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les hommes d'eau et les femmes d'eau , les nixes des Teutons. Il n’en est pas de plus célèbres que les nymphes de l’Elbe et de la Gaal. Avant l’établissement du christianisme, les Saxons qui habitaient le voisinage de ces deux fleuves adoraient une divinité du sexe féminin, dont le temple était dans la ville de Magdebourg ou Megdeburch ( ville de la jeune fille ), et qui inspira toujours depuis une certaine crainte comme la naïade de l’Elbe. Elle apparaissait à Magdebourg, où elle avait coutume d’aller au marché avec un panier sous le bras : elle était pleine de grâce, propre, et au premier abord on l’aurait prise pour la fille d’un bon bourgeois; mais les malins la reconnaissaient à un petit coin de son tablier, toujours humide, en souvenir de son origine aquatique.
Prétorius, auteur estimable du xvi' siècle, raconte que la nymphe de l’Elbe s’assied quelquefois sur les bords du fleuve, peignant ses cheveux à la manière des sirènes. Une tradition semblable à celle que Walter-Scott a mise en scène dans la Fiancée de Lammermoor avait cours au sujet de la sirène de l’Elbe ; elle est rapportée tout au long par les frères Grimm, dans leur Recueil de légendes germaniques. Quelque belles que paraissent les ondines ou nixes, le principe diabolique fait toujours partie de leur essence: l’espritdumal n’est couvertque d’un voile plus ou moins transparent, et lôt ou tard la parenté de ces beautés mystérieuses avec Satan devient manifeste. Une mort inévitable est le partage dequiconque se laisse séduire par elles. Des auteurs prétendent que les dernières inondations du Valais furent causées par des démons, qui, s’ils ne sont pas des nickars ou des nixes, sont du moins de nature amphibie. Il y a près de la vallée de Bagnes, une montagne fatale où les démons font le sabbat. En l’année 1818, deux frères mendiants deSion, prévenus de celte assemblée illégale, gravirent la montagne pour vérifier le nombre et les intentions des délinquants. Un diable, l’orateur de la troupe, s’avança. — Révérends frères, dit-il, nous sommes ici une armée telle que si on divisait entre nous à parts égales tous les glaciers et tous les rochers des Alpes, nous n’en aurions pas chacun une livre pesant.
De temps immémorial, quand les glaciers se fondent, on voit le diable descendre le Rhône à la nage, une épée nue d’une main, un globe d’or de l’autre. 11 s’arrêta un jour devant la ville de Martigny, et cria en patois : Aïgou,haoiissou / (Fleuve, soulève-toi.) Aussitôt le Rhône obéit en franchissant ses rives, et détruisit une partie de la ville qui est encore en ruines. Ce fut en philosophant sur la mythologie populaire, que Paracelse créa ses fameuses nymphes ou ondines. Ce grand architecte, cet érudit des érudits, qui joignait à sa folie une imagination poétique et romanesque, a jugé convenable et utile de donner ses avis à ceux qui deviennent les époux des ondines. La mo-
rale de son apologue peut profiter à plus d’un mari de femme mortelle. Discrétion et constance sont surtout recommandées parla nymphe, et ses ordres doivent être exécutés à la lettre, sous peine de se perdre à jamais. A la moindre infraction, l’épouse mystérieuse se replonge dans l’abîme des eaux et ne reparaît plus (1).
N1COLAI. Voy. Hallucination.
NID, degré supérieur de magie que les Islandais comparaient à leur seidur ou magie noire. Cette espèce de magie consistait à chanter un charme de malédictions contre un ennemi.
NîFLHEIM, nom d’un double enfer chez les Scandinaves. Ils le plaçaient dans le neuvième monde ; suivant eux, la formation en avait précédé de quelques hivers celle de la terre. Au milieu de cet enfer, dit l’Edda , il y a une fontaine nommée Hvergelmer. De là coulent les fleuves suivants: l’Angoisse, l’Ennemi de la Joie, le Séjour de la Mort, la Perdition, le Gouffre, la Tempête, le Tourbillon, le Rugissement, le Hurlement, le Vaste ; celui qui s’appelle le Bruyant coule près des grilles du séjour de la mort. Cet enfer est une espèce d’hôtellerie, ou, si l’on veut, une prison dans laquelle sont détenus les hommes lâches ou pacifiques qui ne peuvent défendre les dieux inférieurs en cas d’attaque imprévue. Mais les habitants doivent en sortir au dernier jour pour être condamnés ou absous. C’est une idée très-imparfaite du purgatoire.
