‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 9 sur 222 · MAN · texte numérisé non relu

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rattacher et divergent dans plusieurs directions. Si l’on s’aventure dans quelqu’une d’entre elles, on trouve souvent des chambres brillantes, des boudoirs gracieux, tendus d’une belle draperie blanche, épaisse, veloutée ; je n’ai point entendu dire que nulle part ailleurs on eût encore trouvé des formations modernes de gypse aussi puissantes. Ce n’eSt encore que l’antichambre d’un immense palais : cinq milles au delà de la rivière, on en trouve la singulière entrée. Ceux qui me liront me croiront à peine, et je suis bien loin de rendre tout ce que j’ai senti.

La galerie souterraine où l’on a marché jusque-là finit enfin. Ce sentier devient d’abord plus étroit: on monte graduellement sur le roc vif, et l’on se trouve arrêté par un mur noir comme du basalte. Mais c’est le commencement des merveilles. Si l’on élève la tête, on voit un trou festonné d’incrustations calcaires : ce sont comme d' s grappes de raisin pendantes et gracieusement amoncelées. En s’aidant des pieds et des mains, on y monte, quoique difficilement , et le spectacle le pins magique se présente aussitôt aux regards. On se trouve transporté sur des guirlandes et des amas de raisins noirs et blancs.

Les masses de ce beau fruit tombent jusqu’à terre; tout le sol eu est jonché. Une eau pure, que l’on prendrait pour leur jus, s’échappe le long des guirlandes, suit ies contours de leurs draperies, et tombe enfin dans un bassin de roc découpé. Hélas! encore un pelit nombre d’années, et celte salle magnifique n’existera plus. Elle fut découverte quinze jours seulement avant notre visite, et déjà j’ai vu les marques brutales des premiers coups donnés aux belles guirlandes. Ce superbe jeu de la nature sera bientôt ce qu’est aujourd’hui l 'Avenue gothi- (jue, quelques débris revêtus d’un beau nom. On l’appelle aujourd’hui le Cabinet de Clevland. C’est l’entrée d’un nouveau souterrain qui est loin d’avoir encore été entièrement exploré. Le sol est recouvert d’une fine pousieie de plâtre provenant de la décomposition des incrustations de gypse : les murailles en sont partout tapissées. Les formes ne sont plus seulement des colonnes et des draperies, mais aussi des feuilles, des fleurs, des rosaces, des étoiles, mille images bizarres, naturelles, gracieuses.

Arrivés .à une distance de près de seize milles de l’entrée de la grotte, nous ne jugeâmes pas à propos d’aller plus avant. Un aure monde reste encore à découvrir. Qui sait si, par des galeries encore inconnues, on n’arrivera pas à trouver une autre branche de la rivière? qui sait tout ce que recèle, pour la science et la curiosité, ce merveilleux royaume des ténèbres?

MAN, ennemi de Sommona Codom. Les Siamois le représentent comme une espèce de monstre, avec une tête hérissée de serpents, un visage fort large et des dents horriblement grandes.

MANCANAS, imposteur qui, dans les îles Mariannes, s’attribuait le pouvoir de commander aux éléments, de rendre la santé aux malades, de changer les saisons et de procurer une récolte abondante ou d’heureuses pêches.

MANCHE A BALAI. Quand les sorciers et les démons faisaient le sabbat, les sorcières s’y rendaient à cheval sur un manche à balai.

MANDRAGORES, démons familiers assez débonnaires; ils apparaissent sous la figure de petits hommes sans barbe, avec les cheveux épars. Un jour qu'une mandragore osa se montrer à la requête d’un sorcier qu’on tenait en jusiiee, le juge ne craignit pas de lui arracher les bras et de les jeîes* dans le feu (1). Ce qui explique ce fait, c’est qu’on appelle aussi mandragores de petites poupées dans lesquelles le diable se loge, et que les sorciers consultent en cas d’embarras. On lit dans le Petit-Albert que, voyageant en Flandre et passant par Lille, l’auteur de cet ouvrage fut invité par un de se? amis à l’accompagner chez une vieille femme qui passait pour une grande devineresse, et dont il découvrit la fourberie. Cette vieille conduisit les deux amis dans un cabinet obscur, éclairé seulement d’une lampe, à la lueur de laquelle on voyait, sur une table couverte d’une nappe, une espèce de petite statue ou mandragore, assise sur un trépied, ayant la main gauche étendue et tenant de cette main un < ordon de soie très-délié, au bout duquel pendait une petite mouche de ter bien poli. On avait placé au-dessous un verre de cristal, en sorte que la mouche se trouvait suspendue au-dessus de ce verre. Le mystère de la vieille consistait à commander à la mandragore de frapper la mouche contre le verre, pour rendre témoignage de ce que l’on voulait savoir. Ainsi elle disait, en s’adressant à la statue : « Je l’ordonne, mandragore, au nom de celui à qui lu dois obéir, que si monsieur doit être heureux dans le voyage qu’il va faire, tu fasses frapper trois fois la mouche contre le verre. » La mouche frappait aussitôt ies trois coups demandés, quoique la vieille ne louchât aucunement ni au verre, ni au cordon de soie, ni à la mouche, ni à la statue; ce qui surprenait les spectateurs. Et afin de mieux duper les gens par la diversité de ses oracles, la vieille faisait de nouvelles questions à la mandragore, et lui défendait de frapper si telle ou telle chose devait eu ne devait pa? arriver; alors la mouche restait immobile. Voici en quoi consistait tout l’artifice de la vieille : la mouche de fer, qui était suspendue dans le verre, étant fort légère et bien aimantée, quand la vieille voulait qu’elle frappât contre le verre, elle menait à un d>> ses doigts une bague dans laquelle était enchâssé un gros morceau d’aimant. On sait que la pierre d’aimant a la vertu d’altirer le fer : l’anneau de la vieille mettait en mouvement la mouche aimantée, et la faisait

U) Delrio, Disiiuialions magiques.

frapper autant de fois qu’on voulait contre le verre. Lorsqu’elle désirait que la mouche ne frappât point, eWe ôtait la bague de son doigt, sans qu’on s’en aperçût. Ceux qui étaient d’intelligence avec elle avaient soin de s’informer des affaires de ceux qu’ils lui menaient, et c’est ainsi que tant de personnes furent trompées.

Les anciens Germains avaient aussi des mandragores qu’ils nommaient Alrunes :

c’étaient des figures de bois qu’ils révéraient, comme les Romains leurs dieux Lares, et comme les nègres leurs fétiches. Ces figures prenaient soin des maisons et des personnes qui les habitaient. On les faisait des racines les plus dures, surtout de la mandragore. On les habillait proprement, on les couchait mollement dans de petits coffrets; toutes les semaines on les lavait avec du vin et de l’eau, et à chaque repas on leur servait à boire et à manger, sans quoi elles auraient jeté des cris comme des eufants qui souffriraient là faim et la soif, ce qui eût attiré des malheurs; enfin ou les tenait renfermées .dans un lieu secret, d’où on ne les retirait que pour les consulter. Dès qu’on avait le bonheur d’avoir chez soi de pareilles figures ^hautes de huit à neuf pouces), on se croyait heureux; on ne craignait plus aucun danger, on en attendait toutes sortes de biens, surtout la santé et la guérison des maladies les plus rebelles. Mais ce qui était encore plus admirable, c’est qu’elles faisaient connaître l’avenir : 011 les agitait pour cela, et on croyait attraper leurs réponses dans des hochements de tête que le mouvement leur imprimait. On dit que cette superstition des anciens Germains subsiste encore aujourd’hui parmi le peuple de la basse Allemagne, du Danemark et de la Suède.

Les anciens attribuaient de grandes vertus à la plante appelée mandragore. Les plus merveilleuses de ces racines étaient celles qui avaient pu être arrosées de l’urine d’un pendu; mais on ne pouvait l’arracher sans mourir. Pour éviter ce malheur, on creusait la terre tout autour, on y fixait une corde attachée par l’autre extrémité au cou d’un chien; ensuite, ce chien étant chassé, arrachait la racine en s’enfuyant ; il succombait à l’opération, mais l’heureux mortel qui ramassait alors cette racine ne courait plus le moindre danger, et possédait un trésor inestimable contre les maléfices. Voy. R.mjchey, Brioché, etc.

MANÉ-ff AJA.’C’est le Noé de la mythologie indienne, qui n’est qu’une tradition horriblement altérée de l’Ecriture sainte. Il fut sauvé au jour du déluge universel, en récompense des vertus qu’il avait seul pratiquées au milieu de la corruption de son temps. Un jour qu’il se baignait, Dieu se présenta à lui sous la forme d’un petit poisson, et lui dit de le prendre : Mâné l’ayant fait, et le voyant grossir dans sa main, le mit dans un vase où il grossit encore avec tant de promptitude, que le râja fut contraint de le

porter dans un grand bassin, de là dans un étang, puis dans le Gange, et enfin dans la mer. Alor> le poisson lui apprit que tous l< s hommes allaient être noyés dans les eaux du déluge, à l’exception de lui, Mâné. II loi ordonna en conséquence de prendre une barque qui se trouvait attachée au rivage , de l’amarrer à ses nageoires, et de se mettre dedans à sa remorque. Mâné ayant obéi, fut s.iuvé de la sorte, et le poisson disparut , quand les eaux se retirèrent. Le déluge indien ne dura que sept jours.

