REL
cVst à-dire, dans le point de vue du quiétisme bouddhique, de le tirer de la sujétion des existences changeantes et périssables, soumises aux troubles et à la souffrance, pour l’élever à l'état de repos immuable qui résulte de l’union de l’intelligence avec la substance infinie d’où elle émane.
« Bouddha dit, dans une légende citée par M. Rémusal: « Les animaux qui affligent tous les êtres, les erreurs auxquelles ils sont en proie et qui les écartent de la droite voie, leur chute dans le séjour des grandes ténèbres, les douleurs sans fin qui les tourmentent sans qu’ils aient un libérateur ou un protecteur, leur font invoquer ma puissance et mon nom. Mais leurs souffrances, que mon œil céleste me fait voir, que mon oreille céleste me fait entendre, et auxquelles je ne puis porter remède, me troublent au point de m’empêcher d’atteindre à l’état de pure intelligence (1). »
« Ailleurs, la légende raconte comment Sakya-Mouni, le dernier apparu des Bouddhas, le fondateur du bouddhisme actuel, a été amené à sa résolution d’affranchir l’homme et de sauver le monde.
Bouddha est fils d’un roi puissant qui, le voyant triste et rêveur, lui a donné trois épouses accomplies. Chacune d’elles a vingt mille vierges à son service, toutes d’une exquise beauté et pareilles aux nymphes du ciel. Malgré ces soixante mille femmes, qui toutes s’occupent à le soigner et à l’amuser par leurs concerts, le jeune prince n’ouvre point son âme à la joie. 11 est tourmenté du désir de connaître la vraie doctrine : les ministres de son père conseillent de faire voyager le prince pour le distraire de sa méditation.’ Mais un dieu qui veut l’y ramener se place quatre fois devant ses pas, sous un déguisement différent. C’est d’abord sous l’aspect d’un vieillard.
« Le prince demande : Qu’est-ce que cet homme? et ses serviteurs lui répondent : C’est un homme vieux. Qu’est-ce que c’est que vieux? demande-t-il encore, et on lui fait une peinture énergique et lugubre des misères de cet homme, « dont les organes sont usés, dont la forme est changée, qui a le teint flétri, la respiration faible, et dont les forces sont épuisées; il ne digère plus ce qu’il mange; ses articulations se disloquent ; s’il. se couche ou s’assied, il a besoin des autres ; s’il parle, c’est pour regretter ou pour se plaindre; le reste de sa vie n’est propre à rien. Voilà ce qu’on appelle un vieillard. » Lejeune prince, après avoir fait lui-même quelques réflexions sur la vieillesse qu’il compare à un char brisé, revient plus triste qu’il n’était parti. « La douleur qu’il avait eue, pensant que tous étaient soumis à cette grave infortune, ne lui permit de goûter aucune joie. »
« Le prince sort de nouveau. Son père avait défendu que rien de fétide ou d’itn-
(1) Le Bouddha, qui se plaint avec tant de grandeur de la tristesse que lui causent les souffrances des êtres, a eu, dans les superstitions populaires de la Chine, une destinée misérable. Elles ont fait de lui une divinité femelle d'un
monde se trouvât sur la route. Mais le dieu, qui d’abord s’était déguisé en vieillard, prend cette fois la forme d’un malade gisant au bord du chemin. « Ses yeux ne voyaient pas les couleurs, ses oreilles n’entendaient pas les sons, ses pieds et ses mains cherchaient le vide; il appelait son père et sa mère, et s’attachait douloureusement à sa femme et à son enfant. » Le prince demanda : Qu’est ceci? Ses serviteurs lui répondirent : C’est un malade. Qu’est-ce qu’un malade? reprit le prince. Ils répondirent : L’homme est formé de qua re éléments. Chaque élément a cent et une maladies qui se succèdent allernalivement. Suit une peinture de l’état de maladie. Le prince réfléchit que luimême peut être semblable à ce malheureux ; il pense à la triste condition des hommes, et il s’écrie : « Je regarde le corps comme une goutte de pluie; quel plaisir peut-on goûter dans le monde? »
« Un autre jour, le dieu se changea en un homme mort qu’on portait hors de la ville. Le prince demanda : Qu’est-ce que cela? Les serviteurs lui répondirent : C’est un mort. Qu’est-ce qu’un mort? reprit le prince. Ici, un horrible tableau des suites physiques de la mort. Le prince poussa un long soupir, prononça quelques vers mélancoliques, et s’en revint à son palais, considérant tristement que tous les êtres vivants étaient soumis aux tourments et aux douleurs de la vieillesse, de Ja maladie et de la mort. II en était tellement attristé, qu’il ne mangeait plus.
« Enfin, le dieu se déguise en religieux, et révèle au prince la vraie doctrine, par laquelle on s’élève au-dessus des misères de la vie et des vicissitudes de l’être, en supprimant les désirs, et en atteignant, par la quiétude, à la simplicilé du cœur. Quand un homme est parvenu à ce point d’abnégation, les sons et les couleurs ne peuvent le souiller, les dignités ne peuvent le fléchir; il est immobile comme la terre, il est délivré de l’affliction et de la douleur, et il obtient le salut par l’extinction.
