‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 86 sur 222 · BEI · texte numérisé non relu

BEI

mais elle savait de science certaine que, durant sa vie sur la terre, Thome Reid avait été officier du laird de Blair, et qu’il était mort à Pinkie. Il l’envoyait chez son fils, qui lui avait succédé dans sa charge , et chez d’autres de ses parents, à qui il ordonnait de réparer certaines fautes qu’il avait commises sa vie durant ; et dans ces occasions il lui remettait toujours des signes auxquels on le reconnaissait. Une de ces couinassions était assez remarquable. Bessie était chargée de rappeler à un voisin certaines particularités qui devaient lui revenir dans la mémoire, lorsqu’elle lui dirait que Thome Reid et lui étaient partis ensemble pour la bataille du samedi noir ; que l’individu à qui s’adressait le message inclinait pour prendre un ' direclion différente , mais que Thome Reid l’avait menacé de poursuivre sa roule seul ; qu’il l’avait mené à l’église de Dalry -, que là il avait acheté des figues, el qu’il lui en avait fait cadeau en les attachant dans son mouchoir ; qu’aprèseela ils étaient allés de compagnie au champ où se livra la bataille du fatal samedi noir, comme on appela longtemps la bataille de Pinkie. Quant aux habitudes de Thome, elle disait qu’il se conduisait toujours avec la plus stricte décence, sinon quand il la pressait de venir à Billaud avec lui, et qu’il la prenait par son tablier pour l’entraîner. Elle disait encore l’avoir vu dans des lieux publics, dans le cimetière de Dalry et dans les rues d’Çdimbourg, où il se promenait, prenant les marchandises exposées en vente sans que personne s’en aperçût. Elle ne lui parlait pas alors, car il avait défendu de l’accoster en pareilles occasions, à moins qu’il n’adressât le premier la parole. Interrogée pourquoi cet être incompréhensible s’était attaché à elle plutôt qu’à d’autres , l’accusée répondit qu’un jour qu’elle était couchée dans son lit , prête à donner naissance à un de ses enfants, une grande femme était entrée dans sa cabane, s’était assise sur le bord de son lit, et que sur sa demande, on lui avait donné à boire. Cette visite avait précédé la rencontre de Thome Reid près du jardin de Monlcastle : car ce digne personnage lui avait expliqué que la grande visiteuse était la reine des fées ; el que, depuis, lui-même l’avait servie par ordre exprès de celte dame, sa reine el maîtresse. Thome apparaissait devant Bessie après trois sommations ; son commerce avec elle dura près de quatre ans. Il la priait souvent de venir avec lui lorsqu’il s’en retournait à Elfland ; et quand elle le refusait, il secouait la tête en disant qu’elle s’en repentirait. Bessie Dunlop déclara encore qu’un jour, allant mettre son bidet aux <eps près du lac Restalrig, à la porte orientale d’Edimbourg, die avait entendu passer un corps de cavalerie qui faisait un tapage horrible ; que ce tapage s’était éloigné et avait paru se perdre dans le lac avec d’affreux retentissements. Pendant tout le vacarme elle n’avait rien vu. Mais Thome lui avait dit que le tapage était produit par une cavalcade des fées. L’intervention de Thome

Reid , comme associé dans son métier de sorcière, ne servit de rien à la pauvre Bessie Dunlop. Les terribles mots écrits sur la marge de l’arrêt : « Convaincue et brûlée,» indiquent suffisamment la fin tragique de l’héroïne de celte curieuse histoire (1).

RELIGION. Toutes les erreurs sont filles de la vérité, mais des filles perdues, qui ne savent plus reconnaître leur mère. Toutes les fausses religions ainsi n’ont d’autre source que la vraie religion. Brama est Abraham , prodigieusement travesti. Bacchus , Janus, Sa'urne, sont des charges grotesques dont le type est Noé; ses trois fils sont les trois grands dieux Jup ter, Neptune et PIuton. Ce n’est pas ici le lieu de le démontrer; la thèse a été savamment établie.

Le diable s’est un peu mêlé de la chose; et comme des lunes, des semaines et des jours on a fait des années et des siècles, pour donner à ces mylhologies quelque antiquité granitique, on les a fortifiées dans leur essence, qui est l’erreur.

La religion de Bouddha, par exemple, est une singerie très-singulière du christianisme. Seulement née au ir ou au nr siècle, les savants chinois doublent son âge et la font remonter au voisinage du déluge; assertion aussi fondée que les généalogies merveilleuses de nos vieux chroniqueurs, qui posent à la tête des Francs quatrevingts rois successifs avant Pharamond.

