FAR A
recherchent encore l'union des âmes et l'harmonie des intelligences? Dans cette période de l'histoire, l'être moral, la personne humaine s'efface plus ou moins, non plus comme dans les mœurs de l'Orient devant l'être physique, mais, si nous pouvons nous exprimer ainsi, devant la personne sociale, devant la caste, la considération ou la richesse. Le mariage,' devenu ainsi une affaire, une simple convenance ou le moyen de conserver un nom aristocratique, n'a pas pu inspirer le respect dont il est digne. Cependant l'âme humaine, plus éclairée qu'autrefois sur sa valeur propre, plus réfléchie sur elle-même et plus occupée de ses besoins intérieurs, n'a pas voulu perdre entièrement ses droits. C'est ainsi qu'il s est formé, à côté et en dehors du mariage, des liaisons presque mystiques où le sentiment seul, où le dévouement le plus pur et le culte le plus désintéressé étaient admis : tel est l'amour chevaleresque, qui des mœurs du moyen âge a passé dans la poésie et dans le roman moderne. De là le contraste qui existe dans l'opinion, et dont l'esprit satirique a si souvent tiré parti entre la réalite et le roman, entre le mariage et l'amour. Ce qu'il y a de certain, c'est que le mariage tel qu'il devrait être, ou l'union de deux êtres humains qui se sont choisis l'un 'l'autre pour eux-mêmes sans aucun sordide intérêt, et qui confondent véritablement leurs deux vies en une seule, n'est pas encore devenu et ne sera probablement jamais un fait bien commun. Il y a plus : même cette égalité morale des deux sexes qui est la condition absolue du mariage indissoluble tel qu'il existe parmi nous, est à peine admise en principe, et il s'écoulera du temps avant qu'elle passe dans les mœurs.
Le développement successif que nous présente la société conjugale se répète dans les rapports des parents ou plutôt du père et des enfants, et dans l'éducation de ceux-ci. D'abord les enfants ne sont que la propriété, c'est-à-dire les esclaves de leur père. De là le nom même de la famille (familia. primitivement famulia, de famulus, esclave); un nom qui exprime parfaitement ce qu'était cette institution dans la vieille société romaine. Le père avait droit de vie et de mort sur ses enfants, comme le mari sur sa femme. Son terrible pouvoir s'étendait à la fois sur son fils, sur la femme en puissance de ce fils, sur les enfants de ce dernier et sur tous ses biens. Dans d'autres États, par exemple à Sparte, où l'autorité paternelle était remplacée par celle de l'État, la situation des enfants était la même. On les conservait, on les élevait, on les instruisait, non pour eux, mais pour la république, non pour en faire des hommes, mais des guerriers et des citoyens. Aussi n'éprouvait-on aucun scrupule à les détruire quand, dès leur naissance, leurs forces ne répondaient pas à ce qu'on attendait d'eux. Plus tard; sous le règne de la féodalité, les intérêts généraux de l'homme, et ce que nous appellerions volontiers la justice domestique, Tégalité qui doit exister entre les enfants d'un même père, se trouve sacrifiée à l'intérêt de caste. A l'aîne de la famille passaient le nom, les dignités, la fortune du père ; le reste devenait ce qu'il pouvait. Le père disparaissait devant le seigneur, et les enfants devant l'héritier. Nous ne parlons ni des serfs attachés à la glèbe, ni de la population des monastères; car celle-ci vivait en dehors de la famille, et ceux-là en voyaient tous les titres dégradés en eux par la servitude. Seule, la législation moderne, récente conquête de la raison et de la liberté, a réglé avec justice les rapports de la famille, en renfermant dans sa véritable destination l'autorité paternelle, et en consacrant pour les enfants
ce principe d'égalité qui est, en quelque sorte, sa propre essence.
Mêmes transformations dans la propriété.
L'homme commence par se ravaler lui-même au rang d'une propriété et d'une chose; c'est à peine s'il distingue entre ses enfants ou ses femmes et le patrimoine qu'il doit leur laisser. Plus tard, l'homme et la chose, la propriété et la personne, sans être confondus, se trouvent inséparables : tel est le serf attaché à la glèbe et le seigneur à son fief inaliénable. Enfin l'homme est affranchi et la propriété est mobilisée ; la terre est faite pour l'homme, et non plus l'homme pour la terre.
Ainsi, on le voit, chaque progrès de la famille se lie à un progrès de la société tout entière, et l'histoire nous démontre, aussi bien que l'observation philosophique, que l'une ne saurait subsister sans l'autre.
Tous les auteurs qui ont traité du droit naturel et de la morale, ont traité aussi de la famille ; nous ne pouvons donc que renvoyer, pour la bibliographie, aux articles que nous avons consacrés à ces deux sujets.
Un grand nombre d'ouvrages ont été écrits sur la famille au point de vue de la législation ; il n'en existe qu'un très-petit nombre, au contraire, qui aient considéré la famille au point de vue purement moral et philosophique. On peut citer : la Famille, par M. P. Janet ; la Femme, par M. E. Pelletan; et la publication de M. Portalis, l'Homme et la Société (dans les petits traités de VAcad. des se. mor. et politiques).
FAPESMO. Terme mnémonique conventionnel par lequel les logiciens désignaient un des modes indirects de la première des trois figures du syllogisme reconnu par Aristote.
Voy. la Logique de Port-Royal, 3e partie, et l'article Syllogisme.
FARABI ou ALFARABI (Abou-Naçr Mohammed ben-Mohammed ben-Tarkhân), ainsi nommé de sa ville natale Farâb, ou Otrâr, dans la province de Mawaralnahar, est célèbre parmi les musulmans comme mathématicien, comme médecin, mais surtout comme philosophe péripatéticien et comme un des commentateurs à la fois les plus profonds et les plus subtils des œuvres d' Aristote. Il se rendit de bonne heure à Bagdad, où, sous le sceptre des Abbassides, florissaient les sciences et les lettres, et y suivit les leçons d'un chrétien, Jean, fils de Gilàn (selon d'autres Geblâd), mort sous le khalifat d'Almoktader. Plus tard il vécut à la cour de Séif-Eddaula Ali ben-Hamdân à Alep, et, ayant accompagné ce prince à Damas, il y mourut au mois de rédjeb de l'an 339 de l'hégire (décembre 950 de l'ère chrétienne). C'est là tout ce que nous savons de certain sur la vie de Farabi ; nous passons sous silence quelques autres détails rapportés par Léon l'Africain et reproduits par Brucker (Hist. crit. philos., t. III, p. 71-73). mais qui méritent peu de foi. Farabi laissa un 'très-grand nombre d'écrits, dont on trouve la nomenclature dans YHistoire des médecins d'Ibn-Ali-Qjéibia et dans le Dictionnaire des philosophes de Djemâl-Eddin Al-Kifti (cf. Casiri, Biblioth. arabico-hispana cscurialensis, t. I, p. 190 et 191); mais il ne nous reste de lui que quelques traités, soit en arabe, soit dans des versions hébraïques. La plus grande partie de ses ouvrages étaient des commentaires sur les écrits d'Aristote, et notamment sur ceux qui composent VOrganon. Farabi montrait toujours une grande prédilection pour l'étude de la logique, qu'il chercha à perfectionner et à répandre parm'i ses contemporains ; on vante surtout ses distinctions subtiles dans les formes variées du syllogisme. Ibn-Sina (Avicenne) avoue