MANES, dieux des morts, qui présidaient aux tombeaux chez les anciens; plus souvent encore les Mânes sont les ârnes des morts. Le nom de Mânes en Italie était particulièrement attribué aux génies bienfaisants et secourables. Les mânes pouvaient sortir des enfers, avec la permission de Summanus, leur souverain. Ovide rapporte que, dans une peste violente, on vit les Mânes se lever de leurs tombeaux et errer dans la ville et les champs en jetant des hurlements affreux. Ces apparitions ne cessèrent avec la peste, suivant ce poêle , que quand on eut rétabli les fêtes férales, instituées par Numa, et qu’on eut rendu aux ombres le culte ordinaire qu’on avait depuis quelque temps interrompu.

Lorsque les Mânes étaient nommés Lémures ou Rémures , on les regardait comme des génies irrités, malfaisants et ardents à nuire. Leloyer (1) dit que les Mânes n’étaient que des démons noirs et hideux, comme les diables et les ombres infernales. Voy. Lémures.

MANFRED. Voy. Mainfroi.

MANG-TAÂR, espece d’enfer des Yakouts, habité par huit tribus d’esprits malfaisants : ces esprits ont un chef, dont le nom est Acharai Rio ho , le puissant. Le bétail dont le poil est entièrement blanc est sacré pour les Yakouts, comme dévoué au grand Acharai.

Les Yakouts croient que dès que leurs chamans meurent , ils se réunissent à ces esprits. Ces chamans sont des sorciers ou prétendus tels, qui font auprès de leurs idoles l’office de prêtres.

MANICHÉENS, sectateurs de l’hérésiarque Manès, ué dans la Perse en 240. Ils reconnaissaient deux principes également puissants, également éternels, Dieu , auteur du bien, et te diable, auteur du mal.

MANIE. Il y a des manies féroces qu’on n’explique plus. Nos pères y voyaient une possession, et peut-être n’avaient-ils pas si tort. Le 24 octobre 1833, un fermier de Habershausen (Bavière) , nommé Joseph Ruas, sans doute possédé, tua sa femme par fanatisme ; il la croyait elle-même possédée du démon, il voulait le chasser du corps de cette malheureuse ; à cet effet il la frappa a coups redoublés d’une croix de métal qui lui . ôta la vie. Pendant cette affreuse opération,, quatre de ses enfants étaient présents et priaient, par son ordre, pour l’heureuse délivrance de leur mère. Aux cris de la victime, les voisins accoururent; mais mâlhcu-

IL Hisl, des spectres, oie.

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reuseuunt il était trop lard ; I infortunée vouait d’expirer.

MANITOU. C’est le nom que les nègres donnent au diable. Voy. Matchi-Manitou.

MANTO, sibylle ihessalieune, à qui on attribue celte prophétie, appliquée à No re- Seigneur Jésus-Christ : «Celui qui est grand viendra ; il traversera les montagnes et les eaux du ciel; il régnera dans la pauvreté et dominera dans le silence, et il naîtra d une vierge (1). »

MANY, faux prophète et peintre célèbre parmi les Orientaux, qui fonda en Perse une secte, dont l’existence des deux principes éternels du bien et du mal, la métempsycose, l’abstinence des viandes, la prohibition ! du meurtre de tout animal, sont les dogmes ! principaux.

MAORIDATH, préservatif contre les enchantements. C’est le nom que les musul- I mans donnent aux deux derniers chapitres i duKoran, qu’ils récitent souvent pour se garantir des sortilèges et dé toutes autres mauvaises rencontres.

MARAIS. Dans le Paliène, contrée du Septentrion que nous ne connaissons pas, les conteurs anciens signalent un marais non moins ignoré, où ceux qui se baignaient neuf fois recevaient le plumage d’un cygne et la facullé de voler.

MARBAS ou BARBAS, grand président des enfers; il se montre sous la forme d’un lion furieux. Lorsqu’il est en présence d’un exorciste, il prend la figure humaine et répond sur les choses cachées, il envoie les maladies; il donne la connaissance dos arts mécaniques ; il change l’homme en différentes métamorphoses ; il commande lrente-si\, légions (,2).

MARC. L’hérésiarque Valentin eut entre autres disciples un nommé Marc, qui exerçait une espèce de magnétisme par lequel il prétendait communiquer le dondeprophétie.

Quand une femme à qui il avait promis ce don lui disait : Mais je ne suis pas prophétesse, il faisait sur elle des invocations afin de l’étonner, et il ajoutait; Ouvre la bouche à présent et dis tout ce qui te viendra, lu prophétiseras. La pauvre femme se hasardait etse croyait prophélesse. Il donnait dans la cabale ; et sans doute ses sectateurs tenaient de lui celte doctrine, que les vingtquatre lettres del’alphabet sont vingt-quatre éons ou esprits qui dirigent toutes choses. On ajoute que dans ses prestiges, car il faisait aussi de la magie, il était secondé par le démon Azazel.

MARC DE CAFÉ (Art de dire la bonne aventure par le). Les préparatifs de l 'art de lire les choses futures dans le marc de café sont fort simples. Vous laisserez dans la cafetière le marc que le café y a déposé; qu’il soit vieux ou frais, il a des résultats, pourvu qu’il soit à peu près sec quand vous voudrez

(t) Magnus veniet, et transibil montes et aquas cœli, et rcgualni in paupertale et in silentio do.uiuabilur, nascelurque ex elero virginis.

(2) Wierus, in Eseudomonarehia dærnon.

t-3) Les voici. En jetant i’eau sur le marc : Aqua boraxit

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l'employer. Vous jetterez un verre d’eau sur ce marc ; vous le ferez chauffer jusqu’à ce qu’il se délaye. Vous aurez une assiette blanche, sans tache, essuyée et séchée. Vous remuerez d’abord le mare avec une cuiller, vous le verserez sur l’assiette, mais en petite quantité cl de façon qu’il n’emplisse l’assiette qu’à moitié. Vous l’agiterez en tous sens, avec légèreté, pendant une minute; ensuite vous répandrez doucement tout le liquide dans un autre vase. Par ce moyen il ne reste dans l'assiette que des particules de marc de café disposées de mille tisanières, et formant une foule de dessins hiéroglyphiques. Si ces dessins sont trop brouillés, que le marc soit trop épais, quel’assiette ne ressemble à rien, vous recommencerez l’opération. On ne peut lire les secrets de la destinée que si les dessins de l’assiette sont clairs et distincts quoique pressés. Les bords sont ordinairement plus épais ; il y a même souvent des parties embrouillées dans le milieu ; mais on ne s’en inquièlepoint ;on peut deviner quand la majeure partie de l’assiette est déchiffrable. Des sibylles prétendent qu’on doit dire certaines paroles mystérieuses (3) en versant l’eau dans la cafetière, en remuant le marc avec la cuiller devant le feu, en le répandant sur l’assiette. C’est peut-être une supercherie. Les paroles n’ont pas ici vertu. Si on les ajoute, ce n’est que pour donner à l’œuvre quelque solennité et pour contenter les gens qui veulent que tout se fasse en cérémonie.

Le marc de café, après qu’on l’a versé dans l'assiette, y laisse donediverses figures. Il s’agit de les démêler ; car il y a des courbes, des ondulations, des ronds, des ovales, des carrés, des triangles, etc., etc. Si le nombre des ronds ou cercles, plus ou moins parfaits, l’emporte sur la quantité des autres figures, ce signe annonce qu’on recevra de l’argent. S’il y a peu de ronds , ii y a de la gêne dans les finances do la personne qui consulte. Des figures carrées annoncent des désagréments, en raison de leur nombre.

