ACLES DE M. DE FONTENELLE
de Platon? Comment osons-nous après cela lire leurs ouvrages pour y apprendre notre religion ? Comment le concile de Trente peut-il ordonner (Sess. k) que l'on suive, dans l’explication de l’Ecriture sainte , le sentiment unanime des Pères de l’Eglise', puisque tous presque ont élé entêtés du platonisme, et ont pris les livres de Platon pour des commentaires de celle même Ecriture? Quelle joie pour les sociniens d'entendre un catholique, homme d’esprit et de réputation, parler d’une manière si conforme à leurs sentiments 1 En effet, l’auteur du Platonisme dévoilé, tout socinien déclaré qu’il est, pourrait-il s’exprimer sur ce sujet d’une manière plus forte et plus hardie?
Mais, de grâce, Monsieur, diles-moi qui son', ces anciens chrétiens dont vous parlez, et dans qui vous avez remarqué cet entêtement prodigieux pour Platon? Est-ce Eusèbe? lui qui expose fort au long dans sa Préparation évangélique [Lib. xm, cap. 15, IG et seq.) les raisons que les chrétiens ont eues de rejeter toutes les sectes de philosophes , sans en excepter celle de Platon, dont il rapporte et réfute amplement les erreurs, et en particulier celle où il a été touchant les démons. E’st-ce saint Justin Martyr? qui. pour prouver la même chose, fait un long dénombrement des contradictions des philosophes (Cohori. ad Gent.) , et en particulier de celles de Platon, dont il a fait d’ailleurs une profession si ouverte d’avoir abandonné la doctrine, pour suivre celle des prophètes et des apôlres ( Apol . i et Dial, cum Tryph.). Esl-co Lactance? qui, après avoir réfuté, dans les deux premiers livres de ses Institutions, les superstitions du paganisme, réfute dans le troisième les erreurs des philosophes, et en particulier celles de Platon, et fait voir qu'aucun d’eux n’a connu la vérité, qu’ils se sont tous égarés, et que, pour acquérir le véritable bonheur de l’âme, la véritable sagesse, il n’y a point d’autre parti à prendre que celui qu’il soutient et qu’il défend. Est-ce saint Augustin? qui a choisi les platoniciens entre tous les autres philosophes, pour les réfuter dans ses livres de la Cité de. Dieu (Lib. vii, ix, x) , et qui, les ayant loués dans ceux qu’il a composés contre les académiciens , désavoue ces louanges dans ses Rétractations (1) , en disant qu’il ne devait pas les donner à des impies, contre les erreurs desquels il faut défendre la religion. Est-ce Théodore!? qui rapporte les égarements étranges de Platon (Lib. (le Grœc. affect, cur. ; serm. 9 de Legib.), et fait voir que dans ses livres il a enseigné et autorisé les plus grands crimes et les plus grandes infamies. Est-ce enfin saint Epiphane? qui, dans son traité des Hérésies (Hæres. 6, quœ est Platonicorum), met le platonisme entre les sectes du paganisme qui sont tombées dans les plus grandes erreurs, et dont les chrétiens ont toujours eu autant d’horreur que du pa-
non oportuit, non immerito mihi displicuil, præserlim contra quorum errores magnos defendenUa es* christiana doctrioa. *
l!4î APPENDICES AU DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES.
^anisme même. Vous dites que presque tous les anciens chrétiens savants ont embrassé la secte de Platon ; et moi je vous soutiens qu’il n’y en a pas un, de tous ceux dont il nous reste des ouvrages, qui n’ait fait profession de rejeter Platon et sa philosophie , pour s’attacher uniquement à Jésus-Christ et à sa doctrine.
Chap. xiv. — Ce que les Pères ont pensé de Platon par rapport aux autres philosophes païens. Il y a eu des hérétiques qui se sont égarés en suivant ce philosophe , mais il ne s’agit pas ici de ce que les hérétiques ont cru sur les oracles. M. de Fontenelle ne peut point justifier ses expressions outrées sur ce sujet par l'exemple de quelques auteurs célèbres : ce qu’il doit faire s’il entreprend de les soutenir. C'est en vain qu'il réfute le sentiment de Platon sur les démons, puisque ce n'est pas de Platon que les anciens chrétiens ont appris l'existence des démons.
Il est. vrai que, lorsqu’il s’agissait de comparer les philosophes païens entre eux, ils donnaient la préférence à Platon , comme à celui dont la philosophie était la moins éloignée en quelques points des dogmes du christianisme ( August ., de Civit., lib. vin) ; mais ils n’étaient pas platoniciens pour ceia: ils ne prenaient pas ses ouvrages pour des commentaires de l’Ecriture sainte : ce qui aurait été un égarement et une extravagance, dont j’ai peine à croire que les plus fous des hérétiques aient été capables. Les anciens chrétiens savaient trop ce que l’apôtre saint Paul a dit sur cesujet (1), et ce qui n’est pas ignoré, au rapport de saint Augustin (2) inén'ie, par les plus simples des fidèles , qui est de prendre garde que personne ne les séduise par les raisonnements d’une fausse philosophie, qui vient de la tradition des hommes, et qui n’est fondée que sur les éléments d’une science humaine, et non sur Jésus-Christ.
Que si ce que vous dites de l’estime prodigieuse dont la plupart des premiers chrétiens étaient entêtés pour Platon, ne regarde que quelques hérétiques qui se sont égarés en suivant ce philosophe, ainsi queles Pères de l’Eglise nous l’apprennent (3), je réponds, premièrement, que vous ne deviez doncpas vous exprimer aussi généralement que vous l’avez fait, en disant que presque tous les chré-
tiens savants avaient été entêtés du platonisme , puisque cette manière de parler comprend autant et plus les Pères de l’E glise et les écrivains orthodoxes que les hérétiques; secondement, que votre proposition ainsi restreinte à quelques hérétiques n’a plus aucune force, et ne regarde plus notre sujet, puisqu’il ne s’agit pas de ce que les anciens hérétiques ont pensé touchant les oracles, mais de ce que les Pères de l’Eglise nous en ont appris, et du sentiment que les anciens fidèles en ont eu; troisièmement, que quand bien même quelques hérétiques ou quelque auteur suspect, comme Origène, d avoir été trop attaché à Platon , auraient cru, ainsi que tous les autres, que les oracles ont été rendus par les démons, il ne s ensuit pas qu’ils aient soutenu ce sentiment, parce qu’il était conforme à la doctrine de ce philosophe, ou qu’ils l’aient appris de lui, ni enfin qu’il soit faux, comme vous le prétendez.
J’ajoute que, si, pour justifier vos expressions ouüées sur ce sujet, vous m’opposez ce que quelques auteurs célèbres ont avancé touchant le platonisme des Pères qui. ont vécu avant le concile de Nicée , j’ai à vous répondre; lu qu’il s’en faut bien qu’ils aient porté les choses aussi loin que vous ; 2°qu’i!s n’ont point apporté de preuves de ce qu’ils ont dit; 3U que ce n’est point là du tout ce qui a été le plus approuvé dans leurs livres, ou ce qui mérite le plus de l’être ; 4° enfin que, pour vérifier votre proposition , il faut que, par un parallèle exact, vous montriez la conformité des sentiments des anciens chrétiens avec ceux de Platon dans la plupart des points de leur doctrine, et que vous produisiez les endroi s de leurs ouvrages où ils ont fait profession de suivre ce philosophe, comme je vous ai indiqué quelques-uns de ceux où ils le rejettent absolument, et où ils combattent fortement ses erreurs. Or, c’est ce que je ne crois pas que vous ni M. Van- Dale puissiez jamais faire.
