‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 21 sur 222 · MOR 18G · texte numérisé non relu

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sommées à grands coups de massue et jetées dans les flammes.

Chez les sauvages de la Louisiane , après les cérémonies des obsèques, quelque homme notable de la nation, mais qui doit n’être pas de la famille du mort, fait son éloge funèbre. Quand il a fini, les assistants vont tout nus, les uns après les autres, se présenter devant l’orateur, qui leur applique à chacun, d’un bras vigoureux, trois coups d’une lanière large de deux doigts, en disant : — Souvenez-vous que pour être un bon guerrier comme l’était le défunt, il faut savoir souffrir.

Les protestants luthériens n’ont point do cimetière et enterrent indistinctement les morts dans un champ, dans un bois, dans un jardin. « Parmi nous, dit Simon de Paul, l’un de leurs prédicants, il est fort indifférent d’être enterré dans les cimetières ou dans les lieux uù l’on écorche les ânes. »

« Hé'asl disait un vieillard du Palatinal, faudra-t-il donc qu’après avoir vécu avec honneur, j’ailh* demeurer après ma mort parmi les raves, pour en être éternellement le gardien ? »

Les Circassiens lavent les corps des morts, à moins que le défunt ne soit mort loyalement dans une bataille pour la déî'ense du pays, auquel cas on l’enterre dans son harnais, sans le laver, supposant qu’il sera reçu d’emblée en paradis (1).

Les Japonais témoignent la plus grande tristesse pendant la maladie d’un des leurs, et la plus grande joie à sa mort. Us s’imaginent que les maladies sont des démons invisibles; et souvent ils présentent requête contre elles dans les temples. Ces mêmes Japonais poussent quelquefois si loin la vengeance, qu’ils ne se contentent pas de faire périr leur ennemi ; mais iis se donnent encore la mort pour aller l’accuser devant leur dieu et le prier d’embrasser leur querelle; on conte même que des veuves, non contentes d’avoir bien tourmenté leur mari pendant sa vie, se poignardent pour avoir encore le plaisir de le faire enrager après sa mort.

Quand un Caraïbe est mort, ses compagnons viennent visiter le corps et lui font mille questions bizarres, accompagnées de reproches sur ce qu’il s’est laissé mourir, comme s’il eût dépendu de lui de vivre plus longtemps : « Tu pouvais faire si bonne chère ! il ne le manquait ni manioc , ni patates, ni ananas; d’où vient donc que tu es mort? Tu étais si considéré! chacun avait de l'estime pour toi, chacun t’honorait, pourquoi donc es-tu mort?... Tes parents l’accablaient de caresses ; ils ne te laissaient manquer de rien ; dis-nous donc pourquoi tu es mort? Tu étais si nécessaire au pays! lu t’étais signalé dans tant de combats 1 lu nous mettais à couvert des insultes de nos ennemis; d’où vient donc que tu es mort? » Ensuite on l’assied dans une fosse ronde; ou l’y laisse pendant dix jours sans l’enterrer;

(I) Stanislas Bell., Voyage en Circassie.

ses compagnons lui apportent tous les matins à manger et à boire; mais enfin, voyant qu’il ne veut point revenir à la vie, ni toucher à ces viandes , ils les lui jettent sur la tête, et, comblant la fosse, ils font un grand feu, autour duquel ils dansent, avec des hurlements.

Les Turcs, en enterrant les morts, leur laissent les jambes libres, pour qu’ils puissent se mettre à genoux quand les anges viendront les examiner, ils croient qu’aussitôt que le mort est dans la fosse, son âme revient dans son corps et que deux anges horribles se présentent à lui et lui demandent : « Quel est ton dieu, ta religion et ton prophète?» S’il a bien vécu, il répond : « Mon dieu est le vrai Dieu, ma religion est la vraie religion, et mon prophè'e est Mahomet. » Alors on lui amène une belle figure, qui n’est autre chose que ses bonnes actions, pour le divertir jusqu’au jour du jugement, où il entre en paradis. Mais si le défunt est coupable, il tremble de peur et ne peut répondre juste. Les anges noirs le frappent aussitôt avec une massue de feu, et l’enfoncent si rudement dans la terre, que tout le sang qu'il a pris de sa nourrice s’écoule parle nez. Là-dessus vient une figure très-vilaine (ses mauvaises actions) qui le tourmente jusqu’au jour du jugement, où il entre en enfer. C’est pour délivrer le mort de ces anges noirs que ics parents lui crient sans cesse : « N’ayez pas peur et répondez bravement. » Ils font une autre distinction des bons et des méchants, qui n’est pas moins absurde. Ils disent qu’au jour du jugement Mahomet viendra dans la vallée de Josaphat, pour voir si Jésus-Christ jugera bien les hommes ; qu’après le jugement il prendra la forme d’un mouton blanc, que tous les Turcs se cacheront dans sa toison, changés en petite vermine, qu’il se secouera alors, et que tous ceux qui tomberont seront damnés, tandis que tous ceux qui resteront seront sauvés, parce qu’il les mènera en paradis. Des docteurs musulmans exposent encore autrement la chose : Au jugement dernier, Mahomet se trouvera à côté de Dieu, monté sur le Borak et couvert d’un manteau fait des peaux de tous les chameaux qui auront porté à la Mecque le présent que chaque sultan y envoie à son avènement à l’empire. Les âmes des bienheureux musulmans se transformeront en puces qui s’attacheront aux poils du manteau du prophète, et Mahomet les emportera dans son paradis avec une rapidité prodigieuse; il ne sera nlus question alors que de se bien tenir, car les âmes qui s’échapperont, soit par la rapidité du vol, soit autrement, tomberont dans la iner où elles nageront éternellement.