Des figures ovales promettent du succès dans les affaires, quand elles sont nombreuses ou distinctement marquées. Des lignes grandes ou petites, pourvu qu’elles soi. nt saillantes ou multipliées, présagent une vieillesse heureuse. Les ondulations ou lignes qui serpentent annoncent des revers et des succès entremêlés. Une croix au milieu des dessins de l’assiette promet une mort douce. Trois croix présagent des honneurs. S’il se trouve dans l’assieite un grand nombre de croix, ou reviendra à Dieu après la fougue des passions : il eût été mieux de ne pas le quitter. Un triangle promet un emploi honorable. Trois triangles à peu de distance l’un de l’autre sont un signe heureux ; en général, cette figure est de bon présage. Une figure qui aurait la forme d’un H annonce un empoison-

venias caraios; en remuant le marc avec la cuiller : Fixalur et palricam explinabii tornare ; eu répandant le marc sur l’assiette : Ha t verlicaliue, pax fautas marobum, ru :x destinalus, veida porol. Ces paroles ne signifiant rien, ne s’adressant a personne, pourraient bien être sans utilité.

nement. Ua carré long lien distinct promet des discordes dans le ménage. Si vous apercevez au milieu des dessins de l’assiette une raie dégagée, c’est un chemin qui annonce un voyage. U sera long, si ce chemin s'étend ; facile si le chemin est net; embarrassé si le chemin est chargé de points ou de petites lignes. Un rond dans lequel on trouve quatre points promet un enfant. Deux ronds de celle sorte en promettent deux, et ainsi de suite. Vous découvrez dans l’assiette la figure d’une maison à côté d’un cercle? Attendezvous à posséder cette maison. Elle sera à la ville, car vous voyez un X dans le voisinage. Eile serait à la campagne si vousdistinguiez auprès de ce signe la (orme d’un arbre, d’un arbuste, ou d’une plante quelconque. Cette maison vous sera donnée, ou du moins vous l’aurez par héritage, lorsqu’elle est accompagnée de triangles. Vous y mourrez si elle est surmontée d’une croix. Vous trouverez peut-être la forme d’une couronne, elle vous promet des succès à la cour. On rencontre souvent la figure d’un ou de plusieurs petits poissons ; ils annoncent qu’on sera invité à quelque bon dîner. La figure d’un animal à quatre pattes promet des peines. La figure d’un oiseau présage un coup de bonheur. Si l’oiseau semble pris dans un filet, c’est un procès. La ligure d’un reptile annonce une trahison. La figure d’une rose donne la santé ; la forme d’niisaulepleureur, une mélancolie ; La figure d’un buisson, des retards. La forme d’une roue est le signe d’un accident. Une fenêtre ou plusieurs carrés joints ensemble de manière à former une espèce de croisée vous avertissent que vous serez volé. C’est bon à savoir. Si vous voyez une tête ou une forme de chien à côté d’une figure humaine, vous avez un ami. Si vous voyez un homme monté sur un cheval ou sur tout autre quadrupède, un homme estimable fait pour vous de grandes démarches. Quand tous apercevez trois figures l’une auprès de l’aulre, attendez quelque emploi honorable. Si vous distinguiez une couronne de croix, un homme de vos parents mourrait dans l’année. Une couronne de triangles ou de carrés annonce la mort d’une de vos parentes également dans l’année qui court. Un bouquet composé de quatre fleurs ou d’un plus grand nombre est le plus heureux de tous les présages. — Voilà.

MARCH.OC1AS, grand marquis des enfers.

!1 se montre sous la ligure d’une louve féroce, avec des ailes de grilfou et une queue de serpent; sous ce gracieux aspect le marquis vomit des (lamines. Lorsqu’il prend la figure humaine, on croit voir un grand soldat. 11 obéit aux exorcistes , est de l’ordre des dominations, et commande trente légions (1).

Al A RC ION 1T ES, hérétiques du ve siècle, qui avaient pour chef Marcion. Ils étaient dualistes et disaient que Dieu avait créé nos âmes, mais que le diable jaloux avait aussitôt créé nos corps, dans lesquels il avait emprisonné lesdfies âmes.

MARDI. Si on rogne ses ongles, les jours de la semaine qui ont un R, comme le mardi, le mercredi et le vendredi, les bonnes gens disent qu’il viendra des envies aux doigts.

MARENTAKEIN, arbrisseau des speclres, Voy. Gutheyl.

MARGARITOMANCIE, divination parles perles. On en pose une auprès du feu, on la couvre d’un vase renversé, on l’enchante en récitant les noms de ceuxqui sont suspects.

Si quelque chose a été dérobé, au moment où le nom du larron est prononcé, la perle bondit en haut et perce le fond du vase pour sortir; c’est ainsi qu’on reconnaît le coupable (2).

MARGUERITE, princesse hollandaise qui vivait au xme siècle. Ayant refusé brutalement l’aumône à une pauvre femmequi avait plusieurs enfants, et lui ayant reproché sa fécondité, celle pauvresse lui prédit qu’ellemême aurait autant d enfants qu’il y a de jours dans l’an. Elle accoucha en effet de trois cent soixante cinq enfants, qui furent présentés au baptême, tous les garçons gros comme le doigt , avec le nom de Jean, et toutes les filles, aussi mignonnes, avec le nom de Marie, sur deux grands plats que l’on garde toujours à Loosduynen, près de La Haye, où celte histoire n’est pas mise en doute. Avec les deux plats bien conservés, on monire le tombeau deslroiscentsoixantecinq enfants, morts tous aussitôt après leur bapiême.

MARGUERITE, Italienne, qui avait un esp:it familier. Lenglet-Duli esnoy rapporte ainsi son histoire, sur le témoignage de Cardan :

« SI y avait à Milan une femme nommée Marguerite, qui publiait partout qu’elle avait, un diable ou esprit familier, qui la suivait et l’accompagnait partout, mais qui pourtant s’absentait deux ou trois mois de l’année. Elle trafiquait de cet esprit; car souvent elle était appelée en beaucoup de maisons, et incontinent qu’on lui avait fait commandement d’évoquer son esprit, elle courbait la tète ou J’enveioppait de son tablier, et commençailà l’appeler et adjurer en sa langue italienne. 51 se présentait soudain à elle et répondait à son évocation ; la voix de cet esprit ne s’entendait pas auprès d’elle, mais loin, comme si ^1 le lût sortie de quelque trou de muraille ; et si quelqu’un se voulait approcher du lieu ou la voix de cet esprit résonnait, il était étonné qu’il ne l’entendait plus en cet endroit, mais en quelque autre coin de la maison.

« Quant à la voix de l’esprit, elle n’était point articulée ni formée de manière qu’on la pût bien enlendre;elleétiitgrêle et faible, de sorte qu’elle se pouvait dire plutôt un* murmure qu’un son de voix. Après que cel esprit avait sifflé ainsi et murmuré, la vieille lui servait de truchement, et faisait entendre aux autres ce qu’il avait dit.

« Elle a demeuré eu quelques maisons ou des femmes, qui oui observé ses façons de faire, disent qu’elle enferme quelquefois cet

(1) Wierus, In Pseudomonarchia dæm.

QJ Delaucre, Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, p. 270.

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esprit en un linceul, el qu'il a coutume de lui mordre la bouche tellement qu’elie a presque toujours les lèvres ulcérées. Cette misérable femme est en si grande horreur à tout le monde, à cause de cet esprit, qu’elle ne trouve personne qui la veuille loger ni qui consente à fréquenter avec elle (1). »

Nous n’avons pas besoin d’ajouter que c’était là un tour de ventriloquie.

MARIACHO DE MOLÈRES, insigne sorcière qui fut accusée par une jeune fille nommée Marie Aspiculetle.âgée de dix-neuf ans, de l’avoir menée au sabbat, l’emportant sur son cou après s’être frottée d’une eau épaisse et verdâtre, dont ci e se graissait les ma ns, les hanches et lés genoux (2).

MARIAGE. On a plusieurs moyens de connaître quand et avec qui on se mariera, M. Chopin conte qu’en Russie les jeunes filles curieuses de connaître si elles seront malices dans l’année forment un cercle dans lequel chacune répand devant soi une pincée de grains d’avoine. Cela fait, une femme p acée au centre , et tenant un coq enveloppé , tourne plusieurs fois sur elle-même en fermant les yeux et lâche l’animal, qu’on a eu soin d’affamer; il ne manque pas d’aller picoter le grain. Celle dont l’avoine a été la première entamée peut compter sur un prochain mariage. Plus le coq y met d’avi i i té , et plus promptement l’union, pronostiquée doit se conclure.

S'il est naturel à une jeune fille russe de désirer le mariage , il ne l’est pas moins qu’elle souhaite de connaître celui qui sera son époux. Le moyen suivant satisfait sa curiosité. Elle se rend à minuit dans une chambre écartée où sont préparés deux miroirs placés parallèlement vis-à-vis l’un de l’autre et éclairés de deux flambeaux. Elle s'assied el prononce par trois fois (3) ces mots : Kto moy soujnoy klo moy riajnoy , lot pukajelsia mnie. « Que celui qui sera mon époux m’apparaisse ! » Après quoi elle porte ses regards sur l’un des miroirs, et la réflexion lui présente une longue suite de glaces ; sa vue doit se fixer sur un espace é.oigné et plus obscur, où l’on prétend que se fait l’apparition. On conçoit que plus le lieu observé parait éioigne, plus il est facile à l’imagination déjà préoccupée de se faire une illusion. On se sert du même procédé pour savoir ce que font dos personnes absentes.

Ceux qui désirent apprendre (toujours chez les Ru-ses) si une jeune fille se mariera bientôt, font un treillage en forme de pont avec de petites branches enlrelacées, el le mettent sous son chevet sans qu’elle s’en aperçoive. Le lendemain on lui demande ce qu’elle a vu en songe ; si elle raconte avoir passé un pont avec un jeune homme, c’est un signe infaillible qu’elle lui se.ra unie la même année. Celle d.vination s’appelle en russe most mastite (4-).

(1) Recueil de Dissertât de Lengtet-Dufresnoy, t. I,r, p. loti.

(2) Delancre, Tableau de l'inconstance des dém., etc., liv. n, p. 1 16.

