RES
REMURES. Voy . Lémures et Maine s.
RENARDS. Les sintoïstes, secte du Japon, ne reconnaissent d’autres diables que les âmes des méchants, qu’ils logent dans le corps des renards, animaux qui font beaucoup de ravages en ce pays. Voy. Lune.
RÉPARÉ. Un homme qui s’appelait Réparé, et un soldat qui se nommait Etienne , firent avant de mourir, et par une faveur spéciale, le voyage de l’autre monde ; du moins on en a écrit la légende, qui est peutêtre toulsimplemenl un petitconte moral. Us virent, dans une cayerne , quelques démons qui élevaient un bûcher pour y brûler un défunt dont la vie était impure. Ils aperçurent un peu plus loin une maison enflammée, où l’on jetait un grand nombre de coupables qui brûlaient comme du bois sec. ïl y avait auprès de cette maison une place fermée de hautes murailles, où l’on était continuellement exposé au froid, au vent, à la pluie, à la neige, où les patients souffraient une faim et une soif perpétuelles , sans pouvoir rien avaler. On dit à l’homme qui se nommait Réparé, et au soldat qui s’appelait Etienne, que ce triste gîte était le purgatoire. A quelques pas de là, ils furent arrêtés par un feu qui s’élevait à perte de vue; ils virent arriver un diable portant un cercueil sur ses épaules. Réparé demanda pour qui on allumait le grand feu. Mais le démon qui portait le cercueil déposa sa charge, et la jeta dans les flammes sans dire un mot. Les deux voyageurs passèrent. Après avoir parcouru divers autres lieux, où iis remarquèrent plusieurs scènes infernales , iis arrivèrent devant un pont qu’il fallut traverser. Ce pont était bâti sur un fleuve noir et bourbeux , dans lequel on voyait barboter des défunts d’un aspect effroyable. On l’appelait le Pont des épreuves • celui qui le passait sans broncher était juste et entrait dans le ciel , au lieu que le pécheur tombait dans le fleuve. Quoique ce pont n’eût pas six pouces de largeur , Réparé le traversa heureusement; mais le pied d’Etienne glissa au milieu du chemin ; ce pied fut empoigné aussitôt par des hommes noirs qui Raturèrent à eux. Le pauvre soldat se croyait perdu ; des anges arrivèrent, le saisirent par les bras, le disputèrent aux hommes noirs, et après de longs débats, l’emportèrent de l’autre côté du pont. — Vous avez bronché, -lui dirent-ils, parce que vous êtes trop mondain ; et nous sommes venus à votre secours, parce que vous faites des aumônes. Les deux voyageurs virent alors le paradis, dont les maisons étaient d’or et les campagnes couvertes de fleurs odorantes; et les anges les renvoyèrent sur la terre, en leur recommandant de profiter de ce qu’ils avaient vu.
REPAS DU MORT, cérémonie funéraire en usage chez les anciens Hébreux et chez d’autres peuples. Dans l’origine, c’était simplement la coutume de faire un repas sur le tombeau de celui qu’on venait d’inhumer. Plus tard on y laissa des vivres , dans l’opinion que les morts venaient les manger.
RÉSURRECTION. Les Parsis ou Guèbi cs
pensent que les gens de bien , après avoir |oui des délices de l’antre monde pendant un certain nombre de siècles , rentreront dans leurs corps et reviendront habiter la même ferre où ils avaient fait leur séjour pendant leur première vie ; mais celle terre, purifiée et embellie, sera pour eux un nouveau paradis. Les habitants du royaume d'Ardra , sur la côte occidentale d’Afrique, s’imaginent que ceux qui sont tués à la guerre sortent de leurs tombeaux au bout de quelques jours et reprennent une vie nouvelle. Cette opinion est une invention de la politique pour animer le courage des soldats. Les amantas, docteurs et philosophes du pays, croyaient à la résurrection universelle, sans pourtant que leur esprit s’élevât plus haut que cette vie animale pour laquelle ils disaient que nous devions ressusciter, et sans attendre ni gloire ni supplice. Ils avaient un soin extraordinaire de mettre en lieu de sûreté les rognures de leurs ongles et de leurs cheveux , et de les cacher dans les fentes ou dans les trous de muraille. Si , par hasard , ces cheveux et ces ongles venaient à tomber à terre avec le temps, et qu’un Indien s’en aperçût, il ne manquait pas de les relever de suite et de les serrer de nouveau. — Savez-vous bien, disaient-ils à C' ux qui les questionnaient sur celte singularité, que nous devons revivre dans ce monde, et que les âmes sortiront dos tombeaux avec tout ce qu’elles aurout de leurs corps? Pour empêcher donc que les nôtres ne soient en peine de chercher leurs ongles et leurs cheveux (car il y aura ce jour-là bien de la presse et bien du tumuUe), nous les mettons ici ensemble, afin qu’on les trouve plus facilement.
