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UNU HISTOIRE DE REVENANT

La belle église de Notre-Dame du Finisterre n’a pas toujours été, comme aujourd’hui, un monument dans Bruxelles. Ce n’est qu’en 1618 que l’on commença la construction de cet édifice, où l’on remarque des traces du génie delà renaissance. Jusque-là, Notre-Dame du Finisterre n’était qu’une grande chapelle de faubourg, ornée sans art, grossièrement bâtie, avec des voûtes en bois et des piliers en charpente. Elle était desservie par un digne prêtre dont nos pères ont longuement honoré le caractère. C’était un de ces anges que Dieu oublie de temps en temps ici-bas, pour nous donner une idée de la charité, de la force, du courage, de toutes ces vertus divines qui ne peuvent complètement habiter un cœur d’homme, que si cet homme est chrétien. Il était tout aux pauvres, recherchant les malheureux, consolant toutes les douleurs, affermissant les faibles, humain à la plainte, affable aux pécheurs.

II soutenait dans leurs peines ses pauvres paroissiens, les aidait de ses conseils dans leurs embarras, les éclairait de ses lumières, et s’efforçait à la fois d’exaller les enseignements religieux et de combattre les idées superstitieuses qui s’accrochent quelquelo s aux bonnes doctrines. 11 était l’appui de ceux oui chancelaient; il relevait celui qui était tombé; il accordait avant la prière, il pardonnait avant le repentir. Il n’avait cœur à

ses repas que lorsqu’il savait qu’aucun de ses paroissiens ne manquait de pain. 11 partageait ses vêtements avec ceux qui étaient nus. Il ne possédait jamais rien dans sa maison toujours dépouillée, et sa main ne cessait de faire des aumônes. C’est que Dieu était là. Ce bon et saint prêtre habitait une petite rue qu’on a nommée depuis la rue du Curé-du- Finisterre; nous r.e le connaissons lui-même que sous ce nom.

On conte de lui beaucoup d’anecdotes singuliêres,quc peut-être il ne faut pas admettre toutes. Nous en citerons une. Un soir du mois de janvier, vers l’année 1614, un religieux allemand, venu en quête à Bruxelles, alla demander l’hospitalité au curé du Finislcrre. Le saint homme l'accueillit gaiement, partagea avec lui son frugal souper; et, comme il n’avait qu’un lit, il en céda la moitié à son hôte. Le lendemain malin , à la pointe du jour, il se leva pour aller dire sa messe dans sa modeste église. 11 trouva à la porte, presque ensevelie dans la neige , une pauvre vieille mendiante qui se ranima à son aspect, et d’une voix que le froid avait brisée, lui demanda l’aumône.

— Hélas 1 dit-il , je n’ai rien à vous donner, nm bonne femme, sinon un morceau de pain et un verre de bière que vous viendrez prendre dans ma maison.

Et, quoiqu’il sût bien que sa poche était vide, soit par regret, soit par habitude, il y porta machinalement la main. Quelle fut sa surprise de trouver dans son gousset un petit paquet qu’il était sûr de n’v avoir pas mis ! Il le relira tout ému : c’étaient six escalins de Brabant, soigneusement enveloppés avec une petite image de la sainte Vierge. Le cœur du bon curé, que tout à l’heure la pitié déchirait, palpita d’allégresse. Ne doutant pas que celte modeste somme ne fût un secours du ciel, il la donna toute à la vieille femme qui lui baisait les mains; puis, s’arrachant aux témoignages de sa reconnaissance, il s’enfuit au pied de l’autel et remercia avec effusion la mère de miséricorde. Mais à peine finissait-il sa prière que le religieux allemand vint le joindre. Le bon curé , en s’habillant dans les ténèbres, s’était trompé de haut-de-chausses ; c’était dans la poche de son hôte qu’il avait trouvé la petite aumône qu’il venait de faire.

— Homme vain que je suis ! s’écria- t-il, je me croyais déjà digne d’un miracle. Dieu vous le rendra, mon frère, ajouta-t-il après un moment de silence ; car la bonne femme avait disparu....