(3) Les Russes supposent au nombre trois une vertu

On lit dans les admirables secrets du Petit- Albert , celle manière de connaître avec qui on s’unira. Il faut avoir du corail pulvérisé et de la poudre d’aimant, les délayer ensemble avec du sang de pigeon blanc; on fera un petit peloton de pâ e qu’on enveloppera dans un morceau de taffetas bleu , on se le pendra au cou; on mettra sous son chevet une branche de myrte vert, et on verra en songe la personne qu’on doit épouser. Les filies ou veuves obtiennent le même résultat, en liant une branche de peupLer avec leurs chausses sous leur chevet, et se frotiant les tempes, avant de dormir, d’un peu de sang de huppe. On croit aussi , dans plusieurs provinces, et on le croit sur nombre d’exemples, que les époux qui mangent ou boivent avant la célébration de leur mariage ont des enfants muets.

Les coutumes superstitieuses qui, en Ecosse, précèdent et suivent les mariages sont innombrables ; le peuple croit que des évocations, accompagnées de certaines paroles magiques, ont la puissance de faite apparaître l’ombre des futurs époux, et que Jes noisettes jetées au feu indiquent, par les divers pétillements de la flamme, si leur union sera heureuse. Un sa\ anl regrette de n’avoir pu découvrir l’origine certaine el la signification des présents échangés entre les fiancés. L’anneau est le symbole de l’esclava e qui pèse sur la femme, et on a cru qu il était placé au quatrième doigt de la main gauche, parce qu’uue veine conduit de ce doigt au cœur. Cette opinion était répandue chez b s Egyptiens et chez les Grecs. Un anneau de mariage avec un diamant présageait une union malheureuse, parce que l’interruption du cercle annonçait que l’attachement des époux ne serait pas de durée; on a donc adopté un cercle d’or.

On entend dise encore, de nos jours , que quanddeux mariages se fontàia mémo messe, l’un des deux n’est pas heureux.

MARIAGRANE (Marie) , sorcière qui dit avoir vu souvent le diable, et qui se trouve citée dans Delam re.

MARIGNY (Enguekrand de) , minisire de LouU X, roi de France. Alix de Mons, femme d’Enguerrand , et la d une de Cautelcu , sa sœur, furent accusées d’avoir eu recours aux sortilèges pour envoûter le roi , messire Charles son frère el autres barons, el d’avoir fait des maléfices pour faire évader 'Enguerrand qui é l ait emprisonné. On fit arrêter les deux dames. Jacques Dulot, magicien , qui était censé les avou' aidées de ses sortilèges, fut mis en prison ; sa femme fut brûlée et son valet pendu. Tous ces gens éla eut des bandits. Dulot, craignant pareil supplice, se tua dans son cachot. La comte de Valois , oncle du roi , fit considérer à ce prince que la mort volontaire du magicien était une grande preuve contre Marigny. On montra

particulière. Bog lionbit Iroilion est un dicton populaire qui signilie : Dieu aime 1e nombre trois.

(i) M. Chopin, de l’Etat actuel de la Russie, ou Coup d euil sur SaiuL-l’élersbourg, p. 62.

«lu monarque les images de cire ; il se laissa persuader et déclara qu’il ôtait sa main de Marigny et qu’il l’abandonnait à son onde. On assembla aussitôt quelques juges ; la délibéra'! ion ne fut pas longue : Marigny fut condamné , malgré sa qualité de gentilhomme, à être pendu comme sorcier; l’arrêt fut exécuté la veille de l’Ascension , et son corps fut attaché au gibet de Montfau- < on, qu’il avait fait relever durant son ministère. Le peuple, que l’insolence du ministre avait irrité, se montra touché de son malheur. Les juges n’osèrent condamner sa femme et sa sœur; le roi lui-même se repentit d’avoir abandonné Marigny à ses ennemis; dans son testament il laissa une somme considérable à sa famille, en considération, (fit-il, de la grande infortune qui lui était arrivée (1).

MARIONNETTES. On croyait autrefois que dans les marionnettes logeaient de petits démons. Voy. Brioché, Bouchet , Mandragores, etc.

MAR1SSANE. Un jeune homme de quinze ou seize ans, nommé Chrisloyal de la Garrade, fut enlevé , sans graisse ni onguent , par Marissane de Tariras, sorcière, laquelle le porta si loin et si haut à travers les airs, <1 u’il ne put reconnaître le lieu du sabbat ; mais il avoua qu’il avait été bien étrillé, pour n'avoir pas voulu prendre part audit sabbat, et sa déposition fut une des preuves qui firent brûler la sorcière; pourtant il pouvait n’avoir fait qu’un rêve. Voy. Ralde.

MARIUS. 11 menait avec lui une sorcière scylhe qui lui pronostiquait le succès de ses entreprises.

MARLE (Thomas de), comte d’Amiens et sire de Coucy, dont on peut lire les crimes dans les chroniques du règne de Louis le Gros. A sa mort, il recula sur ses forfaits et v oulut se réconcilier avec Dieu. Mais comme i. refusait de réparer une des plus sombres actions de sa vie (2j , lorsqu’il se souleva pour recevoir la sainte communion , qu’il avait demandée, Suger atteste qu’une main invisible lui tordit le cou.

MAROT. Mahomet cite l’histoire des deux anges Arotet Marot, pour juslitier la défense qu’il fait de boire du vin.

Dieu, dit-il, chargea Arot et Marot d’une commission sur la terre. Une jeune dame les invita à dîner, et ils trouvèrent le vin si bou qu’ils s'enivrèrent. Ils remarquèrent alors que leur hôtesse était belle, s’éprirent d’amour et se déclarèrent. Cette dame, qui était sage, répondit qu’elle ne les écouterait que quand ils lui auraient appris les mots dont ils se servaient pour monter au ciel. Dès (iu’elle les sut, elle s’éleva jusqu’au trône de Dieu, qui la transforma, pour prix de sa vertu, en une étoile brillante (c’est l’étoile bu matin), et qui condamna les deux anges ivrognes à demeurer jusqu’au jour du jugement suspendus par les pieds dans le puits

(t ) M. Garinet, ITisl. de ta magie en France.

(2) Il tenait sa l>eile-mère enfermée dans un cachot ignoré de tous, connu de lui seul; il s’obstina en mourant

de Babel, que les pèlerins musulmans vont visiter encore auprès de Bagdad.

MARQUE DU DIABLE. On sait que les sorcières qui vont au sabbat sont marquées par le diable, et ont particulièrement un en«droil insensible, que les juges ont fait quelquefois sonder avec de longues épingles.

Lorsque les prévenues ne jettent aucun cri et ne laissent voir aucune souffrance, elles sont réputées sorcières etcondarnnées comme telles, parce que c’est une preuve évidente de leur transport au sabbat. Delancre (3) ajoute que toutes celles qui o;.t passé par ses mains ont avouÉ toutes ces choses lorsqu’el* les furent jetées au feu. Bodin prétend que 1<; diable ne marque point celles qui se donnent à lui volontairement et qu’il croit fidèles ; mais Delancre réfute cette assertion, en disant que toutes les plus grandes sorcières qu’il a vues avaient une ou plusieurs marques, soit à l’œil, soit ailleurs. Ces marques ont d’ordinaire la forme d’un petit croissant ou d’une griffe, ou d’une paire de cornes qui font la fourche.

^ MARQUIS DE L’ENFER. Les marquis de Renier, comme Phoenix, Cimeriès, Audras , sont, ainsi que chez nous, un peu supérieurs aux comtes. On les évoque avec fruit (dans le sens diabQÜque) , depuis (rois heures du soir jusqu à la chute du jour (i).

MARTHYM 6u BATHYM, duc aux enfers, grand et fort : il a l’apparence d’uu homme robuste, et au derrière une queue de serpent. 11 monte un cheval d’une blancheur livide. 11 connaît les vertus des herbes et des pierres précieuses. 11 transporte les hommes d’un pays dans un autre avec une vitesse incroyable. Trente légions lui obéissent.

MARTIN. Un jour que saint Martin de Tours disait la messe, le diable entra dans l’église avec l’espoir de le distraire. C’esl une naïve historiette de la Légende dorée; elle est représentée dans une église de Brest. Elle parut à Grosnet un trait si joli qu’il le mit en vers. Le diable était, selon cet ancien poète, dans un coin de l’église, écrivant sur un parchemin les caquets des femmes et ies propos inconvenants qu’on tenait à ses oreilles pendant les saints offices. Quand sa feuille fut remplie, comme il avait encore bien des notes à prendre, il mit le parchemin entre ses dents et le tira de toutes ses forces pour l’allonger ; mais la feuille se déchira, et la tête du diable alla frapper contre un pilier qui se trouvait derrière lui. Saint Martin, qui se retournait alors pour le Dominus vobiscum, se mit à rire de la grimace du diable, et perdit ainsi le mérite de sa messe, au jugement du moins de l’esprit malin, qui se hâta de fuir...

MARTIN (Marie) , sorcière du bourg de La Neufville-le-Roi , en Picardie, qui fut arrêtée pour avoir fait mourir des bêtes et des hommes par sortilège, ou plutôt par maléfice, car au moins ce mot veut dire mauvaise

b ne pas révéler cet affreux secret

(3) Tableau de l'inconstance des démons, p. 103.