Après avoir proposé celte troisième raison, tiree de la convenance du sentiment des anciens chrétiens touchant les oracles, avec la philosophie de Platon, vous vous appliquez à la réfuter, en montrant que les démons ne sont pas suffisamment établis par le platonisme, et que Platon lui-même n’a pas été trop persuadé de leur existence. Sans m’arrêter à vous faire remarquer la contradiction
(1) Coloss. il, 8: Videte ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem fdllaciam , secundum tradiiinncm hominum, secundum eleinenla mundi, et non secundum Gliristum.
(2) August., I. vin de Civil., cap. 9 : c Quamvis enim liomo Clirislianus liileris tantum ecclesiaslieis erudilus, plaionicorum forte noinen ignoret , liée ulrum duo généra philosophoruin exsliterint in Græca lingua Ionicorum et Italicorum sciai, non lainen ita surdus est in rebus humanis, ut nesciat philosophos vel siudium sapieniia:, vel ipsam sapienliam profiter!. Cavet eos tamen qui secundum elemeuta hujus mundi philosopliantui-, non secundum Dc.um, a quo ipse factus est mundus. Admonelur enim præeepio apostolico, fideliterque audit quod
diclum est : Cavete ne quis vos decipiat, etc. »
(5) .Tertull. , lib. de Prœscript. adversus hæreticos . i Ipsœ denique hæreses a pliilosophia subornaulur. Inde Acones et forma: nescio <juæ et trinitas hominis apud Valeniinum. Platon 'eus fuerat... Quid ergo Athenis et Hierosolymis? Quid academiæ et Ecclesiæ? Quid hæreticis et Cliristianis ? Nostra inslitulio de porticu Salomonis est... Viderint qui stoicum e| platonicum et dialecticum Chiislianismum proiulerunt. » El de Anima:* Doleo bona fide PlaUmem omnium hærclieoruin condimeiiiarium factum. » Ireliæus, 1. il, cap. 19 : < Quod autem dicunl (Valentiniani) imagines esse hæc eorum qu;e sunt, cursus manifestissime Democriti et Platonis sentsntiam edisserunl. >
REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE
qui se trouve entre ce que vous dites ici et ce que vous avez dit jusqu’à présent, je vous accorde volontiers tout ce que vous avancez sur ce sujet. Qu’est-ce que cela fait à notre question? Est-ce de Platon que les premiers chrétiens oui appris l’existence des démons, leur malice et le désir qu’ils ont de perdre les hommes? Ne reconnaissez-vous pas que l'Ecriture enseigne tout cela fort clairement ? Avez-vous espéré qu’en vous moquant des fables que Platon, Hésiode et Plutarque racontent de leurs démons, vous renverseriez ce que l’Ecriture et la foi nous apprennent louchant ces malins esprits ? C’est ce que je ne saurais me persuader.
Reconnaissez donc, Monsieur, que cette raison , ainsi que les deux autres précédentes, que vous avez supposées aux anciens chrétiens, et pour lesquelles vous prétendez qu’ils ont cru que les oracles des païens étaient rendus par les démons, ne sont que dos chimères auxquelles ils n’ont jamais pensé, et que vous n'avez imaginées qu’afin «le combattre leur sentiment avec plus de facilité. Souffrez qu’à ces fausses raisons j’en substitue trois autres qui les ont véritablement persuadés et que j’ai tirées de leurs écrits.
Chap. xv. — Première raison véritable qui a persuadé tes anciens chrétiens : l'autorité de l'Ecriture sainte , qui assure que toutes les divinités du paganisme étaient des démons. Les oracles ont toujours été accompagnés de la magie , dont les démons sont les auteurs.
La première de ces raisons, c’est l’autorité de l’Ecriture sainte, qui, comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le faire remarquer, leur enseignait fort clairement ce qu’ils devaient croire des oracles et de leurs auteurs. En effet , Eu-èbe , qui est celui qui a traité ce sujet le plus amplement [Lib. îv Prccp. L’vang. cap. 16), s’appuie sur les mêmes passages de l’Ecriture que j’ai cités. Et si lui et les autres Pères ne s’y sont pas étendus autant que sur quantité d’autres preuves qu’ils produisent, c'est qu’ils parlaient particulièrement pour les païens, qui n’en reconnaissaient pas l’autorité. Mais pour eux qui la regardaient, ainsi que nous faisons , comme la règle de leur foi cl de tous leurs sentiments , on ne peut pas douter qu’ils n’en aient appris celui qu’iis avaient touchant les oracles. Or l’Ecriture sainte leur fai-ait entendre fort clairement que les démons en étaient les auteurs. Car à quelles divinités des païens pouvaientils appliquer plus naturellement qu’à celles qui passaient pour rendre des oracles, ce
(1) August., I. viii de Civil, cap. 24: « Nam qtiid midi iilola, nisi quod eadem Scriptura dicit: Oculos luibent et non vident; cl quidquid talc de maleriis licet aflabre eitigiatis, lamen vita semuque carentibus diccudum fuit. Sed immundi spiritus eisdein simulacris arle ilia nefaria colligaii , cultorum suorum animas in suam societatem redigendo miserabiliter captivaver uii. » Vid. ürig., lib. vin contra Celsuin.
(2) Oeuter. xvm, 10, 11 : Nec invenialur in te qui
que l'Ecriture dit, que les dieux des gentils sont des démons ; que tout ce que les mêmes gentils immolent à leurs dieux , ils l’immolent aux démons, et plusieurs autres textes semblables? Y avait-il quelque superstition dans toute l’idolâtrie, où l’opération du malin esprit fût plus manifeste que dans les oracles? Dans la magie, direz-vous. Et doutez-vous qu’il n’v eût de la magie dans la manière dont les oracles se rendaient et dont ils avaient été établis ? Les anciens chrétiens n’en doutaient pas. Ils étaient persuadés que c’était par des enchantements de magie, autant que par leur propre malice, que les démons s’étaient attachés aux lieux et aux personnes par le moyen desquelles ils rendaient des réponses (1). Et si vous considérez ce que Porphyre, Jamblique, Eunapius, rapportent de ces mêmes oracles, et ce qu’ils enseignent touchant leur détestable tliéurgie, qui n’était rien autre chose que l’art d’évoquer les démons et de leur faire rendre des ora< les, vous reconnaîtrez, avec les anciens chrétiens, que les oracles étaient toujours accompagnés de magie. Puis donc que vous avouez que les démons sont les auteurs de la magie , vous devez par conséquent avouer aussi qu’ils étaient les véritables auleurs des oracles.
Chap. xvi. — Conformité des oracles des gentils avec ceux que les Juifs idolâtres consultaient, et que l'Ecriture nous apprend avoir été rendus par les dénions. Les prêtresses qui rendaient les oracles étaient parfaitement semblables aux pythonisses dont il eut parlé dans l’Ecriture. Egarement de M. \ an- Date , qui ne reconnaît point de démons dans tout l'Ancien Tes ament. Sentiment de Vossius touchant ceux qui ne reconnaissent que de la fourberie dans tout ce que l'on rapporte des opérations du démon.
