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quinze ans les premiers livres de sa Magie naturelle , qui sont gâtés par les préjugés du siècle où il vécut. 11 croyait à l’astrologie judiciaire, à la puissance indépendante des esprits, etc. On cite, comme le meilleur de ses ouvrages , ia Physiognomonie céleste , 1661 , in-k° ; il s’y déclare contre les chimères rie l’astrologie ; mais il continue néanmoins à attribuer une grande influence aux corps célestes. On lui doit encore un traité de Physiognomonie , où il compare les figures humaines aux figures des animaux , pour en tirer des inductions systématiques. Voy.
Physiognomonie, à la fin.
PORTE. Les Tartares manlchoux révèrent un esprit gardien de la porte , sorte do divinité domestique qui écarte le malheur de leurs maisons.
PORTES DES SONGES. Dans Virgile, l’une est de corne, l’autre est d’ivoire. Par la porte de corne passent les songes véritables, et par la porte d’ivoire, les vaines illusions et les songes trompeurs.
POSSEDES. Le bourg de Teilly, à trois lieues d’Amiens, donna en 1816 le spectacle d’une fille qui voulait se faire passer pour possédée. Elle était, disait-elle, au pouvoir de trois démons, Mimi , Zozo et Crapoulet. Un honnête ecclésiastique prévint l’autorité, qui reconnut que cette fille était malade. On la fit entrer dans un hôpital, et il ne fut plus parlé de la possession. On trouve de la sorte dans le passé beaucoup de supercheries que la bonne foi de nos pères n’a pas su réprimer assez tôt. Cependant il y eut bien moins de scandales qu’on ne le conte, et les possessions n’étaient pas de si libre allure qu’on le croit. Une démoniaque commençait à faire du bruit sous Henri III ; le roi aussitôt envoya son chirurgien Pigray, avec deux autres médecins, pour examiner l’affaire. Quand la possédée fut amenée devant ces docteurs, on l’interrogea , et elle débita des sornettes. Le prieur des capucins lui fit des demandes en latin auxquelles elle répondit fort mal; et enfin on trouva, dans certains papiers, qu’elle avait été déjà , quelques années précédemment, fouettée en place publique pour avoir voulu se faire passer pour démoniaque ; on la condamna à une réclnùon perpétuelle. Du temps du même Henri III, une Picarde se disait possédée du diable, apparemment pour se rendre formidable. L’évêque d’Amiens, soupçonnant quelque imposture, la fit exorciser par un laïque déguisé en prêtre et lisant les épîtres de Cicéron. La démoniaque savait son rôle par cœur; elle se tourmenta, fit des grimaces effroyables, des cabrioles et des cris, absolument comme si le diable, qu’elle disait chez elle, eût été en face d’un prêtre lisant le livre sacré (1). Elle fut ainsi démasquée.
Les vrais possédés ou démoniaques sont ceux dont le diable s’est emparé. Plusieurs aujourd’hui prétendent que toutes les possessions sont des monomanies, des folies plus ou moins furieuses, plus ou moins bizarres.
(1) Pigrav, Traité de chirurgie.
Dictionn. des sciences occultes. II.
Mais comment expliquer ce fait qu’à Gheel en Belgique, où l’on traite les fous colonisés, on guérit les fous furieux en les exorcisant? Le savant docteur Moreau , dans la visite qu’il a faite Gheel en 1842, et qu’il a publiée, a reconnu ce fait-, qui ne peut être contesté. Le diable serait-il donc pour quelque chose dans certaines folies ? et connaissons-nous bien tous les mystères au milieu desquels nous vivons? Dans tous les cas, beaucoup de possessions, et la plupart , ont été soupçonnées de charlatanisme. Nous croyons que souvent le soupçon a été fondé.
On a beaucoup écrit sur les démoniaques, qui sont, disent les experts, plus ou moins agités, suivant le cours de la lune. L’historien Josèphe dit que ce ne sont pas les démons, mais les âmes des méchants, qui entrent dans les corps des possédés et les tourmentent.
