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raisons qu'il avait eues de l’enlever. La tendre amitié et la reconnaissance que Guillaume ressentait pour son cher loup augmentèrent. La reine Félice partagea ses sentiments, et la* princesse Florence en conçut de si tendres pour le prince d’Espagne, que leur mariage fut bientôt conclu. Florence fut ainsi dédommagée de la perte de la couronne de Sicile par l’espoir de posséder celle d’Espagne. On ne fit aucun mal à la bellemère d’Alphonse, ni au prince son frère; mais la tournure que prit cette affaire leur causa un si violent chagrin, qu’il les conduisit bientôt au tombeau. Le vieux roi d’Espagne retourna dans ses Etals avec son fils aîné et sa belle-fille. L’ambitieux et perGde oncle de Guillaume était mort, et les demoiselles qui avaient été ses gouvernantes étaient retirées dans des couvents. On envoya une ambassade solennelle à l’empereur de Rome, pour l’engager à consentir au mariage de sa fille avec le nouveau roi de Sicile. Guillaume ayant été reconnu en cette qualité, cette grâce ne fut pas difficile à obtenir; et comment d’ailleurs l’empereur pouvait-il refuser sa fille à un homme pour qui elle avait couru Je monde en ourse blanche et en biche? Voy. Lyc.antuuopie.
ROMULUS, celui qui fonda la ville de Rome. Romulus était enfant du diable selon quelques-uns, et grand magicien selon tous les démonomanes. Mars, au fait, qui fut son père, n’était qu’un démon. Après qu’il eut bien établi son empire, un jour qu’il faisait la. revue de son armée, il fut enlevé dans un tourbillon, à la vue de la multitude (1), et Bodin observe que le diable, à qui il devait le jour, l’emporta dans un autre royaume (2).
RONWE, marquis et comte de l’enfer, qui apparaît sous la forme d’un monstre; il donne à ses adeptes la connaissance des langues et la bienveillance de tout le monde. Dix-neuf cohortes infernales sont sous ses ordres (3).
ROSE-CROIX. Les Rose-Croix sont maintenant de hauts officiers dans les grades ridicules de la maçonnerie. Autrefois , c’étaient les conservateurs des secrets de la cabale.
Naudé a écrit sur les Rose-Croix un petit livre curieux. Voy. Naüdé, Andreæ, etc.
ROSE DE JERICHO. Voy. Brown.
ROSEMBERG. Voy. Femmes blanches.
ROSIER, démon invoqué comme prince des dominations dans les litanies du sabbat.
ROUX. Il y a chez les modernes une antipathie assez générale contre les roux. On expliquait autrefois ainsi l’origine des barbes rousses. Lorsque Moïse surprit les Israélites adorant le veau d’or, il le fit mettre en pondre, mêla cette poudre dans de l’eau et la fit boire au peuple. L’or s’arrêta sur les barbes de ceux qui avaient adoré l’idole et les fit reconnaître; car toujours depuis ils eurent la barbe dorée (4).
Il) Denys d’Haücarnasse, Tite-Live, Plutarque, in Romulo, etc.
(2) Bodin, Déoionomanie, liv. ni, ch. 1", et dans la prélace.
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RUBEZAHL, prince des gnomes, fameux chez les habitants des monts Sudètes. Il est extrêmement malin, comme tous les êtres de son espèce, et joue mille tours aux montagnards. On a écrit des volumes sur sou compte; il est même le héros de quelques romans; Musœus a conté longuement ses prouesses. El toutefois on n’a pas encore suffisamment éclairci ce qui concerne ce lutin, qui probablement est un personnage de l’ancienne mythologie slave. U paraît encore, dit-on, dans quelque coin éloigné; mais chaque année il perd de sa renommée et de sa considération. — C’est le même que Ribenzal.
RUBIS. Les anciens attribuaient à cette pierre précieuse la propriété de résister au venin, de préserver de la peste, de bannir la tristesse et de détourner les mauvaises pensées. S’il venait à changer de couleur, il annonçait les malheurs qui devaient arriver; il reprenait sa teinte aussitôt qu’ils étaient passés.
RUE D’ENFER. Voy. Vauveut.
