‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 37 sur 222 · ONG · texte numérisé non relu

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qui tantôt nageait sur la surface des eaux , tantôt s’y enfonçait volontairement. Ils virent la même chose le lendemain et parlèrent à différentes personnes de cette singularité. On tendit des ûlets, on amorça le nageur, en lui jetant des morceaux de pain ; en un mot, on réussit à le prendre, et l’on trouva que c’était un homme bien conformé. On le questionna en plusieurs langues, sans qu’il répondit à aucune, on eut recours à un autre moyen, ce fut de le conduire au couvent de Saint-François, où il fut conjuré, comme pouvant être possédé de l’esprit malin. L’exorcisme fut aussi inutile que les autres questions. Enfin, quelques jours après, il prononça le mot de Lierganès. Il y avait alors auprès de lui quelqu’un qui était de ce bourg même. Le secrétaire de l’inquisition en était aussi. Il écrivit à ses parents, pour tâcher de tirer d’eux quelques éclaircissements relatifs à cet homme singulier. On lui répondit qu’un jeune homme de Lierganès avait effectivement disparu sur la côte de Bilbao, sans qu’on eût entendu parler de lui depuis ce temps-là. 11 fut décidé que l’homme marin serait envoyé à Lierganès; et un religieux franciscain, que d’autres affaires y conduisaient, se chargea de l’accompagner ; cela ne put cependant s’effectuer que l’année d’après. Lorsqu’ils furent l’un et l’autre à un quart de lieue du village, le religieuxordonna au jeune homme de prendre les devants et de lui montrer le chemin de sa maison. Ce dernier, sans rien répondre, le conduisit directement chez sa mère. Elle le reconnut à l’instant même, et elle s’écria en l’embrassant ! Voilà mon fils que j’ai perdu à Bilbao! Deux de ses frères qui étaient là le reconnurent également et l’embrassèrent avec la .même tendresse. Quant à lui, il ne témoigna ni surprise, ni sensibilité. Il ne parla pas plus à Lierganès qu’il n’avait fait à Cadix , et l’on ne put tirer de lui aucun éclaircissement sur son aventure. Il avait entièrement oublié sa langue naturelle, excepté ces mots, pain, vin, tabac, qu’il ne prononçait pas même à propos. Lui demandait-on s’il voulait l’une ou l’autre de ces choses, il était hors d’état de répondre. Il mangeait avec excès du pain pendant quelques jours, et en passait ensuite un pareil nombre sans prendre aucune sorte de nourriture; il s’acquittait fort bien des commissions où il ne fallait point parler. Il remettait exactement une lettre à son adresse et en rapportait la réponse par écrit. Qn l’envoya un jour en porter une à Saint-Ander; il fallait, pour y arriver, passer à Padrenna une rivière qui a plus d’une lieue de largeur en cet endroit; François de la Véga ne trouvant pas de barque pour la traverser , s’y j jeta à la nage, et remplit parfaitement sa commission.

Ce jeune homme avait environ six pieds de haut, le corps bien formé, le teint blanc , les cheveux roux et aussi courts qu’un enfant qui vient de naître. Il allait toujours nu-pieds , et n’avait presque point d’ongles ni aux pieds ni aux mains. Il ne s’habillait

que lorsqu’on l’en faisait souvenir, et il ne lui en coûtait pas plus d’aller sans aucuns vêtements. Il en était de même pour le manger. Lui en offrait-on, il l'acceplait et n’en demandait point. Ce fut ainsi qu’il resta encore neuf ans chez sa mère. Au bout de ce temps, il disparut de nouveau, sans qu’on ail su ni comment, ni pourquoi. Il est à croire que les mêmes raisons qui avaient causé sa première disparition influèrent sur la seconde. On publia qu’un habitant de Lierganès avait revu depuis François de la Véga dans un port des Asturies; mais ce fait paraît moins attesté que les précédents. Ou assure aussi que, lorsqu’on relira cet homme singulier de la mer de Cadix, il avait le corps tout couvert d’écailles ; mais elles tombèrent par la suite. On ajoute que divers endroits de son corps étaient aussi durs que du chagrin.

