‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 8 sur 222 · MAM · texte numérisé non relu

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ques, des roches entassées, l’obscurité croissante, tout saisit vivement l’imagination. Le soleil pénètre à peine dans le fond de la vallée. On semble quitter le séjour brillant de la lumière pour entrer dans le sombre empire que les Grecs peuplèrent de fantômes et d’esprits errants.

Nous en approchions déjà; le premier sentiment est celui de la stupeur et d’une sorte d’effroi. Une grotte de35 pieds de large, de 20 de haut, et profonde de 50 à peu près, est terminée intérieurement par une porte étroite qui joint la limite delà lumière et des ténèbres. Avant d’en franchir le seuil, on se retourne par un mouvement spontané et invincible ; on jette un dernier regard sur le ciel bleu que Dieu étendit pour en faire le pavillon de l’homme. Oh 1 comme elle paraît alors brillante, la lumière qui joue à rentrée de la grolte, dans les larges feuilles des balsamines sauvages, ou sur les rameaux flexibles des ronces 1 Cependant il faut passer. Le nègre qui vous sert de guide rirait de votre simplicité, si vous lui disiez un mot des sentiments qui remplissent votre âme. Le seuil est franchi ; nous sommes dans la branche principale du souterrain.

Une nef sans supports, de 100 toises de long, de 80 à 110 piedsde haut, et large d’une cinquantaine, forme le prodigieux sarcophage où vous êtes momentanément enseveli. La lumière des lampes que les voyageurs tiennent à la main va se perdre dans la profondeur du gouffre. Vous les voyez, à quelques pas, lutter contre les lénèbres qui s’épaississent. Pour fixer un objet, il faut s’arrêter, élargir la prunelle et approcher la lampe. Cependant la lumière empruntée d’un flambeau, disséminée dans un espace beaucoup trop vaste pour en être totalement éclairé, donne plus de grandeur aux objets. Aux extréoiilés de celte longue avenue, plusieurs branches du souterrain débouchent dans diverses directions. On trouve alors quelque ressemblance avec les catacombes de Rome....

On nous fit traverser une suite de grottes et d’avenues telles qu’on en voit partout où la nature a creusé des cavités souterraines. La seule chose qui frappe ici, c’est le peu de respect que les voyageurs ont pour cette merveilleuse curiosité du nouveau monde.

Les incrustations calcaires qui décoraient jadis V Avenue gothique, la Chapelle, 1 el'emple, jonchent maintenant le sol ; quelques débris seulement restent suspendus aux murailles et aux voûtes pour exciter les regrets du voyageur; en même temps des milliers de noms se voient dessinés de toutes paris, comme si les auteurs de ces dévastations avaient craint de n’être pas connus.

Nous nous arrêtâmes cependant dans la petite chambre appelée liaunted-Chamber , où ies premiers qui pénétrèrent dans le souterrain trouvèrent des momies que l’on dit être maintenant dans le Muséum de Reale. Entre plusieurs autres , le cadavre d’une femme emmaillotée et serrée de bandelettes, comme les momies égyptiennes, méritait de fixer

l'attention : à son bras était suspendu un petit sac rempli d’aiguilles et de bijoux; elle était assise et de petite taille: ses (rails annonçaient une variété humaine différente de l’homme rouge.

Un espace circulaire, que les guides disent être de huit acres, et que les visiteurs les plus modérés réduisent à quatre, se présente sous terre, sans piliers naturels pour supporter une voûte immense. L’action des eaux qui la creusa jadis a festonné tout à l’entour des draperies, des contours bizarres ou gracieux, comme dans les églises gothiques le ciseau des architectes a dessiné des arabesques, des feuillages, d’élégantes guirlandes. Le Ranlhéon d’Agrippa revint alors à ma pensée, comme le diminutif sublime de la voûte colossale que j’avais sous les yeux. Mille autres objets dignes d'être décrits trouveraient ici naturellement leur place, si je voulais parler en détail de tous les dômes curieux, de toules les salles ou avenues pittoresques que le guide nous fit voir, en leur donnant des noms bien ou mal appliqués. Ainsi, les forges du diable se montrent à côté des colonnes d. Hercule eide Pompée , le parapet de Napoléon est voisin du fauteuil de Vulcain, la femme de Lotli fait le pendant d’une tête d'éléphant