( i) W'ierus, in Pseudomon. dæm.

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action. Un magicien qui passait par là la reconnut; et, sur «on avis, la sorcière fut rasée. On lui trouva la marque du diable , ayant l’empreinte d’une patte de chat. Elle dit au juge qu’elle se reconnaissait coupable. Traduite à la prévôté, elle avoua qu’elle était sorcière , qu’elle jetait des sorts au moyen d’une poudre composée d’ossements de trépassés ; que le diable Cerbérus lui parlait ordinairement. Elle nomma les personnes qu’elle avait ensorcelées et les chevaux qu’elle avait maléficiés. Elle dit encore que, pour plaire à Cerbérus, elle n’allait pas à la messe, deux jours avant de jeter ses sorts ; elle conta qu’elle était allée au chapitre tenu par Cerbérus-, et qu’elle y avait été conduite la prem ère fois par Louise Morel , sa tante. Dans son second interrogatoire, elle déclara que la dernière fois qu’elle était allée au sabbat, c’était à Varipon , près Noyon ; que Cerbérus, vêtu d’une courte robe noire, ayant une barbe noire, coiffé d’un chapeau à forme haute, tenait son chapitre près des haies dudit Varipon , et qu’il appelait là par leurs noms les sorciers et les sorcières. Elle fut condamnée par le conseil de la ville de Montdidier à être pendue, le 2 juin 1586. Elle en appela au parlement de Paris, qui rejeta le pourvoi. Son exécution eut lieu le 25 juillet même année (1).

MARTINET, démon familier, qui accompagnait les magiciens et leur défendait de rien entreprendre sans sa permission , ni de sortir d’un lieu sans le congé de maître Martinet. Quelquefois aussi il rendait service aux voyageurs, en leur indiquant les chemins les plus courts ; ce qui était de la complaisance.

MASCARADES. Les Gaulois croyaient que Mythras présidait aux constellations ; ils l’adoraient comme le principe de la chaleur, de la fécondité et des bonnes et mauvaises influences. Les initiés à ses mystères étaient partagés en plusieurs confréries, dont chacune avait pour symbole une constellalion ; les confrères célébraient leurs fêtes et faisaient leurs processions et leurs festins , déguisés en lions, en béliers, en ours, en chiens , etc. , c’est-à-dire sous les figures qu’on suppose à ces constellations. Voilà sans doute, selon Saint-Foix, l’origine de nos mascarades.

Un savant belge, J. -J. Raepsaet, a publié, en 1827 , à Bruxelles , sous le titre d' Anecdote sur l'origine et la nature du carnaval , une brochure, dont nous donnerons ici quelques extraits.

« Le carnaval, dit-il , appartient peut-être à ces sortes d'institutions dont l’origine se perd dans la nuit des temps. 11 se peut que le carnaval soit antérieur à la mythologie, qu’il soit une fête religieuse des temps où les hommes menaient la vie pastorale. A sa naissance il peut avoir été simple et innocent comme les mœurs de ses fondateurs, dépravé dans son adolescence et corrompu dans sa maturité. Nous sommes, ce me semble, à tous ces égards, encore aux conjectures ; je vais pro-

(l) M. Gariuet, Hist. de la magie en France, p. 146.

DlCTIONN. DES SCIENCES OCCULTES. II.

poser les miennes, car je ne prétends rien décider ; elles porteront sur les points suivants.

« Dans quel pays, dans quel but et à quelle époque la fête que nous appelons Carnaval a-t-elle été instituée? Etait-ce une fête religieuse ou profane? Quelles en étaient les cérémonies? Gomment a-t-elle été introduite à Rome? Sous quel nom? Y a-t-elle conservé ce nom ? A-t-elle été fondue en d’autres fêtes et en quelles? Après celte fusion a-t-elle conservé la simplicité et le caractère religieux de son institution? Quand et comment a-t— elle été connue et pratiquée dans les Gaules? Sous quel nom fut-elle originairement connue, spécialement dans les provinces du Nord? Quand et comment les cérémonies en ont-elles été corrompues? Les conciles des Gaules ont-ils aboli ou condamné le carnaval.

« Le lecteur décidera du plus ou moins de probabilité de ces conjectures?

«C’était anciennement une tradition, que les peuples de l’Arcadie ont existé avant Jupiter (2); ne connaissant ni arts, ni labour, ils n’avaient d’autres richesses que leurs troupeaux, et vivaient dans l’état de nature, marchant tout nus. Leur culte était analogue à leur genre de vie; le satyre Pan était le dieu de leurs troupeaux; il se faisait, tous les ans, en son honneur, une fête solennelle et générale à un jour fixe, qui revenait au 15 février (xv kalendas marlii) ; elle consistait dans une lustration des hommes et du soi pour obtenir de leur dieu le piamen ou le pardon du mal commis dans l’année qui venait de finir; car alors le mois de février était le dernier de l’année.

«Quel fut le nom particulier, que portait cette lustration en Arcadie? c’est ce que nous examinerons dans la suite. Mais à l’époque où cette espèce particulière de lustration fut apportée à Rome, les Romains lui ont donné le nom de Februa , et à l’exercice de ce culte, celui de Februalia. Ovide en donne la raison : c’est, dit-il, qu’avant que nos aïeux fussent policés, ils donnaient à tous leurs actes expiatoires le nom de Februa . Quel qu’ait été le nom que portait celte lustration en Arcadie, fût-ce même un nom grec ancien, ce nom dut avoir été, pour les anciens Romains, un nom barbare avant la conquête de la Grèce; car si, du temps de Tacite, les Romains furent encore obligés, pour se faire comprendre en Italie, de donner des noms latins aux divinités gauloises, ils ont à plus forte raison dû se servir de cet expédient du temps deRomulus. Ce mot Februa a donné le nom au mois de février. Ce fut Evandre qui transféra cette fête de l’Arcadie à Rome avant Romulus.

«Les prôires de ce culte semblent avoir été appelés Luperci, car Ovide croit que ce nom est emprunté du mont Lupercus en Arcadie. La cérémonie commençait par immoler une chèvre, dont ces Luperci découpaient la peau en lambeaux ; après quoi toute la troupe se mettait en course, pour lustrer tout lo

(2) Ovid , Fa;/ , xivi, 2.

pays en courant tout nus, et c’est en quoi consistait le piamen.

Il semble que les prêtres qui célébraient celte lustration se servaient de lambeaux de peau de chèvre pour battre ceux qui désiraient être fébruarisés (car on appelait februare ceux qu’on lustrait ainsi); et comme la lustration ne se faisait pas seulement pour obtenir le pardon, mais pour impélrer l’accomplissement de certains vœux pour l’année suivante, on appelait februatæ mulieres celles qui, pour obtenir la fécondité, se laissaient légèrement ba'tre avec ces lambeaux sur le dos.

j Cependant il est douteux que cette dernière pratique appartienne aux cérémonies primitives de la lustration arcadiennc , elle est plutôt postérieure à son introduction à Rome. Ovide même fait naître ce doute ; car il dit qu’il n’y a pas encore longtemps, nuper , qu’elle a été introduite par un devin exilé de la Toscane dont il ne se rappelle plus le nom , tandis qu’il avait déjà dit que ce culte avait été apporté à Rome, avant sa fondation, par l’Arcadien Evandre, et qu’il consistait en une lustration des hommes et des champs, après avoir découpé en lambeaux la peau d’une chèvre, sans dire à quel usage; c’est en quoi, ajoute-t-il, consiste le piamen: idque piamen habet.

« Comme les Romains aimaient à trouver l’origine et l’organisation de leurs institutions dans leur mythologie, ils ont cherché l’origine des F ebrualia dans la naissance fabuleuse de Romulus et Rémus. En mémoire de la louve qui les avait allaités, ils donnèrent au temple des Februalia le titre de Lupercal, et au jour où la fête se célébrait, le nom de Lupercalia. Mais cela n’empêche pas, dit Ovide, que ce soit originairement la fête des Februalia, qui nous est venue de l’Arcadie, car le Faune ou le dieu Pan avait aussi des temples en Arcadie ; de là vint que l’on donnait indifféremment à cette fêle le nom de Februalia et celui de Lupercalia, et l’Arcadien Evandre pour fondateur. Néanmoins, les deux noms se sont confondus à la longue, et celui de Lupercalia a prévalu parmi les Romains, comme se rattachant à la mémoire de leur fondateur.

«Valère Maxime et Plutarque nous ont transmis le détail des cérémonies des Lupercalia telles qu’elles se pratiquaient à Rome ; il est aisé de voir que ce sont celles des Februalia, mais défigurées. « Si l’on examine, dit Valère Maxime, les Lupercales sous le rapport de leur origine, ils ont été institués pour cause de lustration, et leur introduction est attribuée à Evandre qui avait apporté les Februalia à Rome.» Voici, continue-t-il, comme on les pratiquait: «On commençait par immoler des chèvres, venait ensuite le repas; et lorsque toutes les têtes étaient échauffées par le vin, les convives, travestis en bergers, ceints des peaux des victimes, se partageant en bandes, parcouraient les rues, tourmentant et agaçant tous ceux qu’ils rencontraient. »

« Plutarque y ajoute d’autres détails et

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s’exprime d’une manière plus précise encore. « Après l’immolation des chèvres, dit-il, ih en dissèquent les peaux et s’en font des ceintures et des férules , avec lesquelles ils parcourent tout nus les rues, battant, par plaisanterie, ceux qu’ils rencontrent; on appelait cetle plaisanterie catomediare, qui signifiait battre sur les épaules, comme on l’appelait anciennement februare.

