrétiens a supposé ces oracles, ou qu’ils ont été rendus par les démons dans la môme vue : c’es'à-dire afin qu’en louant Jésus-Christ, on croie qu’ils ont raison de blâmer les chrétiens ; et qu’ils empêchent par là que l’on n’embrasse le christianisme, qui est la voie qui conduit au salut éternel. Car comme ils sont infiniment malins et artificieux, ils ne se soucient point qu’on les croie, lorsqu’ils louent Jésus-Christ, pourvu qu’on les croie également, lorsqu’ils disentdu mal des chrétiens, et que par conséquent ceux qui ajoutent foi à leurs oracles esliment tellement Jésus-Christ, qu’en même temps ils aient horreur du christianisme, et que, ne l’embrassant jamais, ils ne soient aussi jamais délivrés de la tyrannie de ces esprits malins, par le moyen de ce Sauveur. D’autant plus qu’ils le louent tellement que ceux qui le croiront tel qu’ils le disent, ne seront jamais véritablement chrétiens , mais hérétiques photiniens, puisqu’ils le croiront seulement homme, et non pas Dieu et homme tout ensemble. Ainsi ils ne pourront pas être sauvés par son moyen, ni se dégager des filets de ces démons imposteurs. Pour nous, nous ne recevons ni Apo Ion lorsqu’il blâme Jésus-Christ, ni Hécate lorsqu’elle le loue. Car celui-là veut qu’on le croie un impie qui a été justement condamné à la mort ; et celle-ci, qu’il a été homme pieux, mais rien davantage. L’un et l’autre ont le même hut, qui est de détourner les hommes de se faire chrétiens, sans quoi néanmoins ils ne pourront jamais être délivrés de la domination des démons. »

Saint Augustin, comme vous voyez, croit que ces oracles pourraient bien avoir été supposés par Porphyre en haine du chrislianlsme;et vous, au contraire, vouscroyezqu’ils pourraient bien avoir été supposés par les chrétiens en faveur du même christianisme. Saint Augustin n’y trouve que des louanges pleines de malignité, et les blasphèmes de l’hérésiarque Photin ; et vous, vous y Coudant Christum, ut quisquis in eum talem crediderit, qualis ab iis prædicatur, Christianus verus non sit, sed Photiuiauus hærelicus, qui tantummodo hominem, non etiam Deum noveril Christum ; et ideo per eum salvus e-se non possit, nec istorutn mendaciloquorum dæmonum laqueos vilare tel solvere. Nos auiem neque Apollmein vituperantem Christum, neque Hecatem possumus aiprobare laudanlein. Ille quippe lanquam iniquum Christum vult credi, quein a judicibus recta sentientibus dicil esse occisum ; ista bominem piissimunt, sed Imminent tantum. Pua est tamen et illius et Itujus intentio, ut nolint Immines esse Christianus : quia nisi Chmliani eïunt, ab coruin erui potestate non polerunt. »

vez dos témoignages très-clairs et très-positifs sur la personne de Jésus-Christ, sur sa résurrection, sur son ascension, et une multitude accablante de preuves du christianisme. Je laisse à juger à tout homme de bon sens qui de vous ou de saint Augustin, de l’auteur moderne ou de l’ancien, a raisonné avec plus de justesse sur ces oracles, et eu a mieux compris le véritable sens.

Chap. ix. — Nouvelles conjectures de M. de

Fontenellc sur le livre et les oracles de

Porphyre. Réfutation de toutes ces vaines

conjectures.

Après cela il y a plaisir à vous entendre débiter vos conjectures sur ces mêmes oracles et sur le livre de Porphyre d’où ils ont été tirés. Eusèbe, dites-vous, a cru que c'était un assez grand avantage de pouvoir mettre le nom de Porphyre à la tête de tant d'oracles si favorables à la religion. Il nous les donne dépouillés de tout ce qui les accompagnait dans les écrits de Porphyre. Que savons-nous s'il ne les réfutait pas? Selon l'intérêt de sa cause il le devait faire. Je crois, Monsieur, que vous devez reconnaître à présent, premièrement, qu’Eusèbe ne nous a pas donné les oracles qu’il cite aussi dépouillés que vous le dites de tout ce qui les accompagnait dans les écrits de Porphyre, puisqu’il rapporte quelques réflexions de ce philosophe sur. ces mêmes oracles ; qui nous apprennent, en second lieu, que cet auteur ne les réfutaitpas,etque,selonl’intérêtde sa cause, il ne devait pas les réfuter, puisque, comme saint Augustin le montre si évidemment, ils étaient si contraires au christianisme et si injurieux à Jésus-Christ.

