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TROISIÈME PARTIE

DANS LAQUELLE ON MONTRE QUE LES ORACLES DU PAGANISME ONT CESSÉ APRÈS LA NAIS- SANCE DE JÉSUS-CHRIST, PAR LE POUVOIR DE SA CROIX ET L’INVOCATION DE SON NOM , ET L’ON RÉPOND AUX RAISONS ALLÉGUÉES AU CONTRAIRE PAR L’AUTEUR DE L’HIS- TOIRE.

Chapitre premier. — Raisons générales qui ont dû détourner l'auteur de l'Histoire d'entreprendre de ruiner le sentiment des Pères de l'Eglise touchant le temps de la cessation des oracles. Il n'a point dû s'en tenir sur ce sujet à l'autorité de M. Van- Dale. Il suppose aux Pères de l'Eglise une opinion qu’ils n'ont jamais eue. Quel a été leur véritable sentiment.

Avouez la vérité, Monsieur : n’avez-vous pas senti quelque répugnance en travaillant dans votre seconde dissertation à prouver que les oracles n’avaient point cessé à la venue du Sauveur du monde ? Vous vous êtes vu une seconde fois obligé de vous opposer seul au sentiment des Pères de l’Eglise, et même des auteurs profanes qui ont reconnu cette vérité si glorieuse à notre religion. Et cela doit naturellement faire de la peine à un homme sage, qui respecte l’autorité de ces grands hommes, et qui sait combien il est dangereux de s’opposer à leur sentiment unanime. De plus, il n’est pas possible que vous n’ayez remarqué que votre opinion donnait atteinte à la gloire du Sauveur du monde, qui a été reconnu jusqu’à présent pour le destructeur de l’idolâtrie, et par conséquent des oracles qui en faisaient la partie la plus considérable et le plus ferme appui. Il semble néanmoinsque vous vouliezinsinuer qu’il n’a point eu part à ce grand événement. Vous ne parlez que des édits des empereurs chrétiens, lorsqu’il s’agit de l’extinction de l’idolâtrie; et vous attribuez la cessation des oracles en partie à ces mêmes édits, et en partie au mépris que les Romains et quelques sectes de philosophes en ont fait ; aux crimes et aux fourberies des prêtres des idoles. D’où il s’ensuit que le plus grand miracle du christianisme, qui est son établissement sur les ruines du paganisme, s’est fait d’une manière tout humaine et toute naturelle, sans que l’on y trouve rien qui doive être attribué au pouvoir de Jésus- Christ. Il est rude à un chrétien de se voir obligé de diminuer la gloire de celui qu’il reconnaît pour son Dieu, et de dissimuler, contre son inclination, que c’est à lui qu’il doit le bonheur qu’il a d être délivré des ténèbres du paganisme et de la tyrannie du demou.

Vous me direztpeut-être que vous avez cru devoir sacrifier toutes ces répugnances à la vérité, qui doit l’emporter sur toutes sortes de considérations. Le prétexte est spécieux; mais il me semble que vous deviez auparavant vous bien assurer de cette vérité, en consultant les Pères de l'Eglise dans lenrs ouvrages, et en examinant soigneusement le sens de leurs paroles, sans vous en tenir à l’autorité de M. Van-Dale, qui vous devait être suspecte en ces matières pour bien des raisons. Si vous l’aviez fait, habile et éclairé comme vous l’êtes , vous eussiez reconnu sans peine que le sentiment des Pères de l’Eglise sur le temps de la cessation des oracles est clair, certain, indubitable et parfaitement conforme à la vérité. Mais vous n’a-' vez pas jugé à propos de prendre cette peine : vous vous en êtes rapporté de bonne foi à ce médecin anabap'iste, et vous avez cru, sur son autorité, que les saints Pères avaient dit que, dans le moment même de la naissance de Jésus-Christ, tous les oracles sans exception avaient cessé dans toutes les parties du monde. Ensuite de quoi il ne vous a pas été difficile, en suivant toujours votre guide, de montrer que ce sentiment est faux, puisqu’il est constant qu’après la naissance du Sauveur du monde il y a eu encore des oracles que l’on a consultés.