Mais ce qui persuadait encore plus forlement les anciens chrétiens et les Pères de l’Eglise, que les oracles étaient rendus par des démons, c’est la parfaite conformité qu’ils remarquaient entre les oracles des gentils et ceux que les Juifs idolâtres consultaient, comme étaient les devins, les magiciens, les faux prophèles et particulièrement tous ces hommes et toutes ces femmes qui étaient possédés par un esprit qui s’appelait Python, dont il est parlé si s uvent dans l’Ecriture (2). Ils ne pouvaient douter que ces esprits ne fussent de véritables démons , et vous n’en doutez pas non plus, à en juger par ce que vous diles dans voire préface. Et si vous en doutiez , ce qui est rapporîé dans les Actes des apôtres, de saint Paul qui chassa ce mauvais esprit d’une fille qui eu était posse-
bislret filiurn sunm aut filiam dncens per ignem
Nec qui pyihones consulat needivinos. I Reg. xxvin, 7 : Dixiique Saul servis suis : Quærite mihi uiulierein liabentem Pytlionem, et vadam ad eam, et scisciiahor per illam. Et dixerunt servi ejus ad euin : Est millier Pytlionem habens in Emlor, eie. lsai. vin, l‘J: Quærite a pyllionibus, qui strident in incaniaiionibus suis.
loi- APPENDICES AU DICTIONNAIRE DES SCIENCES OCCULTES. DUS
dée (i), vous en convaincrai! parfaitement. Or, qu’y a-t-il de plus semblable aux oracles des païens que ces pylhonisses? Qu’élait-ce autre chose, par exemple, que l’oracle de Delphes, sinon une fiPe ou une femme appelée Pythie, que l’on allait consulter de toute part, pour apprendre d’elle l’avenir, et que l’on croyait possédée et inspirée par Apollon, lorsqu’elle était assise sur le trépied? Elle l’était en effet ; mais cet A pollon n’était qu’un démon qui avait emprunté le nom de ce faux dieu, ainsi que les Pères de l'Eglise l’ont toujours cru (2). Qu’était- ce enfin autre chose que l’oracle de Dodone, celui de Claros, celui des Branchides et la plupart des autres, sinon des hommes ou des femmes qui se mêlaient de prédire l’avenir par le moyen de la prétendue divinité dont on les croyait inspirés? Quoi de plus semblable à ces faux prophètes , à ces devins , à ces pylhonisses , que les Juifs idolâtres consultaient, et que l’Ecriture nous apprend avoir été possédés par des démons ?
Ainsi, Monsieur, ce que l’Ecriture appelle consulter les devins et les pythons, et ce qu’elle défend et déteste si souvent, comme une abomination exécrable, c’était entièrement, quoi que vous en puissiez dire, ce que les païens appelaient: Aller à l'oracle. Il n’y a de différence que du nom seul. Or, les pythons , qui rendaient des réponses par le moyen de ceux qui en étaient possédés , étaient des démons, comme l’Ecriture le fait entendre fort clairement. Les Pères de l’Eglise avaient donc grande raison de croire que les prêtres et les prêtresses des idoles, qui rendaient les oracles des païens, étaient pareillement possédés par des démons. L’Ecriture ne leur permettait pas d’en juger autrement. Et certainement tous ceux qui reconnaissent sincèrement son autorité ne peuvent pas être, avec quelque apparence de raison, dans une autre pensée. M. Van- Da!e, votre aut< ur, l’a fort bien reconnu , et pour établir son paradoxe, il a bien vu qu’avec les Pères de l'Eglise, qu’il traite partout avec mépris , il devait encore rejeter l’autorité de l’Ecriture sainte (3) dans toutes les versions et les paraphrases qui en ont été faites, et s’appliquer à faire voir (4-) que dans le texte hébreu, qu’il admet seul, il ne s’agit point du démon ni de ses opérations , dans tous les endroits où il est le plus évident qu’il en est parlé.
Cet égarement étrange , où son système sur es oracles l'a jeté, confirme parfaitement ce qu’un autre protestant (5), beaucoup plus habile et de meilleure foi que lui , dit avoir
(1) Ad. xvt, 16: Factum est autem euntibus nobis ail orationem, puellam quamdam habentem spiritum Pylhonein obviare nobis, quæ quæstum magnum præbebai dominis suis divinamlo. Ibid., 18: Doiens autem Paulus et conversus spirilui dixit : Præcipio tibi in nomme Jesu Clirisii exire ab ea. Et exiit eadem liera.
(2) Chrysost. in cap. xu I ad Cor. 19. Vid. præterea Origenem, 1. vu adv. Celsum, slalim fere ab iniiio.
toujours remarqué, que tous ces gens qui ne veulent point reconnaître que le démon ait jamais eu aucun commerce avec les hommes, et qui croient que tout ce que l’on rapporte des pylhonisses et de leurs semblables n’a jamais été que de l’imposture et de la fourberie toute pure ; que tous ces gens , dis-je, ont peu de connaissance de l’Ecriture sainte, ou, quoiqu’ils dissimulent, qu'ils l’estiment fort peu en effet et ne se mettent guère en peine de son autorité.
Pour vous, Monsieur, je suis persuadé que vous êtes três-éloigné de tomber dans un pareil égarement, et que, comme vous reconnaissez sincèrementl’autorité toutedivine de l’Ecriture sainte, vous avouerez avec tous les Pères de l’Eglise, comme, à la réserie de quelques incrédules, séduits peut-être par votre livre, on le croit encore aujourd’hui, que les oracles des gentils étaient rendus eu effet par les démons, ainsi que la même Ecriture sainte nous l’apprend assez clairement pour en être convaincus.
Ciiap. xvir. — Seconde raison évidente qui confirmait les anciens chrétiens dans leur sentiment sur les oracles, c'est qu’ils en chassuient les démons avec une autorité surprenante. Autorité de Tertullien sur ce sujet. On ne voit pas ce que M. de Fontenelle peut y répondre. Passages de Lactance , de saint Cyprien, de Minulius Félix et de saint Atlianase , qui assurent que le signe de la croix imposait silence aux oracles, et qui provoquent les païens à en faire l’expérience.
La seconde raison qui confirmait les anciens chrétiens dans ce sentiment qu’ils avaient appris de l’Ecriture, et qui les y confirmait d’une manière à n’en pouvoir douter un seul moment, c’est qu’ils chassaient euxmêmes les démons, des oracles et îles personnes par qui ils rendaient leur réponses ; c’est qu’ils obligeaient les malins esprits qui présidaient aux oracles d’avouer, en présence même des païens, qu’ils n’étaient que des esprits séducteurs; c’est qu’ils les contraignaient, par l invocalion du nom de Jésus-Christ, de quitter les prêtres et les prêtresses des idoles dont ils s’étaient emparés, de la même manière que saint Paul chassa l’esprit de Python , par le moyen duquel celle fille dont il est parlé dans les Actes des apôtres rendait aussi des réponses et des oracles. Quoi de plus fort pour les confirmer dans le sentiment que les démons étaient les auteurs des oracles, et pour nous en convaincre nous-mêmes , si nous en doutions
(5) Van-Dale in dedicat. ). de Origine el progressu idololalriœ.
(4) Idem, eodem lib., cap. 3 et sequentibns.
(5) Gerardus Joannes Vossius in Episl. ad Jonnvem Beverovicium , de Pyllionissa Saulis : » Qnibus mens esi longe alia , non possnnt in animum mdncere, ulla esse spiritibus commercia cnm homim*. Ac sæpius milii cnm lalibus sermo fuit. Sed deprebendi eus vel admodnm negligenter legisse sacras hueras, vel, uicumjue dissimulaient , Scriplurarum aucloii* tatem pîtrvi facere. '1 oto anime talcs abominer. »
REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELI E
encore1 2* Au reste ils chassaient si sûrement ces malins esprits, ils les faisaient laire avec un empire si absolu, ils les contraignaient si nécessairement d’avouer ce qu’ils étaient, qu’ils provoquaient les païens à en faire l’expérience, jusqu’à s’offrir d’être punis sur-le-champ du dernier supplice, s’ils ne venaieul pas à bout de les chasser à leurs yeux et en leur présence, et de leur faire avouer leur imposture. Je vous prie d’écouter comment Tertullien s’exprime sur ce sujet dans son Apologétique (1).
