‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 42 sur 222 · ORT · texte numérisé non relu

ORT

— Qui t’envoie? reprit le seigneur

— Le clerc de Catalogne, à qui tu fats grand tort, car tu lui ravis les droits de son bénéfice. Aussi ne te laisserai-je en paix que quand tu lui auras rendu justice et qu’il sera content.

— Et comment te nomme-t-on, toi, si bon

messager?

— On me nomme Orthon.

— Eh bien, Orthon, le service d’un clerc ne te vaut rien , il te donnera trop de peine. Abandoone-le , je te prie, pour me servir, je t on saurai gré.

Cette proposition tenta Orthon; le courage du chevalier lui plut.

— Le veux-tu? lui dit-il.

— Oui, et pourvu que tu ne fasses mal à personne céans, je m’attacherai à toi, et nous serons bien d’accord.

— Sois tranquille, je n’ai d’autre puissance que celle de t’empêcher de dormir, toi et les autres.

— Eh bien donc, laisse ce méchant clerc, et viens me servir.

Lors Orthon s’éprit tellement du seigneur de Coarasse, qu’il le visitait souvent pendant 1 1 nuit, et quand il le trouvait endormi, il soulevait son oreiller et heurtait de grands coups aux portes et aux fenêtres. Le chevalier avait beau dire :

— Orthon, laisse-moi dormir, je t’en prie.

— Je n’en ferai rien, reprenait l’autre, avant de t’avoir conté des nouvelles.

Cependant la femme du sire de Coarasse avait une telle frayeur, que les cheveux lui dressaient sur la tête, et qu’elle s’enfonçait bien avant sous sa couverture. Une fois réveillé , le châtelain demandait au messager quelles nouvelles il avait à lui dire et de quel pays il venait. Celui-ci répondait ;

— Je viens d’Angleterre, ou d’Allemagne, ou de Hongrie; j en suis parti hier, et telles et tilles choses y sont advenues.

Ainsi, le sire de Coarasse savait à merveille tout ce qui se passait de par le monde. Cela dura environ cinq ans. Mais comme le comte de Foix s’émerveillait de ce que le sire de Coarasse était toujours si bien informé; le chevalier, après beaucoup d’instances, lui parla de son gentil messager.

— Sire de Coarasse, dit le comte, je voudrais bien en avoir un semblable; il ne vous coûte rien, et vous savez véritablement tout ce qu’il advient de par le monde. Vous plairait-il, messire, me communiquer les nou~ velles d’Orthon?

— Monseigneur, répondit le chevalier, ainsi ferai-je pour l’amour de vous.

Donc, toutes les fois qu’Orthon avait apporté des nouvelles, Raymond en écrivait au comte de Foix. Un jour celui-ci lui demanda s’il n’avait jamais vu son messager.

— Par ma foi, monseigneur, je n’.y ai jamais pensé.

— Eh bien, à votre place, point n’y aurais manqué; je l’aurais prié de se montrer à moi- Veuillez vous mettre en peine , et me direz de quelle forme et de quelle façon il est. Vous.

m’avez dit qu’il parle le gascon comme vous et moi. r-

— C’est vérité, répondit le sire, et puisque vous me le conseillez, je me mettrai en peine de le voir.

Quelques jours après, arrive Orthon, lequel, selon sa coutume, se met à secouer l’oreiller du sire de Coarasse qui fort dormait ; quant à sa femme, elle y était accoutumée et n’en avait p us peur.

— Qui est là? dit le chevalier en se réveillant.

— C’est moi, Orlhon.

— Et d'où viens-tu ?

— Je viens de Prague en Bohême ; l’Empereur est mort.

— Et quand est-il mort?

— Avant-hier.

— Combien y a-t-il d’ici à Prague?

— 11 y a soixante journées.

— Et tu es déjà revenu?

— Oui vraiment ; je vais plus vite que le vent.

— Tu as donc des ailes?

— Nenni, point.

— » Et comment donc peux-tu aller si vite?

— Vous n’avez que faire de le savoir.

— 11 est vrai, mais je le verrais volontiers pour savoir de quelle forme tu es.

— Que vous importe, pourvu que je vous dise des nouvelles vérilables?

— C’est que, Orthon, je t’aimerais mieux si je t’avais vu.

— Puisque vous avez ce désir, la première chose que vous verrez demain matin en qu tlant votre lit, ce sera moi.