On a vu des démoniaques à qui les diables arrachaient les ongles des pieds sans leur faire de mal. On en a vu marcher à quatre pattes, se traîner sur le dos, ramper sur le ventre, marcher sur la tête. Il y en eut qui se sentaient chatouiller les pieds sans savoir par qui ; d’autres parlaient des langues qu’ils n’avaient jamais apprises. Comment expliquera-t-on les convulsionnaires jansénistes du dernier siècle, si on en exclut le diable. En l’an 1556, il se trouva à Amsterdam trente enfants démoniaques, que les exorcismes ordinaires ne purent délivrer ; on publia qu’ils n’étaient en cet état que par maléfices et sortilèges ; ils vomissaient des ferrements, des lopins de verre, des cheveux, des aiguilles et autres choses semblables. On conte qu’à Rome, dans un hôpital, soixante-dix filles devinrent folles ou démoniaques en une seule nuit; deux ans se passèrent sans qu’on les pût guérir. Cela peut être arrivé, dit Cardan, ou par le mauvais air du lieu , ou par la mauvaise eau , ou par la fourberie, ou par suite de mauvais départements. C'est que la suite des mauvais déportements entraîne souvent les mauvais esprits contre lesquels nous luttons tous et sans cesse, si nousnesommes àeux. On croyait reconnaître autrefois qu’une personne était démoniaque à plusieurs signes : 1* les contorsions; 2° l’enflure du visage; 3° l’insensibilité et la ladrerie ; 4" l’immobilité ; 5* les clameurs du ventre ; 6U le regard fixe ; 7° des réponses en français à des mois latins ; 8“ les piqûres de lancette sans eflusion de sang, etc. Mais les saltimbanques et les grimaciers font des contorsions, sans pour cela être possédés du diable. L’enflure du visage, de la gorge, de la langue, est souvent causée par des vapeurs ou par la respiration retenue. L’insensibilité peut bien être la suite de quelque maladie ou n’être que factice, si la personne insensible a beaucoup de force.
(1) La manie universelle est le spectacle le plus hideux et le plus terrible qu’on puisse voir. Le maniaque a les yeux fixes, sanglants, tantôt hors de l’orbite, tantôt enfoncés, le visage rouge, les vaisseaux engorgés, les traits altérés, tout le corps en contraction ; il ne reconnaît plus ni amis, iti parents, ni enfants, ni épouse. Sombre, furieux, rêveur, cherchant la terre nue et l’obscurité, il
Un jeune Lacédémonien se laissa ronger le foie par un renard qu’il venait de voler, sans donner le moindre signe de doul'eur; un enfant se laissa brûler la main dans un sacrifice que faisait Alexandre, sans faire aucun mouvement; du moins les historiens le disent. Ceux qui se faisaient fouetter devant l’autel de Diane ne fronçaient pas le sourcil. L’immobilité est volontaire, aussi bien dans les gestes que dans les regards. On est libre de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas, pour peu qu’on ait de fermeté dans les nerfs. Les clameurs et jappements que les possédés faisaient entendre dans leur ventre sont expliqués par nos ventriloques. On attribuait aussi à la présence du diable les piqûres d’aiguille ou de lancette sans effusion de sang ; mais dans les mélancoliques, le sang qui est épais et grossier ne peut souvent sortir par une petite ouverture, et les médecins disent que certaines personnes piquées de la lancette ne saignent point. On regardait encore comme possédés les gens d’un estomac faible , qui, ne digérant point, rendaient les choses telles qu’ils les avaient avalées. Les fous et les maniaques avaient la même réputation. Les symptômes de la manie sont si affreux (1) que nos ancêtres sont très-excusables de l’avoir mise sur le compte des esprits malins ; et qui pourra établir qu’ils se trompaient? On a publié un traité sur les démoniaques intitulé : Recherches sur ce qu'il faut entendre par les démoniaques dont il est parlé dans le Nouveau Testament, par T. P. A. P. O. A. B. J. T. C. O. S. , in-12, 1738, livre où la question n’est pas décidée. 11 y a sur plusieurs possessions prétendues des explications naturelles, comme dans cette anecdote :
Dans une petite ville du Piémont, un abbé qui s’en revenait de la promenade, étant tout à coup tombé dans la rue, la populace l’environne, le porte dans une maison voisine, où tous les secours ordinaires ne peuvent le rappeler à la vie. Arrive un distillateur, qui lui remplit sans succès la bouche d’une liqueur irès-spiritueuse. Quelques-uns des assistants courent donc à la paroisse la plus voisine, et reviennent avec un vicaire, qu’on prie, à tout hasard, de lui administrer les sacrements. Le jeune prêtre désire s’assurer d’abord de l’état du malade; c’était le soir : il demande une lumière, et la portait à la bouche du patient. Un hoquet du prétendu mort en sort aussitôt, et cette vapeur s’enflamme à la chandelle; les assistants fuient en criant que l’abbé a un diable dans le corps ; ils vont supplier le curé de venir l’exorciser. Pendant ce temps, le hoquet, auteur de l’esclandre, ayant été suivi d’une explosion d’humeurs qui étouffaient le pauvre abbé, les exorcistes, en arrivant, sont surpris de le trouver debout; le
s’irrite du contact de ses vêtements, qu’il déchire avec les ongles et avec les dents, même de celui de l’air et de la lumière, contre lesquels il s’épuise en sputations et en vociférations. La faiin, la soif, le cbaud, le froid, deviennent souvent, ponr le maniaque, des sensations inconnues, d’autres fois exaltées. (Le docteur Fodéré, Médecine légale.)