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que le Fils de Dieu s’est incarné, les oracles de Delphes , de Dodone , d’Ammon, et tons les autres faux prophètes des gentils ont été réduits au silence. Le Capitole gémit de voir les princes romains devenus chrétiens , et les temples des idoles renversés par leur ordre. Les empereurs se prosternent devant les autels de Jésus-Christ , et adorent l’étendard de sa croix. » Si, pour connaître le sentiment de cet auteur sur le sujet d >nt il s’agit, ii ne vous suffit pas qu’il ait dit que c’est depuis l’incarnation du Fils de Dieu, et non pas dans le moment de sa naissance, que les oracles ont cessé, faites attention qu’il joint le renversement des temples des idoles et la destruction du paganisme avec cet événement miraculeux , et par là vous serez convaincu qu’il a été, comme tous les autres Pères de l’Eglise, dans un sentiment bien différent de celui que vous leur avez attribué.

L’ancien ef savant auteur des Questions et des Réponses aux orthodoxes , qui se trouvent parmi les ouvrages de saint Justin, dit ( Resp . ad quœst. 24), que « le Sauveur du monde a rendu muet le démon qui s’était emparé de la statue d’Apollonius de Tyanes, et qui , par les oracles qu’il rendait , séduisait les hommes, et les portait à adorer cet imposteur comme un dieu ; qu’il avait, dis-je, fait cesser ses oracles, ainsi que tous les autres que les démons débitaient sous le nom des dieux adorés par les païens. Ce que l’on voit évidemment, ajoute-t-il, par l’étal où se trouvent à présent ces oracles.» Direzvous encore, Monsieur, que cet auteur a cru que l’oracle d’Apollonius, comme tous les autres, a cessé dans le temps de la naissance de Jésus-Christ, c’est-à-dire dans un temps où il n’existait pas encore?

Enfin saint Jérôme, écrivant sur Isaïe, à propos de ces paroles que le prophète adresse aux dieux des gentils , pour se moquer d’eux: Dites-nous les choses à venir; annoncez-nous ce qui doit arriver dans la suite, ajoute (1) : « Le prophète parle ainsi parce qu’après la venue du Sauveur du monde les idoles ont été réduites au silence. Où est à présent l’Apollon de Delphes, de Délos, de Ciaros, et toutes les autres divinités qui se mêlaientdeprédire l’avenir, et quiont trompé les plus puissants rois ? » Je crois, Monsieur, que toutes ces autorités sufûsent pour vous obliger de reconnaître que ni Eusèbe, ni les Pèr< s de l’Eglise ne disent point, comme vous le supposez, que les oracles ont cessé précisément à la naissance de Jésus-Christ, mais seulement après, lorsqu’il a été connu et adoré des hommes, depuis que sa doctrine a été annoncée dans le monde.

Chap. iv. — Eusèbe assigne le même temps à

la cessation des oracles et d l'extinction

Imperio cecidisse ducuni; jam purpura supplex

Sterniiur Æneadæ rectoris ad alria Clirisi i,

Vexillumque crucis surnmus doiuinator adorat

(1) Hieronyin. in caput xlii Isaiæ : « Hoc autem signifie tt qtiod posl adventum Chrisii omnia idula conlicuerunt. Ubi Apollo Delpliicus, et Loxias, Deliosque et Clarius et cæiera idola fulurorum scien-

de la coutume d'immoler des hommes, c'est-à-dire , le temps de la prédication de V Evangile. Saint Âthanase joint ensemble le silence des oracles et l'extinction de l’idolâtrie et de la magie, ce gui fait voir dans quel sentiment il a été touchant le sujet dont il s’agit. Les saints Pères attribuent ordinairement ce silence au pouvoir du signe de la croix. Ils rapportent eux-mêmes des oracles rendus longtemps après la naissance de Jésus-Christ, ce qui montre évidemment qu’ils n’ont pas été dans le sentiment qu’on leur suppose.

