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JIOR
Les Arméniens fïottent les morts d'huile, parce qu’ils s’imaginent qu’ils doivent lutter corps à corps avec de mauvais génies. Chez les chrétiens schismatiques de l’Archipel grec, si le corps d’un mort n’est pas bien roide, c’est un signe que le diable y est entré, et on le met en pièces pour empêcher les fredaines. Les Tonquinois de la secte des lettrés rendent un culte religieux, à ceux qui sont morts de faim; les premiers jours de chaque semaine, ils leur présentent du riz cuit qu’ils ont été mendier par la ville.
Disons encore que chez les anciens celui qui rencontrait un cadavre était obligé de jeter sur lui, par trois fois, de la poussière, sous peine d’immoler à Cérès la victime que l’on nommait porca prœcidanea; on regardait même comme maudits ceux qui passaient devant un cadavre sans lui rendre ce dernier devoir.
Voici sur les morts des anecdotes d’un autre genre.
Méhémet Almédi, roi de Fez, prince ambitieux, rusé, hypocrite, eut une longue guerre à soutenir contre des peuples voisins, qui refusaient de se soumettre à lui. 11 remporta sur eux quelques victoires ; mais ayant perdu une bataille, où il avait exposé ses troupes avec une fureur aveugle, elles refusèrent de retourner à l’ennemi. Pour les ranimer il employa un stratagème. 11 offrit à un certain nombre de ses officiers, ceux qui lui étaient le plus affectionnés, des récompenses considérables , s’ils voulaient se laisser enfermer quelques heures dans des tombeaux , comme s’ils fussent morts à la bataille.
— J’ai fait pratiquer à ces tombeaux, leur dit-il, des ouvertures par lesquelles vous pourrez respirer et vous faire entendre; car je disposerai les esprits; et quand l’armée passera, je vous interrogerai; vous répondrez que vous avez trouvé ce que je vous avais promis, c’est-à-dire une félicité entière et parfaite, récompense de votre dévouement, bonheur réservé à tous ceux qui combattront avec vaillance.
Le tout s’exécuta comme l’avait proposé Méhémet Almédi. Il cacha parmi les morts ses plus fidèles serviteurs, les couvrit de terre, leur laissant un petit soupirail pour respirer et se faire entendre. Ensuite il rentra au camp, et faisant assembler les principaux chefs au milieu de la nuit : — Vous êtes, leur dit-il, les soldats de Dieu, les défenseurs de la loi et les protecteurs de la vérité. Disposezvous à exterminer nos ennemis, qui sont aussi ceux du Très-Haut; comptez que vous ne retrouverez jamais une occasion aussi certainede lui plaire. Mais comme il pourrait se trouver parmi vous des cœurs pusillanimes qui ne s’en rapporteraient pas à mes paroles, je veux les convaincre par un grand prodige. Allez au champ de bataille; interrogez ceux de nos frères qui ont été tués aujourd’hui; ils vous assureront qu'ils jouissent du plus parfait bonheur, pour avoir perdu la vie dans la guerre sainte.
11 conduisit alors ses guerriers sur le
champ de bataille, où il cria de toute sa force : — Assemblée des fidèles martyrs, faites-nous savoir ce que vous avez vu des merveilles du Dieu Très-Haut.
Les compères enfouis répondirent : Nous avons reçu du Tout-Puissant des récompenses infinies et qui ne peuvent être comprises par les vivants. Les chefs, surpris du prodige de celte réponse, coururent la publier dans l’armée, et réveillèrent le courage dans le cœur de tous les soldats. Pendant que le camp s’agitait, le roi, feignant une extase occasionnée par le miracle qui venait d’avoir lieu, était demeuré près des tombeaux où ses serviteurs ensevelis attendaient leur délivrance. Mais il boucha les soupiraux par lesquels ils respiraient, et fi s envoya recueillir, par ce barbare stratagème, les récompenses qu’il venait d’annoncer à leurs frères.
Disons lin mot de la peur que tous les hommes ont des morts.