Vous ajoutez incontinent après, en donnant carrière à votre imagination : On soupçonne que Porphyre était assez méchant pour faire de faux oracles , et les présenter aux chrétiens , à dessein de se moquer cle leur crédulité, s'ils les recevaient pour vrais et appuyaient leur religion sur de pareils fondements. 11 est visible que si Porphyre a supposé ces oracles, ce n’a pas été pour se moquer de la crédulité des chrétiens, mais pour ruiner leur religion, s’il pouvait, et empêcher les païens de l’embrasser, en leur faisant voir que les dieux n’en parlaient que comme d’une erreur pernicieuse, et ne regardaient les chrétiens que comme des gens souillés de toute sorte de crimes et pitoyablement abusés. D’ailleurs les chrétiens étaient bien éloignés d’appuyer leur religion sur les oracles, quels qu’ils fussent. Ils étaient trop convaincus qu’ils venaient du démon, qu’ils savaient être le père du mensonge et leur pius grand ennemi. El pour ceux dont il s’agit, il était trop évident qu’ils ne tendaient qu’à ruiner leur religion : comment

(1) Voici le titre du chapitre où Eusèbe rapporte les oracles de Porphyre dont il s’agit : 11,065- xoùç oior/svowî ycoxa. yiyo-jhcu tôvXptoTÔv toû 0soO .Ensuite, après avoir refmé celle calomnie par uy grand nombre de très belles raisons et p.ir ces oracles mêmes, il ajoute incontinent : oev «ttktîwv 5voùtos; k«v

donc auraient-ils pu s’en servir pour l’appuyer? Vous voyez au moins que saint Augusiin ne s’y est pas trompé. Et si Eusèbe s’en est servi, ce n’a pas été pour prouver la divinité de Jésus-Christ, sa résurrection ou son ascension, (et où aurail-il pu voir dans ces oracles tous ces mystères?) mais seulement pour montrer que, de l’aveu même de Porphyre, le Sauveur du monde n’était pas un imposteur, comme quelques-uns osaient le dire (1).

Il se pourrait donc bien faire, ajoutezvous un peu plus bas, que Porphyre eût mis en oracles tous les mystères de notre religion exprès pour les décrier. Ou voit que vous êtes toujours fortement persuadé que ce philosophe a rapporté je ne sais combien d’oracles très-clairs et Irès-positifs sur la résurrection et sur l’ascension de Jésus- Christ, d’où vous conjecturez fort prudemment qu’il pourrait bien avoir mis ainsi en oracles tous les autres mystères du christianisme. Si la conjecture 11’est pas solide, elle est au moins divertissante. La belle chose que notre religion mise ainsi en oracles par Porphyre 1 En vérité, Monsieur, si vous a viez pris la peine de lire un peu plus attentivement Eusèbe et saint Augustin, vous ne vous seriez pas égaré dans toutes ces conjectures si peu dignes d’un homme d’esprit comme vous. Daignez au moins y faire attention à présent, et vous reconnaîtrez sans peine que tout ce que vous dites sur les oracles et sur le livre de Porphyre ne sont que des chimères, que la seule lecture de ce qui nous reste de l’ouvrage de ce philosophe détruit et renverse absolument.

Chap. x. — Seconde raison supposée aux anciens chrétiens : la Convenance de leur opinion avec le système du christianisme. Réfutation de cette mauvaise raison. Les Pères de l’Eglise étaient incapables de soutenir un sentiment qu'ils eussent jugé faux, et très-capables d’entrer dans les discussions les plus difficiles. Le renversement du cuits des démons , de l'idolâtrie et des oracles, est véritablement l’ouvrage du Sauveur du monde.

lï est temps d'examiner la seconde raison que vous attribuez aux anciens chrétiens, et pour laquelle vous dites qu’ils ont cru que les oracles étaient rendus par les démons. Vous la lirez de la convenance de celte opinion avec le système du christianisme : ce sont vos termes. Les démons, dites-vous, étant une fois constants pur le christianisme, il a été naturel de leur donner le plus d'emploi qu'on pouvait, et de ne les pas épargner pour les oracles et les autres miracles païens qui semblaient en avoir besoin. Si bien, Monsieur, que lorsque les Pères de I Eglise ont soutenu

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yapoûv t6v qpistzpov Z&j -ripa. Totroùv xi 'J XpLcxi'J toû Qiijv , xai Trapà tôt? éautoû (deeste videtur èyQpol;) ùp.ohoywj.é'jo-j où yônxu oùSë yypuav.iu., àïl' eùo-eîê /ai §£«« iOTGtov /ai croÿèvzcw oùpoevitüv i-piSuv olunxopâ.