Néanmoins, afin que vous soyez encore mieux convaincu de leur senti ment, souvenezvous, s’il vous plaît, qu’Eusèbe a dit (Supra,

col. 1102) que la coutume brutale d’immoler des hommes a cessé dans le même temps que les oracles. Or il n’a point prétendu que cette coutume ait cessé précisément à la naissance duSauveurdu monde;il dit au contraire positivement en plus d’un endroit (2) qu’elle n’a cessé que longtemps après, savoir sous l’empired’Adrien ; il n’a donc point prétendu non plus, ainsi que vous le supposez, que les oracles aient cessé précisément à la naissance de Jésus-Christ, mais seulement après, et que ce n’est que depuis ce temps-là qu’on les a vus muets et sans réponses : ce qui n’était, comme il l’assure, jamais arrivé auparavant. En effet , quoiqu’ils aient pu être détruits par les guerres, pillés et ruinés par différentsaccidents, il n’est néanmoins jamais arrivé qu’après la naissance du Sauveur du monde et la prédication de son Evangile, que lestemples subsistant dans toute leur ancienne splendeur, les prêtres offrant les sacrifices accoutumés, les peuples venant à l’ordinaire chercher des réponses et des prédictions sur l’avenir , ils n’aient pu en obtenir, et aient trouvé l’oracle muet. Voilà ce qui a jeté tout le paganisme dans l’étonnement. Voilà ce qui a obligé Plutarque à rechercher la cause d’un événement si extraordinaire.

Remarquez, en second lieu, que quelques Pères de l’Eglise, comme saint Athanase, disent de même que les oracles ont cessé après la naissance de Notre-Seigneur, ainsi que l’idolâtrie et toutes les impostures de la magie. Or vous ne pouvez point dire qu’ils ont cru que la magie et i’idoiâtrie aient entièrement cessé à la naissance du Sauveur du monde; de telle sorte que dès.ce moment elles aient été l’une et l’autre entièrement abolies. Vous ne pouvez donc pas supposer non plus qu’ils aient cru que les oracles aient été entièrement réduits au silence dès ce moment.

Faites réflexion, en troisième lieu, que la manière la plus ordinaire dont les saints Pères disent (3) que les démons ont été chassés des oracles, et les oracles réduits au silence,

tiam pollicenlia , quæ reges poieutissimos deceper un t ? etc. »

(2) Lib. iv Prcsp. Evang., eap. 15 et 17. Vide euin-

dem, Oral, de Laud. Consluntini.

(3) Vide supra Athanasium, et stalim inferius Lnctaniium, Prudentium, Gregorium Nazianzenum et alios.

REPONSE A L’HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE

c est par la vertu du signe de la croix, ainsi que vous le verrez encore dans la suite plus d’uiie fois. Or il est évident que le signe de la croix n’était pas encore en usage dans le temps de la naissance du Sauveur du monde; il n’est donc pas moins évident que les Pères de l’Eglise n’ont pas cru que tous les oracles aient été condamnés au silence dès le temps de cette divine naissance, comme vous le prétendez.

Enfin, Monsieur, ces mêmes Pères ne rapportent-ils pas des oracles qui ont été rendus après la mort du Sauveur du monde.

Eusèbe ne dit-il pas dans la Vie de l'empereur Constantin (1) , que l’Apollon de Delphes avait répondu à ceux qui lui avaient demandé pourquoi il ne rendait plus d’oracles, comme autrefois, que les hommes justes qui vivaient alors sur la terre, c’està-dire les chrétiens, l’empêchaient de dire la vérité, et étaient cause que les trépieds ne pouvaient plus donner que des réponses fausses et remplies de mensonges. Ne produit-il pas dans sa Démonstration évangélique (2) ces deux oracles très-clairs et très-positifs, comme vous les appelez, sur l’ascension et sur la résurrection de Notre- Seigneur, pour prouver, par l’aveu même des païens et de leurs démons, que le Sauveur du monde n’avait pas été un imposteur ni un magicien ? saint Jean Chrysostome (Lib. de sancto Babyla), Théodoret (, Serrn . 10 de Orac.) et Sozomène [Lib. v Hist. eccl., cup. 19) ne disent-ils pas positivement, ne prouvent-ils pas même fortement, que le fameux oracle d’Apollon qui était à Daphné, faubourg d’Antioche , fut réduit au silence par le pouvoir du saint martyr Bahylas, lorsque ses reliques y furent transportées par Gallus, frère de Julien l’Apostat, sous l’empire de Constance ? Saint Grégoire de Nysse [Vit. S. Greg. Neocæsar.) ne rapporte-t-il pas que saint Grégoire Thaumaturge fit cesser un autre oracle du même Apollon qui avait subsisté jusqu’alors ? Théodoret [Lib. iii Jlist. eccl., cap. 21, et serm. 10 de Orac.) ne produit-il pas les oracles faux et trompeurs rendus à Julien l’Apostat touchant le succès

