LA CAVEKNE DU MAMMOUTH
La caverne du Mammouth , ou grande grotte américaine, est un immense souterrain dans la prairie sud de l’Etat de Kentucky. La description qui suit est due à la plume d’un gentleman instruit , qui est demeuré tout récemment quelque temps sur les lieux.
La caverne a été explorée, suivant l’estimation du guide, sur une étendue de quatorze milles (22 kilomètres 1/2, 5 lieues 1/2) en ligne droite. Celte limite des explorations aboutit ;ï une entrée au delà des montagnes Rocheuses. Jusqu’où peuvent-elles s’étendre encore? On l’ignore.
11 paraît que la caverne a été habitée dans des temps reculés, mais probablement par des races éteintes aujourd’hui. On a examiné en 1813 un corps humain trouvé dans cette caverne, et la nombreuse garde-robe conservée auprès de lui, dont on a fait un inventaire exact que l’on possède encore. Le corps était celui d’une femme de taille gigantesque ; il avait à peu près 5 pieds 10 pouces.. Il était accroupi dans un trou de trois pieds carrés d’ouverture, sur lequel était une pierre plate. Les poignets étaient liés d’une corde
{ I ) Wiersis, In Psoudoinouarchia dæm.
(ij SaiiU Paul, U 'fini., ch. tu, vers. 8.
et pliés contre la poitrine; 1. s genoux en étaient rapprochés. Le corps était entouré de deux peaux de cerf à moitié préparées e t sans poils, sur lesquelles étaient dessinées en blanc des souches et des feuilles de vigne. Sur ces peaux était un drap de deux yards carrés; aux pieds une paire de mocassins et une espèce de havresac entièrement rempli des objets qui suivent : sept parures de tête en plume d’aigle et d’un autre oiseau de proie, assemblées comme on fait aujourd’hui pour les éventails de plumes: ces parures, fort élégantes, sont placées debout sur le haut de la léte d’une oreille à l’autre, attachées avec des cordons ; une mâchoire d’ours arrangée pour être portée par une torde autour du cou; une serre d’aigle destinée à être portée de la même manière; plusieurs sabots de faons arrangés en chapelet; environ deux cents tours de chapelet en graines de l’intérieur du pays, un peu plus petites que la graine de chanvre; des sifflets liés ensemble et d’environ six pouces de long, faits en canne, avec une ajoutée du tiers de la longueur : une ouverture d’environ 9 lignes s’étend de chaque côté du joint où se trouve un roseau fendu; deux grandes peaux de serpents à sonnettes, dont l’une a quatorze anneaux sonores; un peloton de nerf do chamois pour coudre, ressemblant à des cordes de violon ; quelques bouts de gros fil à deux ou trois brins ; une poche en filet eu forme de valise, s’ouvrant en long .et par le haut, avec des ganses de chaque côté et deux cordes fixées à l’une des extrémités passant à travers ces ganses pour la fermer. Cette espèce de valise était d’un bon modèle et fort ingénieusement faite.
Telle était la garde-robe trouvée avec le corps de cette femme. Le drap, les mocassins, le havresac, la poche en filet, le fil, les cordons étaient en écorce, travaillés soit en tresse, soit en espèce de tricot. Le havresac avait une double bordure de trois pouces , qui lui donnait plus de force. Je ne .pense pas que le travail de tous ces objets soit plus parfait que celui des objets semblabl es que l’on rencontre dans les différentes tribus indiennes ; mais ils avaient tous un cachet particulier, un style, un caractère que je n’ai trouvé nulle autre part. Le corps avait été conservé, par le dessèchement des chairs, dans une atmosphère sans variations, où ne peut s'opérer la décomposition animale. La chevelure était rouge et longue de quelques lignes seulement ; sur les côtés il existait une blessure. A quelle date du monde remonte le dépôt de ce corps dans la caverne (3)?
On a publié, dans les Annales de la Propagation de la foi, la description suivante de cette caverne-monstre.
L’aspect grandiose et presque terrible que prennent les collines et les vallons au fond desquels se trouve l’entrée de Mammoth - Cave dispose l’âme aux émotions qu elle doit bientôt éprouver. Des arbres gigantes-
(3) Laharpe, llist. des Voyages, t. II, p. lot.