Or, Monsieur, je crois pouvoir vous montrer évidemment que les Pères de l’Eglise, et en particulier Eusèbe, que vous attaquez ici personnellement, n’ont jamais dit ni pensé ce que vous leur faites dire, et que c’est là une idée fausse et chimérique que M. Van- Dale leur a prêtée, pour avoir lieu de les réfuter et de ruiner, s’il le pouvait, leur autorité.

Quel est donc, me direz-vous, leur véritable sentiment ? C’est que les oracles du paganisme ont cessé après la naissance du Sauveur du monde et la prédication de son Evangile, non pas tout d’un coup, mais à mesure qu’il a été connu des hommes, et que sa doctrine salutaire a été reçue partout. Ils donnent le temps de sa naissance pour celui auquel les oracles ont commencé à tomber en ruine, par la fuite des démons qui en étaient les auteurs, mais non pas pour le moment précis où ils ont été ruinés entièrement dans toutes les uarties du monde. Us

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enseignent enfin que cet événement miraculeux doit être attribué à Jésus-Christ, à son pouvoir sur les démons, et à celui qu’il a donné aux chrétiens de les chasser en son nom. 11 est juste de vous donner des preuves de tout cela : en voici quelques-unes.

Chap. ii. — L'on montre qu'Eusèbe n'a point dit que les oracles des païens aient cessé dans le moment de la naissance de Jésus- Christ , mais seulement après la publication de son Evangile. Eusèbe prouve son sentiment par le témoignage de Porphyre. Nouvelle preuve du sentiment de cet auteur , tirée de ses livres de la Démonstration évangélique.

Je commence par Eusèbe, qui, au commencement du ve livre de sa Préparation évangélique , dans le titre même du premier chapitre, parle ainsi : « L’on continue de prouver que les oracles des gentils sont l’ouvrage des mauvais démons, et l’on montre de quelle manière, après la publication de l’Evangile de notre Sauveur, ces oracles ont cessé. » Vous voyez, Monsieur, qu’il ne dit pas qu’ils ont cessé dans le moment même de la naissance de Jésus-Christ, mais seulement après la publication de son Evangile, ce qui est très-différent. Il commence ensuite son premier chapitre en disant que, « quoique ce qu’il a dit jusqu’alors montre clairement que les dieux des gentils ne sont ni des dieux, ni même de bons démons, il ne laissera pas d’en apporter de nouvelles preuves, afin que l’on connaisse mieux l’avantage que la doctrine évangélique du Sauveur du monde a apporté aux hommes, en les délivrant de la servitude où ils étaient. » II ajoute incontinent : « Ecoulez donc comment les auteurs païens eux-mêmes avouent que leurs oracles n’ont cessé que dans le temps que la doctrine salutaire de l’Evangile a commencé à se répandre sur la terre et à éclairer les hommes de ses vives lumières; et nous montrerons incontinent que ce n’est qu’après la naissance de Jésus-Christ que l’on a commencé à parler de la mort des démons, et que ces oracles autrefois si fameux ont cessé. » Ce n’est donc qu’après la naissance du Sauveur du monde et la publication de son Evangile qu’Eusèbe assure que les oracles ont cessé. Ensuite, pour prouver ce qu'il a avancé touchant cette cessation des oracles, il produit le témoignage de Porphyre, qui dans le livre qu’il a fait contre la religion chrétienne a dit ( Apud Huseb., loc. cit.) : « Faut-il s’étonner si les maladies régnent dans la ville depuis si longtemps, puisque Esculape et les autres dieux se sont retirés d’entre les hommes? Car depuis que l’on a commencé à adorer le Christ, personne n’a ressenti aucun bienfait public des dieux. »On voit que Porphyre parle des oracles d’Esculape , dans lesquels cette divinité ou plutôt ce démon guérissait en songe les malades, en leur apparaissant et en leur prescrivant les remèdes dont ils devaient se

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servir. Ces sortes d’oracles avaient donc cesse alors, de 1 aveu même de Porphyre, p;ir le pouvoir de Jésus-Christ, ainsi que la plupart des autres. Et c’est là la preuve qu’apporte Eusèbe pour montrer qu’après la publication de l’Evangile les oracles, de l’aveu même des païens , avaient été réduits au silence.