(1) Lib. h, cap. 50, ubi refert edictum Constantin! 3d Provinciales.

(2) Lib. m, loco a nobis relato part, i bujus Resp. , col. 1027.

(3) August. 1. xix de Civil., cap. 25: « Inlerroganti, inquit ( Porphyrius ) quem Deum placando revocare possit uxorem suam a Cbrislianismo , bæc au versibus Apollo. Deinde verba velnt Apoilinis ista sont : Forte magis poteris in aqua impressis liiteris scribere, aut inflans pennas levés per aéra ut avis voïare, quani semel poUutæ revoces impiæ uxoris sonsum. Pergat qnomodo vult inanibus fallaciis perseverans, et lamenlalionibus fallacissiinis mortuum deum cantans, quem judicibus recta sentientibus perdilum, pessima in speciosis ferro juncta mors ioterfecit. » Videalia oracula in i parte bujus Respons.

(-1) Strabo, Ceogr., 1. vu, sub (inem, interprète G. Xylandro : t Sed et oraculum Dodonæum defecit, qnemadmodum et reliqua.

(5) Juvenalis, satyra vi .

Credent a fonte relatuin

de son expédition contre les Perses ? Enfin, saint Augustin n’en a-t-il pas rapporté de Porphyre (3), qui trailent les chrétiens de gens misérablement abusés, le christianisme, d’une erreur pitoyable, et qui disent que Jésus-Christ a été justement condamné à la mort ? Tout cela ne doit-il pas vous convaincre pleinement que ces Pères n’ont pas été dans le sentiment que vousleurattribuez? Ont-ils pu croire que tous les oracles avaient absolumentcessé dèsle temps de la naissance du Sauveur du monde , et néanmoins rapporter des oracles qui ont subsisté, et des réponses qui ont été rendues longtemps après l’établissement du christianisme ?

Chap. v. — Lespaiens ont reconnu que leurs oracles avaient cessé après la naissance de Jésus-Christ, comme Strnbon , Juvénal , Stace, Lucain, Porphyre. Témoignage de Plutarque sur ce silence et les fausses raisons qu'il en rapporte.

Au reste, il importe peu que quelques-uns de ces oracles aient duré jusqu’à l’empire de Constantin et même au delà. Bien loin que cette longue durée ruine le sentiment des Pères, comme vous le prétendez, elle le fait connaître, elle le confirme parfaitement. Il est vrai néanmoins que la plupart avaient cessé avant ce temps-là ; et c’est ce que vous ne pouvez nier, puisque quand vous ne voudriez pas en croire les Pères de l’Eglise, qui l’assurent et qui le reprochent en face aux païens, les païens eux-mêmes vous en convaincraient. Strabon , qui écrivait peu de temps après Notre-Seigneur, ne dit-il pas en deux mots (4) que de son temps l’oracle de Dodone ainsi que plusieurs autres avaient cessé ? Juvénal ne dit-il pas clairement (5) que de son temps l’oracle de Delphes ne rendait plus de réponses ?Stace (6) et Lucain (7) ne disent-ils pas la même chose? Porphyre n’avoue-t-il (8) pas que l’on ne ressentait plus aucun bienfait public des dieux, depuis que le Christ était adoré , et qu’Esculape et les autres divinités s’étaient retirés d’entre les hommes? Ne reconnaît-il pas (9) dans les vers qu’il rapporte et que vous ci-

Anireonis, quoniam Delphis oracula cessant..