« Jusqu’à présent, dit-il, j’ai apporté des raisons; mais voici des faits évidents qui démontrent que vos dieu^ ne sont que des démons. Que l’on amène devant vos tribunaux quelqu’un qui soit véritablement possédé du démon : si quelque chrétien lui commande de parler, cet esprit malheureux avouera alors aussi véritablement qu’il n’est qu’un démon, qu’il dit ailleurs faussement qu’il est dieu. De même, que l’on produise quelqu’un de ceux qui passent pour être inspirés | ar une dit ini té, qui la reçoivent en eux avec la fumée et l’odeur des sacrifices, qui tirent avec effort les paroles de leur poitrine, qui en haletant prononcent des oracles. Si c elte Vierge céleste qui promet des pluies; si cet Esculape qui enseigne des remèdes et qui a prolongé la vie à trois hommes qui devaient la perdre quelque temps après : s’ils n’avouent qu’ils sont des démons au chrétien qui les interrogera, parce qu’ils n’oseront mentir en sa présence, faites mourir sur-le-champ ce chrétien téméraire.
Qu’y a t-il , continue Tertullien , de plus évident que ce fait? Qu’y a-t-il de plus sûr que cette preuve? La vérité y paraît toute simple, sa force s’y fait sentir, il n’y a point ici lieu à la défiance. Je consens néanmoins que vous y soupçonniez de la magie ou quelque autre artifice, si vos yeux et vos oreilles vous le permettent. »
11 fallait que Tertullien fût bien assuré de ce qu’il dit pour parler avec tant de confiance, et pour fonder sur celte preuve une partie considérable de son Apologétique, et la vérité même de la religion chrétienne, qu’il y défend contre les païens. Mais il ne
(1) Sed liaclenns verbn ; jam bine demonslratio rei ipsius, qua oslendemus imam esse ulriosque nqminis qiialitatem. Edalur hic aiiquis su b tribunalibus vesiris quein dæmone agi conslei : jussus a quolibet Christiano loqui spirilus ille, lam se dæmonem ronlilebilur de vero, quain alibi deum de taise. Æque producalur aliqms ex iis qui de Deo pati exislimanlur, qui aris inhalantes nuineu de mdore conci pi ii n l, qui ruclando conanlur, qui antielando prolaniur. lsla ipsa Virgo eœlesiis pluviarum pollicila- Irix, isle ipse Æsculai ius nied'cinarum demonslralor, alia die inoriluris Soconiio et Thanatio et Asclepiodolo vita; subminislraior ; nisi se dæmones eoniessi fueriul, Clnistiano mentiri non audenles, ihideiri illius Christian! procacissimi sanguinem lundite. Quid isio opéré nianifêslius ? Quid hac prohalione (idelius ? Siniplieitas veritatis in medio est, vu ms illi sua assislit, nihil snspicari lieehit ; magia aut aliqua ejus modi fdlaeia lieri dicetis, si oeuh vesu i et aures perniiserinl voles. Apvlog.
(2) liaec deniipie ieslitnonia deorutn vestrorum
faut pas en être surpris. Rien n’était plus ordinaire aux chrétiens que de tirer ces sortes d’aveux et de confessions forcées des démons et des faux prophètes qu’ils possédaient, jusque-là que le même auteur assure (2) que c’était ce qui convertissait tous les jours un grand nombre de païens, qui ne pouvaient résister à une démonstration si évidente : et ce qui confirmait en même temps les chrétien* dans leur foi d’une manière à n’en pouvoir jamais douter.
Que pouvez-vous y répondre, Monsieur, pour soutenir votre paradoxe ? Direz-vous que ce n’étaient pas les démons, mais les prêtres des idoles qui rendaient ces sortes de témoignages ? Si vous le dites, j’ai à vous répondre avec Tertullien (3), en changeant peu de chose à ses paroles : Pourquoi dune ces prêtres des idoles disent-il- qu'ils sont des démons ? Est-ce pour nous obéir et nous faire plaisir qu’ils mentent ainsi? Ils nous obéissent donc, et ce qui est le plus honteux pour eux, c’est à nous qui sommes leurs plus grands ennemis qu’ils obéissent. Mais en disant qu’ils sont des démons, ils se déshonorent : a-t-on coutume de mentir pour se déshonorer? N’esl-ce pas au contraire pour se procurer quelque honneur, qu’on le fait ordinairement? Enfin ces imposteurs n’ont de biens et d’avantages qu’autant que leur fausse religion leur en donne : voudraient-ils s’en priver en contribuant par leurs mensonges, comme ils fout tous h s jours, à ruiner leur secte, à détromper leurs plus zélés partisans et à multiplier le nombre des chrclens, leurs ennemis déclarés? Tout cela me paraît prouver évidemment que les auteurs des oracles du paganisme étaient véritablement des démons, et que les anciens chrétiens en avaient la preuve la plus sensible et la plus convaincante que I on puisse avoir.
Mais écoutons Ladance, qui ne parle pas moins clairement et avec moins d’assurance sur ce sujet que Ter lui lien. « Que l’on amène, dit-il (4), un homme véritablement possède du démon et en même temp9 le prêtre d’Apollon de Delphes lui-même. Ils frémiront également l’un et l’autre au nom de Dieu ; el
Christianos facere consneverunt, quia plurimum illis credendo, in Ciirisio Domino credimus. Ipsi litleiaruin nostrarum lidem accendunt. Ipsi s-p i nosiræfidenliatri ædificant. Ibid.
(3) Si aliera parte vere dei sont, cur se^e dæmonia menliuntur ? An ni nobis obsequanlur ? Jam ergo subjecla Christianis divinilas vestra... et si quid ad
dedecus facit æniulis suis Crédité ilhs coin ve-
mnide se loquuntur, qui mentiemibus crediiis. Nemo ad suuin dedecus inentitur, quin potins ad hono-
rem Colilis illos quod sciain, eliam de sanguine
Christianorum. Nollenl itaque vos lam Iruciuosos, lam olficiosos sibi amillere. Ibid.
(4) Denique si consiituatur in medio el îs queni constat incursion dæmenis perpeti, ci Delplnci Apolfinis vates : eoriein modo Dei nomen horrehuni, et lam celeriter excedet de vale suo A polio, quant ex homine spirilus ille dæmoniacus, et adjuralo luga toque deo suo , vates in perpeluum conlieescel. Ergo iidem sunt dæmones quos jalenlur exsecrandos esse, iidem dii quibus suppiicanl. Divin. hislit., hiv, c. -
Apollon sortira aussi vite de son faux pro* phète, que le démon de ce possédé. Et ce dieu ainsi conjuré et chassé', son faux prophète deviendra muet et se taira pour toujours. Donc les démons que les païens ont en exécration sont les memes que les dieux qu’ils adorent. » Les anciens chrétiens étaient si sûrs de chasser les démons auteurs des oracles, qu’ils s'offrent d’en faire l’expérience sur Apollon même, le principal et le plus célèbre de tous; ils la proposent comme un moyen infaillible pour connaître la vérité de leur religion et la fausseté de celle des païens. Expérience au reste qu ils a vaient faite souvent et qui ne leur avait jamais manqué, comme Lactance l’assure dans le même endroit. Pouvaient-ils douter après cela que les oracles ne fussent en effet rendus par les démons ?