Gaguin, dans sa description de la Moscovie, dit que, dans le nord de la Russie , les peuples meurent le 27 novembre, à cause du grand froid, et ressuscitent le 24 avr.l : ce qui est , à l’instar des marmottes , une manière commode de passer l’hiver. Voy. Ga- BINIUS , PaMILIUS DE PhÈRES , ThESPÉSIUS , Vampires, etc.
RETZ. Le cardinal de Retz, n’étant encore qu’abbé, avait fait la partie de passer une soirée à Saint-Cloud, dans la maison de l'archevêque de Paris, son oncle, avec madame et mademoiselle de Vendôme, madame de Choisy,le vicomte de Turenne, l’évêque de Lisieux, et MM. de Brion et Voilure. On s’amusa tant, que la compagnie ne put s’en retourner que très-tard à Paris. La petite pointe du jour commençait à paraître (on était alors dans les plus grands jours d’été) quand on fut au bas de la descente des Bons-Hommes. Justement au pied, le carrosse s’arrêta tout court. « Comme j’étais à l’une des portières avec mademoiselle de Vendôme , dit le cardinal dans ses Mémoires, je demandai au cocher pourquoi il s’arrêtait ? II me répondit, avec une voix tremblante: — Voulez-vous que je passe par-dessus tous les diables qui sont là devant moi ? Je mis la tête hors de la portière, et, comme j’ai toujours eu la vue
fort basse, je ne vis rien. Madame deChoisy, qui était à l’autre portière avec M. de Turenne, fut la première qui aperçut du carrosse la cause de la frayeur du cocher ; je dis du carrosse, car cinq ou six laquais, qui étaient derrière , criaient : Jésus, Maria! et tremblaient déjà de peur. M. de Turenne se jeta en bas aux cris de madame deChoisy. Je crus que c’étaient des voleurs : je sautai aussitôt hors du carrosse ; je pris l'épée d’un laquais et j’allai joindre M. de Turenne que je trouvai regardant fixement quelque chose que je ne voyais point. Je lui demandai ce qu’ii regardait , et il me répondit, en me poussant du bras et assez bas: — Je vous le dirai ; mais il ne faut pas épouvanter ces dames , qui , à la vérité , hurlaient plutôt qu’elles ne criaient. Voiture commença un or émus; madame de Choisy poussait des cris aigus ; mademoiselle de Vendôme disait son chapelet ; madame de Vendôme voulait se confesser à M. de Lisieux, qui lui disait: — Ma fille , n’ayez point de peur, vous êtes en la main de Dieu. Le comte de Brion avait entonné bien tristement les litanies de la sainte Vierge. Tout cela se passa, comme on peut, se l’imaginer, en même temps et en moins de rien. M. de Turenne, qui avait une petite épée à son côté, l’avait aussi tirée, et, après avoir un peu regardé, comme je l’ai déjà dit, il se tourna vers moi de l’air dont il eût donné une bataille, et me dit ces paroles : — Allons voir ces qenx-là ! — Quelles gens ? lui repartis-je; — et dans la vérité, je croyais que tout le monde avait perdu le sens. Il me répondit: — Effectivement je crois qu-e ce pourraient bien être des diables. Comme nous avions déjà fait cinq ou six pas du côté de la Savonnerie, et que nous étions par conséquent plus proches du spectacle, je commençai à entrevoir quelque chose, et ce qui m’en parut fut une longue procession de fantômes noirs, qui me donna d’abord plus d’emotion qu’elle n’en avait donné à M. de Turenne , mais qui , par la réflexion que je fis que j’avais longtemps cherché des esprits, et qu’apparemmenl j’en trouverais en ce lieu, me fit faire deux ou trois sauts vers la procession. Les pauvres auguslins déchaussés, que l’on appelle capucins noirs, et qui étaient nos prétendus diables, voyant venir à. eux deux hommes qui avaient l’épée à la main, eurent encore plus peur. L’un d’eux, se détachant de la troupe, nous cria : — Messieurs, nous sommes de pauvres religieux, qui ne faisons de malà personne, et qui venons nous rafraîchir un peu dans la rivière pour notre santé. Nous retournâmes au carrosse, M. de Turenne et moi, avec des éclats de rire que l’on peut s’imaginer. »
RÊVE. Au bon temps de la loterie royale, les bonnes femmes croyaient que, quand on dormait, le petit doigt de la main gauche dans la main droite, on était assuré de voir en rêve une multitude d’ambes, de ternes et de quaternes (1). Un homme rêvait qu’il mangeait la lune. Ce rêve le frappe ; il se
(î) Musuier des Closeaux, les Mères d'aelrues.
REV
REV
lève encore à moitié endormi , il court à sa fenêtre ; regardant au ciel, il ne voit plus
que la moitié de cet astre ; il s’écrie : —
Mon Dieu 1 vous avez bien fait de me révriller; car, avec l’appétit que j’avais, la pauvre lune, je l’aurais mangée tout entière. V oy . Songes.
RÉVEILLE-MATIN. Les Flamands appellenl cette plante le lait du diable (Duivelsmelk'.