Le père Feijoo joint à ce récit beaucoup de réflexions philosophiques sur un tel phénomène et sur les moyens qui ont pu rendre un homme capable de vivre au fond des mers. 11 observe que si François de la Véga eût conservé sa raison et l’usage de la parole, il aurait pu mieux instruire sur cet objet que ne pourront le faire toutes les recherchesdes physiciens. Il aurait pu nous apprendre une foule de détails qui seront toujours ignorés des plus habiles naturalistes; par exemple, sur la génération des poissons, leur façon de vivre, etc. Il aurait puy joindre d’amples éclaircissements sur le fond de la mer, sur les plantes qui y naissent, etc., etc. On eût appris de lui-même comment il avait pu y subsister longtemps et s’y accoutumer si subitement; s’il y dormait par intervalles, combien de temps il supportait le défaut de respiration, comment il échappait à la voracité des mohstres marins, et peut-être quelles sont les différentes espèces de ces monstres.

ONEIROClUTIQUE , art d’expliquer les songes. Voy. Songes.

ONGLES. Les Madécasses ont grand soin de se couper les ongles une ou deux fois la semaine ; ils s’imaginent que le diable s’y cache quand ils sont longs. C’était une impiété chez les Romains que de se couper les ongles tous les neuf jours. Cardan assure dans son traité de Varietate rerum qu’il avait prévu par les taches de ses ongles, tout ce qu’il lui était arrivé de singulier, j Voy. Chiromancie. .

On sait qu’il pousse des envies aux doigts, quand on coupe ses ongles les jours qui ont un R, comme mardi, mercredi et vendredi... Enfin, quelques personnes croient en Hollande qu’on se met à l’abri du mal de dents en coupant régulièrement ses ongles le vendredi. Voy. Onychomancie.

ONGUENTS. Il y a plusieurs espèces d’onguents , qui ont tous leur propriété particulière. On sait que le diable en compose de différentes façons, lesquels il emploie à nuire au genre humain. Pour endormir, on eu fait un avec de la racine de belladone, de la morelle furieuse, du sang de

chauve-souris, du sang de huppe, de l’aconit, de la suie, du persil, de l’opium et delà ciguë. Voit. Graisse.

ONOMANCIE ou ONOMATOMANCIE, divination par les noms. Elle était fort en usage chez les anciens. Les pythagoriciens prétendaient que les esprits, les actions et les succès des hommes étaient conformes à leur destin, à leur génie et à leur nom. On remarquait qu’Hippolyte avait été déchiré par ses chevaux, comme son nom le portait. De même on disait d’Agamemnon, que, suivant son nom, il devait rester longtemps devant Troie; et de Priam, qu’il devait être racheté d’esclavage. Une des règles de l’onomancie, parmi les pythagoriciens, était qu'un nombre pair de voyelles, dans le nom d’une personne, signifiait quelque imperfection au côté gauche, et un nombre impair quelque imperfection au côté droit. Ils avaient encore pour adage que de deux personnes, celle-là était la plus heureuse dans le nom de laquelle les lettres numérales jointes ensemble formaient la plus grande somme. Ainsi, disaient-ils , Achille devait vaincre Hector, parce que les lettres numérales comprises dans le nom d’Achille formaient une somme plus grande que celles du nom d’Hector. C’était sans doute d’après un principe semblable que , dans les parties de plaisir, les Romains buvaient à la santé de leurs belles autant de coups qu’il y avait de lettres dans leur nom. Enfin, on peut rapporté. à l’onomaneie tous les présages qu’on prétendait tirer des noms, soit considérés dans leur ordre naturel, soit décomposés et réduits en anagrammes ; folie trop souvent renouvelée chez les modernes. Voy. Anagrammes.