RUGG1ER1 (Cosme) , sorcier florentin et courtisan de Catherine de Médicis; il fut appliqué à la question, en 1574, comme prévenu d’avoir attenté par ses charmes aux jours de Charles IX, qu’il voulait envoûter (5).
RUGNER, géant Scandinave, dont la lance énorme était faite de pierre à aiguiser. Dans un duel, Thor la lui brisa d’un coup de sa massue; grosse comme un dôme, et en fit sauter les éclats si loin, que c’est de là que viennent toutes les pierres à aiguiser qu’on trouve dans le monde, et qui paraissent évidemment rompues par quelque effort.
RUNES, lettres ou caractères magiques, que les peuples du Nord croyaient d’une grande vertu dans les enchantements. Il y en availde nuisibles, que l’on nommait runes amères; on les employait lorsqu’on voulait faire du mal. Les runes secourables détournaient les accidents ; les runes victorieuses procuraient la victoire à ceux qui en faisaient usage; les runes médicinales guérissaient des maladies; on les gravait sur des feuilles d’arbres. Enfin, il y avait des runes pour éviter les naufrages, pour soulager les femmes en travail, pour préserver des empoisonnements. Ces runes différaient par les cérémonies qu’on observait en les écrivant, par la matière sur laquelle on les traçait, par l’endroit où on les exposait, par la façon dont on arrangeait les lignes, soit en cercle, soit en ligne serpentante, soit en triangle, etc. On trouve encore plusieurs de ces caractères tracés sur les rochers des mers du Nord.
RUSH, lutin suédois. Voy. Diable.
RYMER, géant, ennemi des dieux chez les Scandinaves; il doit à la fin du monde être le pilote du vaisseau Naglefare.
(3) Wierus, in Pseudomon. dæm.
(4) Jérémie de Pours, la Divine mélodie du saint Psalmiste, p. 82'J.
(3) M. Gariuet, Hist. de la ma^ie eu France, p. 43t.
SABAOTH. Les archontiques , secte «lu deuxième siècle, faisaient de Sabaolh un ange douteux qui était pour quelque chose dans les affaires de ce monde. Les mêmes disaient que la femme était l’ouvrage de Satan, galanterie digne des hérétiques.
SABASIUS, chef du sabbat, selon certains dé/nonographes. C’était autrefois l’un des surnoms de Bacchus, grand-maître des sorciers dans l’antiquité païenne. C’est un gnome chez les cabalistes.
SABATHAN, démon invoqué dans les litanies du sabbat.
SABBA, devineresse mise au nombre des sibylles. On croit que c’était celle de Cumes.
SABBAT. C’est l’assemblée des démons, des sorciers et des sorcières, dans leurs orgies nocturnes. Nous devons donner ici les relations des démonomanes sur ce sujet. On s’occupe au sabbat, disent-ils, à faire ou à méditer le mal, à donner des craintes et des frayeurs., à préparer les maléfices, à accomplir des mystères abominables. Le sabbat se fait dans un carrefour ou dans quelque lieu désert et sauvage, auprès d’un lac, d’un étang, d’un marais, parce qu'on y produit la grêle et qu’on y fabrique des orages. Le lieu qui sert à ce rassemblement reçoit une telle malédiction, qu’il n’y peut croître ni herbe, ni autre chose. Strozzi dit avoir vu, autour d’un châtaignier, dans un champ du territoire de Vicence, un cercle dont la terre é' ait aussi aride que les sables de la Libye, parce que les sorciers y dansaient et y faisaient le sabbat. Les nuits ordinaires de la convocation du sabbat sont celles du mercredi au jeudi, et du vendredi au samedi. Quelquefois le sabbat se fait en plein midi, mais c’est fort rare. Les sorciers et les sorcières portent une marque qui leur est imprimée par le diable; celle marque, par un certain mouvement intérieur qu’elle leur cause, les avertit de l’heure du ralliement. Ln cas d’urgence, le diable fait paraître un mouton dans une nuée (lequel mouton n’est vu que des sorciers), pour rassembler son monde en un instant. Dans les circonstances ordinaires, lorsque l’heure du départ est arrivée, après que les sorciers ont dormi, ou du moins fermé un œil, ce qui est «l’obligation, ils se rendent au sabbat, montés sur des bâtons ou sur des manches à balai, oints de graisse d’enfant; ou bien des diables subalternes les transportent, sous des formes de boucs, de chevaux, d’ânes ou d’autres animaux. Ce voyage se fait toujours en l’air. Quand les sorcières s’oignent pour monter sur le manche à balai qui doit les porter au sabbat, elles répètent plusieurs fois ces mots : Emen-hétanl emen-hétan ! qui signifient,* dit Delaucre : Ici et là ! ici et là ! 11 y avait cependant en France des sorcières qui allaient au sabbat sans bâton, ni graisse, ni monture, seulement en prononçant quelques paroles. Mais celles d’Italie ont tou-
jours un bouc, qui les attend pour les emporter.Elles ont coutume, comme les nôtres, de sortir généralement par la cheminée.
