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tard. Les Discours, abstraction faite de ce qu'il y a de purement national, étaient surtout destinés à annoncer la venue du règne de la science rationnelle, et à la préparer par la réforme de l'éducation. La fonction du savant est de présider à celte éducation. Le vrai savant est un artiste qui a pour mission de transformer le monde par la pensée. Dans l'ouvrage posthume publié sous le titre de Politique (Statslehere), in-8, Berlin, 1820, Fichte décrit le cinquième âge, cet âge d'or où la raison régnera en souveraine, et constituera le royaume de Dieu sur la terre, règne du droit, de la vérité et de la liberté.

Continuateur de Kant, Fichte ne forma pas une école proprement dite; mais il imprima une direction nouvelle au mouvement philosophique parti de Kœnigsherg. Il exerça une grande influence sur la pensée de Frédéric Schlegel, de Novalis, de Solger, de Schleiermacher. Il eut pour disciples M. de Schelling et même Hegel, qui, tout en le dépassant, relèvent immédiatement de lui, et lui doivent une grande partie de ce qu'il y a de plus remarquable dans leur philosophie.

Les œuvres complètes de Fichte ont été publiées par son fils qui occupe un rang distingué parmi les philosophes contemporains. Berlin, 1S4Ô et suiv., 8 vol. in-8. La Vie de Fichte a été écrite par le même, Sulzbach, 1830-31, 2 vol. in-8. Plusieurs ouvrages de Fichte ont été traduits en français : la Destination de l'homme, par Barchon de Penhoën, Paris, 1836, in-8 ; — de la Destination du savant et de l'homme de lettres, trad. par Nicolas, Paris, 1838, in-8; — de l'Idée d'une guerre légitime, trad. par le Dr Lortet, Lyon, 1831, in-8; — Doctrine de la science, et Principes fondamentaux de la science, trad. par P. Grimblot, Paris, 1843, in-8; — la Méthode pour arriver à la vie bienheureuse, trad. par F. Bouillier, Paris, 1845, in-8.

On peut consulter sur Fichte : Ch. de Rémusat, Rapport sur le concours pour l'examen critique de la philosophie allemande, 1847 (dans les Mémoires de l'Académie des sciences morales et polit.); — J. Willm, Histoire de la philosophie allemande, Paris, 1846, 4 vol. in-8 ; — Barchou de Penhoèn;Histoire de laphilosophie allemande, Paris, 1836, 2 vol. in-8; — C. Bartholmess, Kant et Fichte, d.ms le compte rendu des séances de l'Académie des sciences mor. et polit., tomes XXIX et XXX. J. W.

FICIN (Marsile), le plus considérable des platoniciens du xve siècle, naquit à Florence en 1433. Son père, premier médecin de Cosme de Médicis, le destinait à la médecine, c'est-à-dire aux honneurs de sa survivance. Un événement dont Tinfluence en Occident a été immense dérangea ce plan paternel.

Parmi les Grecs venus au concile de Florence (en 1438) se trouvait Gémiste Pléthon, homme d'un vaste savoir et d'une rare éloquence, un second Platon, disent les contemporains. Dans l'intervalle des séances du concile, il exposa en public, avec tout le zèle d'un apôtre, les plus belles parties de la philosophie platonicienne, et sut si bien communiquer son enthousiasme, que le grand citoyen qui gouvernait Florence résolut d'y naturaliser cette noble philosophie. Il choisit le jeune Ficin, qui dès lors annonçait les dispositions les plus heureuses, pour être l'instrumentd e son dessein. Il le fit élever sous ses yeux dans l'intérieur de son palais, l'entoura de maîtres grecs, voulut qu'il lût dans leur langue tous les grands philosophes de l'antiquité; et quand il eut trente ans, il le mit à la tète de l'académie platonicienne de Florence et le char-

gea d'être en Occident l'interprète et le propagateur de la philosophie de Platon. De là les nombreuses traductions de Ficin, celle de Platon, de Plotin, de Porphyre, de Jamblique, de Denys l'Aréopagite, du faux. Mercure Trismégiste, objet de son respect et de son admiration, travaux immenses et encore utiles malgré de nombreuses imperfections.

Dans ce commerce assidu avec tant d'esprits supérieurs, Ficin, malgré les enseignements du christianisme, n'a su guère qu'emprunter. Comme tout son siècle, il fut subjugué par tant de force, ébloui par tant de lumière. Dépourvu du véritable esprit philosophique, trop faible pour tenir la balance égale entre Platon et Aristote, entre Platon et les alexandrins, il se fit le disciple de toutes tes écoles, sacrifia à tous les systèmes, et ne parvint à se donner qu'une philosophie d'emprunt. Exposons en peu de mots cette philosophie, qui, du reste, n'est relative qu'à une seule question, celle de la destinée humaine.

On sait que sur cette question l'école péripatéticienne du xve siècle s'était divisée en deux sectes, dont chacune reconnaissait pour chef un des deux grands commentateurs d' Aristote, Alexandre d'Aphrodise et Averroès. Les alexandristes pensaient que l'âme, inséparable du corps, périt avec lui; les averroïstes, qu'elle retourne à Dieu d'où elle est sortie, et s'y abîme en perdant sa personnalité. Ce sont ces deux solutions, l'une matérialiste, l'autre panthéiste, que Ficin tient à combattre.

A ceux qui disent que tout périt avec le corps, il oppose cette doctrine que l'àme humaine est sortie de Dieu, et que sa destinée est de se réunir à lui en se déchargeant des liens de la matière. De telle sorte que la mort du corps est pour l'âme le signal de la délivrance, et non le signal de l'anéantissement. En effet, sur celte terre, l'âme raisonnable aspire à la connaissance de la vérité et à la possession du bien. Or, le bien et la vérité sont Dieu lui-même. L'àme aspire donc à se réunir à Dieu; mais elle y aspire sans pouvoir y atteindre tant qu'elle est engagée dans les liens du corps. Cependant, si l'âme nest éclairée par la sagesse divine, si elle n'est en communion avec le souverain bien, il n'est pas pour elle de vrai bonheur. L'homme serait donc la plus malheureuse de toutes les créatures s'il n'était pas immortel.

Voici un autre argument beaucoup moins concluant. L'univers, dit Ficin, est une chaîne dont le monde physique est le dernier anneau, Dieu l'anneau supérieur, l'homme l'anneau intermédiaire. Ce qui caractérise le monde physique^ c'est sa passivité, son inertie. L'espèce d'activité dont il semble doué ne lui vient pas de sa masse, mais d'une force étrangère qui lui donne toutes ses qualités extensives et intensives, et qu'on peut appeler sa forme. Au-dessus de cette forme divisible comme la matière elle-même, il en est une autre qui n'est plus divisible, mais simplement variable. Cette forme est l'âme raisonnable, forme pure et vraie. Au-dessus de l'àme raisonnable est la nature spirituelle des anges, indivisible et immuable tout ensemble. Toutefois la nature de l'ange admet encore une certaine multiplicité; il y a donc une forme plus haute et absolument une, c'est Dieu, qui est l'unité même, la vérité et le bien. Quant aux âmes raisonnables, il y en a de trois espèces : l'àme du monde, les âmes des douze sphères, les âmes des animaux. Toutes subsistent par elles-mêmes, toutes sont indépendantes de la matière, indépendantes du temps et de l'espace, et, par conséquent immortelles.

Les mêmes raisons servent à réfuter les aver-

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