« Telles sont les quatre initiations par lesquelles cette curieuse légende conduit le fondateur du bouddhisme à l’absorption suprême, morne refuge offert par cette religion contemplative et mélancolique contre l’agitation, la douleur, la mortalité , essence de la vie.
« Dans la suite de la légende, le dieu emploie un autre moyen pour éclairer Bouddha sur la misère des êtres vivants. Les ministres du roi, voulant toujours distraire le jeune prince, proposent de lui faire voir les travaux de l’agriculture. « Le prince considérait ceux qui labouraient; en creusant la terre, on en fit sortir des vers.... Le dieu fit aussitôt paraître un crapaud qui les poursuivit et les avala; puis un serpent à replis tortueux sortit d’un trou et dévora le cra-
ordre subalterne ; et il a fini par donner son nom de Pouslia à ces Ggures arrondies par la base, dont le balancement grotesque a eu parmi nous un succès de vogue, les années précédentes, à l’époque des étreuues,
paud; un paon s'abattit eu volant et piqua Je serpent ; un faucon se saisit du -paon et le dévora; un vautour fondit sur le faucon à son tour, et le mangea. » Bouddha est ému de compassion en voyant que tous les êtres vivants s’entre-dévorent ainsi, et ce mouvement de pitié l’élève à son premier degré de contemplation.
« De peur qu’il n’hésite encore à se séparer du monde, les dieux appellent l’esprit de satiété dans son palais. Tandis qu’on dormait, toutes les parties du palais furent changées en tombeaux ; les femmes du prince et leurs suivantes changées en cadavres , dont les ossements étaient dispersés. Le prince, voyant les salles du palais changées en tombeaux , et , parmi ces tombeaux , les oiseaux de proie, les renards, les loups, les ciseaux qui volent et les bêtes qui marchent; voyant que tout ce qui existe est comme une illusion, un changement, un songe, une voix, que tout retourne au vide, et qu’il faut être insensé pour s’y attacher, fait seller son cheval, et va dans la solitude et la contemplation s’affranchir des douleurs des trois mondes.
« Dans ces légendes poétiques et populaires respirent les deux sentiments qui ont inspiré !e bouddhisme, une profonde commisération pour la souffrance universelle des êtres, et par suite uneaversion quiélistepour la vie, un besoin immense d’échapper aux troubles de l’existence, de se plonger, de se noyer dans l’océan de l’infini , pour ne plus sentir à la surface l’agitation des flots...
« Tous les pays où le bouddhisme s’est établi offrent des traces de la présence de son fondateur et des merveilles qu’il a opérées. L’on montre l'empreinte de son pied dans une foule de lieux ; la plus célèbre est celle de Ceylan, où des chrétiens ont cru voir un vestige de la présence d’Adam. Souvent ces traditions locales sont extrêmement puériles (1) ; mais il en est aussi de touchantes, il en est qui expriment d’une manière naïve le sentiment d’humanité, qui est le plus beau trait de la morale bouddhique et de la vie légendaire de Bouddha.
« Ainsi on pourrait être ému en voyant le lieu où Bouddha, fuyant ses ennemis et abandonnant son royaume, trouva un pauvre brahmane qui demandait l’aumône. Ayant perdu son royaume et son rang, n’ayant plus rien, il commanda qu’on le liât lui-même et qu’on le livrât aii roi son ennemi, afin que l’argent qu’on donnerait pour lui servît d’aumône...
« Une foule d’actes que la légende attribue à Bouddha expriment, sous une forme souvent bizarre , son dévouement universel, son inépuisable amour pour tous les êtres. Il fait l’aumône de ses yeux, l’aumône de sa tête, il livre son corps à ün tigre qui mourait de faim pour lui sauver la vie.
« L’histoire du pot d’or de Foë, que « de pauvres gens parviennent à remplir avec quelques fleurs, tandis que des gens riches,
qui apporteraient des fleurs en offrandes, pourraient en mettre mille ou dix mille grandes mesures, sans jamais parvenir à le remplir; » cette histoire gracieuse est presque aussi touchante que notre vieille légende française du Bariztl, ce baquet merveilleux que n’avaient pu remplir tous les fleuves, toutes les fontaines , toutes les mers, mais qu’une larme de repentir comble et fait déborder.
« En général, *Ia morale bouddhique respire une mansuétude et une tendresse qui embrasse tous les hommes et s’étend jusqu’aux animaux. Celte charité peut-être extrême les considère aussi comme le prochain de l’homme. Grâce au bouddhisme, la peine de mort était abolie vers le temps d’Attila , dans le pays occupé aujourd'hui par les féroces Afghans. Le jugement de Dieu y était en vigueur, mais sous une forme bénigne. Il ne s’agissait point de saisir un fer rouge, ou de passer à travers la flamme d’uu bûcher, comme dans les anciennes mœurs de l’Inde et de l’Europe. Quand deux personnes avaient une contestation, elles prenaient médecine, le crime avait infailliblement la colique, et l’innocence ne s’en portait que mieux...