Pour prouver ensuite ce qu’il a dit, que ce n’est que dans ce temps-là non plus que b s païens ont débité des histoires touchant la mort de leurs démons pour expliquer la cause de ce silence si surprenant, il produit l’oracle d’Apollon que vous avez rapporté, et ensuite l’autorité de Plutarque, et son histoire de la mort du grand Pan ; après quoi il conclut ainsi ( Euseb ., ibid., cap. 17) : «Vous pouvez donc reconnaître par là le temps auquel l’empire des démons a été aboli, de même que la coutume d’immoler des hommes, ce qui n’est arrivé qu’après que l’Evangile a été annoncé aux hommes. » Vous voyez, Monsieur, que le temps qu’Eusèbe assigne à ces deux événements qu’il joint ensemble fcc que je vous prie de remarquer) n’est pas précisément le moment de la naissance du Sauveur du monde, mais le temps auquel son Evangile a été annoncé aux hommes. II avait dit immédiatement auparavant que « la mort de ce démon (c’est-à-dire, selon Eusèbe, le commencement de la ruine de l’empire du démon) était arrivée sous le règne de Tibère, dans le temps que le Sauveur du monde chassait les démons, ainsi qu’il est rapportédansl’Evangile. » N’est-ce pas en effet dans ce temps-là, comme Eusèbe le remarque, que le Fils de Dieu a commencé à renverser l’empire du démon, à chasser ce prince du monde, comme il l’appelle, à lier ce fort armé et à détruire toutes ses œuvres, qui est la fin pour laquelle l’Ecriture nous apprend qu’il est venu sur la terre (1)?

Cet ancien auteur parle de la même manière sur le temps de la cessation des oracles, dans le ve livre de sa Démonstration évangélique , où, après avoir répété en abrégé les prouves qu’il a apportées dans ses livres de la Prépai ation , pour montrer que les démons étaient les auteurs des oracles, il ajoute : « Enfin, une marque évidente de leur faiblesse, c’est qu’à présent ils ne rendent plus de réponses comme auparavant; ce qui n’est arrivé que depuis la naissance de Noire-Seigneur Jésus-Christ: car, continue-t-il, depuis que sa doctrine a été répandue dans toutes les nations, les oracles ont cessé. » Vous royez, Monsieur, qu’Eusèbe ne dit jamais que les oracles ont cessé précisément dans le moment de la naissance de Jésus- Christ, mais après, et depuis que sa doctrine a été répandue dans le monde. Vous avez pu remarquer aussi que par ces paroles dont il se sert dans le dernier passage que j’ai tiré de sa Préparation évangélique (ce qui n’est arrivé qu’après que l’Evangile a été annoncé aux hommes), il compare le temps qui a précédé la naissance de Jésus-Christ etli

REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE

(1) J Joan. m : In hoc apparaît Filius Dei , ut dissolvat opéra diaboli.

prédication de son Evangile, avec celui qui l’a suivi. Dans celui qui a précédé, les oracles ont toujours subsisté, les démons ont toujours trompé les hommes par les illusions de leurs réponses prophétiques ; dans celui qui a suivi, c’est-à-dire depuis l’incarnation du Fils de Dieu, depuis que l’Evangile a été annoncé aux hommes, les démons ont été chassés, les oracles ont été réduits au silence. Quand les paroles d’Eusèbe seraient obscures ou ambiguës, il me semble que cette comparaison qu’il fait du temps qui a précédé Jésus-Christ avec celui qui l’a suivi devrait seule vous faire connaître qu’il n’a pas été dans le sentiment que vous lui attribuez.