RÉVÉLATIONS. Un citoyen d’Alexandrie jrit, sur le minuit, des statues (i’airain se remuer et crier à haute voix que l’on massacrait à Constantinople l’empereur Maurice et ses enfants ; ce qui se trouva vrai. Mais la révélation ne fut publiée qu’après que l’événement fut connu. L’archevêque Angclo-Catlo (Philippe de Comines l’atteste) connut la mort de Charles le Téméraire, qu’il annonça au roi Louis XI, à la même heure qu’elle était arrivée. Les prodiges faux sont toujours des singeries de vrais miracles. Pareillement une foule de révélations supposées ont trouvé le moyen de se faire admettre, parce qu’il y a eu des révélations vraies. Nous ne parlons pas de la révélation, qui est un des fondements de notre foi , et sans laquelle rien ne peut s’expliquer dans l’homme.
REVENANTS. On débite, comme une chose assurée, qu’un revenant se trouve toujours froid quand on le touche. Cardan et Alessandro-Alessandri sont des témoins qui l’affirment. Cajetan en donne la raison, qu’il a apprise de la bouche d’un esprit, lequel, interrogé à ce sujet par une sorcière, lui répondit qu’îf fallait que la chose fût ainsi. La réponse e.'t satisfaisante. Elle nous apprend au moins que le diable se sauve quelquefois par le pont aux ânes. Dom Calmel raconte qu’une jeunefille, nommée Catherine, du pays des Itans , au Pérou , mourut à seize aus, coupable de plusieurs sacrilèges. Son corps, immédiatement après sa mort , se trouva si infect, qu’il fallut le mettre hors du logis. On entendit en même temps tous les chiens hurler ; un cheval , jusque-là fort doux , commença à ruer, à s’agiîer, à frapper des pieds, à rompre ses liens. Un jeune homme couché fut tiré par le bras et jeté hors de son lit. Une servante reçut un coup de pied à l’épaulef sans voir qui le lui donnait ; elle en porta les marques plusieurs semaines. Tout ceci arriva avant que le corps de Catherine fût inhumé. Après son enterrement, plusieurs habitants du lieu virent quantité de hriques et de tuiles rertversées avec grand fracas dans la maison où elle était décédee. La servante fut traînée par le pied, sans qu’il parût personne qui la touchât, et cela en présence de sa maîtresse et de dix ou douze autres femmes. La même servante , entrant le lendemain dans une chambre, aperçut la défunte Cathe! ine qui s’élevait sur la pointe du pied pour saisir un vase de terre posé sur une corniche ; elle était tout en feu et jetait des flammes par la bouche et par toutes les jointures du corps. Elle lui confessa qu’elle était damnée, et pria la servante de jeter par terre et d’éteindre un cierge bénit, qu’elle te-
nait à la main, disant qu’il augmentait son mal. La fille se sauva aussitôt ; mais le spectre prit le vase, la poursuivit et le lui jeta avec force. La maîtresse , ayant entendu le coup, accourut, vil la servante toute tremblante, le vase en mille pièces, et reçut pour sa paî t un coup de brique qui ne lui fit heureusement pas grand mal. Le lendemain, une image du crucifix, collée contre le mur, fut tout d’un coup arrachée en présence de tout le monde et bridée en trois pièces. On reconnut là que l’esprit était réellement damné: on le chassa par des exorcismes.... Mais tous les revenants n’ont pas de tels symptômes. — Un Italien, retournantà Rome après avoir fait enterrer son ami de voyage, s’arrêta le soir dans une hôtellerie où il coucha. Etant seul et bien éveillé, il lui sembla que son ami mort, tout pâle et décharné, lui appara'ssait et s’approchait de lui. Il leva la tête pour le regarder et lui demanda en tremblant qui il était. Le mort ne répond rien, se dépouille, se met au lit et se serre contre le vivant , comme pour se réchauffer. L’autre, ne sachant de quel côté se tourner, s’agite et repousse le défunt. Celui-ci, se voyant ainsi rebuté, regarde de travers son ancien compagnon, se lève du lit, se rhabille, chausse ses souliers et sort de la chambre, sans plus apparaître. Le vivant a rapporté qu’ayant touché dans le lit un dps pieds du mort, il l’avait trouvé plus froid que la glace. Cette anecdote peut n’êlre qu’un conte. En voici une autre qui est plus claire : Un aubergiste d’Italie, qui venait de perdre sa mère , étant monté le soir dans la chambre de la défunte, en sortit hors d’haleine, en rriant à tous ceux qui logeaient chez lui que sa mère était revenue et couchée dans son lit ; qu’il l’avait vue, mais qu’il n’avait pas eu le courage de lui parler. Un ecclésiastique qui se trouvait là voulut y monter ; toute la maison se mit de la partie. On entra dans la chambre ; on lira les rideaux du lit, et on aperçut la figure d’une vieille femme, noire et ridée , coiffée d’un bonnet de nuit, et qui faisait des grimaces ridicules. On demanda au maître de la maison si c’était bien là sa mère? — Oui, s’écria-t-il, oui, c’est elle ; ah ! ma pauvre mère! Les valetsla reconnurent deméme. Alors le prêtre lui jeta de l’eau bénite sur le visage. L’esprit, se sentant mouillé, sauta à la figure de l’abbé. Tout le monde prit la fuite en poussant des cris. Mais la coiffure tomba et on reconnut que la vieille femme n’était qu’un singe. Cet animal avait vu sa maîtresse se coiffer, il l’avait imitée.