Cœlius Rhodiginus a donné la description d’une singulière espèce d’onomancie ; J héodat, roi des Goths, voulant connaître le succès de la guerre qu’il projetait contre les Romains, un devin juif lui conseilla de faire enfermer un certain nombre de porcs dans de petites étables, de donner aux uns des noms goths, avec des marques pour les distinguer, et de les garder jusqu’à un certain jour. Ce jour étant arrivé, ou ouvrit les étables, et l’on trouva morts les cochons désignés par des noms goths, ce qui fil prédire au juif que les Romains seraient vainqueurs (1).

ONYCHOMANCIE , divination par les ongles. Elle se pratiquait en frottant avec de la suie les ongles d’un jeune garçon, qui les présentait au soleil, et l’on s’imaginait y voir des figures qui faisaient connaître ce qu’on souhaitait de savoir. On se servait aussi d’huile et de cire.

OÜMANCIE ou OOSCOP1E, divination par les œufs. Les devins des anciens jours voyaient dans la forme extérieure et dans les figures intérieures d’un œuf les secrets les plus impénétrables de l’avenir. Suidas prétend que celle divination lut inventée par Orphée.

(Il M. Noël, Dictionnaire üe la Faille.

On devine à présent par l'inspection des blancs d’œufs; et des sibylles modernes (entre autres mademoiselle Lenormaod) ont rendu cette divination célèbre. Il faut prendre pour cela un verre d’eau, casser dessus un œuf frais et l’y laisser tomber doucement. On voit par les figures que le blanc forme dans l’eau divers présages. Quelques-uns cassent l’œuî dans de l’eau bouillante ; on explique alors les signes comme pour le marc de café. Au reste cette divination n’est pas nouvelle ; elle est même indiquée par le Grimoire. « L’opération de l’œuf, dit ce livre, est pour savoir ce qui doit arriver à quelqu’un qui est présent lors de l’opération. On prend un œuf d’une poule noire, pondu du jour ; on le casse, on en tire le germe; il faut avoir un grand verre bien fin et bien net, l’emplir d’eau claire et y mettre le germe de l’œuf; on met ce verre au soleil de midi dans l’été, en récitant des oraisons et des conjurations, et avec le doigt on remue l’eau du verre pour faire tourner le germe ; on le laisse ensuite reposer un instant et on regarde sans toucher. On voit ce qui aura rapport à celui ou à celle pour qui l’opération se fait. Il faut lâcher que ce soit un jour de travail, parce qu’alors les objets s’y présentent dans leurs occupations ordinaires. Voy. OEufs (2).

OPALE. Cette pierre récrée le cœur, préserve de tout venin et contagion de l’air, chasse la tristesse, empêche les syncopes, les maux de cœur et les affectious malignes...

OPALSKI, sources d’eaux chaudes dans le Kamtschalka. Les habitants s’imaginent que c’est la demeure de quelque démon, et ont soin de lui apporter de légères offrandes pour apaiser sa colère. Sans cela, disent-ils, il soulèverait contre eux de terribles tempètes.

OPHIOMANCIE , divination par les serpents. Elle était fort usitée chez les anciens, et consistait à tirer des présages des divers mouvements qu’on voyait faire aux serpents. On avait tant de foi à ces oracles, qu’on nourrissait exprès des serpents pour connaître ainsi l’avenir. Voy. Serpents.

OPHIONÉE, chef des démons ou mauvais génies qui se révoltèrent contre Jupiter, selon Phérécyde le Syrien.

OPHIONEUS, célèbre devin de Messénie, aveugle de naissance, qui demandait à ceux qui venaient le consulter comment ils s’étaient conduits jusqu’alors, et, d’après leur réponse, prédisait ce qui leur devait arriver. Ce n’était pas si bête. Aristodème, roi des Messéniens, ayant consulté l’oracle de Delphes sur le succès de la guerre contre les Lacédémoniens, il lui fut répondu que quand deux yeux s’ouvriraient à la lumière et se refermeraient peu après, c’en serait fait des Messéniens. Ophioneus se plaignit de violents maux de tête qui durèreut quelques jours, au bout desquels ses yeux s’ouvrirent pour se refermer bientôt. Aristodème, en apprenant cette double nouvelle, désespéra du

(2) Les trois Grimoires, p. »o.

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