Cet homme charitable était doux et gai, comme tous ceux qui ont le cœur pur. Mais, dans l’exercice de ses fonctions sacrées , il comprenait toute la hauteur de son ministère. On en jugera au trait qui va suivre, et qui se rattache à un accident par suite duquel on rebâtit en 1618 l’église du Finisterre. Quelque temps avant celte date, à une époque qui est très-mal précisée, notre bon curé disait la messe dans son église tremblante. Un orage épouvantable survint ; le tonnerre tomba sur la flèche, couverte de planches peintes, et bientôt un vaste incendie se communiqua aux

voûtes, faites, comme on l’a dit, de menuiserie et de charpente depuis deux cents ans desséchées. La flamme marchait si rapide, que tous les paroissiens s’enfuirent épouvantés ; le curé, qui venait de prononcer les saintes paroles de la consécration, et qui sentait qu’en ce moment il se trouvait face à face avec Dieu, ne quitta point l’autel, et continua dans un recueillement impassible les prières sacrées. Les cris de ses paroissiens, l’horreur du danger, les flammes qui l’entoura ent , le craquement des poutres qui tombaient embrasées autour de lui, rien ne pulle disiraire. Comme un être qui n’est plus de ce monde, et que les choses de la terre ne peuvent émouvoir, il acheva le saint sacrifice, seul au milieu de cette fournaise ardente; et quand il eut fini, calme et sans peur, il traversa les flammes, qui ne l’offensèrent point, emportant avec lui les vases sacrés. Le feu s’éteignit au pied de l’autel, soit que les secours des habitants eussent obtenu ce résultat, soit que Dieu, par un regard, eût voulu montrer sa prédilection; et pas un cheveu du saint homme ne lui tomba de la tête.

A côté de ce qu’on vient de lire, la pe ite histoire que nous allons conter paraîtra sans doute disparate. La voici pourtant, sans longues circonlocutions. Quelques mois après l’incendie que nous venons de rappeler, un bon homme d’Etterbeek , devenu rentier du Bruxelles, habitait, dans la rue du Curé-du- Finislerre, la maison qui fait le coin de la rue de la Fiancée, du côté de l’eau. 11 s.e nommait Philippe Ghaliot. Il avait épousé une villageoise assez jolie, qui, treize ans après les noces, mourut sans laisser d’enfants, il lui fit rendre de son mieux les devoirs funèbres ; et le treizième jour qui suivit l’enterrement il la pleurait encore, lorsque, s’étant couché à l’angélus du soir (on était au mois de mars), il entendit tout à coup dans le grenier, au-dessus de sa tête, un roulement subit accompagné d’un bruit sourd, et interrompu de temps en temps par des cris lointains, grêles, extraordinaires, qu’il ne pouvait définir. Il commença à trembler; il soupçonna dans ceci un revenant, il lui semblait que son cœur allait défaillir. Il se sentit hors d'état de crier ni de descendre du lit pour aller dissiper ailleurs ce trouble qui le mettait à l’agonie; il ne doutait pas, disent les récits, que l’âme de sa femme ne revînt faire quelque demande. Il passa la nuit dans des angoisses inexprimables, récitant le De profundis , recommandant son âme à Dieu et à Notre-Dame du Finisterre, et promettant tout haut de donner satisfaction à l’âme en peine. Le bruit qui se faisait dans le grenier cessa au point du jour; Philippe alla déposer ses terreurs dans le sein de ses voisins, qui tous opinèrent comme lui que c’était nécessairement l’âme de la défunte qui voulait quelque chose. On lui conseilla de mettre au pied de son lit une feuille de papier avec une éentoire, pour que l’ombre errante pût écrire ce qu’elle souhaiterait sans être réduite à venir tirer les pieds de son mari, comme il s’en est vu des exemples.

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— H n’y a, dit-il, qu’un petit inconvénient: c’est que la défunte, si c’est elle, ne savait pas écrire. — N’importe 1 répliqua un voisin, en grand renom d’intelligence, les esprits savent tout. Le veuf mit donc la feuille de papier, la plume et l’écritoire ; puis la nuit venue il se coucha, médiocrement rassuré. Le revenant ne prit pas la plume, et le bruit recommença plus animé que la veille. Philippe se releva cette fois ; il courut prier trois voisins de venir passer la nuit avec lui.