L’auteur de Paris, Versailles et les provinces au dix-huitième siècle raconte une histoire de revenant assez originale. M. Bodry, fils d’un riche négociant de Lyon, fut envoyé, à l’âge de vingt-deux ans, à Paris, avec des lettres de recommandation de ses parents, pour leur correspondant, dont il n’était pas personnellement connu. Muni d’u-ne somme assez forte pour pouvoir vivre agréablement quelque temps dans lacapitale, il s’associa pour ce voyage un de ses amis, extrêmement gai. Mais, en arrivant,
DJCTiONîSÂlKE DES SCIENCES OCCULTES. 3s i
M. Bodry fut attaqué d’un:' fièvre violente; son ami, qui resla près de lui la première journée, ne voulait pas le quitter, et se refusait d’autant plus aux instances qu’il lui faisait pour l’engager à se dissiper, que, n’ayant fait ce voyage que par complaisance pour lui, il n’avait aucune connaissance à Paris. M. Bodry l’engagea à se présenter sous son nom chez le correspondant de sa famille, et à lui remettre ses lettres de recommandation, sauf à éclaircir comme il le pourrait l’imbroglio qui résulterait de cette supposition lorsqu’il se porterait mieux. Une proposition aussi singulière ne pouvait que plaire au jeune homme; elle fut acceptée: sous le nom de M. Bodry, il se rend chez le correspondant, lui présente les lettres apportées de Lyon, joue très-bien son rôle, et se voit parfaitement accueilli. Cependant, de retour au logis, il trouve son ami dans l'état le plus alarmant ; et, nonobstant tous les secours qu’il lui prodigue, il a le malheur de le perdre dans la nuit. Malgré le trouble que lui occasionnait ce cruel événement, il sentit qu’il n’était pas possible de le taire au correspondant de la maison Bodry : mais comment avouer une mauvaise plaisanterie dans une si triste circonstance? N’ayant plus aucun moyen de la justifier, ne serait-ce pas s’exposer volontairement aux soupçons les plus injurieux, sans avoir, pour les écarter, que sa bonne foi, à laquelle on ne voudrait pas croire ?... Cependant il ne pouvait se dispenser de rester pour rendre les derniers devoirs à son ami ; et il était impossible de ne pas inviter le correspondant à celte lugubre cérémonie. Ces différentes réflexions, sc mêlant avec le sentiment de la douleur, le tinrent dans la plus grande perplexité ; mais une idée originale vint tout à coup fixer son incertitude. Pâle, défait par les fatigues, accablé de tristesse, il se présente à dix heures du soir chez le correspondant, qu’il trouve au milieu de sa famille , et qui, frappé de cette visite à une heure indue, ainsi que du changement de sa figure, lui demande ce qu’il a , s’il lui est arrivé quelque malheur ... Hélas 1 monsieur, le plus grand de tous, répond le jeune homme, d’fin ton solennel ; je suis mort ce matin , et je viens vous prier d’assister à mon enterrement , qui se fera demain. Profitant de la stupeur de la société, il s’échappe sans que personne fasse un mouvement pour l’arrêter ; on veut lui répondre; il a disparu. On décide que le jeune homme est devenu fou, et le correspondant se charge d’aller le lendemain, avec son fils, lui porter les secours qu’exige sa situation. Arrivés en effet à son logement, ils sont troublés d’abord par les préparatifs funéraires ; ils demandent M. Bodry ; on leur répond qu’il est mort la veille et qu’il va être enterré ce matin ... A ces mots, frappés de la plus grande terreur, ils ne doutèrent plus que ce ne fût l’âme du défunt qui leur avait apparu, et revinrent communiquer leur effroi à toute la famille, qui n’a jamais voulu revenir de celle idée.