J’ajoute à Lactance saint Cyprien, qui, après avoir dit que ce sont (1) de mauvais esprits qui inspirent les faux prophètes des gentils, qui remuent les fibres des entrailles des victimes, qui gouvernent le vol des oiseaux, qui disposent des sorts et qui rendent des oracles, en y mêlant toujours le faux avec le vrai, pour preuve de ce qu’il avance, ajoute : « Cependant ces mauvais esprits, conjurés par le Dieu vivant, nous obéissent incontinent; ils se soumettent à nous, ils nous avouent tout, et sont contraints de sortir des corps qu’ils obsèdent. On voit que nos prières redoublent leurs peines, qu’elles les agitent, qu’elles les tourmentent horriblement. On les entend hurler, gémir, supplier et déclarer, en présence même de ceux qui les adorent, d où ils viennent et quand ils se retireront. » 11 répète à peu près la même chose, mais en moins de paroles, dans son livre contre Démétrien (2), et il invite ce païen à venir voir de ses propres yeux la vérité de ce qu’il avance: « Venez, lui dit-il, et puisque vous faites profession d’adorer les dieux, croyez au moins ceux que vous adorez. » Remarquez, s’il vous plaît, que ces dieux ou ces mauvais esprits qui obéissent et qui se soumettent aux chrétiens, qui hurlent et qui se démènent si étrangement en leur présence, en leur avouant ce qu’ils sont et d’où ils viennent, ce sont ceux, comme l’assure saint Cyprien, qui inspirent les
(1) lli ergo spiritus sub slatuis atque imaginibus
consecraiis deliiescunt. Hi afllatu suo vatum peclora inspirant, exlorum libras animant, avium volatus gubernant, sortes regnnt, oracula efficiunt, falsa verts sent per involvunt Hi tanien adjuraii per
Deum verum nobis siatim cedunt ei fatenlur, et de obsessis corporibns exire coguntur. Videas illos nostra voce et oratione occulte tlagellis cædi, igni torqnei i, incremenlo pœnæ propagantis extendi, ejtilare, gemere, deprecari ; unde veniant et quando discedant, ipsis eliam qui se colunt audienlibus contileri. De idnlorum vaniiale.
(2) O si audite eos velles et videre, quando a nobis adjuraniur et lorquentur spiritalibus flagris, et verboi'iun lormenlis de obsessis corporibus ejiciuntur; quando eju lames et geineutes, voce liumana et potesl.ite divma flagella et verbera seutientes, venlurum judicium coiiliteulur ! Veni et cognosce esse ver.t quæ uiciiuus ; et quia sic deos colere le dicis, vel
faux prophètes des gentils, et qui rendent les oracles. Jugez après cela si les chrétiens pouvaient douter que ces oracles ne fussent rendus en effet par les démons.
Minutius Félix (3) se sert de la même preuve conlre les païens, et s’exprime presque dans les mêmes termes que saint Cyprien : car, après avoir dit que c’est aux démons qu’il faut attribuer les oracles et tontes les autres sortes de divinations qui étaient en usage parmi les idolâtres, il ajoute en leur parlant : « La plupart d’enlre vous savent que les démons eux-mêmes avouent qu’ils sont les auteurs de toutes ces superstitions, toutes les fois que par nos prières nous les chassons des corps qu’ils obsèdent. Saturne lui-même, Sérapis, Jupiter et tous les autres démons que vous adorez, avouent alors ce qu’ils sont. Et certainement il n’est pas croyable qu’ils mentent pour se déshonorer ainsi eux-mêmes, surtout en votre présence. Croyez-!es donc, et reconnaissez que ce sont des démons, puisqu’ils en rendent eux-mêmes témoignage.»
Je craindrais de vous ennuyer si je vous rapportais un plus grand nombre d’autorités sur ce sujet; mais je ne puis m’empêcher de vous citer encore celle de saint Alhanase, qui, après avoir dit que le seul signe de la croix fait évanouir tous les prestiges et toutes les illusions des démons, ajoute un peu après (De Incarn. Verbi Dei) : «. Que celui qui en veut faire l’expérience vienne, et qu’au milieu des prestiges des démons, des impostures de leurs oracles et des prodiges de la magie, il se serve de ce signe de la croix , dont les païens se moquent ; et il verra comment les démons, effrayés, prennent la fuite, comment les oracles cessent aussitôt, et tous les enchantements de la magie demeurent sans effet. »
Chap. xvui. — Exemples du pouvoir des chrétiens sur les démons auteurs des oracles. Les païens mêmes ont été obligés de le reconnaître. Réfutation de ce que l'auteur de la République des lettres propose pour expliquer le passage de saint Alhanase. La présence d'un seul chrétien inconnu rendait les oracles muets et confondait les aruspices.
Qu’en pensez-vous, Monsieur? Les an-
ipsis quos colis crede. Contra Demelrianum.
(5) Isti igitur impuri spiritus dæmones, ut ostensoir) a magis et philosopbis et a Platone, sub slatuis et imaginibus consecraii deliiescunt, et afllatu suo auctorilalem quasi præsenlis nuntinis consequuntur, diun inspirantur intérim vatibus, dum fanis iiiuiioranltir, dum nonnumquam exlorum libras animant, avium v.datus gubernant, sortes regnnt, oracula ef-
ficiunt falsis pluribus involula llæc omnia sciunt
plerique vesirum ipsos dæmones de semelipsis confiieri, quolies a notas lormenlis verborum et orationis incendiis de corporibus exiguntur. Ipse Saturims et Serapis et Jupiter et quidquid dæmonuin eolilis, vicli dolore quod sunt eloquimtur. Nec clique in turpiludinem sui, nonnullis præsertim vesirum assisteniibus, menliuntur. Ipsis lestibns eos esse dæmones de se verum conlileniibiis crédité; adjuraii enim per Deum verum el solum invili, miseh,curportbus inhurrescunt, etc. In Octatiio.
REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE
ciens chrétiens pouvaient-ils avoir des preuves plus fortes et plus convaincantes du sentiment qu’ils avaient appris de l’Ecriture, que les démons étaient les auteurs des oracles, puisque par leur présence, leurs prières, le signe de la croix, l’invocation du nom de Jésus-Christ, ils faisaient taire ces oracles et en chassaient les démons; puisqu’ils obligeaient Saturne, Sérapis, Jupiter, Esculape, Apollon et tous les autres dieux du paganisme qui rendaient des oracles, d’avouer, en présence même de leurs adorateurs , qu’ils n’étaient que des démons imposteurs, puisqu’ils les contraignaient d’abandonner les prêtres qu’ils inspiraient et par qui ils rendaient leurs réponses? Si, pour vous assurer davantage de ce pouvoir merveilleux des chrétiens sur les oracles du paganisme, il était nécessaire de vous en produire des exemples bien authentiques, je vous citerais celui de saint Grégoire de Néocésarée, rapporté par saint Grégoire de Nysse (In Vita S. Gregorü Neocœsar.), celui du saint martyr Babylas, rapporté par saint Jean Chrysoslome ( Hom . de S. Babt/la) , et plusieurs autres pareils. Mais, outre que nous pourrons en parler encore dans la suite, j’espère que vous ne serez pas plus incrédule làdessus que les païens, qui avouaient le fait, tant il était évident, quelque honteux qu’il leur fût d’ailleurs. Ils étaient, dis-je, obligés de reconnaître que leurs dieux ne pouvaient paraître partout où il y avait des chrétiens , que leurs oracles se taisaient , que les sacrifices et toutes les sortes de divinations qui étaient en usage parmi eux ne pouvaient réussir ; mais ils disaient pour leurs raisons (1) que cela venait non pas du pouvoir et de l’autorité des chrétiens sur leurs dieux, mais de l’horreur et de la haine que ces mêmes dieux avaient pour les chrétiens et pour leur religion.