« Voilà, ce me semble, la fusion des Februalia dans les Lupercalia et leur identité bien évidemment attestées parValère- Maxime et Plutarque, conformément à ce que nousen apprennentOvide, Denys, Justin, Varron et d’autres rapportés par Lalénus, Antiq. Rom. lib. ni, c. â. En prouvant maintenant l’identité des Februalia, avant et après leur fusion et corruption, avec notre carnaval, la probabilité de nos conjectures sera parvenue à ce degré de vérité historique, reçue dans l’histoire véritable des temps fabuleux.

«C’est donc une erreur vulgaire que de donner à notre carnaval le nom de Baccha nalia; car les Bacchanales se cé'ébraient en automne, et les Februalia Lupercalia, le 15 de février; les membres des Bacchunalia étaient formés et constitués en sodalités; les Februalia étaient une fête nationale; les assembléesou réunions deceux-là se tenaient jusqu’à cinq fois par mois, ceux-ci une fois par année; ceux-là étaient nocturnes, ceuxci en plein jour. Je me dispense de classer ici les autres différences, qui sont telles, qu’elles ne présentent aucune analogie ni avec les Februalia, ni avec les Lupercalia , ni avec notre Carnaval , comme on peut les lire dans les Antiquités romaines de Rosinus et de Nieuport.

«Toutefois, les Romains avaient si scandaleusement défiguré et corrompu l’innocence pastorale des Februalia par leur fusion dans les Lupercalia, que l’empereur Anastase s’est vu obligé de les abolir en 518. Mais, à cette époque, la domination romaine avait déjà cessé dans les Gaules depuis la moitié du siècle précédent, et il n’est pas douteux qu’ils y aient introduit l’origine des Lupercalia, avec toutes ses pratiques, puisque nous la verrons tantôt proscrite par tous les conciles des Gaules.

« Ces orgies des Romains, bien que différenciées entre elles par le nom et les nuances dans le mode, s’accordaient sur le fond. Les unes se nommaient Kalcndœ, d'autres Bru malia, d’autres encore Bacchanalia, Vola, et ainsi du reste; or, dans les motifs de condamnation, les conciles désignent spéciale ment les déguisements et les travestissements tels que ceux «des hommes en habils de femme, des femmes en habits d’homme; les uns et les autres en costume tragique, comique ou de bêles fauves, comme de satyres etautres ; » de sorte que le débordement des mœurs avait enfin confondu dans la débauche les noms de presque toutes les anciennes institutions religieuses.

«Celte confusion de noms s’est opérée à Rome; mais s'était-elle opérée en Arcadie et dans

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les autres paysoù les Februaliaé) aient connus sous un nom vulgaire? Je ne !e pense’ pas, et je crois que, partout ailleurs, ce culte a conservé son nom primitif; mais que le nom de Fe'orua et de Februalia sont des noms latins q ue les Romains auront appliqués, interpretatione romana, à cetle fête arcadienne, parce que l’époque de sa célébration coïncidait avec celle de leurs Lupcr cales , au 15 lévrier. Quel était donc le nom primitif et national des Februalia en Arcadie? Je l’ignore; mais le concile de Leptines, tenu en 743, près de Binchc en Hainaut, condamne trente espèces de superstitions païennes, entre lesquelles la troisième est ainsi conçue : de Spurcalibas in Februareo. Or, anciennement en flamand, comme encore en Italie, en Hongrie et en Allemagne, Vu se prononçait comme l’o ; de sorte que spurcalibus se prononçait sporcalibus. Or le mois de février s'appelle cl s’écrit encore en flamand sporkel ni and (mois du sporkel). et il n’y a pas bien longtemps que j’ai lu dans un titre le nom d’un champ situé dans le pays d’Alost, qui s’appelait le sporkel veld (champ du sporkel). Mais que signifie donc le mot sporkel ? C’est ce que je n’ai encore pu trouver dans aucun glossaire. Je connais l’explication qu’a donnée Des Roches du mot spurcalia; cetle explication, très-vague d’ailleurs, s’approprie mal au renouvellement de la nature et au sacrifice d'un pourceau , qui n’appartiennent qu’à la fête qu’on célébrait en l’honneur deCérès,à l’ouverture de la moisson, et nullement au dieu Pan, qui était le dieu des bergers. Donc, sans rien avancer de positif sur la signification du sporkel et du sporcalia , il est permis, ce me semble, de soupçonner, de cette ignorance générale de la signification du mot sporkel, que c’est un mot barbare qui nous est venu d’un pays lointain. Celle supposition admise, existe-t-il des motifs qui empéi hent de croire que ce mot nous soit venu de l’Arcadie? je n’en aperçois aucun; au contraire, je trouve une certaine probabilité à celte supposition, car les sporcalia étaient originaires de l’Arcadie, où ils étaient communs aux pays circon voisins. Au premier cas, il n’a pas été plus diffic le de transférer ce culte sur l’embouchure du Dniester, que de le transférer à Rome; et, au second, il aura été indigène aux peuples du Pont-Euxin. Or, c’est précisément de ces contrées que la plupaitdes premiers Belges sont originaires, et c’est de cos mêmes contrées que sont venus ces Germains qui se sont établis dans Ses Gaules sous le nom collectif de Francs ; leur idiome était le tudesque, et la langue flamande en dérive, ou plutôt c’est encore la même, au dialecte près. Si cetle conjecture est reçue, il s’ensuit que les Februalia de l’Arcadie s’appelaient dans leur pays originaire sporkel, ou portaient un nom synonyme au mot tudesque sporkel; que ces Teutons les ont apportés en Belgique, qu’elles y ont conservé et- y conservent encore leur nom primitif de sporkel ; et attendu que les sporkel s de l’Arcadie sont les Februalia des Romains, dont la conformité avec notre carnaval vient d’être

établie, il s’ensuit que notre carnaval gous vient de la Grèce ou du Ponl-Euxin.

« Quant au mot sporkel, je crois que c’est le mot d’un nom, et que c’est le nom sous lequel la course expiatoire, c’est-à-dire la lustration était connue; qu’ainsi sporkel ma end, signifie le mois de la course expiatoire, ou le mois de la lustration.

<v La plupart des noms flamands des mois de l’année viennent appuyer notre conjecture sur la signification que nous supposons au mot sporkel; ils ne sont autre chose que des composés du mot générique maend, et du travail et de l’œuvre , qui les distingue des autres mois. Le mois de juillet est appelé hoey-maend, qui est le mois de la fenaison ; le mois d’août, ougst-maend, mois où l’on fauche les grains; le mois d’octobre, wynmaend, ou le mois des vendanges; le mois de novembre, slcyh-maend , ou le mois du tuage du bétail, etc. Ajoulons-y que les Flamands, en parlant du carnaval, se rappellent encore, sans s’en douter, cette course. Ils ne disent pas, comme ils disent de la célébration de toute autre fête religieuse : gaet gy vasten - avond vieren? allez-vous fêter ou célébrer le carnaval? Au lieu de vieren, fêter ou célébrer, ils se servent du mot loopen, courir ; ils vous demandent : hrbt gy, ou gaet gy vasten-avond-sut loopen? Ils attachent même au mot loopen une signification tellement relative et propre au carnaval, qu’ils sous-entendent le nom de carnaval et n’emploient que le mot loopen tout seul, en disant : hebt gy of gaet gy loopen ?

« Ces vieilles locutions ne sont pas à négliger eu histoire, parce qu’elles rappellent très-souvent d’anciens usages ignorés. Qui est-ce, par exemple, qui soupçonne aujourd’hui que la locution de vriendschap breken, rompre l'amitié, nous vienne delà forme symbolique et légale de la loi sali que, qui, pour renoncer à sa famille, exigeait qu’on rompît et cassât un petit bâton qu’on tenait levé sur la tête; que de bruyrtt loven, c’était demander la fille en mariage: car loven en flamand signifie marchander ; et chez les Francs Germaniques, le mariage se concluait par forme de marché, etc. ? »

Partout il y a eu des mascarades ; car il y a dans tons les hommes abandonnés à leur nature la fibre de la folie.

En Egypte, il fallait paraître à la grande fête d'Osiris, déguisé en daim, en tigre, en taureau, en chat, en oignon; c’était honorer la métamorphose des dieux. On offrait une coupe de vin et une corbeille de figues ; on dansait autour d’un bouc que l’on immolait ensuite. Aujourd’hui, c’est encore le bœuf gras que l’on assomme à Paris, que l’on décapite à Venise; ou bien c’est un homme de paille que l’on appelle Mardi-Gras sous son costume bizarre, que l'on juge en due forme, que l’on condamne comme coupable de tous les excès commis pendant le carnaval. A Lille, dans la Flandre, dans tous les pays aquatiques on le noie à grands cris de joie j ailleurs on le brûle.

