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normand. La grande roue de la philosophie moderne passait sur les institutions pour les broyer, quand nous avions Mesmer et Cagliostro. Au milieu des lumières rayonnantes du xviu* siècle, Swedenborg, homme de bonne foi et homme savant, n’a-t-il pas vu le ciel et les anges, et l’enfer et les limbes, aussi nettement que je vois la chambre où je suis assis? Swedenborg, étailun illuminé, Mesmer un empirique, Cagliostro un charlatan. Soit, mais j’ai quelque chose de plus curieux à vous raconter.
«Saint-Simon, le seul Tacite du xvir siècle, et Philippe d’Orléans, régent de France, méritent assurément une 1 lace entre les hommes spirituels et désabusés de leur temps. Philippe était quelque chose de plus qu’un philosophe; tout le monde connaît ses reparties si vives et si brillantes, sa nonchalance, sa finesse d’esprit et son dédain pour toute superstition. Quant à Saint-Simon, où trouver un homme plus minutieux, lin courtisan plus difficile à tromper, un satirique moins prêt à pardonner aucun vice; l’œil toujours ouvert sur les sottises d’autrui ; intelligence perçante , mordante, taquine; serrant dans les tenailles de son anecdocte jusqu’aux folies de ses amis, jusqu’aux fautes des prélats et du roi; écrivain scrupuleux dans ses récits; celui-là, vous ne l’accuserez pas de crédulité sotte, pas plus que vous n’attribuerez à faiblesse d’esprit et à bêtise les fantaisies théurgiques du prince son ami. Ecoutez donc ce que dit Saint-Simon.
« Entre autres fripons de curiosités cachées dont M. le duc d’Orléans avait beaucoup vu en sa vie, on lui en produisit un qui prétendit faire voir dans un verre rempli d’eau tout ce qu’on voudrait savoir. Il demanda quelqu’un de jeune et d’innocent pour y regarder, et une certaine petite fille s’y trouva propre. Ils s’amusèrent donc à vouloir savoir ce qui se passait alors même dans les lieux éloignés, et la petite fille voyait et rendait ce qu’elle voyait à mesure. Cet homme prononçait tout bas quelque chose sur ce verre rempli d’eau, et aussitôt on y regardait avec succès... « Les duperies que M. le duc d’Orléans avait souvent essuyées l’engagèrent à une nouvelle épreuve qui pût le rassurer.»
« Saint-Simon décrit la scène , la scène de l’épreuve, scène d’ailleurs fort intéressante, mais beaucoup trop longue pour que nous la rapportions, et il continue :
« M. le duc d’Orléans voulut savoir ce qu’il deviendrait. Alors ce ne fut plus dans le verre. L’homme qui était là lui offrait de le lui montrer comme peint sur la muraille de la chambre, pourvu qu’il n’eût point peur de s’y voir; et au bout d’un quart d’heure de quelques simagrées devant eux tous, la figure de M. le duc d’Orléans , vêtu comme il l’était alors, et dans sa grandeur naturelle, parut tout à coup sur la muraille comme en peinture, avec une couronne fermée sur la