Ou a pu lire ce qui suit dans plusieurs jour-
naux : Une superstition incroyab'e a cause récemment un double suicide dans la commune de Bussy-en-Oth , département de l’Aube. Voici les circonstances de ce singulier et déplorable événement (18V1) : Un jeune homme des environs était allé à la pêche aux grenouilles, et en avait mis plusieurs toutes vivantes dans un sac. En s’en revenant il aperçoit un paysan qui cheminait à petits pas. Ce bonhomme portait une veste dont la poche était entrebâillée. Le pêcheur trouva plaisant de prendre une de ses gre-. nouilles et de la glisser dans la poche de la veste du paysan. Ce dernier, nommé Joachim Jacquemin, rentre chez lui et se couche, après avoir mis sa veste sur.son lit. Au milieu de la nuit il est réveillé par un corps étranger qu’il sent sur sa figure, et qui s’agitait en poussant de petits cris inarticulés. C’était la grenouille qui avait quitté sa retraite, et qui , cherchant sans doute une issue pour se sauver, était arrivée jusque sur le visage du dormeur et s’était mise à coasser. Le paysan n’ose remuer, et bientôt sa visiteuse nocturne disparaît. Mais le pauvre homme, dont l’esprit était d’une grande faiblesse, ne doute pas qu’il n’ait eu affaire à un revenant. Sur ces entrefaites, un de ses amis, voulant lui jouer un tour, vient le prévenir qu’un de scs oncles, qui habite Sens, est mort il y a peu de jours, et il l’engage à se rendre sur les lieux pour recueillir l’héritage. Jacquemin fait faire des vêtements de deuil pour lui et pour sa femme, et se met en route pour le chef-lieu du département de l’Yonne, distant de son domicile de huit lieues. 11 se présente à la maison du défunt ; la première personne qu’il aperçoit eu entrant, c’est son oncle, tranquillement assis dans un fauteuil , et qui témoigne à son neveu la surprise qu’il éprouve de le voir. Jacquemin saisit le bras de sa femme et se sauve, en proie à une terreur qu’il ne peut dissimuler, et sanst donner à son oncle étonné aucune explication. Cependant la grenouille n’avait pas abandonné la demeure du paysan : elle avait trouvé ufle retraite dans une fente de plancher, et là elle poussait fréquemment des coassements qui jetaient Jacquemin dans des angoisses épouvantables, surtout depuis qu’il avait vu son oncle. Il était convaincu que c’était l’ombre de ce parent qu’il avait aperçue, et que les cris qu’il entendait étaient poussés par lui, qui revenait chaque nuit pour l’effrayer. Pour conjurer le maléfice, jacquemin fit faire des conjurations, qui restaient inefficaces; car les. coassements n’en continuaient pas moins. Chaque nuit le malheureux se relevait, prenait sa couverture, qu’il mettait sur sa tête en guise de capuce, et chantait devant un bahut qu’il avait transformé en autel. Les coassements continuaient toujours !... Enfin, n’y pouvant plus tenir, le pauvre Jacquemin fit part à quelques personnes de l’intention où il était de se donner la mort, et les pria naïvement de l’y aider ; il acheta un collier en fer, se le mit au cou, et un de ses amis voulut bien serrer la vis pour l’étrangler; mais il s’ar*
KEV
fl F. V
réla quand il crut que la douleur aurait l'ait renoncer Jacquemin à son pro.et. Le paysan choisit uq autre moyen et pria une autre personne de l’étouffer entre deux matelas ; cette personne feignit d’y consentir, et s’arrêta quand elle pensa que Jacquemin avait assez souffert et que ce serait pour lui une leçon. Mais l’esprit de Jacquemin était trop vivement impressionné, et un malheur était imminent. En effet, un jour, on fut étonné de ne pas l’apercevoir ; on fit des recherches dans la maison, eton letrouva pendu dans son grenier. Le lendemain, sa femme, au désespoir de la perte de son mari, se jeta dans une mare où elle trouva aussi la mort.
El voilà les suites d’une de ces stupides plaisanteries comme les jeunes étourdis en font tant! On conte qu'il y avait dans un village du Poitou un fermier nommé Hervias. Le valet de cet homme pensa qu’il lui serait avantageux d’épouser la fille de la maison, qui s’appelait Catherine et qui était riche. Comme il ne possédait rien, et que pour sur-, croît la main de la jeune fille était promise à un cousin qu’elle aimait, le valet imagina un stratagème. Un mois avant la noce, comme le fermier se trouvait une certaine nuit plongé dans son meilleur sommeil, il en fut tiré en sursaut par un bruit étrange qui se fil auprès de lui. Une main agita les rideaux de son lit; et il vit au tond do sa chambre un fantôme couvert d’un drap noir sur une longue robe blanche. Le fantôme t nait une torche à demi é einteà la main droite et une fourche à la gauche. 11 traînait des chaînes; il avait une tête de cheval lumineuse. Hervias poussa un gémissement, son sang se glaça ; et il eut à peine la force de demander au fantôme ce qu’il voulait. — Tu mourras dans trois jours, répondit brutalement l’esprit, si lu songes encore au mariage projeté entre la fiile et son jeune cousin ; tu dois la marier, dans la maison, avec le premier homme que tu verras demain à ton lever. Garde le silence: je viendrai la nuit prochaine savoir ta réponse. En achevant ces mots, le fantôme disparut. Hervias pa-^sa la nuit sans dormir. Au point du jour, quelqu’un entra pour lui demander des ordres; c’était le valet. Le fermier fut consterné de la pensée qu’il fallait lui donner sa fille; mais il ne témoigna rien, se leva, alla trouver Catherine et finit par lui raconter letout. Catherine, désolée, ne sut que répondre. Son jeune cousin vint ce jour-là; elle lui apprit la chose, mais il ne se troubla point. Il proposa à son futur beau-père de passer la nuit dans sa chambre, Hervias y consentit. Le jeune cousin feignit donc de partir le soir pour la ville, et rentra dans la ferme après la chute du jour. II resta sur une chaise auprès du lit d’Hervias,el tous deux attendirent patiemment le spectre. La fenêtre s’ouvrit vers minuit; comme la veille, bn vit paraître le fantôme dans le même accoutrement, il répéta le même ordre. Hervias tremblait, le jeune cousin, qui ne craignait pas les apparitions, se leva et dit : — Voyons qui nous fait des menaces si précises. En même temps i) sauta sur le spectre
qui voulait fuir, il le saisit, et, sentant entre ses bras un corps solide, il s’écria : — Ce nVst pas un esprit. Il jeta le fantôme par la fenêtre, qui était élevée de douze pieds. On entendit un cri plaintif. — Le revenant n’osera plus revenir, dit le jeune cousin ; allons voir s’il se porte bien. Le fermier ranima son courage autant qu’il put, et descendit avec son gendre futur. On trouva que le prétendu démou était le valet de la maison... On n’eut pas besoin de lui donner des soins ; sa chute l’avait assommé, et il mourut au bout de quelques heures; sort fâcheux dans tous les cas.