DlCTSONNAiRE DES SCIENCES OCCULTES.

Chez les Romains, dans les bacchanales, on prenait un gros garçon pour représenter Bacchus, un plus gros pour f lire Silène. Le dieu des vignes était assis sur un char que (rainaient des hommes déguisés en tigres , et autour duquel gambadaient d’autres personnages avec des masques de boucs et de satyres; le cortège était fort long; Silène fermait la marche. Dans la plupart de nos départements de la France, on promène encore sur un char ridicule un homme qui fait le rôle de Mardi-Gras, et que l’on fait boire continuellement au son des tambours de basque. Dans certains lieux la marche est ornée des maris qui ont été battus par leurs femmes; ils sont montés sur des ânes, la face tournée vers la queue, le visage peint, avec des vessies gonflées en guise de pendants d’oreilles.

Les anciens ne se travestissaient pas seulement aux bacchanales, mais encore dans la plupart de leurs cérémonies (1). On se masquait généralement aux saturnales. Les esclaves mangeaient avec leurs maîtres, qui, dans certains pays, étaient même obligés de les servir.

Le peuple païen aimait tellement ces sortes de fêtes, que Néron, Domitien et quelques autres tyrans, tout exécrables qu’ils étaient, furent regrettés à cause de leurs spectacles. C’est peut-être par les licences du carnaval que le sénat de Venise faisait supporter sa tyrannie du reste de l’année. Ce carnaval était fort long. Les mascarades commençaient le lendemain de Noël: toute la ville était bientôt déguisée, et la place Saint-Marc se remplissait de gens travestis, qui étaient obligés de soutenir leurs rôles. Les arlequins s’accrochaient par des bouffonneries, les docteurs disputaient, les pantalons disaient des platitudes, les tanfarons des gasconnades; de même qu’à Paris ceux qui s’habillent en poissardes sont obligés de s’aborder par des injures.

Le plus grave tort du carnaval, chez nous qui sommes chrétiens, c’est d’envahir insolemment le carême. Le premier dimanche de la sainte quarantaine est surtout indignement profané en beaucoup de lieux. On l’appelle assez généralement le Dimanche des brandons , à cause des feux de joie qui en font la clôture. A Gand on jette en l’air des torches allumées; à Marseille et dans d’autres ports on brûle des planches goudronnées; ailleurs, de la paille seulement.

Dans les Ardennes, le premier dimanche de carême est appelé Dimanche des bourres , parce qu’il est d’usage de brûler ce jour-là de la bourre ou des étoupes, à la porte de ceux qui ont des garçons ou des filles à marier. Dans plusieurs districts du pays wallon, de la Champagne et de la Picardie, le soir du dimanche dos brandons, les enfants brûlent dans fis rues des flambeaux de paille, avec la persuasion qu’ils attirent

11) Dans le duché de Posen, un usage immémorial fait de la nuit oh s’opère le renouvellement de l’année une nuit de réjouissances bruyauies, que ta population passe en

ainsi de plus abondantes moissons. Quoique ces usages semblent puérils, il n’est pas inutile de les connaître, puisqu’ils servent de date à d’anciens titres : Le lundi d’après les brandons , etc.

Les masques sont le principe du carnaval. Ils étaient connus dans une antiquité très-reculée. On lit dans Diodore de Sicile que les anciens rois d’Egypte ne paraissaient pas en public sans avoir sur leurs têtps des figures de lion, de léopard ou de loup. Les officiers qui donnaient la nourriture aux animaux sacrés avaient des masques à la ressemblance de ces animaux. A Rome, durant les proscriptions des triumvirs, l’édile Volusius , sac hant que sa tête venait d’être mise à prix, demanda à un de ses amis, qui était prêtre d’isis, sa longue robe et son masque à tête de chien, peur se déguiser dans sa fuite. Dans cet équipage, dit Valère-Maxime, Volusius sortit de Rome en plein jour. 11 fallait que les yeux fussent accoutumés à voir ces sortes de masques, autrement rien n’étad plus propre à faire remarquer le proscrit fugitif.

On se servait de masques dans les triomphes. Comme il était permis aux soldats de chansonner le triomphateur, ceux qui prenaient cette licence avaient soin de se masquer en Momus, en cyclopes, en satyres.

Le lendemain du carnaval, qu’on appelle le mercredi des Cendres, est un jour d’expiation et de pénitence que les orgies profanent trop souvent. Dans les pays simples on cro t se purifier du contact avec le Mardi-Gras en le brûlant. Dans quelques contrées de la Bretagne, le mercredi des Cendres on brûle sur les montagnes un gros homme de paille couvert de haillons, api ès l’avoir longtemps promené et bafoué. Cet homme n’est pas Mardi-Gras; car le Mardi-Gras, bien distinct, vient derrière lui, repentant , humblement soumis au carême, vêtu de sardines et de queues de mornes. Dans la Flandre maritime, quelques villages présentent encore des cérémonie s de ce genre.

Disons un mot du carnaval à Montevideo : un détail curieux plaît toujours. Nous empruntons ce passage à un spirituel voyageur qui a récemment publié ses impressions dans quelques journaux.

« C’est du haut des terrasses qu’on se livre, à Montevideo, pendant les trois jours du carnaval, à une lutte aquatique des plus divertissantes, au moins pour celui qui en sort vainqueur, c’est-à-dire pas trop mouillé, car il est difficile d’échapper complètement aux attaques des voisins. Ce jeu consiste à jeter de l’eau sur les passants et à se lano r d’un côté à l’autre de la rue, de bas en haut, de haut en bas, à travers et par-dessus les terrasses, des œufs remplis d’eau et dont l’ouverture a été bouchée avec de la cire. Malheur à l’imprudent étranger que l’on n’a pas charitablement averti de celle singulière coutume! Plus sa toilette est recher-

masearades, en banquets, etc. C’est ce qu’elle appelle aller au- devant de la nouvelle année.

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chée, plus on sera heureux de le mouiller des pieds à la tête, et plus il sera hué, s’il a le mauvais goût de se fâcher. Mouillé ne serait rien, s’il ne recevait dans les yeux ou dans le cou que cette légère aspersion d’eau de Cologne ou d’eau de rose, avec laquelle le salueraient les jolies mains, tant à Montevideo qu à Buenos-Ayres ; mais quelquefois le liquide dont on l’inonde est équivoque; quelquefois une porte traîtresse s’ouvre inopinément à son passage, et, avant qu’il ait eu le temps de se reconnaître, la vigoureuse main de quelque grosse mulâtresse lui aura lancé avec force un seau d’eau qui l’aveuglera et mettra le dehors et le dedans de son costume dans l’état le plus déplorable et le plus risible, tandis que de la terrasse voisine une autre douche défoncera son chapeau, et que, pour compléter sa déroute, deux ou trois œufs, dirigés d’une main sûre, lui viendront éclater au beau milieu de la figure. Et l’assistance de rire, et le pauvre inondé de regagner sa maison à toutes jambes en riant aussi, car il n’a rien de mieux à faire.

« Qu’on ne croie pas que ce soient là des exagérations de voyageur; nous sommes plutôt resté au-dessous de la vérité dans cette peinture d'une folie qui est sans doute nécessaire aux nations civilisées, puisque c’est une espèce de vertige dont elles sont toutes atteintes au même instant, et qui se manifeste, selon les degrés de latitude, par des symptômes différents. A Buenos Ayres et à Montevideo, cette façon de célébrer le carnaval par une grande dépense d’eau froide n’a guère d’inconvénients au mois de levier qui, par les 34 ou 35 degrés de latitude méridionale, répond à notre mois d’août. En vain les gouvernements, quelque peu honteux de cette mode américaine , ont-ils essayé de la combattre; ils n’ont réussi tout au plus qu’à la régler et à réprimer les excès. Nous avons vu des soldats de police, envoyés en patrouille pour veiller à l’exécution des ordonnances, recevoir gravement les projectiles et les seaux d’eau qu’on leur lance d’autant plus commodément que leur marche est plus lente. Toutes les terrasses se couvrent de femmes et d’enfants armés de parapluies, et dont la toilette est à dessein très-négligée pour engager le combat. Les domestiques s’en mêlent librement; ce sont des saturnales. Dans la rue, des hommes à cheval ou à pied, vêtus pour la circonstance, passent avec des paniers d’œufs qu’ils épuisent vite, et mettent leur gloire à passer au galop, sans être atteints sous une grêle de projectiles qui vont salir les portes, les murailles et les trottoirs du côté opposé. Le général Rosas, gouverneur de Buenos-Ayres, prenait autrefois une part très-active à ces jeux. On le voyait, il y a quelques années, parcourir la ville en costume qui ne sentait rien moins que l’étiquette, mouillant et mouillé , avec un entrain et une verve de jeune homme, et avec

une de ces bonhomies à l’espagnole qui s’allient d’une façon étrange au plus terrible exercice d’un pouvoir sans borne. Maintenant sa famille, qui aime beaucoup à se divertir, et dont les goûls naturels ne sont point gênés par des délicatesses d’emprunt, se livre avec une sorte de fureur à ces jeux du carnaval. Il l’y encourage , il applaudit de tout son cœur aux bons tours qu’elle a joués aux passants et aux voisins, et à l’énorme consommation d’œufs qu’elle a faile. Cela lui plaît, non-seulement parce que cela lui plaît, mais parce que cela est du pays, parce que cela est populaire, américain et porleno. Quelque chose de plus raffiné, do moins bruyant, ne lui plairait pas au même degré. Chez cet homme singulier, l’instinct du pouvoir, le génie national et populaire, se manifestent en tout ; il serait à désirer pour sa gloire que ce ne fût pas quelquefois avec excès, et que ce fût toujours aussi innocent. »