Ceux-ci firent les braves et l’accompagnèrent hardiment. Mais leurs mines s’allongèrent quand ils entendirent le roulement qui se faisait dans le grenier, les coups qu’on frappait sur les planches et les cris aigus que l’ânae poussait dans les moments où le bruit venait à s’interrompre. Un quatrième voisin, plus curieux et plus hardi, survint, à la grande joie des trembleurs. C'était le gros père Deberck, marchand de laines. Il dit qu’il ne croyait guère aux revenants, à tort et à travers, comme semblait être celui-là; qu’il soupçonnait quelque malice ; il proposa de visiter les lieux et d’obliger l’esprit à déguerpir, dans le cas pourtant, ajoutait-il, où l’esprit serait une farce, comme je le crois. — Eh quoi! voisin Deberck, dit un des premiers venus, que la peur avait troublé, vous oseriez affronter un revenant? le seul parti, croyez-moi, c’est de savoir ce que veut la pauvre âme et de la renvoyer. — A la bonne heure, répondit le marchand de laines; mais en attendant, montons toujours au grenier. Nous n’avons que des intentions honnêtes. Voilà du papier et une plume. Le revenant peut écrire. Si vous ne voulez pas me suivre, mes gaillards, j’y vais tout seul. Personne ne souffla mot. Deberck prit donc une chandelle d’une main, un vaillant gourdin de l’autre , et il monta bravement. Mais, loin de trouver du péril lorsqu’il entra dans le grenier, le bruit cessa entièrement. Il eut beau fureter dans tous les coins, l’esprit ne jugea pas à propos de se laisser voir; le visiteur reconnut qu’il n’y avait aucune issue par laquelle l ame eût pu s’être échappée. Il descendit un peu ébranlé ; il déposa sa chandelle, quitta son gourdin et déclara qu’il n’avait rien vu. Au même instant le vacarme recommença plus nourri que jamais.

— Voilà qui devient grave, dit Deberck en pâlissant. C’est une maison à déserter. En achevantces mots il sortit. Les camarades le suivirent tout hors d’eux-mêmes, et Philippe alla passer la nuit chez ses voisins qui le plaignaient vivement. Les détails de ce prodige firent le lendemain la conversation de tout le quartier. Us se grossirent, se modifièrent, s’étendirent, se multiplièrent à l’infini. Les plus avisés conseillèrent à Philippe Ghallot d’aller trouver le curé du Finisterre. U y fut. Le curé se fit raconter tout ce qui s’était passé ; et quand il eut réfléchi un instant : — Rassurez-vous, mon enfant, dit-il; il y a quelque chose ià-dessous. La volonté de Dieu ne se manifeste pas ainsi. J’irai ce Dictions, des sciences ocgui.tes. IL

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soir chez vous. Priez les voisins qui vous ont assisté hier de s’y trouver. Le curé vint donc à 1 entrée de la nuit chez le bonhomme Ghallot; les quatre voisins s’y rendirent de leur côté un peu raffermis. Après qu’on eut causé du revenant un petit quart d’heure, le même bruit des deux nuits précédentes recommença. Le prêtre fit une prière mentale et dit du ton le plus simple:

— Allons voir ce que c’est. I! prit la chandelle. Les cinq trembleurs de la veille, persuadés qu’un esprit ne peut rien contre un prêtre, le suivirent sans trop de crainte. Dès qu’ils parurent au grenier, le plus grand silence succéda au tumulte.

— C’est bien surprenant, dit le curé. Il faut que la lumière effraie l’être qui fait le bruit. Descendez tous avec la chandelle et laissez-moi seul. Vous m’éclairerez pour descendre quand je vous appellerai. Philippe et ses voisins n’osèrent pas ne point obéir; iis descendirent dans une grande anxiété. Le curé, demeuré seul dans le9 ténèbres, se blottit contre un mur sans faire le moindre mouvement, et il écouta. Il n’y avait pas trois minutes qu’il se maintenait ainsi immobile, lorsque le bruit revint à ses pieds mêmes. Il n’apercevait rien. II se baissa avec précaution, chercha en tâtonnant ce qui pouvait causer le vacarme, et sentit une espèce de grosse boule qui roulait sur le plancher. Il la saisit et s’écria :