« Plusieurs des pratiques de dévotion usitées dans les couvents bouddhiques rappellent des pratiques monacales ou ecclésiastiques de l’Europe. Chaque monastère a des reliques de Bouddha. Ici c’est une de ses dents, là un os de son crâne ; c’est son bâton, son manteau, sa marmite; la plus étrange des reliques de Bouddha , c’est son ombre. Aucune des observances machinales qu’on a pu reprocher à l'ascétisme matériel de l’Espagne n’approche de l’usage singulier des roues de prière. On colle sur ces roues ou cylindres5des morceaux de papier sur lesquels sont écrites diverses oraisons. Au lieu de réciter les oraisons, on tourne la roue, et cette opération compte aux assistants comme s’ils eussent récité la prière. C’est prier à tour de bras. Dans certains endroits, on a tellement simpliGé le travail, que les roues en question tournent par l’effet d’un poids suspendu comme un tourne-bruche, ou du vent, comme les moulins. Ces dévots sont pour la prière comme était pour la dansé cet envoyé persan qui, dans un bal, s’émerveillait de ces gens qui dansaient euxmêmes... Eux aussi ont trop de la superbe apathie orientale pour prier eux-mêmes. Il ne manque à cette sublime invention bouddhique que l’application de la machine à vapeur : mais les Anglais sont dans l’Inde , et ii ne faut désespérer de rien. »
REMMON. Voy. Rimmon.
REMORDS. Voici sur ce sujet, qui a produit bien des spectres, une ballade populaire allemande, dont nous regrettons de ne pouvoir nommer le traducteur :
«La duchesse d’Orlamunde a deux enfants de son premier mari, qui l’a laissée veuve. Elle s’éprend du comte de Nuremberg ; ce
(t) Telle est celle de Termite du grand arbre, qui maudit quatre-vingt-dix-neuf femmes, lesquelles au même mo ment devinrent toutes bossues.
RLM
dernier lui dit qu’il ne peut l’épouser : il y a dans sa maison quatre yeux qui l’en empêchent ; ces yeux funestes sont c ux des enfants de la veuve. Poussée au crime par la passion , elle charge un de ses gens, nommé dans le conte , le chasseur farouche, de tuer les pauvres petits. La mauvaise mère détache de son voile de veuve les épingles que l’assassin doit enfoncer dans la cervelle des enfants, lorsqu’ils seront à jouer. Ainsi armé, il s’avance vers eux; il les trouve jouant dans la grande salle du château. Aujourd’hui même on a conservé le souvenir des rimes puériles que prononcent les enfants de la duchesse au milieu de leurs jeux ; elles sont encore répétées par les petits garçons dans la haute Lusace. La scène de l’assassinat des enfants est aussi" louchante que celle où Shakspeare montre le jeune Arthur priant Hubert de ne pas crever ses petits yeux.
« Le garçon promet au meurtrier son duché s’il veut lui laisser la vie. La petite fille lui offre toutes ses poupées, et enfin son oiseau favori. Il refuse. L 'oiseau, devenu le persécuteur du meurtrier, le suit partout, en lui répétant le nom de l’enfant qu’il a égorgée. « Mon Dieu ! mon Dieu! s’écrie-t-il, où fuirai-je cet o seau qui me poursuit de tous c lés! Il ne cesse de me redire le nom de celle enfant 1 O mon Dieu 1 où aller mourir 1 »
« Dans son désespoir, il se brise le crâne, et « les deux enfants, dit la ballade , restent dans leurs cercueils de marbre, sans que la corruption défigure leurs petits corps innocents, dont la pureté défie la mort. »
RÉMORE, poisson sur lequel on a fait bien des contes. « Les rémores, dit Cyrano de Bergerac, qui était un plaisant, habitent vers l’extrémité du pôle, au plus profond de la mer Glaciale ; é! c’est la froideur évaporée de ces poissons, à travers leurs écailles, qui fait geler en ees quar!iers-là l’eau de la mer, quoique salée. La rémore contient si éminemment tous les principes de la froidure, que, passant par-dessous un vaisseau , le vaisseau se trouve saisi de froid, en sorte qu’il en demeure tout engourdi jusqu’à ne pouvoir démarrer de sa place. La rémore répand autour d’elle tous les frissons de l’hiver. Sa sueur forme un verglas glissant.
C’est un préservatif contre la brûlure »
Rien n’< st plus singulier, dit le P. Lebrun, que ce qu’on raconte de la rémore. Aristote, Ælian, Pline, assurent qu’elle arrête tout court un vaisseau voguant à pleines voiles. Mais ce fait est absurde et n’a jamais eu lieu; cependant plusieurs auteurs L’ont soutenu, et ont donné, pour cause de celte merveille, une qualité occulte. Ce poisson, qu’on nomme à présent succct, est grand de deux ou trois pieds. Sa peau est gluante et visqueuse. 11 s’attache et se colle aux requins, aux chiens de mer; il s’attache aussi aux corps inanimés; de sorte que, s’il s’en trouve un grand nombrecollés à un navire, ils peuvent bien l’empêcher de couler légèrement sur les eaux, mais non l’arrêter.