On lit, sur les mascarades, celte plaisanterie ingénieuse dans Montesquieu :

On demandait à un Turc, revenu d’Europe, ce qu’il y avait vu de remarquable. «A Venise, répondit-il, ils deviennent fous pendant un temps de l’année; ils courent déguisés par les rues, et celte extravagance augmente au point que les ecclésiastiques sont obligés de l’arrêter; de savants exorcistes font venir les malades un certain jour (le mercredi des Cendres) , et, aussitôt qu’ils leur ont répandu un peu de cendres sur la tête, le bon sens leur revient, et ils retournent à leurs affaires. »

MASSALIENS ou MESSALIENS, illuminés des premiers siècles, qui croyaient que chaque homme tire de ses parents et apporte en lui un démon qui ne le quitte pas. Ils faisaient de longues prières pour le dompter; après quoi ils dansaient et se livraient à des contorsions et à des gambades, en disant qu’ils sautaient sur le diable. Une autre secte de massaliens, au xe siècle, admettait deux dieux, nés d’un premier être; le plus jeune gouvernait le ciel, l’aîné présidait à la terre; ils nommaient le dernier Sathan , et supposaient que les deux frères se faisaient une guerre continuelle, mais qu’un jour ils devaient se réconcilier (1).

MASTICATION. Les anciens croyaienl que les morts mangeaient dans leurs tombeaux. On ne sait p is s’ils les entendaient mâcher ; mais il est certain qu’il faut attribuer à l’idée qui conservait aux morts la faculté de manger l’habitude des repas funèbres qu’on servait de temps immémorial, et chez tous les peuples, sur la tombe du défunt.

L’opinion que les spectres se nourrissent est encore répandue dans le Levant. 11 y a longtemps que les Allemands sont persuadés que les morts mâchent comme des porcs dans leurs tombeaux, et qu’il est facile de les entendre grogner en broyant ce qu’ils dévorent. Philippe llherius, au xvn* siècle, et Michel Raufft , au commencement <iu;

(1) Dictiounnire lliéolog. de ï’ergier.

x vin*, ont même publie des Traités sur les morts qui mâchent dans leurs sépulcres (1). Ils disent qu’en quelques endroits de l’Allemagne, pour empêcher les morts de mâcher, on leur met dans le cercueil une motte de terre sous le menton ; ailleurs on leur fourre dans la bouche une petite pièce d’argent, et d’autres leur serrent fortement la gorge avec un mouchoir. Ils citent ensuite plusieurs morts qui ont dévoré leur propre chair dans leur sépulcre. On doit s’étonner de voir des savants trouver quelque chose de prodigieux dans des faits aussi naturels. Pendant la nuit qui suivit les funérailles du comte Henri de Salm, on entendit dans l’église de l’abbaye de Haute-Seille , où il était enterré, des cris sourds que les Allemands auraient sans doute pris pour le grognement d’une personne qui mâche; et le lendemain, le tombeau du comte ayant été ouvert, on le trouva mort, mais renversé et le visage en bas, au lieu qu’il avait été inhumé sur le dos. On l’avait enterré vivant, comme on en a enterré tant d'autres. On doit attribuer à une cause semblable l’histoire rapportée par Raufft, d’une femme de Rohême, qui , en 1345, mangea, dans sa fosse, la moitié de son linceul sépulcral. Dans le dernier siècle, un pauvre homme ayant été inhumé précipitamment dans le cimetière, on entendit pendant la nuit du bruit dans son tombeau ; on l’ouvrit le lendemain, et on trouva qu’il s’étail mangé les chairs des bras. Cet homme ayant bu de l’eau-de-vie avec excès, avait été enterré vivant. Une demoiselle d’Augsbourg étant tombée en léthargie, on la crut morte, et son corps fut mis dans un caveau profond, sans être couvert de terre. On entendit bientôt quelque bruit dans son tombeau; mais on n’y fit pas attention. Deux ou trois ans après, quelqu’un de la famille mourut : on ouvrit le caveau, et l’on trouva le corps de la demoiselle auprès de la pierre qui en fermait 1 entrée. Elle avait inutilement tenté de déranger cette pierre, et elle n’avait plus de doigts à la main d oite, qu elle s’était dévorée de désespoir. Voy. Vampire.

MAST1PHAL. C’est le nom qu’on donne au prince des démons, dans un livre apocryphe cité par Cédrénus et qui a pour titre : la Petite Genèse.

MATCHI-M ANITOU , esprit malfaisant , auquel les sauvages de l’Amérique septentrionale attribuent tous les maux qui leur arrivent. Ce mauvais génie n’est autre que la lune. Plusieurs de ces sauvages s’imaginent que les orages sont causés par l’esprit de la lune. Ils jettent à la mer ce qu’ils ont de plus précieux dans leurs canots, espérant apaiser par ces offrandes l’esprit irrité.

MATIERE. C’est le culte de la matière qui a donné naissance à la cabale et à toutes les sciences occultes.

MATIGNON (Jacques Goyon de), gentilhomme, qui servit Henri 111 et Henri IV. Ses in vieux , apparemment pour le décrier , di-

0 1 De Masticalione uiortuorum in tuiuulis.

saient que l’esprit, l’habileté, la prudence, le courage, n’étaient point naturellement en lui, mais qu’ils lui venaient d’un pacte qu’il avait fait avec le diable. 11 fallait que ce diable fût une bonne créature, dit Saint-Foix, puisque Matignon donna, dans toutes les occasions , des marques d'un caractère plein de douceur et d’humanité (2)

MATZOU , divinité chinoise. C’était, suivant quelques auteurs, une magicienne.

MAUPERTUIS. Voy. H allucination.

MAURY (Jean-Siffrein). Un colporteur, en 1792, pour mieux piquer la curiosité du peuple de Paris, criait, en vendant ses pamphlets : Mort de l'abbé Mauryl L’abbé passe, s’en approche, lui donne un soufflet et lui dit ; « Tiens, si je suis mort, au moins tu croiras aux retenants. »

MECANIQUE. Ainsi que toutes les sciences compliquées, la mécanique a produit des combinaisons surprenantes qui ont été reçues autrefois comme des prodiges. Ce qui a le plus étonné les esprits, c’est l’automale qu’on appelait aussi androïde. Nous avons parlé de l’androïde d’Albert le Grand, qui passa aux yeux de ses contemporains pour une œuvre de magie. Jean Muller, savant du xve siècle, plus connu sous le nom de Regiomontanus , fit, dit-on, un aigle automate qui avait la faculté de se diriger dans les airs; il devançait le canard automate de Vaucanson , qui barbottait, voltigeait , cancanait et digérait. Aulu-Gelle rapporte qu’Architas, dans l’antiquité, avait construit un pigeon qui prenait son vol, s’élevait à une certaine hauteur et revenait à sa place. On attribue à Roger Bacon une tête qui prononçait quelques paroles. Vaucanson fit un joueur de flûte qui exécutait plusieurs airs. Jacques Droz , son contemporain, fit au dernier siècle un automate qui dessinai! et un autre qui jouait du clavecin. Dans le même temps, l’abbé Mical construisit deux têtes de bronze qui , comme l’androïde de Roger Bacon, prononçaient des paroles. Mais ce qui fit plus d’effet encore, < e fui le joueur d’échecs du baron de Kempelen. C’était un automate mû par des ressorts , qui jouait aux échecs contre les plus forts joueurs et les gagnait quelquefois. On ignorait , il est vrai, que le mécanisme était dirigé par un homme caché dans l’armoire à laquelle l’automate était adossé. Mais ce n’en était pas moins un travail admirable.

Autrefois, nous le répétons, on ne voyait dans les androïdes que l'œuvre d’une science occulte. Aujourd’hui, par un revirement inconcevable, on semble faire peu de cas de ces efforts du génie de la mécanique. On a laissé périr tous les automates célèbres , et nos musées et nos conservatoires, qui son! encombrés de tant de futilités, ne possèdent pas d’androïdes. Voy. Machines.

MECASPHINS , sorciers chaldéens , qui usaient d’herbes, de drogues particulières et d’os de morts, pour leurs opérations superstitieuses.

MECHANT. Le diable est appelé souvent

(2) Hist. de l’ordre du Saint-Esprit, promotion de la7Ü

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