‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 138 sur 439 · NOM · texte numérisé non relu

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Hampole (voy. Warton, Histoire de la poésie anglaise, t. II, p. 35, édit. 1840); enfin, nous nommons, pour caractériser par un exemple immortel la philosophie sentencieuse de cette époque, V Initiation de Jésus-Christ.

A la renaissance des lettres, tandis que les érudits recueillaient dans Tacite ou dans Tite- Live les sentences morales dont ces historiens ont semé leurs récits et leurs harangues, tandis que Scaliger refaisait la traduction grecque des Distiques de Caton, donnée au xiv* siècle par Planude, d'autres traduisaient en langue vulgaire les vieilles maximes de Pythagore, de Phocylide et de Théognis, introduites dans nos collèges dès les débuts de l'imprimerie grecque en France (voy. le Liber gnomagyricus, publié en 1507 par F. Tissard) ; de graves magistrats, comme le président de Pjbrac, et, après lui, les conseillers Faure et Mathieu, publiaient des centuries de quatrains moraux à l'usage de la jeunesse, et ceux de Pibrac étaient traduits en grec par Florent Chrestien. Ces compositions modestes ont eu dans les écoles une célébrité durable, malgré les plaisanteries de Boileau et de Molière ; elles ont passé de notre langue dans presque toutes les langues de l'Occident, et, dit-on, même dans quelques langues orientales, où elles rencontraient d'ailleurs un fonds semblable de poésie sentencieuse et de morale populaire. On les réimprimait encore chez nous au milieu du xvme siècle. Voltaire n'en parle pas sans respect; il ne leur reproche que d'avoir un peu vieilli, et il en a renouvelé quelques-unes avec bonheur, par exemple dans les vers suivants :

Tout annonce d'un Dieu l'éternelle existence; On ne peut le comprendre, on ne peut l'ignorer. La voix de l'univers annonce sa puissance, Et la voix de nos cœurs dit qu'il faut l'adorer.

(Tome XII, p. 558, éd. Beuchot.)

Mais il a bien fait de respecter un quatrain tel que celui-ci :

Ris, si tu veux, un ris de Démocrite, Puisque le monde est pure vanité, Mais quelquefois, touché d'humanité, Pleure nos maux des larmes d'Heraclite.

(Pibrac.)

En voici un autre qu'une légère correction au troisième vers rendrait excellent dans sa simplicité gauloise :

Tout l'univers n'est qu'une cité ronde; Chacun a droit de s'en dire bourgeois, Le Scijthcct Maure au tant que le Grégeois (le Grec), Le plus petit que le plus grand du monde.

Il n'est pas étonnant que dans les premières années de ce siècle, lors du renouvellement des études en France, on ait reproduit par l'impression ces Quatrains souvent incorrects, mais d'une morale toujours pure, quoique moins sévère çà et là que celle de l'Evangile. Alors aussi les quatrains de M. Morel de Vindé ont eu de nombreuses éditions; ils ont même été traduits en vers latins par M. Victor Le Clercq (de Offtciis ad pueras telraslicha, etc., 1816). De nos ;ours encore, on a tenté d'introduire dans les écoles des livres du même genre : ils répondent eu effet à un besoin sérieux de l'instruction élémentaire.

Mais les distiques et les quatrains à la manière de Pibrac ne sont pas la seule composition moderne qui se rattache à l'ancienne tonne gnomique. Les Pensées de la Rochefoucauld et de ses imitateurs continuent en prose cette tradition de ^a philosophie sentencieuse. Les œuvres morales de Franklin pourraient aussi fournir de nom-

breux et curieux rapprochements avec les préceptes d'Hésiode et des anciens poètes gnomiques.

11 nous était impossible de suivre ici tous les développements d'une philosophie populaire, dont les origines remontent jusqu'à l'Orient où la ïiilile seule nous en offre deux exemples (VEcclésiaste et les Proverbes de Salomon), et dont on retrouve des exemples jusque dans les littératures d'un monde longtemps étranger au nôtre, comme dans celle du Mexique. Qu'il nous suffise d'avoir montré le rôle original des gnomiques grecs, qui représentent une des phases de la philosophie et surtout de la morale ancienne, et d'avoir rattaché à ces philosophes quelques-uns de leurs nombreux continuateurs dans les siècles suivants.