Ceux ou celles qui manquent au rendez-vous payent une amende ; le diable aime la discipline. Les sorcières mènent souvent au sabbat , pour différents usages , des enfants qu’elles dérobent. Si une sorcière promet de présenter au diable, dans le sabbat prochain, le fils ou la fille de quelque gueux du voisinage, et qu’elle ne puisse venir à bout de l’attraper, elle est obligée de présenter son propre fils ou quelque autre enfant d’aussi haut prix. Les enfants qui plaisentau diable sont admis panai ses sujets de cette manière : Maître Léonard , le grand nègre, président des sabbats, et le petit diable maître Jean Mullin, son lieutenant, donnent d’abord un parrain et une marraine à l’enfant; puis on le fait renoncer Dieu, la Vierge et les saints; et après qu’il a renié sur le grand livre, Léonard 'e marque d’une de ses cornes dans l’œil gauche. 11 porte celte marque pendant tout son temps d’épreuves, j. à la suite duquel, s’il s’en est bien tiré, le diable lui administré un autre signe qui a la figure d’un petit lièvre, ou d’une patte de crapaud, ou d’un chat noir. Durant leur noviciat, on charge les enfants admis- de garder les crapauds, avec une gaule blanche, sur le bord du lac, tous les jours de sabbat; quqnd ils ont reçu la seconde marque, qui est pour eux un brevet de sorcier, ils sont admis à la danse et au festin. Les sorciers, initiés aux mystères du sabbat, ont coutumede dire : J'ai bu du tabourin , j'ai mangé du cymbale, et je suis fait profès. Ce que Leloyer explique de la sorte : « Par le tabourin, on eniend la peau de bouc enflée de laquelle ils tirent le jus et consommé, pour boire; et par le cymbale, le chaudron ou bassin dont ils usent pour cuire leurs ragoûts. » Les petits enfants qui ne promettent rien de convenable sont condamnés à être fricassés. 11 y a là des sorcières qui les dépècent et les font cuire pour le banquet.
Lorsqu’on est arrivé au sabbat, le premier devoir est d'aller rendre hommage à maîlre Léonard. Il est assis sur un trône infernal ; ordinairement il affecte la figure d’un grand bouc ayant trois cornes, dont celle du milieu jette une lumière qui éclaire l’assemblée; quelquefois il prend la forme d’un lévrier, ou d'un bœuf, ou d’un tronc d’arbre sans pied, avec une face humaine fort ténébreuse; ou bien il paraît en oiseau noir, ou en homme tantôt noir, tantôt rouge. Mais sa figure favorite est celle du bouc. C’est alors qu’il a sur la lête la corne lumineuse; les deux autres sont au cou. Il porte une couronne noire, les cheveux hérissés, le visage pâle et troublé, les yeux ronds, grands, fort ouverts, enflammés et hideux, une barbe de chèvre, les mains comme celles d’un homme, excepté que les doigts sont tous égaux,
courbés comme les griffes d’un oiseau de proie, et terminés en pointes; les pieds en pattesd’oie, la queuelonguecomme celle d’un âne; il a la voix effroyable et sans ton, tient une gravi té superbe, avec la contenance d’une personne mélancolique, et porte toujours sous la queue un visage d’homme noir, visage que tous les sorciers baisent en arrivant ah sabbat : c’est là ce qu’on appelle l’hommage. Léonard donne ensuite un peu d’argent à tous ses adeptes ; puis il se lève pour le festin , où le maître des cérémonies place tout le monde, chacun selon son rang, mais toujours un diable à côté d’un sorcier. Quelques sorcières ont dit que la nappe du sabbat est dorée, et qu’on y sert toutes sortes de bons mets, avec du pain et du vin délicieux. Mais le plus grand nombre de ces femmes ont déclaré , au contraire , qu’on n’y sert que des crapauds , de la chair de pendus , de pet ils enfants non baptisés, et mille aulreshorreurs, et que le pain du diable esl fait de millet noir.