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REPONSE A L HISTOIRE DES ORACLES DF. M. DE FONTENELLE. I0Ô4

que les oracles des païens étaient rendus par les démons, ils ne l’ont fait, selon vous, que pour donner de l’emploi aux démons, et ne les pas laisser oisifs : inconvénient fâcheux et préjudiciable au christianisme , auquel par conséquent ils ont dû remédier. Celle raison est sans doute excellente et digne de tous ces grands hommes à qui vous l’attribuez. C’est dommage qu’entre celles qu’Origène, Eusèbe et Théodore! rapportent pour établir leur sentiment, ils ne se soient pas avisés de celle-là. Ils ne l’auraient pas sans doute oubliée. File était décisive et convaincante. Hé! Monsieur, ne rcconoaissez-vous pas avec eux et avec toute l’Eglise que h s démons travaillent incessamment à tenter les hommes et à leur dresser des pièges (/ Petr. v, 8; II Cor. xi, 14, etc.)? Ne reconnaissez - vous pas avec eux qu’ils entrent dans tous les effets de la magie? Cela ne suftisait-il pas pour les occuper ? Qu’élaitil besoin de leur faire encore rendre des oracles, s’il ne s’agissait que de leur donner de l'occupation et d'empêcher qu’ils demeurassent oisifs ?

Par là, ajoutez-vous, on se dispensait d'entrer dans la discussion des faits, qui eût été longue et difficile; et tout ce que les oracles avaient de surprenant et d'extraordinaire , on l'a tribua t à ces démons que l’on avait en main. Cela veut dire, si je ne me trompe, que les Pères de l’Eglise n’aimaient point les discussions difficiles, et que, pour éviter d’y entrer, ils avançaient sans façon bien des fables et des faussetés reconnues pour telles. Ils savaient bien que les démons n’étaient pas les auteurs des oracles; néanmoins, pour éditer la difficulté et se tirer au plus vile de l’embarras que leur donnait ce qu’il y avait de surprenant et d’extraordinaire dans les oracles, ils le soutenaient, et ils s’efforcaient d’en persuader tout le monde, quoique dans le fond ils n'en crussent rien eux-mêmes. Voilà une idée bien étrange que vous nous donnez là des saints Pères; mais assurément ce n’est point celle qu’on en a lorsque l’on a lu leurs ouvrages et que l’on sait quelque chose de l’histoire de leur vie. Celle-ci nous apprend qu’ils étaient incapables d’avancer et de soutenir de pareilles faussetés contre leur conscience et contre la loi de Dieu qui le défend : les soupçonner du contraire c’est leur faire une injure atroce; et ceux-là nous font voir clairement qu’ils n’ont pas appréhendé d’entrer dans une infinité de discussions très-difficiles et très-épineuses, soit en écrivant contre les païens, soit en réfutant les anciens héréti— que>. U n’y a qu’à ouvrir leurs livres (1) j our en être convaincu.

Mais, pour revenir à ce que vous dites,

(1) Comme ceux d'Origène contre Celse et contre les marcionites : ceux de saint Irénée et de Terlullien contre les Valentiniens et les antres hérétiques de leur temps : ceux d’Eusèbe de la Préparation évangélique et contre Marcel d’Ancyre, etc.

(2) Eusèbe emploie à cette discussion trois livres entiers de son ouvrage de 1 1 Préparation évangélique, .e quatrième, le cinquième et le sixième, dont il rap-

DlCTION’N. des sciences occultes. II.