Mais puisque nous parlons du bouddhisme, si peu connu, laissons en dire quelques mots à M. J.-J. Ampère, dont on sait les savantes et profondes éludes :

« Le bouddhisme, dit-il, contient une métaphysique et une mythologie, la première très-abstraite, la seconde très-abondante et très-confuse. Les bouddhistes ne manquèrent certes pas de l’imagination nécessaire pour composer une mythologie. Cependant ils ont trouvé commode de s’emparer de la mythologie toute faite du brahmanisme, sans renoncer à y joindre leurs propres inventions : d’ailleurs c’est du brahmanisme qu’ils sont sortis; ils ont été d’abord une secte réformée qui, peu à peu, est devenue une religion indépendante et hostile. Aussi ils ne rejettent point Brahma , ils ne l’excluent point du panthéon bouddhique, mais ils lui assignent une place inférieure à Bouddha.

« Cette place varie dans les divers traités mythologiques. Tantôt on lui donne à gouverner la plus grande des trois agrégations de l’univers, qui contient, avec beaucoup d’autres choses , mille millions de soleils ; c’est ce qu’on peut appeler un pis-aller assez consolant et une retraite fort honorable; tantôt il est un personnage beaucoup moins imposant, il est seulement « le premier des vingt dieux qui sont nommés comme ayant des fonctions et une protection à exercer à l’égard des autres êtres : on lui donne le litre de roi, faible dédommagement du rang de Dieu suprême; il est strict observateur des préceptes et sait gouverner la troupe des

brahmanes. » Ici l’arrogance du culte nouveau et triomphant perce à travers les hommages un peu dérisoires qu’elle accorde à l’ancienne divinité détrônée par Bouddha. C’est comme le pacifique royaume du Latium donné au bonhomme Saturne en dédommagement de l’Olympe où s’assied Jupiter.

« Ailleurs le bouddhisme a pactisé moins arrogamment avec le brahmanisme. Il a conservé à la trinité brahmanique son triple rôle de création, de conservation et de destruction ; seulement il a fait émaner les trois grands dieux, Brahma, Vichnou et Siva, ainsi que les dieux inférieurs du suprême Bouddha....

« Mais arrivons aux légendes sur Bouddha.

« L’histoire rée'le du personnage qui a fondé le bouddhisme et lui a donné son nom est impossible à retrouver... Il paraît que Bouddha est né aux environs d’Aoude, et, au sud, sa prédication n’a pas passé le Gange.

« Voilà à peu près tout ce que l’on peut di e historiquement de ce grand réformateur, dans lequel ses sectateurs ont vu une incarnation diviné , incarnation qui a été précédée et sera suivie d’une infinité d’incarnations du même genre, de milliers d’autres Bouddhas.

« De plus, les nombreuses nations qui ont adopté le bouddhisme ont prêté à son fondateur des aventures plus extraordinaires les unes que les autres. L’imagination avait un champ presque illimité pour les produire; car Bouddha a parcouru une série incalculable d’existences. « Le nombre de mes naissances et de mes morts, dit-il, ne peut se comparer qu’à celui des arbres et des plantes de l’univers entier. On ne pourrait compter les corps que j’ai eus. Moi-même je ne puis énoncer les renouveUements et destructions du ciel et de la terre que j’ai vus... » Ainsi, on n’eut pas à rêver seulement une vie, mais des vies innombrables de Bouddha.

Et la légende put se multiplier à l’infini comme le dieu lui-même.

« Bouddha ^ une biographie antérieure à sa naissance. Il a commencé par être un homme ordinaire cherchant la sagesse. Puis, de degrés en degrés, à travers des millions d’existences, il s’est élevé au rang de boddisatva (uni à l’intelligence) ; il a été roi de l’univers ; il est monté au ciel de Brahma; il a été Brahma ; la durée de la vie d’un Brahma est de deux régénérations du monde, ou deux mille six cent quatre-vingt-huit millions d’années. Il était à la fois un dieu dans le ciel, et sur la terre un saint roi. Mais dans cet état de béatitude, Bouddha est saisi du désir de sauver les hommes.... Il veut témoigner sa commisération pour toutes les douleurs, et faire tourner la roue pour tous les êtres vivants...

« La légende a diversiGé de plusieurs manières le sentiment de mélancolie sublime qui saisit Bouddha à la vue de la misère humaine, et lui fait prendre la résolution do sauver, d’affranchir l’homme de la douleur,

(1) Waller Scott, Histoire de la démonomauic et des sorciers.

Page 1