— Je crois que je tiens l’esprit, mes enfants ; éclairez-moi. Les cinq braves faillirent perdre à ce cri la respiration et ce qui leur restait de force. Ils portèrent la chan-> delle au pied de l’escalier, se tenant tous par la main. Le courage leur revint un peu en jetant les yeux sur le fardeau du curé ; car ils reconnurent que le revenant (si c’était lui) était logé dans une grosse bouteille de grès, et que c’était en la faisant rouler qu’il avait causé tant d’effroi. Eh mon Dieu 1 s’écria Philippe, c’est la bouteil'e où ma pauvre Mirai avait gardé de l’orge pour me faire de la tisane cet hiver...

Mais le curé ayant prié un des assistants de casser la bouteille dans laquelle il avait senti du mouvement, Deberck s’enhardit et asséna un rude coup de gourdin qui la mit en pièces. Il en sortit un rat, lequel s’enfuit dans un trou. La maison de Philippe fut tranquille depuis , et le bon curé lui expliqua que, comme celte bouteille était remplie d’orge et n'était point bouchée, le rat encore tout petit avait pu y pénétrer; que trouvant une nourriture abondante, il était resté tant qu’il y avait eu du grain dans la damejeanne qui était fort grande; qu’après avoir tout mangé, le rat devenu gros n’avait pu sortir comme il élait entré, et qu en cherchant à s’échapper il avait fait rouler la bouteille. — Mes enfants, ajouta-t-il, la peur est mauvaise conseillère. Souvenez-vous que Dieu est trop grand pour s’amuser à de petits prodiges, et que celui qui a si bien ré-* glé la nature sait ce qu’il fait quand il permet que l’ordre en suit troublé.

AUTRE niSTOH.Ë DE REVENANT.

Celle-ci a été écrite par M. Jules Janin et nous lui en empruntons les détails spirituels :

« Nous étions réunis l’autre jour quelques amis français et étrangers qui ne nous étions jamais vus et qui cependant nous connaissions depuis longtemps. Poêles , écrivains, hommes politiques , hommes riches, tous gens qui se conviennent an premier abord et qui se comprennent tout de suite à la première poignée de main. Comme personne n’était là venu pour se mettre en scène, on ne parla de rien, c’est-à-dire qu’on parla de toutes choses, si bien qu’à force de déraisonner, et les imaginations s’échauffant à mesure que le vin de Champagne se frappait do glace, on en vint à parler de revenants. Un des nôtres, un Anglais, homme tout froid au dehors, un de ces heureux du monde qui savent boire sans être jamais ivres, et manger sans jamais engraisser, un Anglais nous entendant parler de revenants, nous déclara avec un grand sang-froid qu’il avait connu un homme qui était l’ami d’un autre homme qui avait vu un revenant. -- Toute la ville de Londres s’en souvient encore, ajoutaitnolre Anglais, et, aussi vrai que nous sommes d’honnêtes gens, j’ai foi en cette histoire dont le héros est bien connu.

<i Vous sentez que tout de suite on s’écria : — L’histoire 1 dites-nous l’histoire! et lui ne demanda pas mieux que de nous dire l’histoire que voici : « Nous connaissions tous lord Lilllelon. C’était un honnête et noble gentilhomme, riche, heureux, sachant commander à ses passions ; il avait passé Sa première jeunesse et il était arrivé à cette belle trentième année où la passion raisonne, où le cœur ne bat plus qu’à certaines heures da .s le jour ; lord Littleton était un esprit fort en un mot; le malheur est qu'il voulut être trop fort, ce qui lui fit commettre une fort méchante action. »