était-il plus difficile, à votre avis, d'attribuer lout ce que les oracles avaient de surprenant aux fourberies des prêtres des idoles, qu’aux démons? Fallait-il enlrer pour cela dans une discussion de faits plus longue et plus difficile? C'est ce qui ne paraît pas. Au contraire ce dernier m yen était sans doute beaucoup plus aisé et plus propre à tourner le paganisme en ridicule. Les Pères ne l’ont pas ignoré, comme vous l’avez remarqué dans Origèue et dans Eusèbe. Ce n’est même que sur les conjectures que ce dernier vous a fournies, que vous avez appuyé Votre paradoxe des fourberies des prêtres des idoles, ainsi que vous ie reconnaissez vous-même. Pourquoi donc ne se sont-ils pas attachés à ce moyen si aisé, si propre à confondre les idolâtres, et qui leur était si parfaitement connu? Pourquoi l’ont-ils abandonné, si cc n’est parce qu’ils l’ont jugé faux, in outenable et éloigné de l’apparence même de la vérité? ils étaient convaincus, à n’en pouvoir douter, par un très-grand nombre de raisons, d’expériences et d’autorités évidentes, que la plupart des oracles des païens étaient véritablement des impostures et des illusions des démons. Et pour le prouver aux idolâtres, ils n’ont point appréhendé d’entrer dans une discussion aussi difficile que l’est celle des bons et des mauvais esprits (2) et des marques par lesquelles on peut les distinguer : discussion, dis-je, trèslongue et très-difficile, dont ils se seraient épargné la peine, s’ils avaient cru que les oracles ne lussent que des fourberies des prêtres des idoles.

Vous ajoutez qu’il est certain que v?rs le temps de la naissance de Jésus-Christ , il est souvent pa"lé de la cessation des oracles, même dans les auteurs profanes. Cela mérile sans doute quelque attention, d’autant plus qu’auparavant on n’avait jamais entendu parler d’un événement si extraordinaire. Pourquoi ce lemps-là , dites- vous , plutôt qu'un autre , avait-il été destiné à leur anéantissement ? Rien n’était plus aisé à expliquer selon le système de la religion chrétienne. Dieu avait fait son peuple du peu/, le juif, et avait abandonné l'empire du reste de la terre aux démons, jusqu’à l’arrivée de son Fils. Mais alors il les dépouille du pouvoir qu'il leur avait laisse prendre. Il veut que tout fléchisse sous Jésus- Christ, et que rien ne fusse obstacle à l’établissement de son royaume sur les nations. Il y a, continuez-vous , je ne sais quoi de si heureux dans cette pensée, que je ne m’étonne pas quelle ait eu beaucoup de cours. Non-seulement il y a quelque chose d'heureux dans celte pensée, mais tout y est solide et vrai; à cela près que la manière dent vous l’exprimez n’est pas juste. Quoi 1 Monsieur, n’est-il

porte encore les preuves en abrégé dans le cinquième livre de sa Démonstration. Elle lait aussi une bonne partie des Apologies de Ter milieu et d’Alhénagore. Saint Augustin traite fort au long la même matière dans le huitième, le neuvième et le dixième livre do la Cité de Dieu, sans parler de son traité de la Divination des dénions, qu'il a fait exprès pour expliquer un oracle rendu par Sérapis.

pas vrai qu’avant la naissance de Jésus- Christ, toute la terre presque était plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie et duculte des démons? N’est-il pas encore vrai et indubitable que c’est le Sauveur du monde qui a renversé ce culte abominable, et par conséquent les oracles qui avaient le plus contribué à l’établir partout? Les prophètes n’ont-ils pas prédit de lui ce grand événement (1)? El ne voyôns-nous pas de nos yeux, leurs prophéties accomplies? Comment donc pouvez-vous travailler à en diminuer la gloire en voulant nous persuader qu’il n’y a eu aucune part, ou qu’il n’a fait que détromper les hommes des fourberies grossières de quelques autres hommes?

Chap. xi. — Du prétendu silence de V Ecriture sur les mauvais démoas qui présidaient aux oracles. Quand il serait vrai, la tradition constante de l'Eglise devrait suffire pour nous convaincre de cette vérité. L'Ecriture nous conduit naturellement à la croire. Faux prophètes d’ Achab inspirés par le démon, comme ceux qui rendaient les oracles chez les paiens. Oracle dans toutes les formes rapporté par l’Ecriture et attribué au démon.

Mais, dites-vous dans le chapitre où vous répondez à cette seconde raison que vous attribuez aux anciens chrétiens, le silence de V Ecriture sur ces mauvais démons que l'on prétend qui présidaient aux oracles, ne nous laisse pas seulement en liberté de n'en rien croire , mais il nous y porte naturellement. Si bien donc, Monsieur, que vous comptez pour rien -la tradition la plus ancienne et la plus constante; et qu’à moins que l’on ne vous montre tous les usages et tous les sentiments de l’Eglise clairement exprimés dans l’Ecriture, vous vous croyez en liberté de n’en rien croire , et même suffisamment autorisé pour les rejeter. Ne voyez-vous pas où ce beau principe vous mène, elles conséquences que l’on en peut tirer contre la pureté et l’intégrité de votre foi ? A Dieu ne plaise néanmoins que je les lire ces conséquences 1 Je vous crois et vous croirai toujours très-bon catholique et très-attaché à toutes les traditions de l’Eglise ; je suis fâché seulement que l’érudition mal digérée de M. Van-Dale , qui vous a ébloui, vous ait empêché de faire attention aux conséquences de son système, qui va directement à ruiner l’autorité des Pères de l’Eglise et à renverser les traditions les plus constantes et les mieux établies. Et

