‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 79 sur 222 · POS · texte numérisé non relu

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de leur misère? — Je voudrais, dit l’hôte, qu’ils fussent à l’eau, et moi payé. — Mais s’ils pouvaient avoir une caution. — Je serais content et je les renverrais. — Je vais donc vous en chercher une. Ulenspiegel fut chez un exorciste et lui dit : — Monsieur, je vous prie de faire une œuvre de charité. Mon hôte est devenu démoniaque, vexé du mauvais esprit. Veuillez l’en délivrer promptement, car il est fort tourmenté; on vous donnera une couronne. — J’irai volontiers, dit l'exorciste; mais attendez un jour ou deux; il me faut mettre en état et je chasserai le diable. — C’est bien, répliqua Ulenspiegel; je vais donc rassurer sa femme. — Qu’elle vienne, dit l’exorciste; je lui confirmerai ce que je vous dis. Ulenspiegel retourna à l’hôtellerie. — J’ai trouvé et obtenu une bonne caution, dit-il à l’hôte; que votre femme vienne avec moi ; vous aurez satisfaction. — Madame, dit l’exorciste, en voyant l'hôtesse, ayez patience un jour ou deux, j’irai vous satisfaire. La darne fort aise s’en retourna, et le mari tout joyeux mit dehors les douze aveugles. Ulenspiegel s’en alla d’un autre côté. Au bout de deux jours, comme l’exorciste ne venait pas, l’hôtesse retourna chez lui et demanda l’argent que les aveugles avaient dépensé. — Est-ce que votre mari vous a soufflé cela? dit-il. — Oui, monsieur. — C’est le diable qui le fait ainsi parler d’argent. Amenez-le-moi, je le délivrerai. — Mauvais payeurs sont accoutumés à trouver de tels prétextes, dit l’hôtesse interdite; il ne s’agit pas de diable, il s’agit de la dépense faite chez nous. Elle s’en alla, et l’hôte courroucé prit sa broche avec le rôti qui cuisait, et courant chez l’exorciste :

— Il me payera, criait-il. — Mes amis, dit l’autre , en appelant ses voisins , cet homme est possédé, tenez-le bien. Les voisins s’interposant, tout s’expliqua.

POSSEDEES DE FLANDRE. L’affaire des possédées de Flandre, au dix-septième siècle, a fait trop de bruit pour que nous puissions nous dispenser d’en parler. Leur histoire a été écrite en deux volumes in-8°, par les Pères Domptius et Michaelis. Ces possédées étaient trois femmes, qu’on exorcisa à Douai. L’une était Didyme, qui répondait en vers et en prose, disait des mots latins et des mots hébreux, et faisait des impromptus. C’était une pauvre religieuse infectée d’hérésie et convaincue des mauvaises mœurs qui sont les compagnes de l’apostasie. La seconde était une fille , appelée Simone Dourlet, qui ne répugnait pas à passer pour sorcière. La troisième était Marie de Sains, qui allait au sabbat et prophétisait par l’esprit de Satan.... La presse du temps a publié un factum curieux intitulé : les Confessions de Didyme, sorcière pénitente , avec les choses qu'elle a déposées touchant la synagogue de Satan. Plus, les instances que cette complice (qui depuis est rechutée) a faites pour rendre nulles ses premières confessions : véritable récit de tout ce qui s'est passé en cette affaire Paris, 1623. On voit, dans cette pièce, que « Didyme n’était pas en réputation de sainteté,

mais suspecte au contraire, à cause de ses mœurs fâcheuses. » On la reconnut possédée et sorcière; on découvrit, le 29 mars 1617, qu’elle avait sur le dos une marque faite par le diable. Elle confessa avoir été à la Synagogue (c’est ainsi qu’elle nommait le sabbat), y avoir eu commerce avec le diable et y avoir reçu ses marques. Elle s’accusa d’avoir fait des maléfices, d’avoir reçu du diable des poudres pour nuire, de les avoir employées avec certaine formule de paroles terribles. Elle avait, disait-elle, un démon familier de l’ordre de Belzébuth. Elle dit encore qu’elle avait entrepris d’ôter la dévotion à sa communauté pour la perdre; que, pour elle, elle avait mieux aimé le diable que son Dieu. Elle avait renoncé à Dieu, se livrant corps et âme au démon; ce qu’elle avait confirmé en donnant au diable quatre épingles : convention qu’elle avait signée de son sang, tiré de sa veine avec une petite lancette que le diable lui avait fournie. Elle se confessa encore de plusieurs abominations, et dit qu’elle avait entendu parler au sabbat d’un certain grand miracle par lequel Dieu exterminera la Synagogue; et alors ce sera fait de Belzcbutb, qui sera plus puni que les autres. Elle parla de grands combats que lui livraient le diable et la princesse des enfers pour empêcher sa confession. Puis elle désavoua tout ce qu’elle avait confessé, s'écriant que le diable la perdait. Etait-ce folie? dans tous les cas cette folie était affreuse. Marie de Sains disait de son côté qu’elle s’était aussi donnée au diable, qu’elle avait assisté au sabbat, quVlle y avait adoré le diable, une chandelle noire à la main. Elle prétendit que l'Antéchrist était venu, et elle expliquait l’Apocalypse. Simone Dour et avait aussi fréquenté le sabbat. Mais comme elle témoignait du repentir, on la mit en liberté, car elle était arrêtée comme sorcière. Un jeune homme de Valenciennes, de ces jeunes gens dont la race n’est pas perdue, pour qui le scandale est un attrait, s’éprit alors de Simone Dourlet et voulut l’épouser. L’ex-sorcière y consentit. Mais le comte d’Estaires la fit remettre en prison, où elle fut retenue longtemps avec Marie de Sains. Didyme fut brûlée. Voy Sabbat.