(6) Slaiius, Tlietaid. I. vin :

Mutisque diu plorabere Delphis.

(7) Lucanus, Pharsal. 1. v :

Non ullo sæeula dono

Nostra carent majore deum quam Delpbioa sedes Quod siluit.

(8) Porphyrius, apnd Eusebium, I. v Præp. Evang. cap. 1, loco a nolns initio bujus leriiæ pariis descripto et apud Theodoretum serin. 10 de Oraeulis.

(9) Idem apud Euseb. l.v Prœpar. Evang. cap 10, in oraculis a nobis in i parte relatis. Ea sic Latine reddidil Vigerus Eusebii interpres :

Pythia quod spectat, Clariique oracula Phœbi,

Dicam equidem et sancta verum te vocedocebo. Sexcenta ex imis scatuere oracula terris,

Fontesque, et rapida sensus vertigine torquens Halitus. Ast eadem vasta dein lalie dehiscens Hausit terra sinu pressilque annosa vctnstas.

Idem ( Apollo) Nicæensibus ita respondil :

Pylliiacæ nequeunt revoeari oracuia vocis, nu e cani jamdudum ævi louginqua vetustas Susiulit, ac muta clausere sileulia clavi.

lez , que la plupart des oracles avaient cessé par le défaut, à ce qu’il préiend, des vapeurs et des exhalaisons qui causaient l’enthousiasme prophétique ?

Mais y a-t-il rien de plus fort sur ce sujet que le témoignage de Plutarque , qui avoue (1) que tous les oracles, à l’exception de deux ou trois, étaient réduits au silence, et que la Béotie surtout, qui en avait été autrefois une source si féconde, n’avait plus que l’oracle de Trophonius qui rendît encore des réponses ? C’est cet événement si surprenant qui l’oblige d’en rechercher la cause, et de l’attribuer tantôt à la nature des bienfaits des dieux, qui, à ce qu’il dit, ne sont pas toujours éternels comme les dieux mêmes, tantôt aux génies qui présidaient aux oracles, et qui, selon lui, sont sujets à la mort ; et tantôt enfin au défaut des exhalaisons de la terre, dont les dieux se servent comme d’instruments pour communiquer aux hommes le don de prophétie. Tous ces témoignages des païens ne suffisent-ils pas pour être convaincu que les oracles ont res-é pour la plupart avant l’empire de Constantin, peu de temps après que le Fils de Dieu a paru sur la terre, et qu’il y a eu des chrétiens dans le monde ?

Chap. vi. — Véritable cause du silence des oracles, le pouvoir de Jésus-Christ sur les démons auteurs des oracles. Avec quel empire il l'a exercé par lui-même. Comment il l’a communiqué a ses disciples et à son Eglise. Passages d'Eusèbe. Autres passages de Lactance , de Prudence , d’Origène, de Tertullien et de saint Justin.

D’où vient cela, Monsieur ? En pouvezvous douter un moment ? Est-il possible, après tout ce que nous avons dit, que vous ne reconnaissiez pas en cet événement le pouvoir tout divin de Jésus-Christ sur les démons auteurs des oracles ? pouvoir qu’il a exercé avec tant d’éclat, tandis qu’il a vécu sur la terre, et qu’il a communiqué à

(1) Plutarchus, 1. de Defectu oraculorum : O ùSèv

Sfï], Sâï 7lîpi TGüV EX SL 7njv6àv£<76al Y.cd SlUTtOpZÎV t«v £VzuùBx t<üv ypnazopicov àpuùpwjiv, püXkov §è nlfjv év.f fi Suetv «7ràvT0üv É'xXsnptv àpûoiza.? ... t« y àp uik>u zi Szï Xzyziv ; 07 rou znv Botta ziav zvzxa ypn'Tznpiorj Troïûyeovov O’JCKV SV TOI? ’FpÔzZpO'J ypOVOtÇ, VÜV ZTVlkziontZ y.OpiSô ,

yy.Bànzp vtxpaza, xui noïùç inzayoyz puvzixôç aùyprç Tïjv yt opcAv ; oùSxuov y à.p àl'kxyoBi vüv À 7vipi zfv Asoaôiav ïj lioiuzict TTupéyu toi? ypS^ovcnv àpvcraadxi pxvzixrjç' zorj S’ âXkuv zx u.i'j criyà, zà Si •FtxvzeXfiç ipv plu yxzitrynxs.