(1) lsai. h, 17, 18 : El iucurvnbitur sublimitas hominum, et humiliabitur aliiiudo virorum : exulta bitur auiem Dominus solus in die ilia; cl idola pendus conlerentur. Ibid., 20. In die ilia projiciet lioino idola argenti sui et simuiacra auri sui quæ fecerat sibi ut adoraret, lalp.is el vesperliliones. Et xvn, 7, 8: In die ilia inclinabilur liomoad fuctorem suum, el oculiejus ad sjnclum Israël respieieni, el non inclinabilur ad aliaria quæ teceruni inanus ejus, el quæ operali sunt digili ejus non respiciet, hicos el delubra.

Zachar. un, 1 et 2 : In die ilia eril fous païens iloiuui David el habitantibus Jérusalem... El eril in ifie ilia, dicil Dominus exerciluum, disperdain noinina

certainement, s’il y en a une certaine et constante, c’est celle dont il s’agit ici, puisqu’elle est soutenue, et attestée par tous les Pères de l’Eglise et tous les auteurs ecclésiastiques de tous les siècles , qui tous ont reconnu le démon pour auteur de l’idolâtrie en général et des oracles en particulier, n’y en ayant pas un seul qui n’en aât parlé dans ce sens, ou qui puisse donner lieu de soupçonner qu’il a été dans un sentiment contraire. Vous la rejetez néanmoins cette tradition si constante dans tout le christianisme, sur l’autorité seule de M. Van-Dale, et vous voulez la faire passer pour un préjugé ridicule et une illusion grossière. Je vois par là combien il est dangereux de copier les livres des hérétiques et d’adopter leurs sentiments dans les matières qui ont quelque rapport à la religion. Lorsque l’on suit de si mauvais guides, il est presque impossible que l’on ne s’égare. Us mènent toujours plus loin que l'on ne pense, et c’est ordinairement dans quelque précipice, que l’on ne découvre que lorsque l’on y est tombé. J’ai remarqué souvent qu’ils ne manquent jamais de dresser quelque piège aux catholiques, dans les ouvrages mêmes où il ne s’agit de rien moins en apparence que de religion.

Mais pour ne nous pas écarter plus longtemps de notre sujet, bien loin de convenir avec vous du silence de l'Ecriture sur les démons qui présidaient aux oracles, je soutiens, au contraire, que ce qu’elle nous enseigne nous conduit naiurellement à croire cette vérité. En effet , ne nous dit-eile pas clairement que tous les dieux des gentils sont des démons (2)? Ne nous assure-t-elle pas que tout ce qu’ils immolent à leurs idoles , ils l’immolent aux démons (3)? Ne reprend-elle pas les Israélites d’avoir sacrifié leurs enfants aux démons en les sacrifiant aux idoles des Ammonites (4)? Tout cela, et quantité d’autres passages semblables , ne nous apprennent-ils pas que le démon se mêlait en effet dans la plupart des superstitions du paganisme? Et s’il y en a quelqu’une que l’on doive particulièrement lui attribuer et où son opération paraisse plus sensiblement, ne sont-ce pas les oracles? La même Ecriture ne rapporte-t-elle pas que les faux prophètes du roi Achab furent inspirés par un esprit menteur (5) qui parla pair leur bouche, et qui leur fit rendre de faux oracles et de fausses prédictions sur le succès du combat que ce prince était sur le point de livrer aux Syriens? Cela ne nous porte— t— il pas à croire que les

idolorum de terra, et non memorabuntur ultra.

(2) Psal. xcv, 5 : Oinnes dii genlium dæmonia.

(3) 1 Cor. x, 20 : Quæ immolant genies, dæmonii9 immolant et non Deo ; nolo vos socios lieri dæinoniorum.

(4) Reuter. xxxn, 17 : Immolaverunt dæmoniis et non Deo. Psal. cv, 36 : El immolaverunt lilios suos el filias suas dæmoniis.