Dans le château d’Ardivillicrs , près de Breleuil, en Picardie, du temps de la jeunesse de Louis XV, un esprit faisait un bruit effroyable. C’étaient toute la nuit des flammes qui faisaient paraître le château en feu, c’étaient des hurlemenis épouvantables. Mais cela n'anv. ail qu’en certain temps de l’année, vers la Toussaint. Personne n’osait y demeurer que le fermier, avec qui l’esprit était apprivoisé. Si quelque malheureux passant y couchait une nuit, il était si bien étriLé qu’il en portait longtemps les marques. Les paysans d’alentour voyaient mille fantômes qui ajoutaient à l’effroi. Tantôt quelqu’un avait aperçu en l’air une douzaine d’esprits au-dessus du château ; ils étaient tous de feu et dansaient un branle à la paysanne; un autre avait trouvé, dans une prairie, je ne saîs combien de présidents et de conseillers en robe rouge, assis et jugeant à mort un gentilhomme du pays, qui avait eu la tête tranchée ii y avait bien cent ans. Plusieurs autres avaient vu, ou tout au moins ouï dire, des merveilles du château d’Ardivilliers. Cette fane dura quatre ou cinq ans, et fit grand tort au maître du château, qui était obligé d’affermer sa terre à très-vil prix. 11 résolut enfin de faire cesser la lutinerie, persuadé par beaucoup de circonstances qu’il y avait de l’artifice en tout cela, il se rend à sa terre vers la Toussaint, couche dans son château et fait demeurer dans sa chambre deux gentilshommes de ses amis, bien résolus, au premier bruit ou à la première apparition, de tirer sur les esprits avec de bons pistolets. Les esprits, qui savent tout, surent apparemment ces préparatifs ; pas un ne parut, fis se contentèrent de traîner des chaînes dans une chambre du haut, au bruit desquelles la femme <T les enfants du fermier vinrent au secours de leur seigneur, en se jetant à ses genoux pour l’empêcher de monter dans cette chambre. — Ah ! monseigneur, lui criaient-ils, qu’est-ce que la force humaine contre des gens de l’autre monde ? Tous ceux qui ont tenté avant vous la même entreprise en sont revenus disloqués. Ils firent tant d’histoires au maître du château, que ses amis ne voulurent pas qu’ii s’exposât; mais ils montèrem tous deux à celte grande et vaste chambre où se faisait le bruit, le pistolet dans une main, la chandelle dans l’autre, ils ne virent d’abord qu’une épaisse fumée, que quelques flammes redoublaient par intervalles. Uu
instant après, elle s’éclaircit et l’esprit parut confusément au milieu. C’était un grand diable tout noir qui faisait des gambades, et qu’un autre mélange de flammes, eide fumée déroba une seconde fois à la vue. 11 avait des cornes, une longue queue. Son aspect épouvantable diminua un peu l’audace de l’un des deux champions : Il y a là quelque chose de surnaturel, dit-il à son compagnon; retirons-nous. Non, non, répondit l’autre; ce n’est que de la fumée de poudre à canon.... et l’esprit ne sait son métier qu’à demi de n’avoir pas encore soufflé nos chandelles. 11 avance à ces mots, poursuit le spectre , lui lâche un coup de pistolet, ne le manque pas ; mais au lieu de tomber, le spectre se retourne et le fixe. Il commence alors à s’effrayer à son tour. Il se rassure toutefois, persuadé que ce ne peut être un esprit; et, voyant que le spectre évite de l’approcher , il se résout de le saisir, pour voir s’il sera palpable ou s’il fondra entre ses mains. L’esprit, trop pressé, sort de la chambre et s’enfuit par un petit escalier. Le gentilhomme descend après lui, ne le perd point de vue, traverse cours et jardins, et fait autant de tours qu'en fait le spectre, tant qu’cnfin le fantôme, étant parvenu à une grange qu’il trouve ouverte, se jette dedans et fond contre un mur au moment où le gentilhomme pensait l’arrêter. Celui-ci appelle du monde; et dans l’endroit où le spectre s’était évanoui, il découvre une trappf» qui se fermait d’un verrou après qu’on y était passé. 