NIGROMANC1E, art de connaître les choses cachées dans les endroits noirs, ténébreux, comme les mines, les pétrifications souterraines, etc. Ceux qui faisaient des découvertes de ce genre évoquaient les démons et leur commandaient d’apporter les trésors cachés. La nuit était particulièrement destinée à ces évocations, et c’est aussi durant ce temps que les démons exécutaient les commissions dont ils étaient chargés.
NINON DELENCLOS. On conte que, seule un jour devant son miroir, à l’âge de dixhuit ans, cette femme philosophe s’admirait avec une expression de tristesse. Une voix tout à coup répond à sa pensée et lui dit : « N’est-il pas vrai qu’il est bien dur d’être si jolie et de vieillir? » Elle se tourne vivement et voit avec surprise auprès d’elle un vieux petit nain noir, qui reprend : «Vous me devinez sans doute? si vous voulez vous donner à moi, je conserverai vos charmes; à quatre-vingts ans vous serez belle encore. » Ninon réfléchit un instant, passa le marché, qui fut bien tenu ; et quelques instants avant sa mort elle vit au pied de son lit le petit nain noir qui l'attendait Nous emprun-
tons aux recueils d’historiettes le récit détaillé de ce singulier fait :
L’Histoire du Noctambule, ou du petit homme noir, qui vint trouver mademoiselle de Lenclos à l’âge de dix-huit ans, pour lui offrir la beauté inaltérable, est pour plusieurs un conte dénué de vraisemblance et de
(I) ïradiiions l'opulaires du Nord. Revue Brilann. 1837.
réalité. Cependant, comme elle eut un cours prodigieux, et qu’e la vie de Ninon pouvait très-bien faire supposer que le diable était de ses amis, voici cette histoire, telle qu’on la racontait à sa mort.
Mademoiselle de Lenclos, à l’âge de dixhuit ans, étant un jour seule dans sa chambre, on vint lui annoncer un inconnu qui demandait à lui parler et qui ne voulait point dire son nom. D’abord elle lui fit répondre qu’elle était en compagnie et qu’elle ne pouvait le voir.
— Je sais, dit-il, que mademoiselle est seule, et c’est ce qui m’a fait choisir ce moment pour lui rendre visite. Retournez lui dire que j’ai des choses de la dernière importance à lui communiquer et qu’il faut absolument que je lui parle.
Cette réponse singulière donna une sorte de curiosité à mademoiselle de Lenclos. Elle ordonna qu’on fît entrer l’inconnu : c’était un petit homme âgé, vêtu de noir, sans épée et d’assez mauvaise mine; il avait une calotte et des cheveux blancs, une petite canne légère à la main et une grande mouche sur le front, ses yeux étaient pleins de feu et sa physionomie assez spirituelle.
— Mademoiselle, dit-il en entrant, ayez la bonté de renvoyer votre femme de chambre; car personne ne doit entendre ce que j’ai à vous révéler.
A ce début, mademoiselle de Lenclos ne put se défendre d’un certain mouvement de frayeur ; mais , faisant réflexion qu’elle n’avait devant elle qu’un petit vieillard décrépit, elie se rassura et fit sortir sa femme de chambre.
— Que ma visite, reprit alors l’inconnu, ne vous effraye pas, mademoiselle. Il est vrai que je n’ai pas coutume de faire cet honneur à tout le monde ; mais vous, vous n’avez rien à craindre ; soyez tranquille et écoulez-moi avec attention.