— Il su fit. Or, va, je te donne congé pour celte nuit.

Le lendemain matin, voilà le sire qui se lève. La dame avait une telle frayeur qu’elle fil la malade, disant qu’elle ne se lèverait point ce jour-là. Et comme son seigneur insistait :

— Vraiment, dit-elle, je verrais Orlhon ; et je ne veux ni le voir, ni le rencontrer, s’il plaît à Dieu.

— Eh bien, dit le chevalier, je veux le voir, moi.

Et aussitôt il sauta résolument hors de son lit et s’assit sur le bord ; il croyait se trouver face à face avec Orthon , mais il ne vil rien. Il courut ouvrir les fenêtres pour y voir plus clair, mais il n’aperçut rien qui pût iui faire dire :

— Voici Orlhon.

Le jour se passe , la nuit vient. A peine est-il couché, voici Orlhon qui se met a causer avec lui comme à l'ordinaire.

— Va, lui dit le chevalier, lu n’es qu’un trompeur; tu te devais hier montrer à moi, et tu n’en as rien fait.

— Mais si, je me suis montré.

— Mais non.

— Comment? n’avez-vous tien vu quand vous avez sauté hors de votre lit?

Le sire de Coarasse réfléchit un instant.

— Ma foi, dit-il, comme je pensais à toi,

i aperçu sur le pavé deux longs fétus qui tournoyaient et jouaient ensemble.

— C’était moi, dit l’esprit ; j’avais pris cette forme.

— Cela ne me suffit point; prends une forme à laquelle je pui>se clairement le reconnaître.

— Vous ferez tant, reprit Orthon, que vous me perdrez et que je me lasserai de vous ; car vous êtes trop exigeant.

Tu ne te lasseras point de moi , car si je le vois une seule fois, cela me suffira.

— Eh bien, vous me verrez demain. Prenez bien garde à la piemière chose que vous apercevrez en sortant de votre chambre, ce sera moi.

— C’est bien, dit le sire, va-t’en donc, car je veux dormir.

Le lendemain , à l’heure de tierce , le sire de Coarasse se lève et s’apprête comme il convient à son rang. Il sort de sa chambre et vient dans une gaierie qui avait vue sur le milieu de la cour du château. Il jette les yeux autour de lui, et la première chose qui frappe ses regards, c’est une énorme truie, la plus grande qu'on eût jamais vue; elle était si maigre, qu’elle ne montrait que les os et la peau ; son museau était aigu et affamé. Le sire de Coarasse ne vil point volontiers cet affreux animal ; il appela scs gens.

— Or, tôt, leur dit-il, faites sortir les chiens; je veux que cette truie soit pillée.

Les valets obéirent et lâchèrent les chiens sur la truie. Elle poussa un grand cri, jeta un long regard sur le sire de Coarasse, et s’évanouit comme une fumée, sans qu’on pût savoir ce qu’elle é'ait devenue. Comme le sire rentrait tout pensif dans sa chambre, il vint à se souvenir d’Orlhon.

— Las I dit-il. je crois que j’ai vu mon messager; combien je me repens d’avoir lancé mes chiens sur lui! Ce sera un grand basa d si je le revois; car il m’a dit que dès que je l’irriterais il ne reviendrait plus.

Ce fut la vérité : Orlhon ne revint plus, el le sire de Coarasse mourut l’année suivante. On dit que le gentil messager est passé au service du comte de Foix, car on ne fait rien ici ou ailleurs qu’il n’en soit trèsbien informé, même quand on s’en défie le plus. Et c’est la ferme croyance de presque tons les habitants du Béarn.

Ainsi parla l’écuyer, et Froissart ne manqua pas de bien mettie en mémoire un conte aussi merveilleux.

ORTIE BRULANTE. Les Islandais, qui appellent celte plaine Netla, croient qu’elle a une vertu singulière pour écarter les sortilèges. Selon eux, il faut en faire des poignées de verges el en fouetter les sorciers à nu,

OS DES MORTS. Certains habitants de la Mauritanie ne mettent jamais deux corps dans la même sépulture, de peur qu’ils ne s'escamotent mutuellement leurs os au jour de la résurrection.

OTHON. Suétone dit que le spectre de Galba poursuivait sans relâche Othon, son meurtrier, le tiraillait hors du lit, l’épouvantait et iui causait mille tourments. Çj’élait peut-être le remords,

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