Chap. iii. — Ce qu’ont pensé les autres Pères de l’Eglise touchant le temps du silence des oracles, et en particulier saint Athanase. Terlullien , saint Cgprien, Minutius Félix et Lactance, supposent, comme lui, que tous les oracles n’avaient point cessé dans le temps de la naissance de Jésus-Christ. Autre preuve tirée du même saint Athanase, qui fait voir clairement dans quel sentiment il a été sur es sujet. Témoignages de saint Cyrille d’Alexandrie, de Théodoret, de Prudence, de l’auteur des Questions et des Réponses aux orthodoxes, et de saint Jérôme.

Mais écoutons les autres Pères de l'Eglise, qui vous feront connaître encore plus clairement votre erreur, et qui nous apprendront ce que l’on doit entendre quand on dit que les oracles ont cessé à la naissance de Notre-Seigneur. « Autrefois, dit saint Athanase [De Incarn. Verbi Dei), les oracles de Delphes, de Dodone, de la Béotie, de la Lycie et de l’Egypte, étaient remplis des impostures de la magie : la Pythie était admirée de tout le monde ; mais depuis que Jésus-Christ est annoncé partout, celte fureur a cessé et on ne voit plus de ces devins. Autrefois les démons s’étant emparés des fontaines et des tleuves, des idoles de bois ou de pierre, séduisaient les hommes par leurs prestiges. Mais à présent, depuis que le Fils de Dieu a paru, ces illusions ont cesse, parce qu’avec le seul signe de la croix on les fait disparaître. » Il est visible que saint Athanase n’a point prétendu que tous les oracles aient ce ssé dans le moment même de la naissance du Sauveur du monde, puisqu il dit clairement que ce n’est que depuis qu’il a paru et qu’il a été annoncé partout, et qu’il ajoute que l’on fait disparaître toutes ces illusions par le signe de la croix, qui assurément n’a commencé à être en usage qu’après la mort du même Sauveur, lorsque le grand mystère de sa croix a été reconnu pour le principe et la cause du salut des hommes.

Bien plus, vous avez pu remarquer, dans la première partie de celle Béponse, que le même saint Athanase, ainsi que Terlullien, 6amt Cyprien, Minutius Félix et Lacla.nce , invitent les païens à être témoins eux-mêmes de la manière dont les chrétiens chassaient les démons des oracles et Ue ceux qui les

rendaient, par le signe de la croix et l’invocation du nom de Jésus-Christ. Cela ne montre-t-il pas encore évidemment combien ils ont été éloignés de croire que tous les oracles eussent cessé dès le moment de la naissance du Sauveur du monde? Auraient-ils pu faire ce défi aux païens, s’il n’y avait eu de leur temps, dans les lieux où l’idolâtrie subsistait encore, de ces faux prophètes du démon ?