Trois mauvais sujets de musiciens, au retour d’une partie de débauche, passaient devant un cimetière; Us y entrent ; après s’étre permis, pour s’encourager, de mauvaises plaisanteries sur les morts qui habitaient là, une idée folle leur vint. Ils portaient avec eux leurs instruments de musique. Ils trouvent original de donner un concert à un tas d’ossements rassemblés en faisceau dans l’une des extrémités de ce champ du repos. Ils n’ont pas plutôt commencé leur affreuse sérénade, qu’un cri part du fond de l'ossuaire; tous les ossements qui le composent se meuvent, s’agitent, s’entrechoquent avec bruit, semblent se réunir et se ranimer pour punir les audacieux qui bravent ainsi l’empire de la mort. Les concertants sont tellement effrayés, que deux d’entre eux tombent morts à l’instant, et l’autre, à demi écrasé, reste longtemps sans connaissance. En reprenant ses sens il demeura si vivement frappé, qu’il se fit ermite.
U faut dire maintenant le secret de l’aventure. Un pauvre mendiant, qui n’avait pas d’asile, s’était réfugié derrière le monceau d’ossements, pour y passer la nuit; cette musique inattendue lui avait fait une telle frayeur en le réveillant en sursaut, qu'il s’était enfui et qu’eu se sauvant il avait fait crouler la pyramide fatale.
Voy. Nécromancie , Vampires Devenants, etc., etc.
le Credo des morts.
Nous croyons que le fragment qui va suivre, signé V. et publié dans les journaux consacrés aux artistes, est de M.VanHasseU.
Un vieillard, maître de chapelle, avec ses deux amis, écoulait à Vienne une messe en musique, qu’il trouvait déplorable et qu’on lui avait dit élre de Palestrina. Cependaîit un magnifique Credo l’avait électrisé.
Quand la messe fut finie et que la foule se fut écoulée, Pamphile serra la main du maître de chapelle et lui dit avec un enthousiasme tout germanique:
--Palestrina est uu homme incomparable.
— Cela n’est pas à mettre en doute; mais j’ignore si la musique que nous avons entendue est réellement de lui, répondit Anatole.Il nous sera facile de nous en instruire; montons aux orgues, l’abbé Vogler pourra nous dire quel est l’auteur de ce morceau.
Tous trois descendirent la nef et gravirent les marches de pierre de l’escalier en spirale qui s’élevait à la galerie des musiciens. Malheureusement l’abbé Vogler était déjà parti.
— J’en suis fâché, dit le vieillard au poëte ; mais ce n’est rien, car voilà le Regens qui pourra, tout aussi bien queM. Vogler, nous éclaircir la chose.
Après avoir respectueusement salué une figure longue, sèche et maigre, qui avait une queue poudrée et un visage de parchemin, le maître de chapelle lui demanda:
— Pourriez-vous me dire, révérendissime monsieur, quel est l’auteur du Creclo que vous nous avez fait entendre aujourd’hui?
— L’auteur de ce Credo ? repartit le Regens. Ah ! mon cher, c’est toute une histoire, mais une histoire qui ressemble presque à un roman.
A ces mots il s’arrêta, déploya un immense mouchoir rouge à carreaux blancs, se moucha avec un bruit pareil à celui d’un tuyau de basse d’orgue, tira de la poche de sa veste de salin noir sa tabatière d’argent où il puisa une énorme prise qu’il renifla en renouvelant le même bruit. Quand il eut achevé tous ces préparatifs de conteur :
— Eh bienl lui demanda maître Anatole.
Et cette histoire que vous avez à nous raconter?
— Elle est des plus étranges, répliqua l’homme à la queue poudrée. Mais, comme je suis fort enroué, grâce à ma messe qu’il m’a fallu diriger et chanter à demi moimême...
— Cette messe était donc de vous, monsieur? interrompit le maître de chapelle qui oublia d’ajouter celle fois, au mot monsieur, la qualification de révérendissime.