Pour plus de détails sur ce sujet, on pourra consulter : Fabricius, Bibliothèque grecque, X. 1, p. 704-750. édit. Harles; — les Recueils des poètes gnomiques, par Brunck, in-8, Strasbourg, 1784 ; par M. Boissonnade, in-18, Paris, 1823; — l'édition spéciale de Théognis, par M. Welcker, in-8. Francfort-sur-le-Mein, 1826; — les FJoetœ lyrici de Bergk, in-8, Leipzig, 1843; — les traductions de l'Évesque, in-8, Paris, 1783; et de Coupé, in-8, Paris, 1796; celle de Pillot, in-8, Douai, 1814; — les Poetœ minores de Gaisford, in-8, Oxford, 1814, et Leipzig, 1822; — les Opuscida Grœcorum scnlenliosa et moralia d'Orelli, in-8, Leipzig. 1818-1821 (ouvrage dont le second volume renferme aussi un Recueil de sentences des Hébreux et des Arabes, traduites en latin), 1837 ; — le recueil de sentences extraites et traduites des poètes indiens, par Demetrios Galanos (Athènes, 1845, in-8); — sur Evénus, G. Wagner, Dissertation sur les deux Evénus, Breslau, 1838, in-8; — sur les sentences de Varron, l'édition de M. Vincent Devit (Padoue, 1843) et celle, avec notes critiques et traduction, de M. Chappuis (Paris, 1856, in-12) ; — sur Dionysius Caton, l'édition et la dissertation de M. J. Travers, Falaise, 1827, in-8; — sur les Quatrains de Pibrac et de ses deux continuateurs, la Bibliothèque de Goujet, t. XII, p. 263-287, 466-467; — l'éditeur anonyme des Distiques de Caton et des Quatrains de Pibrac, in-8, Paris, 1802; — Dabas, de Gnomica grœcorum philosophia, in-4, Paris, 1822; — J. Poumay, Théognis et Solon, dans les Mémoires de la Société littéraire de Vuniversilé catholique de Louvain, 1848; — Louis Ménard, la Morale avant les philosophes, Paris, 1860, in-8; — Ad. Garnier, de la Morale dans Vantiquité, Paris, 1865, in-12. E. E.

GNOSTICISME. On désigne sous ce nom un ensemble de doctrines religieuses et philosophiques qui ont été professées au nom de la gnose (yvwfftç. connaissance ou science supérieure, mystérieuse) par un grand nombre d'écoles, sorties, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les unes du judaïsme, les autres du christianisme et du polythéisme, toutes désignées sous la dénomination commune de gnosliques, en raison de la communauté de certains principes, si diverses que fussent d'ailleurs les nuances qui les distinguaient. Nuus allons indiquer successivement Vorigine et Y enseignement, les ramifications et les progrès, les destinées et la chute de ces écoles; mais nous devons avouer dès le début que nous ne pouvons plus apprécier le giuisticisme aujourd'hui, si ce n'est d'après quelques lambeaux de textes, quelques monuments peu intelligibles, et d'après les écrits de ceux qui l'ont réfuté avec tous les sentiments d'une sainte horreur pour iclte doctrine. C'est qu'une erreur fondamentale a longtemps régné à l'égard des gnostiques : on les a pris pour des déserteurs du christianisme, pour des hérétiques. Ce point de

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vue, fondé pour quelques-uns de ces docteurs, est le plus faux de tous à l'égard du grand nombre, et il a nécessairement faussé l'opinion sur leur compte. Or, ce point de vue est très-ancien. Il domine déjà dans les écrits d'Origène, de Clément d'Alexandrie, de saint Ëpiphane, de presque tous les écrivains qui ont traité du gnosticisme dans les siècles primitifs. Il s'est propagé jusque dans ces derniers temps. A cette erreur dogmatique, qui a dû en enfanter beaucoup d'autres, il faut substituer aujourd'hui la vérité historique pour amener une appréciation plus calme. L'ère de la critique introduite dans ce domaine comme dans t@us les autres, il n'y aura plus pour le gnosticisme ni hostilité ni sympathie ; il n'y aura plus pour lui que de la justice. Toutefois il n'est pas facile de faire pénétrer un jour complet dans l'histoire d'un parti qui a toujours aimé le mystère, et qui a voilé son origine comme son enseignement.