11 descend, trouve le fantôme sur de bons matelas, qui l’empêchaient de se blesser quand il s’y jetait la tête la première. Il l’en fait sortir, et l’on reconnaît sous le masque du diable le malin fermier, qui avoua toutes ses souplesses et en fut quitte pour payer à son maître les redevances de cinq années sur le pied de ce que la terre était affermée avant les apparitions. Le caractère qui le rendait à l’épreuve du pistolet était une peau de buffle ajustée à tout son corps.... — Dans la Guinée, on croit que les âmes des trépassés reviennent sur la terre, et qu’elles prennent dans les maisons les choses dont elles ont besoin ; de sorte que, quand on a fait quelque perle, on en accuse les revenants ; opinion très-favorable aux voleurs. Voy. Apparitions, Fantômes, Spectres , Athénagore, Rambouillet, Sanche, STEiNLiN.etc. —L'esprit de Dourdans, histoire tirée d’un manuscrit de M. Barré. M. Vidi, receveur des tailles de Dourdans, rapporte cette histoire d’esprit arrivée au temps de Pâques de l’année 1700. L’esprit commença par faire du bruit dans une chambre peu éloignée des autres, où M. Vidi mettait ses serviteurs malades. La servante entendit auprès d’elle pousser des soupirs semblables à ceux d’une personne qui souffre; cependant elle ne vit rien. On l’envoya chez son père pour prendre l’air natal: elle y resta un mois. Etant revenue, on la mit coucher à part dans une autre chambre. Elle se plaignit encore d’avoir entendu un bruit extraordinaire, et deux ou trois jours après, étant dans le bûcher, elle se sentit tirer par
PENCES OCCULTES. m !
la jupe. L’après-dînée du même jour, on l’en- ; voya au salut. Lorsqu’elle sortit de l’église, l’esprit la tira si fort par derrière, qu’elle dut s’arrêter. En rentrant au logis, elle fut si i fort tirée, qu’on entendit le craquement de l’étoffe, et qu’on remarqua que les basques de son corps par derrière étaient hors de sa jupe; une agrafe avait même été rompue. Madame Vidi frémit de peur. C’était un vendredi au soir. La nuit du dimanche au lundi, sitôt qu’elle fut couchée, la servante entendit marcher dans sa chambre, et quelque temps après l’esprit lui passa sur le visage une main froide comme pour lui faire des caresses. Elle prit son chapelet. On lui avait dit que si elle continuait à entendre quelque chose, elle conjurât l’esprit, de la part de , Dieu, de s’expliquer : ce qu’elle Gt mentalement, la peur lui ôtant l’usage de la parole. Elle entendit marmoler à son oreille ; mais rien n’était articulé. Vers trois heures du matin, l’esprit fit si grarjd bruit qu’il semblait que la maison tombât. On alla voir ce que c’était : on trouva la servante toute en eau ; on la fit habiller ; ses maîtres virent une fumée qui la suivait et qui disparut un moment après. On lui dit qu’il fallait aller à confesse et communier. Elle fut chercher ses chausses, qui étaient dans la ruelle du lit. Elle trouva ses souliers sur la fenêtre, les deux bouts se regardant, et remarqua qu’une des croisées était ouverte. A son retour de l’église, on lui demanda ce qu’elle avait fait. Elle dit que, sitôt qu’elle s’était mise à la sainte table, elle avait vu sa mère à son côté, quoiqu’il y eût onze ans qu’elle était morte; qu’après la communion sa mère s’était mise à genoux devant elle et lui avait pris les mains en lui disant: — Ma fille, n’ayez point peur, je suis votre mère. Votre frère fut brûlé par accident près d’Elampcs. J’allai trouver M. le curé de Garancièns, pour lui demander une pénitence, croyant qu’il y avait de ma faute. 11 ne voulut pas m’en donner, disant que je n’étais pas coupable ; il me renvoya à Chartres, au pénitencier, qui, voyant que je m’obstinais à vouloir une pénitence, m’imposa celle de porter pendant deux ans une ceinture de crin ; ce que je n’ai pu exécuter, à cause de mes grossesses et maladies. Ne voulez-vous pas bien, ma fille, accomplir pour moi celle pénitence ? La fille le lui promit. La mère la chargea ensuite de jeûner au pain et à l’eau pendant quatre vendredis et samedis qui restaient jusqu’à l’Ascension prochaine, de faire dire une messe à Gomerville, de payer au nommé Lanier , mercier , vingt-six sous qu’elle lui devait pour du fil qu’il lui avait vendu; d'aller dans la cave de la maison où elle était morte, qu’elle y trouverait la somme de vingt-sept livres sous la troisième marche. Elle lui fil beaucoup de remontrances, lui disant surtout de prier toujours la’
’ sainte Vierge. Le lendemain, la servante lit dire une messe, et pendant deux jours elle vit sa mère à côté d’elle. Ses maîtres acquittèrent au plus tôt ce dont elle's’élait chargée; ensuite elle alla à Chartres, où elle fil dire
REV
REV
trois messes, se confessa et communia dans
Ila chapelle basse. En sortant, sa mère lui apparut encore, en lui disant: — Ma fille, vous voulez donc faire tout ce que je vous ai dit? — Oui, ma mère. — Eh bien ! je m'en décharge sur vous. Adieu, je vais à la gloire éternelle. Depuis ce temps, la GUe ne vit, n’entendit plus rien. Elle porta la ceinture de crin nuit et jour pendant les deux ans que sa mère lui avait recommandé de le faire. — Et voilà comment s’est terminée l’histoire de l’esprit de Dourdans.