- On chante pendant le repas des choses abominables; et après qu’on a mangé, on se lève de table, on adore le grand maître; puis chacun se divertit. Les uns dansent en rond, ayant chacun un chat pendu au derrière. D’autres rendent compte des maux qu'ils ont faits, et ceux qui n’en ont pas fait as ezsont punis. Des sorcières répondent aux accusations des crapauds qui les servent ; quand ils se plaignent de n’être pas bien nourris par leurs maîtresses , les maîtresses subissent un châtiment. Les correcteurs du sabbat sont de petits démons sans bras, qui allument un grand feu, y jettent les coupables , et les en retirent quand il le faut. Ici, on fait honneur à des crapauds, habillés de velours rouge ou noir, portant une sonnette au cou et une autre aux pieds. On les donne comme d’utiles serviteurs aux sorcières qui ont bien mérité des légions infernales. Là , une magicienne dit la messe du diable, pour ceux qui veulent l’entendre. Ailleurs , se commettent les plus révoltantes et les plus honteuses horreurs. Cehx et celles qui vont baiser le visage inférieur du maître tiennent une chandelle sombre à la main. 11 en est qui forment des quadrilles avec des crapauds vêtus de velours et chargés de sonnettes. Ces divertissements durent jusqu’au chant du coq. Aussitôt qu’il se fait entendre, tout est forcé de disparaître. Alors le grand nègre leur donne congé, et chacun s’en retourne chez soi (1). On conte qu’un charbonnier, ayant été averti que sa femme allait au sabbat, résolut de l’épier. Une nuit qu’elle faisait semblant de dormir , elle se leva , se frotta d’une drogue et disparut. Le charbonnier, qui l’avait bien examinée , prit le pot à la graisse, s'en frotta comme elle, et fut aussitôt transporté, par la cheminée, dans la cave d’un comte, homme considéré au pays; il trouva là sa femme et tout le sabbat rassemblé pour une séance secrète. Celle-ci, l’ayant aperçu , fit un signe : au même instant tout
(1) Delancre, Delrio, Maiol, Leloyer, Danæus,
S"giiet, Monslrvlet, Torqueinada, eic.
(«! Delrio, Disquisitions magiques, et Bodin, p. 3!).
s’envola ; et il ne resta dans la cave que le pauvre charbonnier, qui , se voyant pris pour un voleur, avoua ce qui s’était passé à son égard , et ce qu’il avait vu dans celle cave (2). Un paysan se rencontrant de nuit dans un lieu où l’on faisait le sabbat , on lui offrit à boire. Il jeta la liqueur à terre et s’enfuit, emportant le vase , qui était d’une matière et d’une couleur inconnues. Il fut donné à Henri le Vieux, roi d’Angleterre, si l’on en croit le conte (3). Mais , malgré son prix et sa rareté, le vase est sans doute retourné à son premier maître. Pareillement, un boucher allemand entendit, en passant de nuit par une forêt, le bruit des danses du sabbat; il cul la hardiesse de s’en approcher, et tout s’évanouit. Il prit des coupes d’argent qu’il porta au magistrat, leqrei fit arrêter et pendre toutes les personnes dont les coupes portaient le nom (4). Un sorcier mena son voisin au sabbat en lui promettant qu’il serait l'homme le plus heureux du monde. Il le transporta fort loin, dans un lieu où se trouvait rassemblée une nombreuse compagnie, au milieu de laquelle était un grand bouc. Le nouvel apprenti sorcier appela Dieu à son secours. Alors vint un tourbillon impétueux : tout disparut; il demeura seul et fut trois ans à retourner dans son pays (5)
« Le sabbat se fait , disent les cabalisles , quand les sages rassemblent les gnomes pour les engager à épouser les filles des hommes. Le grand Orphée fut le premier qui convoqua ces peuples souterrains. A sa première semonce, Sabasius , le plus ancien des gnomes, contracta alliance avec une femme.