POSTEE (Guillaume), visionnaire du xvi° siècle, né au diocèse d’Avranches. 11 fut si précoce, qu’à l’âge de quatorze ans on le fit maître d’école. 11 ne devint absurde que dans l’âge mûr. On dit qu’une lecture trop approfondie des ouvrages des rabbins et la vivacité de son imagination le précipitèrent dans des écarts qui semèrent sa vie de troubles, et lui causèrent de cuisants chagrins. 11 crut qu’il était appelé de Dieu à réunir tous les hommes sous une même loi, par la parole ou par le glaive, voulant toutefois les soumettre à l’autorité du pape et du roi de France, à qui la monarchie universelle appartenait de droit, comme descendant en ligne directe du fils aîné de Noé. S’étant

(1) Logendaaurea Jac. de Voragiue, leg. 88.

(2) M. Gariuei, lfist. de la magie en France, p. 124.

donc fail nommer aumônier à l’hôpital de Venise, il se lia avec une femme timbrée, connue sous le nom de mère Jeanne , dont les visions achevèrent de lui tourner la tête. Postel se prétendit capable d’instruire et de convertir le monde entier. A la nouvelle des rêveries qu’il débitait, il fut dénoncé comme hérétique; mais on le mit hors de cause en considérant qu’il était fou. Après avoir parcouru l’Orient et fait paraître plusieurs ouvrages dans lesquels il parle des visions de la mère Jeanne, il rentra dans de meilleurs sentiments, se retira au prieuré de Sainl- Martin-des-Champs, à Paris, et y mourut en chrétien à quatre-vingt-seize ans, le 6 septembre 1581. On lui attribue à tort le livre des Trois Imposteurs. Voy. Jeanne.

POT A BEURRE. Un habile exorciste avait enfermé plusieurs démons dans un pot à beurre; après sa mort , comme les démons faisaient du bruit dans le pot, les héritiers le cassèrent, persuadés qu’ils allaient y surprendre quelque trésor; mais ils n’y trouvèrent que le diable assez mal logé. 11 s’envola avec ses compagnons , et laissa le pot vide (1).

POU D’ARGENT. C’est la dé< orationque le diable donne aux sorciers. Voy. Sabbat.

POUDOT, savetier de Toulouse, dans la maison duquel le diable se cacha en 1557. Le malin jetait des pierres qu’il tenait enfermées dans un coffre que l’on trouva fermé à clef, etque l’on enfonça ; mais, malgré qu’on le vidât, il se remplissait toujours. Cette circonstance fit beaucoup de bruit dans la ville, et le président de la cour de justice, M. Latomy, vint voir cette merveille. Le diable fit sauter son bonnet d’un coup de pierre au moment où il entrait dans la chambre au coffre; il s’enfuit effrayé, et on ne délogea qu’avec peine cet esprit, qui faisait des tours de physique amusante (2).

POULE NOIRE. C’est en sacrifiant une poule noire à minuit, dans un carrefourisolé, qu’on engage le diable à venir faire pacte. 11 faut prononcer une conjuration, ne se point retourner, faire un trou en terre, y répandre le sang de la poule et l’y enterrer. Le même jour, et plus ordinairement neuf jours après, le diable vient et donne de l’argent; ou bien il fait présent à celui qui a sacrifié d’une autre poule noire qui est une poule aux œufs d’or. Les doctes croient que ces sortes de poules, données par le diable, sont de vrais démons. Le juif Samuel Bernard , banquier de la cour de France , mort à quatre-vingtdix ans en 1739, et dont on voyait la maison à la place des Victoires , à Paris , avait , disait-on, une poule noire qu’il soignait extrêmement; il mourut peu de jours après sa poule, laissant Irente-trois millions. La superstition de la poule noire est encore trèsrépandue. On dit en Bretagne qu’on vend la poule noire au diable, qui l’achète à minuit, et paye le prix qu’on lui en demande (3). Il y a un mauvais et soL petit livre dont voici le

(3) Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 16.

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