(5) 111 Reg. xxii, 22 : Egrediar et ero spirilus mendax in ore omnium proplietarum ejus. Ibid., 25 : Nunc igilur ecce (ledit Dominus spirilum mendacii in ore omnium propheiaruin luorum*

1037 REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE EONTENELLE. 1038

prophètes et les prophétesses des païens, qui rendaient les oracles de Delphes , de Claros et de Dodone, étaient aussi inspirés par le même esprit menteur, c’est-à-dire par ie démon? Car quelle différence pouvez-vous trouver entre les uns et les autres qui ait dû exempter ces derniers des illusions du démou ?

Vous voulez peut-être, pour être convaincu, voir dans l’Ecriture un oracle encore plus semblable à ceux des païens, auquel il soit certain, par le témoignage de la même Ecriture, que le démon ail présidé? 11 faut tâcher de vous contenter. L’oracle de Beelzéhub.qui était à Accaron, et qu’Ochozias, roi d’Israël, envoya consulter pour savoir s’il guérirait de sa maladie (1), n’était-il pas un oracle parfaitement semblable à ceux des Grecs, puisqu’on le consultait sur l’avenir et qu’il rendait des réponses comme eux ? Et pouvezvous douter que le démon ne fût l’auteur de cet oracle, puisque l’Evangile nous apprend que Beelzebub était un démon , et même le prince des démons (2)? Et puisque l'Ecriture nous apprend que le démon présidait à cet oracle, ne nous porte-t-elle pas naturellement à croire que les autres oracles, qui étaient alors ou qui ont été depuis parmi les Gentils, avaient pareillement les démons pour auteurs? Ne nous dites donc plus que si les oracles eussent été rendus par 1rs démons , Dieu nous l'eût appris pour nous empêcher de croire qu’il tes rendit lui-même et qu’il y eîit quelque chose de divin dans des religions fausses: puisque vous voyez, par ces exemples et par ce que l'Ecriture nous apprend encore ailleurs des divinités que les Gentils adoraient, qu’il nous a fait entendre assez clairement ce que nous en devions penser.

Chap. xit. — Réfutation d'une erreur ridicule faussement attribuée aux Pères de l'Eglise. Les démons n'ont point rendu leurs 0’ actes par des statues, mais par les prêtres des idoles dont ils s'emparaient. Les saints Pères n’ont jamais été dans une autre pensée. Ils ont toujours mis une grande différence entre les idoles et les prêtres des idoles. Les démons ne connaissent point l’avenir. Le puganisme n'a pu être en aucune manière une erreur involontaire et excusable.

David, dites-vous, reproche aux païens des dieux qui ont une bouche et n'ont point de parole, et souhaite à leurs adorateurs, pour toute punit ion, de devenir semblables à ce qu'ils adorent. Mais si ces dieux eussent eu nonseulement l'usage de la parole, mais encore la connaissance des choses futures, je ne vois pas que David eût pu faire ce reproche aux païens, ni qu'ils eussent dû être fâchés de ressembler â leurs dieux. David avait raison de faire ce reproche aux païens, puisqu’en effet les idoles qu’ils adoraient n’étaient que des statues muettes et inanimées. El les Pères

(1) IV Reg. i, 2: Ite, consulite Beelzebub deum Accaron, utium vivere queam de infirmitate mea bac. Ibid., 10 : Quia inisisti nunlios ad consulendurn lieel/.ebub deum Accaron , quasi non esset üeus in Israël a quo posses interrogare sermonem.

de l’Eglise, qui ont cru que les oracles étaient rendus par les démons, n’ont pas cru pour cela , comme vous vous l’imaginez, que les idoles eussent l’usage de la parole, et beaucoup moins encore la connaissance des choses futures. Ils savaient que ce n’éiaient point les idoles qui rendaient des oracles, mais les prêtres et les prêtresses ; que les démons qui étaient attachés aux idoles et aux temples faisaient parler et prophétiser à tort et à travers , en les remplissant de celte fureur qu’ils appelaient divine, et en leur faisant faire les mêmes grimaces et les mêmes contorsions que l’on voit en ceux qui sont véritablement possédés, lis en ont tous parlé en celle manière et ont parfaitement bien distingué les idoles d’avec les prêtres des idoles ; deux choses en effet fort différentes que vous confondez ici, en attribuant à la première ce qui n’appartient et ne peut convenir qu’à la seconde. Ecoulez, entre autres, comment Théodoret en parle ( Inlerpret . inpsal. cxm), lorsqu’il explique ce même passage de David que vous citez : « Parce que les démons, dit ce Pire, qui par le moyeu des idoles séduisaient les gentils et leur rendaient de faux oracles, ne les rendaient pas par ces simulacres inanimés, mais par des hommes capables de raison et par d’autres moyens, c’est pour cela que David dit que ces idoles ne parlent pas : car ce sont en effet des statues immobiles et inanimées. » David a donc raison de reprocher aux dieux des gentils qu’ils ont une bouche et n’ont point de parole; mais il est ridicule de conclure de là que les démons n étaient pas les auteurs des oracles, comme si c’eût été par les statues et non pas par des hommes qu’i!s les eussent rendus. C’est là une erreur dans laquelle je m’étonne que vous soyez tombé, puisqu’il n’y a aucun auteur qui parle des oracles et de la manière dont ils se rendaient, qui n’ait dû vous en désabuser : erreur néanmoins sur laquelle vous avez bâti une bonne parlie de votre système , ainsi que nous le verrons dans la suite.