Nous empruntons le fait suivant à Walter Scott : Un tisserand de Berwick était marié à une femme qui, après avoir mis au monde trois enfants, mourut en couches du quatrième, dans de grandes convulsions. Comme elle était extrêmement défigurée après sa mort, les commères crurent que, par suite de quelque négligence de la part de ceux qui avaient gardé la malade, elle avait été emportée par les fées, et que ce cadavre défiguré avait été substitué à sa place. Le veuf donna peu d’attention à ces propos. Après avoir pleuré sa femme pendant l’année de deuil, il commença à regarder comme prudent de former un second mariage. Il ne tarda pas à trouver une voisine dont la bonne mine lui plut , et dont l’heureux caractère semblait promettre qu’elle traiterait bien s-es enfants. 11 se proposa, fut agréé, fit publier les bans, selon l’usage. Comme il avait aimé sa première femme, il est probable que le projet d’un changement capital dans sa situation reporta ses souvenirs sur le temps de leur union, et lui rappela les bruits extraordinaires qui avaient couru à l’époque de sa mort ; tout cela lui valut le rêve extraordinaire que voici : Etant couché dans son lit sans dormir, à ce qu’il lui semblait, il vit, à l’heure de minuit, si favorable aux apparitions, la figure d’une femmehabillée de blanc, qui entra dans sa maison, se plaça à côté de son lit, et lui sembla l’image de sa défunte épouse. 11 la conjura de parler : quel fut son étonnement de lui entendre dire qu’elle n’était pas morte, mais retenue contre son gré prisonnière par les mauvais esprits 1 Elle ajouta que, si l’amour qu’il avait eu jadis pour elle n’était pas éteint, il lui restait un moyen de la rappeler ou de la regagner , comme on disait alors, de l’affreux royaume des fées. A un certain jour qu’elle désigna, il devait rassembler les plus respectables femmes de la ville et aller avec elles, le pasteur en tête, déterrer le cercueil dans lequel on la supposait enterrée. — Le pasteur, dit encore l’apparition, récitera certaines prières ; alors je m’élancerai du cercueil, et je fuirai avec une extrême légèreté autour de l’égl se; vous aurez soin d’avoir avec vous le plus agile coureur de la paroisse (elle indiqua un homme renommé pour sa vitesse); il me poursuivra, et un autre, le forgeron (connu pour sa force), me saisira aussitôt que le premier m’aura atteinte : par ce moyen je reprendrai ma place dans la société des hommes.
Le lendemain malin le souvenir de ce rêve attrista le pauvre veuf; mais, troublé par
ses scrupules, il ne fit rien. La nuit suivante
I a vision reparut, ce qui n’est pas étonnant. La troisième nuit elle se montra encore avec un visage sombre et irrité : elle iui reprocha son manque de tendresse; elle le conjura pour la dernière fois de se conformer à ses instructions, ajoutant que, s’il les négligeait, elle n’aurait plus le pouvoir de revenir sur la terre et de s’entretenir avec lui.
Le mari épouvanté alla faire confidence de son embarras à son pasteur. Ce révérend personnage, plein de sagacité, n’essaya pas de révoquer en doute la réalité de la vision qui troublait son paroissien ; mais il prétendit que ce n’était qu’une illusion produite par le diable. Il expliqua au pauvre mari qu’aucun être créé n’avait la puissance de retenir captive une âme chrétienne; il le conjura de croire que sa femme ae pouvait être que dans la situation où Dieu l’avait placée; il lui fil comprendre que, comme membre de l’Eglise d’Ecosse, il ne pouvait autoriser l’ouverture d’un cercueil ni employer des prières dans des pratiques d'un caractère superstitieux. Le bonhomme, confondu, demanda à son pasteur ce qu’il devait faire. — Je vous conseillerai de mon mieux, répondit celui-ci. Obtenez le consentement de votre fiancée pour vous marier demain, ou aujourd’hui si vous pouvez ; je prendrai sur moi de vous dispenser du reste des bans, ou d’en faire trois publicalions en un jour. Vous aurez une nouvelle femme; vous ne vous rappellerez plus la première, dont la mort vous a séparé. L’avis fut suivi, et le pauvre mari n’eut plus d’autres visites de sa première épouse.