Cl) I Joan. ni, 8 : In hoc apparaît Filius Dei ut dissolvat opéra diaboli.

(5) Joan. xii, 51 : Nunc princeps hujus mundi ejicietnr foras.

(4) Luc. vm, 5Î : Et rogabant eum ne imperaret illi< ut in abyssum renl.

(5) Luc. x, 19 : Ecce dedi vobis poiestalem calcandi supra serpentes et scorpiones et super omnein virtutein inimici.

(6) Luc. x, 17 : Reversi son! autem septuaginta duo cuin gaudio dicemes : Domine , etiain dæmonia subjiciunlur nobis in nomine luo.

(7) Marc, xv>, 17 : Signa an’em eos qui crediderint, bæc sequentur : In nomine meo dæmonia eji-

ses disciples et à son Eglise. Vous n’avez pas oublié sans doute ce que l’apôtre saint Jean (2) a dit de lui, qu’ï/ était venu pour détruire les œuvres du démon, et ce qu’il dit (3) lui-même, que le prince de ce monde , c’està-dire le démon , était sur le point d’être chassé. Vous savez aussi bien que moi avec quel empire il l’a chassé en effet, et avec quel succès il a détruit et renversé toutes ses œuvres , dont l’idolâtrie et les oracles n’étaient pas les moins pernicieuses. Vous n’ignorez pas comment ces malheureux esprits, contraints de s’enfuir de sa présence, le suppliaient (4) de ne les pas obliger de retournerdans les enfers. Vous savez ce qu’il dit (5) à ses disciples : Je vous ai donné la puissance de fouler aux pieds tout le pouvoir de l’ennemi ; ce qu’ils faisaientavecunsi merveilleux succès qu’ils en étaient surpris euxmêmes, jusqu’à dire (6) : Voici qu’en votre nom les démons mêmes nous sontsoumis. Vous savez enfin que la première grâce qu’il promit, un peu avant que de monter au ciel, à ceux qui croiraient en lui, fut celle de chasser les démons par l’invocation de son nom (7). Et avec quelle autorité et en combien de manières les premiers fidèles ne l’ont-ils pas fait ? Jamais peut-être rien ne s’est vu de si admirable. Et si je voulais un peu m’étendre sur ce sujet, en suivant mon inclination, que ne pourrais-je pas vous en rapporter, sur le témoignage de tous les Pères de l’Eglise et de tous les anciens auteurs ecclésiastiques, n’y en ayant pas un qui n’ait parlé de ce pouvoir admirable que les chrétiens avaient de chasser les démons par l’invocation du nom de Jésus-Christ.

« Qui est celui qui ignore, dit Eusèbe (8), qu’il nous est ordinaire de chasser les démons par la seule prononcialion du nom de Jésus-Christ et par nos prières? C’est la parole de Jésus-Christ et la doctrine que nous avons apprise de lui qui nous rend ainsi supérieurs à toutes les puissances invisibles. »

« Il suffit, dit Lactance (9), d’exposer à pré-

cient, etc.

(8) Ti? Si oùx oiSzv, âircüç cùv aùzÿ Tri zoü ’lntroû ■KpOGïiyopia. xac cùv eùycrfç xxBapoizxzKiç , 7r«v zà Sxipàvwy zpyov «7re^avvsiv fipîi) yiÀov èariv ; Oàzoç o toü ’lntjàù loyoç /.ai à nap’ aÙToO SiSaaxx'kix nolù y.pzizzovç zôç àopàzov zaùzriÇ Svvàpzoïç zràvzxç fipàç àizzipyàtruzo iyBpoùç zz Saqxôvav xat 7ro).î/uov?. Denionstr. Evang. lib. in, sub tin.