Mais continuons à écouter saint Athanase, qui nous apprendra que ce n’est eu effet qu’à mesure que le christianisme s’est établi dans le monde, que les prestiges des oracles ont cessé, par le pouvoir de la croix de Jésus-Christ. Car voici comme il conclut son ouvrage de Y Incarnation du Verbe divin, où, pour prouver la vérité de ce grand mystère, il s’est particulièrement servi de cet événement miraculeux, comme d’un argument sensible et évident, auquel il n’y avait rien à répondre : « Après tout ce que nous avons rapporté, dit ce Père, voici une chose qui, comme la principale de toutes et la plus digne d’admiration, mérité que l’on y fasse une attention particulière. C’est que depuis que le Fils de Dieu a paru sur la terre, l’idolâtrie n’augmente plus ; mais au contraire elle diminue et s’affaiblit tous les jours. La sagesse des gentils ne fait plus de progrès, et ce qui en reste se dissipe peu à peu. Les démons enfin ne séduisent plus les hommes par leurs illusions, leurs oracles et leurs prestiges ; mais lorsqu’ils osent encore l’entreprendre, ils sont aussitôt confondus par le signe de la croix. En un mot, considérez comme la doctrine du Sauveur du monde se répand et se fortifie partout, et comment au contraire l’idolâtrie et tout ce qui s’oppose à la religion chrétienne diminue, s’affaiblit et tombe en ruine. En voyant celte merveille, adorez le pouvoir du Fils de Dieu, et méprisez toutes ces superstitions qu’il fait disparaître. Car de même que les ténèbres n’ont plus de force en la présence du soleil, et que s’il en reste encore en quelque endroit, elles se dissipent bientôt, ainsi depuis que le Fils de Dieu a paru, les ténèbres de l’idolâtrie n’ont plus de force, et toutes les parties du monde se remplissent des lumières de la foi. Et comme il arrive que lorsqu’un roi demeure enfermé dans son palais et ne paraît pas en public, il se trouve des esprits orouillons qui se prévalent de son absence pour envahir le nom et l’autorité royale, par là les peuples tombent dans l’erreur, parce que, sachant qu’ils ont un roi et ne le voyant pas, ils s’attachent à ceux à qui ils en voient prendre le nom. Mais lorsque le véritable roi vient a paraître, l’imposture de ces usurpateurs se découvre, et les peuples, reconnaissant leur légitime souverain, abandonnent ceux qui les ont séduits. C’est ainsi que les démons trompèrent autrefois les hommes, en s emparant du nom et des honnems qui appartiennent à Dieu seul. Mais depuis que le Vertie divin s’est fait voir sur la terre et qu’il a fait connaître aux hommes sou Père, Fimposture des démons se dissipe,

REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE

et les hommes, considérant le Verbe incarné, abandonnent les idoles et reconnaissent le vrai Dieu. » 11 me semble que saint Athanase ne pouvait pas parler plus clairement, ni employer des comparaisons plus sensib'es, pour faire connaître que les oracles , non plus que l’idolâtrie, n’ont pas cessé tout d’un coup à la naissance de Jésus-Christ, mais peu à peu, à mesure qu’il s’est fait connaître aux hommes, et que le monde a été éclairé des lumières de la foi.

Saint Cyrille répondant à Julien l’Apostat, qui avouait que les oracles avaient cessé , mais qui attribuait la cause de cette cessation, comme la plupart des autres païens, à la longueur du temps et aux changements qu’il apporte, dit ces paroles (Lib. vi contra Julian.) : « Je loue sa sincérité, en ce qu’il avoue que l’inspiration diabolique dont ses faux prophètes étaient animés, a entièrement cessé. Il ignore néanmoins la véritable cause qui a fait ainsi cesser le mensonge, et qui a réduit au silence les vrais et naturels oracles, ainsi qu’il les appelle. Car c’est depuis que le monde a été éclairé des lumières de Jésus-Christ, que l’empire des démons a été ainsi renversé, que toutes leurs illusions, semblables aux amusements des enfants , ont été dissipées, et que ces esprits impurs et malins ont été renfermés dans les enfers. » Après avoir ainsi produit la véritable cause de la cessation des oracles, il réfute celle que Julien avait rapportée , et ce qu’il avait ajouté ensuite que, au défaut de ccs oracles naturels, Jupiter avait accordé aux hommes la connaissance de certains arts, qu’il appelle sacrés : c’est-à-dire, comme saint Cyrille le lui reproche, la théurgie et la magie la plus exécrable, dont Julien, ainsi que la plupart des philosophes de son temps, était entêté jusqu’à la fureur. Ce qui justifie, pour le dire en passant, ce que les Pères de (1) l’Eglise et les historiens ecclésiastiques ont rapporté des cruautés inouïes que ce malheureux empereur commettait pour satisfaire là-dessus sa passion, et dont on découvrit après sa mort les restes affreux dans son palais et dans les temples des idoles, où il avait exercé son art diabolique.