Quand les sainls Pères, ajoutez-vous, s'emportent avec tant de raison contre te culte des idoles, ils supposent toujours qu'elles ne peuvent rien. Cela est vrai, et ils n’en ont jamais parlé autrement. Mais pour les prêtres des idoles qui rendaient les oracles, ils ont enseigné et soutenu qu’ils étaient inspirés ou possédés du démon ; que c’était ce malin esprit qui était l’auteur de toutes les superstitions du paganisme et de tous les faux miracles que l’on y voyait. Voilà ce que les sainls Pères ont toujours supposé : voilà ce qu’ils ont prouvé lort au long dans leurs livres, en distinguant toujours les idoles considérées en elles-mêmes, et les démons qui inspiraient les prêtres des idoles. C’est ce que vous pouviez facilement remarquer dans Lactance(3), dans Alhéuagore {In Apol.), dans Minulius

(2) Matth. xn, 24 : Hic non ejicit dæmones uisi in Beelzebub principe d;pmoniorum. Ibid. ,27 : Et si ego in Beelzebub ejicio dæmonia, tilii vestri in quo ejiciunt?

(5) Voici l’abrégé de ce que Lactance enseigne dans

Félix [In Octavio ), dans Terlullien [In Apolog.), qui, en même temps qu’ils montrent que les idoles ne peuvent rien, soutiennent que les démons qui présidaient aux oracles et aux idoles ont pu faire et ont fait en effet beaucoup de mal par leur imposture et leurs prestiges.

Vous continuez votre raisonnement contre les saints Pères, et vous dites : Mais si les idoles eussent parlé, si elles eussent prédit l’avenir, il ne fallait pas attaquer avec mépris leur impuissance. Pourquoi n auraient-ils pas dû le taire, même dans celte supposition? Les idoles auraient-elles cessé pour cela d’être un morceau de bois, de pierre ou de métal? Mais, Monsieur, avant que de raisonner ainsi, vous deviez nous avo r dit qui sont ceux des saints Pères qui ont cru ou supposé que les idoles parlaient et prédisaient l’avenir. Car de tous ceux que j’ai lus, je n’en ai trouvé aucun qui ait eu une pensée si fausse, ni qui ait pu vous donner lieu de la lui attribuer. Ils savaient trop, ce que vous scmb!ez ignorer , que ce n’étaient point les sta-> tues, mais les prêtres des idoles qui parlaient et qui se mêlaient de prédire l’avenir. C’est néanmoins sur cette fausse supposition que vous enireprenezde prouver que, dans le sentiment des Pères de l’Eglise, le paganisme n'aurait été qu'une erreur involontaire et excusable. Car, ajoutez-vous un peu plus bas, mes lumièr es suffisent pour examiner si une statue parle ou ne parle pas ; mais du moment qu'elle parle, rien ne me peut plus désabuser de la divinité que je lui attribue. Je ne sais si vous trouverez bien des gens qui vous ressemblent en cela , même parmi les plus simples et les plus grossiers. Pour moi, je vous avoue que je verrais toutes les statues du monde parler, sans leur attribuer pour cela aucune divinité. Mais, encore une fois, c’étaient des hommes et non pointées statues qui rendaient les oracles du paganisme.

tous laites encore dans votre raisonne-

les deux premiers livres de ses Institutions, i Docui religiones deorum triplici raiione vanas esse. Una quod simidacra ipsa quæ coluniur, effigies sint hoininum morluoruin... Altéra quod ipsæ imagines sacræquihus vanissimi homines serviunt, oinni sensu carent, quoniam terra suni... Terlia quod spiritus qui præsunt ipsis rebgionibus condemuaii et abjecti a De a per lerram voluientur, qui non lanlum niliil præslare cultonbus suis possint, quoniam rernm polentas peues union est, verum etiam moiliferis eos illecebris et erroribus perdant : quoniam hoc illis qnolidianum est opus tenebras linminibus obducere, ne quæraïur ab illis verusDeus. > Lacianl., lib. n, cap. Î8. >