« Celte méchante action fut l’abandon de Fanny, une femme qui avait compté sur ses serments. Après cela, i! s’habilla, il sortit ; il alla dîner au cercie ; le soir venu, il fit sa partie de wisk, il gagna ; rentré chez lui, il se déshabilla, il se mit au lit; puis comme il avait encore à lire le quatrième volume d’un roman français, il ne voulut pas s’endormir avant d’avoir achevé cette très-lamentable histoire ; sa lecture le mena jusqu’à minuit, l’heure ordinaire de son sommeil. Il allait éteindre ses bougies et s’endormir , quand tout à coup , dans le grand fauteuil de cuir rouge, à la même place et dans ce même fauteuil où s’asseyait Fanny, il vit Fanny ou plutôt son ombre. Blanche el pâle, échevelée et triste, sa tête était appuyée sur ses mains ; son regard était solennel. Evidemment elle attendait que lord Littleton eût fini sa lecture avant de lui parler. Le lord Littleton, revoyant Fanny, pensa tout à coup qu’elle était morte ! ( Et en effet elle s était jetée le même soir dans la Tamise, par un épais brouillard, de

sept à neuf heures ; son corps n’était pas encore retrouvé, )

« — Mylord, lui dit Fanny, bonne nuit, mylord 1 me voilà morte, tuée par vous. Vous Ôtes libre: profitez-en, mylord 1 Et dans huit jours, à pareille heure, minuit pour minuit et vendredi pour vendredi , vous serez des nôtres I Cela dit, elle se leva ( c’élait bien sa taille J et elle sortit. Elle n’eut pas un regard môme pour la glace de la cheminée. Je vous dis qu’elle était morte. Le lord Littleton ne fut pas fâché de faire d’abord un peu d’héroïsme. C’est là une occupation si douce, faire de l’héroïsme, qu’on veut en faire à soi-même et pour soi tout seul, quand on ne peut pas en faire pour les autres. Le lord s’arrangea donc de son mieux pour dormir, et, bien qu’il n’eût pas fermé l’œil de la nuit, il se persuada qu’il dormait. Ainsi il atteignit le jour, toujours en se répétant à lui-même les paroles du fantôme: — Bonne nuit, mylord! Le même jour, mylord était à déjeûner lorsqu’on iui rapporta le cadavre de Fanny, si défiguré, hélas 1 et si violet, et si contracté par la mort, et si horriblement petit, étroit, mort, difforme, qu’il ne l’aurait pas reconnu, si Fanny n’avaii pas pris la précaution de venir la nuit passée lui annoncer qu’elle était morte : — Tuée par vous, mylord 1 Lord Littleton fit enterrer Fanny, il la suivit au tombeau ; on disait sur son chemin : — Voilà l'homme pour qui elle sest tuée ! Quant à elle, qui s’était tuée, elle n’avait pas un mot de souvenir. Elle fut donc jetée dans son asile de terre et recouverte de terre, et le fossoyeur foula du pied cette terre, et il y mit un cyprès, et rien ne manqua au tombeau de Fanny. Ce convoi prit tout un jour à lord Littleton.

« Un jour el une nuit; car encore cette nuit-là il ne pouvait pas dormir ; et il se dit à lui-même qu’en effet il était triste de celte mort, et que c’était le moins qu’il devait aux mânes de Fanny , passer une nuit sans dormir. Le second jour, lord Littleton se leva de bonne heure; il se mit à table, il monta à cheval, il se fatigua tant qu’il put, et le soir i! fut tiès-étonné d’être encore si alerte et si dispos, que, s’il avait osé, il aurait envoyé chercher ses amis pour jouer avec eux toute la nuit. Mais ne porlait-il pas le deuil de Fanny ? Le troisième jour Lilllelon se rappela involontairement les autres paroles de la morle. — Dans huit jours, heure pour heure, vendredi pour vendredi. 11 ordonna qu’on enlevât le fauteuil rouge ; ce fauteuil lui rappelait trop celle paucre Fanny. Et aimi de jour en jour la terreur fit de si effrayants progrès, qu’on put lire au sixième jour sur son visage blanchi par la peur. Ce sixième jour, lord Liltlelon avait l’œil hagard, la voix creuse ; il était haletant I il avait si peur, qu’il avouait sa peur. Sa mère el ses amis l’interrogeaient vainement, il ne répondit que par monosyllabes. A la fin cependant, quand vint le soir de l’avaul-dernier jour, il avoua toutes ses terreurs. — Demain, dit-il, demain vendredi, à minuit ! elle l’a dit : c’est fait de moi 1 et

sa?

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