Le même saint Cyrille , dans ses commentaires sur le prophète Isaïe ( Lib. iv, orat. 2), s’exprime d’une manière encore plus claire sur le sujet dont il s’agit : « Avant que notre Sauveur Jésus-Christ, dit ce Père, eût paru sur la terre, le démon y ava't établi partout sa tyrannie. Tous les hommes étaient plongés dans de profondes ténèbres. On voyait en tout lien des autels et des temp es d’idoles, une multitude innombrable de simulacres et de faux dieux, des enchantements et de faux oracles, des illusions et des

(1) Gregor. Nazianz., orat. 5 in JuJianum. Vide præterea Theodoreium, Hist. eccles., lib. ni, cap. 26 et 32.

(2) Prudentius, in Apotlieosi advenus Judæos :

Ex quo mortalem præstrinxit Spiritus alvnm,

Spirilus ille Dei, Dens. et se corpore ma:ri.s

Induit, a i que humilient de virgimiate creavit;

impostures des démons qui feignaient de savoir et de prédire l’avenir, quoiqu’ils ne sussent et ne prédissent rien en effet. Mais après que la véritable lumière, c’est-à-dire le Fils unique de Dieu , eut éclairé toute la terre par les oracles de son Evangile, après que les ténèbres du péché eurent été dissipées, et que tous les hommes, qui avaient été jusqu’alors d ins l’erreur, eurent été appelés à la connaissance de la vérité, alors toutes les illusions des faux prophètes disparurent.... les merveilles et les prédictions de la fausse divination furent anéanties; les oracles des gentils cessèrent partout , et ces dieux qui avaient coutume de débiter des mensonges furent réduits au silence. » Peut-on douter, après cela , quel a été le sentiment des Pères de l’Eglise sur le temps de la cessation des oracles? Peut-on leur attribuer encore d’avoir cru qu’ils ava'enl tous cessé dans le moment même de la naissance du Sauveur du monde ?

J’ajoute au témoignage de saint Cyrille celui «le Théodore!, qui n’est pas moins clair ni moins exprès sur le temps de la cessation des oracles. « Avant la venue de Jésus Christ, dit ce Père ( Advers . Grœc., serin. 10 de Oraculis) , les démons séduisaient les hommes en mille manières ; mais depuis que la lumière de la vérité a paru , ils ont pris la fuite et ont abandonné leurs oracles. » 11 ajoute un peu après : « Les démons voyant donc la prédication de la vérité annoncée partout, ils ont pris la fuite comme de malheureux fugitifs qui se connaissent coupables de plusieurs crimes, et qui sentent l’approche de leur maître. Ils ont laissé leurs anciennes demeures vides , et à présent la fontaine de Castalie ne rend plus d’oracles, non plus que celle de Colophone, les bassins de Dodone ou le trépied de Delphes. » Il avait dit auparavant qu’une des marques qui montraient que les oracles étaient rendus par les démons , « c’était ie silence où ils étaient réduits ; car, continue-t-il, après que le Sauveur du monde a paru, ces malins esprits qui séduisaient les hommes ont pris la fuite, ne pouvant plus soutenir l’éclat de la lumière divine. » Enfin , après avoir rapporté le témoignage de Plutarque louchant le silence des oracles , il ajoute : « Plutarque a écrit ces choses après la venue du Sauveur du monde, par où l’on voit quelle est la cause du silence des oracles. »

Le poete Prudence, qui était aussi un excellent théologien et un très-savant homme, entre les preuves qu’il produit pour convaincre les Juifs de la divinité de Jésus- Christ, s’appuie beaucoup, comme les autres Pères de l’Eglise, sur le même silence des oracles : « Depuis, dit ce grand homme (2) ,

Delpbica dainnatis lacuerunl sortibus anira,

Non tripodas Corlina régit, non spumat anhelus Faia sibyllinis 1'anaticns édita lihris.

Perdidil insanos mendax Dodona vapores:

Mortua jain muta; Jugent oracula Cumæ,

Nee responsa refert Libycis in syrtibus Ammon.

Ipsa suis ChrisluQi Capitolia Ronmla inœienl Principibus lucere Deuni, destruetaque teuipla

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