C’est de ce Sabasius qu'a pris son nom celte assemblée, sur laquelle on a fait mille contes impertinents. Les démonomanes prétendent aussi qn’Orphée fut le fondateur du sabbat, et que les premiers sorciers qui se rassemblèrent de la sorte se nommaient orphéotélestes. La véritable source de ces orgies sinistres a pu prendre naissance dans les bacchanales , où l’on invoquait Bucchus en criant : Sabvé ! »
Dans l’affaire de la possession de Louviers, Madeleine Bavan, tourière du couvent de cette ville, confessa des choses singulières sur le sabbat. Elle avoua qu’étant à Rouen, chez une couturière, un magicien l’avait engagée et conduite au sabbat; qu’elle fut mariée là à Dagon, diable d’enfer; que Mathurin Picard l’éleva à la dignité de princesse du sabbat quand elle cul promis d’ensorceler toute sa communauté; qu’elle composa des maléfices en se servant d’hosties consacrées ; que dans une maladie qu’elle éprouva, Picard lu; fit signer un pacte de grimoire; qu’elle vil accoucher quatre magiciennes au sabbat, qu’elle aida à égorger et à manger leurs enfants; que le jeudi saint on y fit la cène , en y mangeant un petit enfant ; que dans la nuit du jeudi au vendredi, Picard et Boule avaient percé une hostie par le milieu, et que l’hostie avait jeté du sang. De plus ,
' (3) Trinum Magicum.
(4) Joacliim de Cambrai.
(o) Torquemada, dans t'l!''rarrmrmv
elle confessa avoir assisté à l’évocation de l'âme de Picard, faite par Thomas Boulé , dans une grange, pour confirmer les maléfices du diocèse d’Kvreux. Elle ajouta à ces dépositions , devant le parlement de Rouen , que David, premier directeur du monastère, était magicien; qu’il avait donné à Picard une cassette pleine de sorcelleries, et qu’il lui avait délégué tous ses pouvoirs diaboliques; qu’un jour, dans le jardin, s’étant assise sous un mûrier, un horrible chat noir et puant lui mit ses pattes sur les épaules et approcha sa gueule de sa bouche ; c’était un démon. Elle dit en outre qu’on faisait au sabbat la procession ; que le diable, moitié homme et moitié bouc, assistait à ces cérémonies exécrables , et que sur l’autel il y avait des chandelles allumées qui étaient toutes noires. On trouve généralement le secret de ces horreurs dans des mœurs abominables.
Dans le Limbourg, au dernier siècle, il y avait encore beaucoupde bohémiens etde bandits qui faisaient le sabbat. Leurs initiations avaient lieu dans un carrefour solitaire, où végétait une masure qu’on appelait la Chapelle des boucs. Celui qu’on recevait sorcier était enivré , puis mis à califourchon sur un bouc de bois qu’on agitait au moyen d’un pivot; on lui disait qu’il voyageait par les airs. Il le croyait d’autant plus qu’on le descendait de sa monture pour le jeter dans une orgie qui était pour lui le sabbat. Voy. Boucs, Spée, Biokula, etc. On sait , dit Mallebranehe, que cette erreur du sabbat n’a quelquefois aucun fondement ; que le prétendu sabbat des sorciers est quelquefois l'effet d’un délire et d’un dérèglement de l’imagination, causé par certaines drogues desquelles se servent les malheureux qui veulent .se procurer ce délire. Ce qui entretient la crédulité populaire, ajoute Bergier , ce sont les récits de quelques peureux qui, se trouvant égarés la nuit dans les forêts , ont pris pour le sabbat des feux allumés par les bûcherons et les charbonniers, ou qui, s’étant endormis dans la peur, ont cru entendre et voir le sabbat, dont ils avaient l’imagination frappée. Il n’y a aucune notion du sabbat chez les anciens Pères de l’Eglise. Il est probable que c’est une imagination quiapris naissance chez les barbares du Nord; que ce sont eux qui l’ont apportée dans nos climats, et qu’elle s’y est accréditée par des faits, comme la Chapelle des boucs, au milieu de l’ignorance dont leur irruption fut suivie. — Charles II, duc de Lorraine , voyageant incognito dans ses Etats, arriva un soir dans une ferme où il se décida à passer la nuit. 11 fut surpris de voir qu’après son souper on préparait un second relias plus délicat que le sien, et servi avec uu soin et une propreté admirables. 11 demanda au fermier s’il attendait de la compagnie.