Parmi les juifs modernes, aussitôt que le malade est abandonné des médecins, on fait venir un rabbin, accompagné, pour le moins, de dix personnes. Le juif répare le mal qu’il a pu faire ; puis il change de nom, pour que l’ange de la mort, qui doit le punir, ne

i. (1) Cambry, Voyage dans le Finistère, t. If, p. 13.

le reconnaisse plus; ensuite il donne sa bénédiction à ses enfants, s’il en a, et reçoit celle de son père, s’il ne l’a pas encore perdu. De ce moment on n’ose plus le laisser seul, do peur que l’ange de la mort, qui est dans sa’ chambre, ne lui fasse quelque violence. Ce méchant esprit, disent-ils, avec l’épée qu’il a dans sa main, paraît si effroya' ble, que le malade en est tout épouvanté. De celte épée, qu’il lient toujours nue sur lui, découlent trois gouttes d’une liqueur funeste : la première qui lombe lui donne la mort, la seconde le rend pâle et difforme, la dernière le corrompt et le fait devenir puant et infect. Aussitôt que le malade expire, les assistants jettent par la fenêtre toute l’eau qui se trouve dans la maison; ils la croient empoisonnée, parce que l’ange de la mort, après avoir tué le malade, y a trempé son épée pour en ôler le sang. Tous les voisins, dans la même crainte, en font autant. Les juifs racontent que cet ange de la mort était bien plus méchant autrefois ; mais que, par la force du grand nom de Dieu, des rabbins le lièrent un jour et lui crevèrent l’œil gauche ; d’où vient que, ne voyant plus si clair, il ne saurait plus faire tant de mal. Dans leurs cérémonies funèbres, les juifs sont persuadés que, si on omettait une seule des observations et des prières prescrites, l’âme ne saurait être portée par les anges jusqu’au lit de Dieu, pour s’y reposer éternellement; mais que, tristement obligée d’errer çà et là, elle serait rencontrée par des troupes de démons qui lui feraient souffrir mille peines. Ils disent qu’avant d’entrer en paradis ou en enfer, l’âme revient pour la dernière fois dans le corps et le fait lever sur ses pieds; qu’alors l’ange de la mort s’approche avec une chaîne dont la moitié est de fer et l’autre moitié de feu, et lui en donne trois coups : au premier, il disjoint tous les os et les fait tomber confusément à terre ; au second, il les brise et les éparpille, et au dernier, il les réduit en poudre. Les bons anges viennent ensuite et ensevelissent les cendres. Les juifs croient que ceux qui ne sont pas enterrés dans la terre promise ne pourront point ressusciter; mais que toute la grâce que Dieu leur fera, ce sera de leur ouvrir de petites fentes, au travers desquelles ils verront le séjour des bienheureux. Cependant, le rabbin Juda, pour consoler les vrais Israélites, assure que les âmes des justes enterrés loin du pays de Chanaan rouleront par de profondes cavernes qui leur seront pratiquées sous terre, jusqu’à la montagne des Oliviers, d’où elles entreront en paradis.

En Bretagne, on croit que tous les morts ouvrent la paupière à minuit (1). Et à Plouerden, près Landernau, si l’œil gauche d’un mort ne se ferme pas, un des plus proches parents est menacé sous peu de cesser d’être (2). On dit ailleurs que tout le monde voit les démons en mourant, et que la sainte Vierge fut seule exemptée de cette vision.

(2) Idem, ibid-, t. II, p. 170.

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