(!) TertuL, in Apolog. : < Omnis spiritus aies, hoc et angeli et dæmones. Igilur momento ubique sunt, lotus orbis illis lucus unus est. Qmd ubi geratur lam facile sciunt quam enuntianl : velocitas divinitas creditur, quia substamia ignoratur. Sic et auctores inlerdum videri volunt eorum quæ annuntiant, et sunt plane malor nui nonnumquam, bonorum lamen numqu im... Æmulantur divinitatem , dum furantur divinaiionem. >

Minutius Félix, in Octavio : « Oracnla efficiunt falsis pluribus involuta; nam et fallunlur et fallnnt, nt et nescientes sinceram veritatein, et quam sciunt in peraitionem sui non confitenies. *

ment une autre supposition , qui n’csl pas moins fausse que la précédente : c’est que si les démons eussent rendu leurs oracles par les statues, comme vous vous imaginez que les Pères l’ont cru, les statues eussent nonseulement parlé, mais encore prédit l'avenir, et, comme vous avez dit un peu plus haut, ces dieux qui, selon David, ont une bouche et n’ont point de parole , auraient eu nonseulement l’usage de la parole, mais encore la connaissance des choses futures. Tout cela fait voir assez clairement, si je ne me trompe, que vous croyez que les démons connaissent véritablement l'avenir. Or c’est une erreur dont les Pères de l'Eglise (1) , dans les endroits mêmes où ils enseignent que les démons sont les auteurs des oracles , ont dû vous détromper. Car ils y assurent tous que ces malins esprits ne connaissent point les choses futures , particulièrement celles qui dépendemi des causes li lires ou contingentes; qu’ils ne prédisent dans un lieu que ce qu ils ont vu dans un autre, ou le mal qu’ils ont résolu de faire et la cessation de celui qu’ils ont fait ; qu’ils se trompent presque toujours, et qu’ils ne cherchent qu’à tromper ; que toutes leurs prédictions ne sont que des mensonges, ou tout au plus des conjectures, et qu’enfin la connaissance certaine de t’avenir n’appartient qu’a D eu seul. C’est en même temps la doctrine do tou e la théologie [D. Thom., part, i, q. 57, art. 3), qui est fondée sur l’Ecriture sainte (2). Cela étant, la conclusion que vous lirez encore de celle fausse supposition est aussi très-fausse ; qui est que dans le système des oracles rendus par les démons, le paganisme n’aurait été qu’une erreur involontaire et excusable. Ce qui est si faux que, quand bien même vos deux suppositions seraient yraies, cette conséquence que vous en tirez ne laisserait j)ü§ que d ê— Ire fausse, par la raison que mille autres circonstances qui se trouvaient dans les oracles, faisaient connaître évidemment que

August., 1. de Divin, dæmonum , cap. 5 : n Quæ cum ua sint, primum sciendum est quoniam de divinatione dæmonum quæstio est, illos ea plerumquo prænunliare quæ ipsi lacturi sunt. Accipiunt eitiui sæpe poiestalem et morhos immitiere, elipsumaerein vitiando inorbidum reddere. . Aliqnando autem non quæ ipsi faciunl , sed quæ naitiraiibiis sigois fulura prænoscunl , quæ signa in liomiimm sensus veniro non possunt , ante prædicunt... Aliquando et hominum disposiliones non solum voce prolatas , verum etiam cugilalione concepias, cum signa quædam ex anirno exprimuntur in corpore, Iota laciliiale perdiscunt, atque lime etiam limita lulura præinmlianl... lu cæleris antem prædiclionibus suis dæmones plerumque et fallunlur et lallunt. Fallunlur quidem, quia cmn suas disposiliones prænimiianl, ex improviso desuper aliquid jiibelur quod eorum consiha cuocta perturbel... Fallunt autem etiam studio lallendi et invida volumale qua lmminum errore lælanlur. Sed ne apud cullores suos pondus auctorilalis aliénant, id agunt ut imerpretibus suis signoruinque suorum conjectoribus culpa tribuatur, qmndo vel decepti fuerint vel mentiii. > Vid. et Alhanas. in Vita S. Anlonii.

(2) hai. xli, 25 : Anmintiale quæ ventura sunt in luiuium, et setemus quia dit eslis vos.

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