(9) Nunc salis est me de hujus signi potenlia quantum valeat exponere. Quanto terrori sil dæmonibus hoc signuin, sciet qui videril quaienus, adjurali per Chrislum, de corporibus uuæ obsederinl fugiant : nain sicut ipse, cum inter homines ageret, urnversos dæmonas verbo fugabat , hominumque mentes emotas et rnalis incursibus furiatas in sensus pristinos reponebai, ita nunc seclatores ejus eosdein spirilus inquinatos de liominibus ei nomine magistri sui et signo Passionis excludunt. Cujus rei non ilifticilis est probalio. Nam cum diis suis immolant , si assistai aliquis signatam front em gerens, sacra nullo modo liiant, nec responsa potest consulius reddere vates. Et bæc sæpe causa præcipua jusiiliam persequendi rnalis regitius fuit. Cum enim quidam nostrorum sacrilicaniibus dominis assistèrent, impositofronlibus, siguo, deos eorum fugaveruni, ne posseni in viscen-

REPONSE A L'HISTOIRE DES ORACLES DE M. DE FONTENELLE

son! quel est le pouvoirdu signe de la croix. Pour apprendre combien il est terrible aux démons, il n’y a qu’à voir avec quelle précipitation ils quittent les corps qu’ils obsèdent, lorsque nous les conjurons par le nom.de Jésus-Christ. Car comme , lorsqu’il vivait parmi les hommes, il chassait les démons par sa parole et rendait à ceux qui en étaient tourmentés leur première tranquillité, de même à présent ses disciples chassent ces esprits immondes par l’invocation du nom de leur maître et par le signe de sa passion. De quoi il est aisé d’être convaincu : car lorsque les païens sacrifient à leurs dieux, s’il se trouve parmi eux quelqu’un qui ait le front marqué de ce signe, les sacrifices ne peuvent réussir, et les faux prophètes ne peuvent rendre de réponses. C’est ce qui a donné souvent occasion aux mauvais princes de persécuter les chrétiens. Car quelques-uns des nôtres qui accompagnaient leurs maîtres dans leurs sacrifices, ayant fait le signe de la croix sur leur front, mirent en fuite les dieux, et les empêchèrent de marquer l'avenir dans les entrailles des victimes. Ce que les aruspices ayant appris des démons mêmes à qui ils sacrifiaient, ils se plaignirent que des hommes profanes ^e trouvaient à leurs sacrifices, et par là ils mirent en fureur les empereurs, et les portèrent, pour purifier leurs temples, à se souiller eux-mêmes d’un véritable sacrilège, qui devait être expié par le châtiment de ces persécuteurs. »

Prudence décrit élégamment (1) un événement tout semblable arrivé lorsqu’il était encore jeune, en présence de Julien l’Apostat, dans le temps même qu’il sacrifiait à ses démons. Un de ses pages qui l’accompagnait et qui était chrétien, empêcha, par sa présence et par le signe de la croix, le succès de ses sacrifices et de ses enchantements magiques, confondit ses aruspices et ses enchanteurs, et fit disparaître les démons qu’il avait évoqués. Parla, cet empereur fut convaincu de ce qu’il savait déjà par sa propre expérience, combien le signe de la croix était terrible aux démons, puisqu’il avait été obligé d’y recourir lui-même avant qu’il fût empereur, pour se garantir de la frayeur que la vue de ces malins esprits, qu’il avait évoqués, lui avait causée; ainsi que Théodo-

bus hosliarum futura depingere. Quod cum intell itèrent aruspices investigantibus iisdem (læmonibus quibus prosecrararit conquerentes prolanos hommes sacris intéresse, adegeruni principes sans in furorem, ut expurgèrent dei templum, seque vero sacrilegio contaminarent, quod gravissunis persequenlium posais expiarelur. Divin. Instit., lib. iv, cap. 27.