— De moi-même, reprit avec orgueil le Regens, excepté toutefois le Credo. Or donc, enroué comme je le suis, je ne puis vous raconter cette histoire en ce moment. Qu’il vous suffise de savoir que ce Credo un peu excentrique fut écrit par P. Anselme, moine du couvent des dominicains, de Vienne, lequel vivait à la fin du xvme siècle. Quant à 1 histoire elle-même de P. Anselme, vous la lirez dans le codex que voici. Maître Anatole, prenez cette partition. Vous pouvez la garder trois jours, et vous y apprendrez ce que vous désirez de savoir.
Le maître de chapelle reçut le vieux manuscrit avec respect, prit congé du Regens, et se retira avec ses deux compagnons. Une demi-heure après, les trois amis se trouvaient réunis dans la petite chambre du vieillard, autour d’une table sur laquelle s’élevait, au milieu de trois verres de couleur émeraude, une bouteille effilée qui vous eût accusé du vin du Rhin.
— Amis, leur dit le maître de chapelle, en
voici une du clos particulier de monseigneur de Metternich...
— DerTeufel! du vin de Johannisbergl exclama le poète.
Les trois verres remplis furent vidés aussitôt, et le vieux Anatole ouvrit solennellement le précieux manuscrit. Il trouva la partition précédéede deux feuillets de papier presque jaune, sur lesquels il lut ce qui suit:
« Anno Domini MDCCLXXX.
« Quand j’étais mort depuis cinquante-cinq ans, le vingt-quatrième jour du mois de décembre, veille de la sainte fête de Noël, il arriva qu’après m’être échappé de mon cercueil, je me trouvai assis dans ma stalle accoutumée et tout seul dans notre église. La lune brillait à travers les vitraux et jetait de grandes (laques de lumière blanche le long des piliers et sur les anges et les saints de pierre qui étaient déjà depuis longtemps endormis. Au milieu du sanctuaire la lampe étincelait comme un ver luisant dans la nuit. J’avais froid et je craignais d’être contraint à m’en retourner dans ma fosse sans que Dieu m’eût jugé (car on avait oublié depuis cinquante-cinq ans de m’appeler devant le tribunal de Dieu), quand soudain l’horloge de la tour du couvent sonna minuit. Les douze coups retentirent sourdement sous les voûtes, et aussitôt tout devint vivant autour de moi. Les dalles se soulevèrent et tous les morts sortirent de leurs tombeaux. D’autres entrèrent dans l’église par les murs, par les fenêtres, de tous côtés, en sorte que bientôt les nefs se trouvèrent remplies d’une foule innombrable. Les saints eux-mêmes et les anges de pierre se frottèrent les yeux, s’éveillèrent de leur sommeil et se mirent à marcher vers le chœur où iis se réunirent dans les stalles et devant l’autel. D’abord vous n’eussiez rien entendu, pas même le plus léger souffle, pas même le plus léger soupir. Mais, peu après, les orgues commencèrent à chanieren accords graves et soutenus. J’écoutais avec une attention profonde, quand tout à coup Allegri et Palestrina, qui se trouvaient parmi ies morts, me demandèrent :
« — Eh bien?
« — Mais voilà une chose singulière 1 me dis-je en moi-même. Allegri et Palestrina ! que-viennent-ils faire ici?
« A peine eus-je pensé ces paroles, que les morts se mirent à chanter en un choral majestueux et solennel :
Credo in unnm Denm,
Patrerr. omnipotentem,
Faotorem cœli el terræ;
Visibilium omnium et iuvisibilium
« Destrompettesinvisibles accompagnaient à demi-voix ce choral, et peu à peu il s’y mêla un bruit de timbales comme un tonnerre lointain. Je me sentis devenir froid à celte harmonie sublime. Mais, un instant après , des larmes s'échappèrent de mes yeux, et j’éprouvai je ne sais quelle jouissance inexprimable; la foi rayonnait dans mon aine; elle y était devenue une musique que j’y lisais note à note. Je me mis à chau-