Vous n’apporterez pas sans doute celte raison; mais vous direz peut-être ce que j’ai lu dans l’auteur de la République des lettres (Avril 1699), qui, à propos de l’endroit de saint Athanase que j’ai rapporté, dit que la raison pourquoi les oracles cessaient en présence des chrétiens , c'est que les païens en imposaient facilement aux peuples tandis qu'ils n'avaient personne qui les éclairât , mais qu'ils n'osaient rien entreprendre de pareil
(1) Arnob., 1. 1 adversns Gentes : < Dnus fuit e nobis qui deposito corpore imiumeris hominum prompta se in luce deiexit... cujus nomen auditum fugat noxios spiritus, imponit sdentium valibus, aruspices inconsullos reddit, arroganlium magorum frustrari effieil acliones, non horrore ut dicins nominis, sed majoris licenlia potestalis. » Laciantius, I. iv Divin. InstU., cap. 27 : < Sed aiunl hoc deos non indu, veruin odio facere, quasi quisquam possit odisse nisi euni qui aut noceal aut nocere possit; imo vero cnngruens majeslati fuit, ut eos quos oderant præsenlibus pœnis afticerent potins quant logèrent. » Vid. Theodoret. Hist. I. iii, cap. 5.
(2) Laciantius, I. îv Divin. Inslit. : « Nam cuin diis suis immolant, si assistai atiquis signalai» fronlem gerens, sacra nullo modo lilanl, nec responsa potes t consulats reddere vaies. Et liæc sæpe causa præcipua justifiai» persequeudi uta'is regibus fuit.
en présence des chrétiens , de peur que leur fraude ne fût découverte. Les chrétiens, selon cet auteur, étaient si éclairés et si habiles à découvrir les fourberies des prêtres des idoles, que ceux-ci n’osaient point rendre leurs oracles en leur présence; et néanmoins ces mêmes chrétiens étaient si simples et si stupides, qu’ils croyaiont chasser des démons et faire des prodiges, lorsqu’ils n’obligeaient que quelques fourbes à se taire et à demeurer tranquilles. Ils produisent ce pouvoir merveilleux qu’ils ont de chasser les démons et d’imposer silence aux oracles , comme une preuve évidente de la vérité de leur religion : ils invitent les païens à en faire l’expérience quand il leur plaira; ils les défient sur ce sujet avec une assurance surprenante, et ils ne s’aperçoivent pas que ce pouvoir admirable dont ils S6 glorifient dans tous leurs livres n’est qu’une chimère et une illusion grossière. Mais pourquoi les prêtres des idoles n’entreprenaient-ils pas de les confondre une bonne fois en acceptant leur défi? Ces gens, qui fourbaient toute la terre depuis tant de siècles, ne pouvaient-ils pas tromper encore quelques chrétiens en rendant des oracles en leur présence? N’étaient-ils pas engagés par les raisons les plus pressantes à faire tous leurs efforts et à employer leurs fourberies les plus raffinées pour y réussir? Ne voyaient-ils pas qu’il y allait de l’honneur de leur secte, de leur réputation et de leurs intérêts mêmes, qui souffraient infiniment de ce silence qu’ils affectaient? Devaient-ils donc contribuer ainsi à la ruine de leur religion, de leur autorité et de tout ce qui leur était le plus cher? Devaient-ils donner aux chrétiens de si justes sujets d’insulter à leurs dieux, et à leurs partisans de si justes causes d'en abandonner le culte, comme il arrivait tous les jours? D’ailleurs ils étaient dans leurs temples, au milieu d’une multitude d’idolâtres, souvent même en présence de leurs empereurs : qu’avaient-ils donc à craindre? Si quelque chrétien eût osé ouvrir la bouche pour crier à la fourberie, n’aurait-il pas été assommé sur-le-champ, comme un calomniateur et un ennemi déclaré des dieux? Et néanmoins il est arrivé plus d’une fois dans ces occasions que la présence (2) d’un seul chrétien inconnu, d’un enfant même armé du
Cum enim quidam noslrorum sacrificainibus doininis assistèrent, imposilo fronlibus signo deos eorum lugavernnt, ne possent in visceribus hostiaruin futura depingere. Quod cuin intelligerent aruspices instigantibus iisdeni dæinonibus quibus prosecrarant , conquerenies profanes liomines saeris intéresse adegerunt principes suos in lurorern, etc. »
Prudenlius in Apollieosi :
Principibus tamen e cunctis non defuit unns Me puero, ut memini, ituclor fortissimus arniis...
Forte litans Hecalen placabal sanguine mutin...
Cum subito exclamai media inter sacra saeerdos Pallidus : En quid ago? Majus, rex optime, majus Numeu nescio quod noslris intervenu aris...
Nescio quis certe subrepsit Cliristicolarum
Hic juvenum, genus hoc hominum tre i.il milita et omao
Pulviuar divum, louis procul absii et unctus ..
Dix» et exsanguis collabilur, ae vetul ipsum Cerneret exerto iniuilauiem fulmine Cïirisuuu.
signe de La croix, a fait taire tous les oracles et tous les faux prophètes, et confondu les augures et les aruspices, au grand étonnement des païens et des empereurs mêmes.
Qui ne voit donc combien la conjecture de cet auteur est ridicule? Mais H fallait bien trouver quelque défaite pour éluder ce passage de saint Athanase, à cause des conséquences qui étaient trop visibles et trop embarrassantes pour un protestant.
Ch ap. xix. — Troisième raison qui persuadait les anciens chrétiens que les oracles venaient du démon ; c'est quils portaient à toutes sortes de crimes, d'impiélés et d'abominations détestables. Ce sont les oracles qui ont commandé les sacrifices où l'on immolait des hommes. Ces sacrifices n'ont pu être commandés que par des démons ou des hommes possédés du démon.
Enün, la troisième raison que les chrétiens avaient pour croire les démons auteurs des oracles, était que tous ces oracles ne portaient qu’à toutes sortes de crimes et d’infamies détestables : d’où ils concluaient que les oracles ne pouvaient venir que de ces malheureux esprits qui ne cherchent qu’à perdre les hommes et à les précipiter dans toutes sortes d’égarements et de désordres. Eusèbe s’étend beaucoup sur cette
Ipse qiioqne exanimis, posito diademate, princeps Pallel el astantes circumspicit : ecquis alummis Clirismaiis, inscripto signaret tempera sigtio,
Qui Zoroaslræos lurbassel fronte susurres.
Ariniger e cuueo puerorum flavicotnanlum Purpurei cusios lateri > deprenditur unus,
Nec negat, ac signum Chnsti se ferre faietur.
Prosiluit pavidus, dejerto antislile, princeps, MarmoreunV fugiens uullo comilante sacellum.