Vous voyez devant vous un être à qui touie la terre obéit et qui possède tous les biens de la nature : j’ai présidé à votre naissance. Je dispose assez souvent du sort des humains, et je viens savoir de vous de quelle manière vous voulez que j’arrange le vôtre. Vos beaux jours ne sont encore qu’à leur aurore; vous entrez dans l’âge où les portes du monde vont s’ouvrir devant vous; i! ne dépend que de vous d’être la personne de votre siècle la plus illustre et la plus heureuse. Je yous apporte la grandeur suprême, des richesses immenses, ou une beauté éternelle. Choisissez de ces trois choses celle qui vous touche le plus, et soyez convaincue qu’il m’est point de mortel sur la terre qui soit en œlat de vous en offrir autant.
— Vraiment, monsieur, lui dit Ninon, en éclatant de rire, j’en suis bien persuadée, et la magnificence de vos dons est si grande
— Mademoiselle, vous avez trop d’esprit pour vous moquer d’un homme que vous ne connaissez pas, choisissez, vous dis-je, ce que vous aimez le mieux, des grandeurs, des richesses ou de la •beauté inaltérable. Mais <iélermim,z-,,ous promptement-, je ne vous
accorde qu’un instant pour vous décider; car mes instants sont précieux.
— Ah 1 monsieur, reprit Ninon, il n’y a pas à balancer sur ce que vous avez la bonté de m’offrir. Puisque vous m’en laissez le choix, je choisis la beauté inaltérable. Mais, dites-moi, que faut-il faire pour posséder un bien de si grand prix?
— Mademoiselle, il faut seulement écrire votre nom sur mes tablettes, et me jurer un secret inviolable ; je ne vous demande rien de plus.
Ninon de Lenclos promit tout ce que l’homme noir voulut ; elle écrivit son nom sur de vieilles tablettes noires à feuillets rouges, qu’il lui présenta, en lui donnant un petit coup de sa baguette sur l’épaule gauche.
— C’en est assez, dit-il , comptez sur une beauté qui ne se fanera point, et sur la conquête de tous les cœurs. Je vous donne le pouvoir de tout charmer. C’est le plus beau privilège dont une mortelle pubse jouir ici-bas. Depuis bientôt six mille ans que je parcours l’univers d’un bout à l’autre, je n’ai encore trouvé sur la terre que quatre jeunes dames qui en aient été dignes : Sémiramis, Hélène, Cléopâtre et Diane de Poitiers. Vous êtes la cinquième et la dernière à qui j’ai résolu de faire un tel don. Vous paraîtrez toujours jeune et toujours fraîche; vous serez toujours charmante et toujours adorée, aucun homme ne pourra vous voir sans devenir épris de vous ; vous serez aimée de tous. Vous jouirez d’une santé parfaite et durable ; vous vivrez longtemps et ne vieillirez jamais. 11 y a des femmes qui semblent être nées pour le plaisir des yeux, il y en a d’autres qui semblent n’être faites que pour le charme des cœurs; vous réunirez en vous ces deux qualités si rares. Vous ferez des passions dans un âge où les autres ne sont environnées que des horreurs de la décrépitude ; et on parlera longtemps de vous. Tout ce que je viens de vous dire, mademoiselle, doit vous paraître un enchantement. Mais ne me faites point de questions ; je n’ai rien à vous répondre ; vous ne me verrez plus qu’une seule fois, dans toute votre vie , et ce sera dans moins de quatre-vingts ans. Tremblez alors ; quand vous me verrez, vous n’aurez plus que trois jours à vivre ; souvenezvous seulement que je m’appelle Noctambule.
11 disparut à ces mots, et laissa mademoiselle de Lenclos dans une frayeur mortelle.
Les auteurs de ce récit le terminent en faisant revenir le petit homme noir chez mademoiselle de Lenclos trois jours avant sa mort. Malgré ses domestiques , il pénètre dans sa chambre , s’approche du pied de son lit, en ouvre les rideaux. Mademoiselle de Lenclos le reconnaît, pâlit et jette un grand cri. Le petit homme, après lui avoir annoncé qu’elle n’a plus que trois jours à vivre, lui montre sa signature, et disparaît de nouveau en prononçant ces mots d’une voix terrible : Tremble, c’en est fait, tu vas tomber en ma puissance.
Cette histoire, ou du moins une toute semblable, avait dé'à éC» déhitép, un