Nous étions entrés dans la caverne à quatre heures du soir; nous en sortîmes à la nuit tombante. Le lendemain, avant que le soleii eût encore paru à l’orient, nous redescendîmes dans la grotte, et, sans nous arrêter aux curiosités de détail, nous nous dirigeâmes à grands pas vers la rivière, dont nous nous proposions d’étudier le cours. Avant d’y parvenir, il faut faire à peu près quatre m.lles, tantôt dans le roc vif, ou sur des pierres amoncelées, tombées autrefois de la voûte, tantôt sur un sable fin rempli de petits cailloux. Dans plusieurs endroits, surtout dans le labyrinthe, près du dôme de Gorni, on trouve des agates, des calcédoines;, des opales, communes pour la plupart et de peu de valeur. Avant d’arriver à la rivière,, on passe sur le gouffre appelé Bottomless dit , Il y a deux ans, c’était le terme de toules les excursions : un abîme que l’on croyait sans fond se présentait au travers de l’unique sentier du souterrain. Le bruit lointain des eaux du fleuve qui, répété par les eaux des cavernes, ressemble au sourd mugissement d’une cascade, la vue de rochers entassés sans ordre, le rétrécissement presque subit de la voûte et du sentier, tout faisait craindre de trouver la mort, si on osait faire un pas de plus. Mais un voyageur eut plus d’audace que ses devanciers : il prit une montre à secondes, s’assit sur le bord de l’abîme, y jeta une pierre, et remarqua qu’après avoir rebondi contre les parois du gouffre, elle s’arrêtait enfin, en faisant entendre un bruit plus fort que ceux qui avaient précédé. Le calcul, après plusieurs expériences , lui donna une profondeur approximative de UsG pieds anglais. Le bruit des eaux lui annonçait, d’ailleurs, qu’au delà du précipice il trouverait, eu dépit du rétrécissement mo-

mentané du souterrain, d’autres voûtes et d’autres avenues, plus larges peut-être que celles qu'il venait de voir. Il s’arma donc de courage, jeta une échelle transversale sur la bouche du gonITreet s’y cramponna des pieds et des mains. Un seul nègre l’accompagnait et, frappé d’une superstitieuse terreur, lui annonçait solennel ement qu’il allait périr. La prédiction faillit se trouver vraie. L’éciielle, à peine assez longue, était faiblement sou'enue de l’autre côté; aus^i, au moment où l’aventurier croyait toucher l’autre bord, elle glissa et le nègre poussa un cri d’effroi, s’imaginant que l’hydre de l'abîme punissait l'homme blanc de son audace sacrilège.

Mais le voyageur i 11 1 répi ie, au moment du plus grand danger, conserva sa présence d’esprit ; il étendit la main en tombant, saisi une pointe de rocher qui, par bonheur, ne céda pas, et se trouva bientôt, hors de crainte, à l’entrée d’une nouvelle caverne. Le nègre même, dit-on, encouragé par le succès d’une tentative si téméraire, alla chercher une échelle plus longue, passa à la suite de l’homme blanc, et revint avec lui par la même route, après avoir vu la rive du fleuve souterrain vers lequel nous allions nous diriger.

Actuellement , un pont en bois, jeté à travers le gouffre, offre aux visiteurs toute facilité de passer sans la moindre crainte, et tout le monde s’étonne aujourd’hui que l’on ait été pendant longtemps arrêté par si peu de chose. Il est surprenant, sans doute , de trouver une rivière si loin du jour; c’est une merveille de voir une vallée ténébreuse entourée de collines, de gorges, de ravins, peuplée d’êtres vivants , présentant, à la lumière près, tous les caractères des vallons où nous aimons tant à errer.