(t) Al cuin ex dæmonibus alins quidem bonus, alios vero mains esse dicat (Porpliyrius), videarnus porro quibus argumenlis deos ab islis celebratos non bonos, sed malos fuisse dæmones constare certo possil. Eqnidem vel bac ipsa ratione confici rem exisiimo. Quidiiuid bonum est, prodesse solet, nocere vero, coiitrarium ; aiqui si quotquot seu dii seu dæmones passim et ubique pr;edicantur, illi ipsi, inquuin, isiorum omnium ore jactad alque a gentibus culti miiversis, Satin nus, Jupiter, Juno, Minerva, idque genus cæteri, adeoque virtutes ilhe quæ sut) aspecium non caduot, quique per simulacra vim suam exeriml dæmones; eos, inquam, omîtes, si non nmdo bruiarum animantium, verum etiam hominurn cædibus ac sacriftoiis de'ectari, sicque miscrorum animis exitium afferre ostendetur; quarn lu diriorem ista perniciem eogitare pnssis... Itaque pater unigenam lilium, materque filiolam charissunam dæmonibus immolabaul; et familiares propinquo-que suos, perinde ac brûlas alienasqne pecudes, bomines amicissimi jtigulabanl; adeoque per urbes passim et pagos ; di s videlicet egregiis domesiieos quique suos popularesque maclabani, liumanani sensuque cognatain naiuram ad trucem immanemque crudeliiaiem acuentes, ac lurioso vereque a dæmonibus invecto more sævienies. Enimvero, seu Græcam, seu Rarbaram Insloriam exculias, occurret tilii eoutinuo quemadmodum alii lilins, (ilias alii, alii denique semetipsos dæmouum sacriliciis devoverent. Prœp. Evang., lit), iv, cap. 15, Vigero interprète. — Eusèbe montre ensuiie, par une inimité (le témoignages tirés de Porphyre, de Pliilon te Phénicien, de Diodore de Sicile et de Clément d’Alexandrie, combien celte détestable brutalité d’immoler des hommes était répaudue dans
preuve, et l’établit par un très-grand nombre de témoignages tirés des auteurs païens, et surtout par les oracles que Porphyre avait cités dans son livre de la Philosophie.
Eusèbe montre premièrement (1) que ce sont les oracles qui ont porté les hommes à immoler d’autres hommes , à offrir aux dieux des victimes humaines et à faire ces sortes de sacrifices sanglants qui étaient autrefois si communs parmi les idolâlres. Il le prouve particulièrement par l’autorité de Denis d’Halicarnasse , à laquelle il serait très-aisé d’en ajouter un très-grand nombre d’autres tirées de Pausanias (Lib. vi, cap. 6), de Plutarque ( In Parall.), d’Elien (For. Hist. lib. xii, cap. 28), de Macrobe (2), d'QEuomaüs (3) , de Virgile (4) et de plusieurs autres, qui tous rapportent quelques-uns do ces oracles qui ont exigé des victimes humaines. 11 est visible qu’une pareille barbarie n’a pu être commandée que par les démons. Les hommes en ont naturellement de 1 horreur : ils ne l’ont même jamais soufferte qu’avec une peine et une violence extraordinaires ; et cela ne se pouvail pas faire autrement, puisqu’on leur enlevait par là souvent leurs propres enfants pour les sacrifier impitoyablement aux idoles.
Quand Eusèbe n’aurait point apporté d’autres raisons de son sentiment, celle-ci de-
tout le paganisme; mais celui de Denis d’IIalicarnasse montre de plus qu’elle avait été introduite par les oracles.
(2) Macrobius, Salnrn. 1. 1, cap. 7 : < Pelisgi. sicut Varro memorai, tum sedibns suis pulsi diversas terras pelissent, confluxerunt plerique Dodonam, el mceru quibus adliærerent locis, ejusmodi accepere responsuin.
IreiyjTt [/.uiouevov ot/.sImv Surovpviav aiuv,
'H§ 'Aëopiyzv éuv y.orvlnv, où vû.uoç oyshai,
A Fff ùvufuyOév reç Sexcxzrjv ixmy.'hu.ze 'ioiêry,
Kat y.efûdù; âSn '/.ai tû ïlazpi nefiTzeze yâ>~u... Clinique diu liumanis capitibus Ditem et virorum victimis Saturnum placare se crederent... llerculem ferunt postei cum Caryonis pecore per Italiam reverlenlem, suasisse illorum posteris, ui lausiis sacriliciis infausla muiareiit. > Idem oraculuin refert Laciamius I. i Divin. Inslit., cap. 21, de quo prælerea Dionysius Habcarn. apud Euseb. loco c.it.
(5) OEnomaus apud eumdém, I. v Prœp. Evang., cap. 27, hoc Apoilinis refert oraculuin Messeniis redditnm :
Uu.pQévov Aj7tutio« -Anpo; y.Aiï, Ÿjv t ivz Soins Av.iu.oai vspzîpiot; , y.ù.tev acocrsta; \.0oip.nv.
Et cap. 19 illud Albeniensibus datum de expianda cæde Androgeo :
Aoiptoû y.où hpov rélo; ecr/rer ou, rjv ireo suvtüv ï.ùfi.a.T ùirb ylnpov u.ppev y.u.i ôrjÀu véftnre Mtvw’., s is (Au Sïuv ÙTcouziAovzes, àyoïênv Tüv ùSiy.uv epycov. Ovroi O.oç Aaos eut ai.
De eodem Virgilius, Æneid. I. vi :
In foribus lellium Androgeo, lum pendere pœnas Cecropiuæ jussi, nuseruiu seplena quot anuis Corpcra uaLuruin, stat duclb soriibus urna.
(4) Æneid. 1. h :
Sanguine placastis ventos et virgine cæsa ('.uni primutn lliacas Danai veuisiis ad oras;
Sanguine quæreudi redilus, auimaque litanduu» Argolica.
1057 REPONSE A I/IIISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE
vrait sufQre pour en convaincre tout homme de bon sens, et pour lui faire reconnaître qu’il n’est pas possible que les oracles n’aient eu pour principe que la fourberie des prêtres des idoles. En effet, quelle apparence que de simples fourbes, quelque méchants qu’on les '•uppose, aient exigé de pareils sacrifices? Quel avantage en pouvaient-ils espérer? Quels affreux châtiments au contraire ne devaient-ils pas attendre, si, après avoir commandé et exécuté ces sanglantes tragédies , on eût découvert leurs fourberies , comme ils devaient à tout moment l’appréhender? Est-ce que les hommes se livraient ainsi aveuglément à une mort cruelle sans s’assurer auparavant de la vérité de l’oracle, sans ouvrir jamais les yeux aux fourberies barbares, à la faveur desquelles les prêtres des idoles se jouaient ainsi de leur vie? On a vu des peuples entiers abandonner leur patrie et leurs biens pour éviter d'être obligés de se soumettre à ces oracles sanguinaires ( Dionys . Halicarn. apud Euseb. loc. cil.), et jamais la pensée ne ieur serait venue de se défier de l’imposture de leurs prêtres ? Oh 1 Monsieur, si l’on peut croire que des hommes ont pu se jouer ainsi de la vie des autres hommes pendant des siècles entiers, sans que l’on ait pu jamais découvrir leur fourberie, que ne peut-on pas croire après cela?
Chap. xx. — Les mêmes oracles ont autorisé les impudicités détestables qui se commettaient dans les temples des païens, dans leurs jeux, danslmrs mystères et dans leurs fêles. Us ont enseigné la magie. Ils ont causé une infinité de meurtres et de guerres. Ils ont fait mettre au rang des dieux des impies et des scélérats. Ils ont introduit dans le monde le dogme de la nécessité fatale. Conclusion de cette première partie de la Réponse.