(1) Prudentius, in Apollieosi , loco supra relato, col. 1105.

(2) Theodoret. I. m Hx&t. eccles., cap. 3.

(5) Prudentius, ibid.:

Si gens surda negat sibi tôt præconia de te...

Audiat i nsa nu m bacchantes energuna inonstri,

Quod rabidus clamai capta inter viscera dæmon Et credat miseranda suis. Torquetur Apollo Noiniue percussus Christi, nec fulmina v.erbi Ferre potest : agitant miserum lot veriiera litiguæ Quod landata Dei résonant miracula Chrisii. kutoual autistes Domiui : Fuge, callide serpeus.

ret (2) et saint Grégoire de Nazianze [Orat 1 adv. Julian.) en font foi.

Le même auteur (3) décrit, avec son agrément ordinaire, de quelle manière Apollon, Jupiter et Mercure étaient tourmentés et contraints de prendre la fuite, lorsque les chrétiens les exorcisaient. Et il produit ce pouvoir merveilleux qu’ils avaient sur les démons et les dieux du paganisme, comme une preuve évidente de la vérité de la religion chrétienne.

Origène assure (Contra Celsum, lib. vu) que les plus simples d’entre les chrétiens avaient ce même pouvoir : « Que si la Pythie, dit-il, est hors d’elle-même et ne so possède pas lorsqu’elle rend des oracles, que doit-on penser de l’esprit qui lui trouble la raison? N’est-il pas semblable à cette sorte de démons qu’un grand nombre de chrétiens chassent des corps des possédés, sans avoir recours à la magie ou aux enchantements, mais uniquement par leurs prières et les plus simples exorcismes, tels que les plus ignorants peuvent employer? Car le plus souvent ce sont les plus simples d’entre les chrétiens qui les chassent par leurs paroles accompagnées de la grâce de Jésus-Christ. Ce qui fait voir quelle est la faiblesse des démons, puisqu’il n’est pas besoin de gens savants et habiles dans les démonstrations de la foi pour les chasser des corps et des âmes qu’ils possèdent. » 11 proluit ce même pouvoir des chrétiens sur les démons dans plusieurs autres endroits de son excellent ouvrage contre Celse (Eod. lib. et lib. i), pour confondre ce païen et le convaincre de la vérité de notre religion.

« Non-seulement, dit Tertullien (à), en parlant au président Scapula, nous avons horreur des démons, mais encore nous les combatlons, nous les confondons et nous les chassons tous les jours, comme plusieurs de vous le savent Vos officiers mêmes pour-

raient vous en instruire, puisqu’ils ont reçu des chrétiens ces sories de bienfaits, quoiqu’ils crient contre nous. Car le greffier de l’un d’entre eux a été délivré par leur moyen du démon qui le tourmentait, ainsi que le parent et le fils d’un autre. Et combien de gens considérables parmi vous, pour ne point parler des autres, ont-ils été ainsi délivrés du démon ou guéris de leurs maladies? »

Exue te merabris, etspiras solve latentes :

Mancipiuni Christi, fur corruplissime, vexas :

Desiae, Chrislus adest liumani corporis ultor :

Non licet ul spoliom rapiascui Cliristus inhæsit. Pulsusalii, ventôse liquor, Cliristus jubel, exi.

Has inter voces médias Cyllenius aidens Ejulat, et uutos suspirat Jupiter ignés.

(4) Teriullian., 1. ad Scapulum : « Dæmones aillent non tantum respuimus, verum et revincimtis etqnotidie iraduciinus, et de liomiuibns expellmitis, sicnt plurimis nutum est... llæc omnia libi cl de olficiu snggeri possuot et ab eisdent advncatis qui et ipsi bénéficia habent Chrislianorum ; licet acclament qu;u volunl. Nam et cujusdam îiotarm s cum a dæmone præcipilarelur, liberatus est; et quoriundam propinquiis et puerulus. Et quanti honesli viri (de vulgaribus enim non dicimus) aul a daunonns aut valetudinibus remediati suntî »

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