Après avoir descendu un coteau couvert de sab'e et de rochers épars, on se trouve sur les bords d’un nouveau Styx. La rivière peut avoir en cet endroit vingt pieds de large; on lui en donne autant de profondeur. Elle coule sur un lit de sable lin et de jolis cailloux. Quand clic devient moins profonde et que ses rives sont recouvertes seulement de quelques pouces d’eau, on y trouve un grand nombre d’écrevisses, pour li plupart de petite taille, rabougries, entièrement blanches ; quelquefois, pourtant , on en trouve de taille ordinaire, presque noires et mieux nourries. Mais le caractère le plus frappant dans les deux espèces, c’est l'absence d’yeux, causée sans doute par leur inutilité. La cécité la plus complète est aussi le caractère le plus remarquable des poissons qui peuplent la rivière souterraine. On n’en connaît encore qu’une espèce du genre cottus. Le plus gros qui y ait jamais été pêché pouvait avoir six pouces ; leur taille ordinaire est de trois à quatre pouces. Ï1 serait facile de se les procurer vivants. Pour terminer la liste des animaux qui habitent AI nmmot h-Cave, je dois ajouter aux poissons et aux écrevissrs plusieurs espèces d’inse.cles, entre autres des arachnides phalangiennes et des grillons. Mais il est temps

de continuer notre route ; un canot nous attend sur le rivage; hâtons-no s d’y entrer.

Nous étions trop nombreux pour entrer tous à la fois dans la barque ; les dames s’y placèrent d’abord avec leurs maris. Chacun, sa lampe à la main , se tenait assis et tranquille ; deux nègres seuls frappaient l’eau de leurs avirons. Pour nous, assis sur la rive, nous vîmes l’esquif voguer majestueusement vers la partie obscure du gouffre. Le pre,mier trajet est à peine de dix minutes ; la barque revint nous prendre, et bientôt nous nous trouvâmes de nouveau réunis sur un banc de terre calcaire compacte, au-dessous duquel le fleuve se perd comme par enchantement dans le sable. On peut éviter ce premier passage en se glissant à travers les rochers jusqu’au sommet des hautes collines qui bordent le fleuve ; alors on marche quelque temps sur le bord d’un précipice. On voit à cent pieds de profondeur une immense yallée de forme elliptique, au fond de laquelle un murmure sourd indique la présence des eaux. Mais à la suite d’un second passage le fleuve prend un aspect grandiose et effrayant ; quelquefois son lit est resserré entre des rochers minés par les eaux ; quelquefois il s’élargit et présente la forme d’un lac. Je l’ai plusieurs fois traversé, et c’était toujours avec un nouveau sentiment de terreur. Dans le troisième trajet, on passe au moins vingt minutes sur la rivière. Une baie s’en détache dans cet endroit; mais on peut la traverser quelques pas plus loin, en sautant d’un rocher sur l’autre.

Plusieurs d’entre nous n’avaient pas osé risquer leur vie sur un aussi frêle esquif, et i! n’est pas possible de disconvenir qu’il y avait danger réel. On parvint cependant à les faire passer de la rive droite sur la rive gauche. Ils gravirent de nouveau la chaîne de collines qui bordent aussi le fleuve de ce côté, et le seul passage qui se présenta alors devant eux était une espèce de grotte étroite et basse, dont les dimensions vont toujours en s’amoindrissant; bientôt ce n’est plus qu’un trou d’un pied et demi de haut, où il faut se glisser tout de son long, et pendant près de dix minutes on est ainsi obligé de ramper. Enfin on arrive au revers- opposé de la cliaine, et on retrouve encore la rivière, qui a fait cependant un long circuit.

Un des points de vue les plus pittoresques dont il soit possible de jouir se présente au voyageur du haut de ce dernier versant : tout autourse forment rapidement des incrustations calcaires; la nature pétrit là des colonnes, des draperies, des groupes de rochers et de statues en profusion. Le sommet des collines louche la voûte, qui dans cet endroit est percée d’excavations et ornée de festons calcaires à grands plis. Au-dessous coule le fleuve, où l’on pourrait se jeter d’un saut.

A la branche principale du souterrain, d’autres cavernes plus étroites viennent se

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