Eusèbe fait voir en second lieu que ce sont encore les oracles qui ont commandé
(1) Verumtamen improborum dæmonum lotnm id fuisse clarius etiam intelliges, si de inf inda ilia efïusaque scortandi libidine, cujus etiamnui» apud Ileliopolim Pliœniciæ nique aiios plerosque populos uses est, lecuin ipse cogilaverN. Adulleria siquidein, corruplelas, abaque id gémis ineesia flagaia, sic lanquani debilum aliquod in deormn suoruin ml Lu repræ»eiilanda esse defendunt, adeoque lurpiludinis indignissimæ suas quoque primilias ipsis offerendas, fœdi videlieel iufamisque coioinercii Iriicium iis perinde ul ex.mium ipioddam grali animi nioniinentuin consecrando. Suni enim humauarum Imstiaruin islhæc alfinia. Quod si ab bonriine lemperante ac moderato aiienum est, non modo cædibus, verum etiam diciu Pedis libidmibus, nefariisque mulierciilarum speriem vnialem babentiiim slupris deleciari : longe profecto dicemlum esl seu deos,seu bonus etiam d;emoues ab iis expeiembs ac probandis abcsse. Præ~ pur. Evang. lib. iv, cap. 16, sub lin.
(2) Clemen» Aiexand., in Protrept. ; Arnobius, adv. Genies', Augusi., I. de Civil., cl alii.
(5i Euseb., 1. v Prœp. Evang., eap. 8, 9, 10, 11, 12, 15, 14, etc. « Jam vero (inqnit cap. 10, sub linèm) non alios ab initie malelicæ artis magistros, quam ipsamet egregia numina constat. Qui enim islbæc liomines aliter nosse poluissent, nisi dæmones iis res ipsi suas aperuissent, etquibus quique vinctiiis cunstriogantur, indicassenl ? Neaue vero nostram
ou autorisé toutes ces impudicités monstrueuses qui se commettaient publiquement dans les temples des idoles, comme autant d’actes de religion très- agréables aux dieux (1). Si je n’avais horreur de la pensée même de toutes ces infamies, je les exposerais ici, en rapportant ce que tes Pères de l’Eglise (2j ont été obligés d’en dire pour confondre les païens. J’y ajouterais les abominations de leurs mystères, de leurs jeux et de leurs fêtes, qui toutes venaient de la même source et avaient les mêmes auteurs que les oracles. Par là je suis sûr que je ferais avouer aux plus incrédules qu’il n’y a que Je démon, cet esprit impur, comme le Sauveur du monde l’appelle, qui ait pu porter les hommes à toutes ces impudicités abominables.
En troisième lieu, Eusèbe montre que les oracles ont enseigné la magie (3), que vous reconnaissez vous-même venir des démons* et il le prouve fort au long parle témoignage de Porphyre et des oracles que ce païen "a produitspour autoriser sa philosophie ihéurgi que, à laquelle la plupart des philosophes de son temps étaient comme lui extiêmemcnt adonnés.
En quatrième lieu Eusèbe fait voir ( Prap , Evang. I. v, cap. 20, 21, 2k, 27, etc.) que les oracles ne por. aient qu’à l’idolâtrie, aux guerres, aux meurtres, aux séditions, et avaient été cause de la mort d’une infinité do gens et de la ruine entière des royaumes et des républiques. Gela convient, comme ou voit, assez bien à celui dont le Sauveur du monde dit dans l’Evangile, qu’t/ a été homicide dès le commencement (k).
En cinquième lieu (5), que les oracles louaient des impies et des scélérats reconnus pour tels , comme le poêle Archiloque et l’athlète Cléomède, à qui même ils avaient ordonné que l’on rendît les honneurs divins.
En sixième lieu, enfin (6), que les oracles enseignaient que rien n'arrivait et ne se lai-
lianc orationem esse putes; quippe qui niliil istorum
a nobis aut intell igi aul expeti fateamur Idem a
nobis tesiis producatur qui ei sapi mis a suis habelur, et omîtes religionis palriæ rationes accurate non modo novit, sed etiam exposuil, Ille igilur in laudaia oraculorum eolieclione ad verbum babel quai sequuniur. Neque tanlum, inquit, proprias insiiiuli sui rationes aut cæiera quæ a nobis commémorai» suni, verum quibus ipsi rebus aut deleclemur aul vinciantur, imo quibus etiam coganlur, mdicaninl. Qmbus item bosliis rem sacram lieri, quos dies caveri, quam in formam ac speriem simulacra couligurari oporteai ; quonanupsi ore babiiuqne appareant, quibus in loris assidui suit, en . >
Q) Joan. vin, 44 : llle homicida crat ab initio, et in verbale non si ei il, quia non est veritas in e >.
(5) Euseb., Prap. Evang. lib. v. cap. 55, 54:
’AÔtzvaTOf c rot naî; yod àcuSip.'); w T AsoïxXaç
"ETOTct’ èv K'/jpÙTZOLÇ. ’o Si irai; «v ’Ap zikùzoc.
De Cleomede vero :
"ïa-xaTO? 'Hpwwv lOzop/iSriç 'Aarvnuïoaeùf,
*Ov Suciatj t ip.KÔ’ cüç o 'j x en Qvrirôv zù-jzu.
(6) Jam vero cuin dæmon omnia illis suis oraoulis ex fati necessitaie suspendal, atque id etiam quod pro libertalis uosiræ inouï ac polesiaie agiior, funditus sublalnm eadem serviiute conslriugai ; videsis, olisecro, quam in exilialem dogmaium peslem suos ille seciatorcs conjecerii. Nam si asiris aiquc fato
sait dans le monde que par une nécessilé fatale. Dogme détestable, qui, comme Ensèbe le montre avec beaucoup de force et d’éloquence, ruine toutes les vertus, renverse toutes les lois et autorise tous les crimes. De tout cela il conclut qu’il n’y a que les démons qui aient pu être les auteurs de tous ces oracles si pernicieux. Théodoret emploie à peu près les mêmes preuves ( De Grcec. Affect, cur., serm. 10 de Orac.) , mais plus en abrégé, et en conclut la même chose. Origène en ajoute encore quelques autres, d’où il tire la même conclusion contre les païens ( Lib . vu contra Celsum). Enfin, Athénagore prouve la même vérité ( Apol . pro Christian.) par l’extravagance et l’impiété des superstitions
non externarum modo rerum, sed earum etiam cupiditatum qu;e mentis et intelligeutiæ ductum sequontur, alligandæ raliones erunl, si humanæ cogitationes atque sentenliæ vi quadam inexoi abilis necessitatis agentur, nulla jam profecto philosophia est, nulla religio, probis laus ex virlule nulla; nulla Dei benevolenlia, nullus denique fructus susceptorum laborum conlentione dignus, cum uecessiiati aique fato rerum causæ omnium assignenlur. Enimvero nec improbis deineeps ant intpiis, ontniumque
païennes, qu’il montre ne pouvoir venir que des démons.
Je ne sais, Monsieur, si ce qui a convaincu ces grands hommes et avec eux toute l’antiquité chrétienne suffira pour vous persuader. Quoi qu’il en soit, je vous prie d’examiner ces raisons sur lesquelles ils ont cru que les démons étaient les auteurs des oracles du paganisme ; et de me dire ensuite, si, pour en être convaincus comme ils l’étaient, ils pouvaient avoir des preuves plus certaines et plus convaincantes que le témoignage de l’Ecriture sainte, le témoignage de leurs yeux et de leurs oreilles, et enfin celui des oracles mêmes.
adeo scelerum turpitudine laboranlihns succensendum eril, nec viruilis amatoribus laudis quidquam
honorisque tribuendiim Videergo quam in exi-
tialium dogmalum voraginem clientes suos egreiua numina conjecerinl, aique ut ejusmodi sententia, dum ad nequitiam, injuriariim licentiam, aliorumque malorum vim ac muliitudiiiein intinilam exsünmlai, vitæ simul universæ perniciein ullunain inolialur. Nam ubi quis semel præclaris deorum permolus oracutis, etc. P) cep. Evang ., lib. vi, cap. 6