— Non, monsieur, répondit le paysan , mais c’est aujourd’hui jeudi; et toutes les semaines, à pareille heure, les démons se rassemblent dans la forêt voisine avec les sorciers des environs, pour y faire leur sabbat. Après qu’on a danse le branle du diable, ils se diyiscnt en quaire bandes. La première
vient souper ici; les autres se rendent dans des fermes peu éloignées.
— Et payent-ils ce qu’ils prennent? deman- i da Charles.
— Loin de payer, répondit le fermier, ils emportent encore ce qui leur convient; et s’ils ne se trouvent pas bien reçus, nous en passons de dures; mais que voulez-vous qu’on • fasse contre des sorciers et des démons? Le ) prince étonné voulut approfondir ce mystère; il dit quelques mots à l’oreille d’un de ses écuyers, et celui-ci partit au grand galop pour la ville de Toul, qui n’était qu’à trois lieues. Vers deux heures du matin, une Irenlaine de sorciers , de sorcières et de démons entrèrent; les uns ressemblaient à des ours, les autres avaient des cornes et des griffes. A peine étaient-ils à laide , que l’écuyer de Charles 11 reparut, suivi d’une troupe de gens d’armes. Le prince escorté entra dans la salle du souper : — Des diables ne mangent pas, dit-il ; ainsi vous voudrez bien permellre que mes gens d’armes se mettent à table à votre place... Les sorciers voulurent répliquer, et les démons proférèrent des menaces. — Vous n’êtes point des démons, leur criaCharles: les habitants de l’enfer agissent | plus qu’ils ne parlent, et si vous en sortiez, nous serions déjà tous fascinés par vos prestiges. Voyant ensuite que la bande infernale ne s’évanouissait pas, il ordonna à ses gens I de faire main basse sur les sorciers et leurs patrons. On arrêta pareillement les autres membres du sabbat; et le matin, Charles 11 se vit maître de plus de ce’nt vingt personnes. !• On les dépouilla, et on trouva des paysans , ! qui, sous ces accoutrements, se rassemblaient de nuit dans la forêt pour y faire des orgies abominables, et piller ensuite les riches fermiers. Le duc de Lorraine (qui avait généreusement payé son souper avant de quitter la ferme) fit punir ces prétendus sorciers et démons comme des coquins et des misera- I blés. Le voisinage fut délivré pour le mo- j* ment de ces craintes; mais la peur du sabbat I ne s’affaiblit pas pour cela dans la Lorraine.
Duluc, dans ses Lettres sur l’histoire de la terre et de l’homme, tome IV, lettre 91, rapporte encore ce qui suit : « Il y a environ dix ans, vers 1769, qu’il s’était formé dans la Lorraine allemande et dans l’électorat de Trêves une association de gens de la campagne qui avaient secoué tout principe de religion et de morale. Ils s’étaient persuadé jj qu’en se mettant à l’abri des lois, ils pouvaient satisfaire sans scrupules toutes leurs passions. Pour se soustraire aux poursuites de la jnslice , ils se comportaient dans leurs ;; villages avec la plus grande circonspection : ; l’on n’y voyait aucun désordre; mais ils s’assemblaient la nuit en grandes bandes . allaient à force ouverte dépouiller les habita- j tions écartées , commettaient d’abominables >■ excès et employaient les menaces les plus ; terribles pour forcer au silence les victimes de leur brutalité. Un de leurs complices ayant été saisi par hasard pour quelque délit isolé, on découvrit la trame de cette confédération
détestable, et l’on compte par centaines les scélérats qu’il a fallu faire périr sur l’échafaud. » C’était un rameau de la société des Boucs. Voy. ce moi. Voy. aussi Litanies du