‹ Dictionnaire des sciences occultesChapitre 97 sur 222 · ROM · texte numérisé non relu

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sur ers deux innocents, qui n’ont d’autre tort que d’être nés de toi. En même temps elle égorge ses deux fils et jette leurs cadavres aux pieds de Jason. Les dragons ailés s’envolent ; mais en partant ils vomissent des flammes qui embrasent aussitôt le palais de Créon. Le malheureux roi et sa fille périrent dans ce terrible incendie, dont les feux ne purent rien sur le charme que Médée avait communiqué à Jason, pour le préserver des torrents de flammes que jetaient les taureaux de la toison d’or. Le héros désespéré s’éloigna avec précipitation du palais, sortit de Corinthe et parcourut différentes contrées de la Grèce, sans dessein et presque sans savoir où il portait ses pas. Le hasard ou le sortie conduisit aux portes d’Oliferne, où régnait encore Mirro. Ses longues courses, ses chagrins et les malheurs affreux qu’il venait d’eprouver, avaient tellement changé ses traits, qu’il crut pouvoir paraître dans la ville, sans crainte d’y être reconnu. Cependant il fit demander à la reine une audience, et se présenta devant elle sous le nom d’un chevalier égyptien , persécuté par de cruels ennemis, et qui sollicitait un asile. Mirro le reconnut, et comme elle l’avait toujours admiré, elle lui proposa de l’épouser, malgré sa détresse. Le faible héros y consentit, à condition que ce mariage demeurerait caché ; car ii redoutait Médée.

Mais le secret ne put être si bien gardé qu’il ne vînt à la connaissance de la magicienne. Un jour donc elle arriva, montée sur un de ses dragons , tomba comme la foudre sur la reine et lui plongea un poignard dans le cœur : —Traître! s’écria-t-elle en s’adressant à Jason, rien ne peut te dérober à ma jalouse vengeance; voici le quatrième forfait que tu me fais commettre ; le cours de mes crimes ne doit finir que lorsque, prosterné à mes pieds, tu me demanderas un pardon sincère de tes perfidies.

Elle s’enleva et continua à errer sur la Grèce. Jason , aussi malheureux qu’el e, en fit autant, mais par la voie de terre. Le vieux roi Egée régnait encore à Athènes; sou Gis Thésee continuait à se signaler par les plus merveilleux exploits et se montrait le digne ami et le digne compagnon d’Hercule ; mais ses travaux l'éloignaient de sa patrie, et son père n’en avait aucune nouvelle. Médée arriva dans la cour de ce vieux roi ; elle le trouva dans un état de faiblesse qui l’exposait à toute espèce de séduction ; elle en profita et se fit annoncer comme une étrangère malheureuse et persécutée. Sans déguiser son nom et ses connaissances dans l’art des enchantements, ni sa beauté qu’elle releva au contraire pour mieux toucher le vieux monarque, elle employa l’éloquence et même le mensonge à tourner ses aventures de manière qu’on ne la trouvât pas coupable, mais qu’on i i crut plutôt victime d’une affreuse ingratitude. Elle persuada si bien de son innocence le faible vieillard, qu’après s’être fait plaindre de lui, elle s’en fit chérir, au point qu’il lui proposa de partager son trône avec elle. Le jour de ce mariage était fixé et pro-

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chain, lorsque Thésée revint de son expédition contre les Amazones. En mettant le pied dans la ville capitale de son père , le héros apprit que le vieux monarque était près de donner sa main à Médée. — Eh quoi 1 s’écria-t-il, ne me suis-je donné tant de peines pour purger la terre des monstres qui la ravageaient, qu’afin de retrouver dans ma patrie le plus horrible de tous? ;

Aussitôt il court auprès d’Egee, et, en présence de la princesse même de Colchos, il fait le récit le plus détaillé et le plus révoltant de ses crimes : il avait été témoin de quelques-uns ; il était parfaitement instruit des autres. La magicienne , humiliée et furieuse, après avoir tenté inutilement quelques prestiges qui ne purent nuire à Thésée, ni encore moins l’épouvanter, fut contrainte de fuir pour se dérober aux coups de sa terrible épée. Longtemps elle fut errante et désolée ; son art ne pouvait lui servir qu’à la déguiser aux yeuxde ceux à qui sa personne ou son nom, dès qu’ils leur étaient connus, inspiraient la plus forte horreur. Jason, de son côté, errait aussi, comme nous l’avons dit. Après avoir passé plusieurs mois l’un et l’autre dans les plus cruelles agitations , le destin voulut qu’ils se retrouvassent au coin d’un bois, où tous deux étaient parvenus par des routes différentes. Quelques arbres les séparaient; ils ne pouvaient se. voir, mais ils pouvaient s’entendre. Chacun d’eux, se croyant seul, se mit à réfléchir tout haut sur le malheur de sa situation. — Hélas ! s’écria Médée, je le sens bien à présent, les motifs les plus justes, les plus intéressants, ne peuventexcuser les crimes qu’ils font commettre. J’ai trop aimé Jason ; c’est à lui que j’ai sacrifié ma gloire, mon honneur, l’amour filial, l’amour maternel, l’humanité, tous ces sentiments que la religion, la raison, la nature, ont gravés dans le cœur des mortels. Quel profit ai-je retiré de ces sacrifices ? je suis devenue un objet d’horreur pour la terre entière

Jason entendit ces lamentations et reconnut la voix de son épouse. Laissons parler l’auteur.

« Quand Jason , qui était bon prince , dit Raoul Lefèvre, eut entendu la dame et connu sa détresse, il lui prit à souvenir les bienfaits innombrables dont elle l’avait comblé : comme elle avait, pour son amour, abandonné son père ei sa nation pour aller après lui ; il lui souvint aussi tant d’autres choses qu’elle avait faites, toutes pour la conservation de sa vie et son amour. Alors il se mollira, la prit par la main et lui dit qu’il lui pardonnait tout ce qu’elle pouvait avoir méfait, qui n’était envers lui. 11 ajouta que sou désir était qu’elle fût encore sa femme comme auparavant. Incontinent que Médée eut entendu la bonne volonté de son seigneur, elle fut aussi joyeuse que si ou lui eût donné le plus noble et le meilleur royaume du monde. Elle lui jura donc que jamais elle ne s’entremettrait plus de sorts ni d’enchantements dont il n’eût connaissance, et tellement se conduisit envers lui, qu’ils se réconcilièrent

parfaitement. Le lendemain matin, ils se remirent en chemin, et tant allèrent par journées, qu’ils arrivèrent en Myrmidonie et trouvèrent que de nouveau le roi Eson était allé de vie à trépas. Les peuples de Myrmidonie firent volontiers hommage à Jason , mais ils avaient peur de Médée. Jason les rassura et leur dit que, dorénavant, elle serait bonne et douce reine. Alors ils l’accueillirent honorablement, et Jason et Médée régnèrent en leur royaume et gouvernèrent hautement long temps, pendant lequel ils vécurent en grand amour et concorde, et eurent plusieurs enfants qui régnèrent après eux. »

C’est avec autant d’étonnement que de sa- '.isfaction, que l’on voit dans le dénouement de cet ancien roman la terrible Médée devenir bonne femme et mériter d’être proposée pour modèle à toutes celles qui , après être tombées au commencement dans quelque excès d’emportement, veulent être plus raisonnables et vivre dans leur ménage avec plus de douceur, de patience et de sagesse (1).

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