I. Son origine est placée d'ordinaire au commencement du ii' siècle ; mais elle remonte plus haut. Le gnosticisme parut à peu près à l'époque où le polythéisme et le judaïsme furent attaqués l'un et l'autre par le christianisme ; et dès son début il manifesta la prétention de remplacer ces trois systèmes en leur empruntant leurs principes les plus élevés. L'éclectisme régnait alors dans le monde ancien, dont les peuples les plus célèbres, puissamment agités par le génie de la Grèce, étaient puissamment gouvernés par le génie de Rome. Cet éclectisme variait de contrée à contrée, d'une école à l'autre : mais il dominait en philosophie comme en religion, en politique comme en morale. En offrant un éclectisme plus complet que tout autre, en embrassant l'Orient et l'Occident, en résumant la cosmogonie, la théogonie, l'éonogonie, la pneumatologie et l'anthropologie de toutes les écoles, les gnostiques se flattèrent de l'emporter sur toutes. Ils s'emparèrent donc des textes de toutes ; mais ils les interprétèrent à leur manière, et, déclarant faux ceux qui les contrariaient, ils dirent aux polythéistes : « Vous n'avez plus de religion et plus de philosophie; vous n'avez plus que de la mythologie et du scepticisme. » Ils dirent aux juifs : « Votre révélation ;n'est pas de l'Être suprême ; elle est l'œuvre d'une divinité secondaire, du démiurge ; vous ne connaissez donc ni l'Être suprême, ni sa loi. » Ils dirent aux chrétiens : « Votre chef est une intelligence de l'ordre le plus élevé; mais ses apôtres n'ont pas compris leur maître, et, à leur tour, leurs disciples ont altéré les textes qu'on leur avait laissés. » Ils dirent à tous : « En vertu d'une science qui émane directement de la sagesse divine, et qui nous a été secrètement transmise de génération en génération, par une race sainte, nous venons vous enseigner la vérité; faites-vous initier à nos mystères. »

On le voit bien, ces docteurs rendaient justice au caractère général du christianisme ; mais ce n'étaient pas des chrétiens devenus infidèles, des hérétiques : c'étaient, au contraire, des théosophes ou des philosophes aussi indépendants du christianisme que de toute autre religion. Les uns montraient plus de prédilection pour le judaïsme, les autres pour le polythéisme; mais ni les uns ni les autres ne prétendirent y soumettre les esprits, ou contester certaines idées chrétiennes ; ils ne prétendirent pas non plus accepter toutes les idées exposées dans les évangiles ou dans les épîtres. Au premier aspect, les gnostiques ne sont que des thcosophes : ce ne sont ni des philosophes qui suivent la raison ni des fidèles qui suivent la religion. En effet, ils parlent d'ordinaire au nom d'une science mysté-

rieuse, d'une tradition secrète ; ilsne parlent pas au nom de l'intelligence humaine. Cependant ils agissent, ils enseignent au nom de la raison. Leur méthode est analogue à celle de Philon, qui rattache à des écrits révélés toute la philosophie qui lui convient, même celle qui ne convient pas du tout aux textes qu'il paraît suivre. On a cru retrouver l'origine même du gnosticisme dans Philon. C'était lui assigner un berceau trop étroit. Philon lui a fourni des aliments, il ne lui a pas donné le jour. Au moment où naquit le gnosticisme, deux autres écoles se trouvaient dans Alexandrie à côté de celle de Philon, le plus illustre et presque le seul représentant de l'école juive de cette savante cité : c'étaient l'école grecque, qui est si connue maintenant, et l'école égyptienne, qui ne l'est pas encore. Or, ces deux écoles ont contribué l'une et l'autre, comme celle de Philon, à la naissance, à l'éducation et à l'entretien du gnosticisme; mais aucune des trois ne l'a fait naître. Le gnosticisme ne naquit pas et n'eut pas son berceau en Egypte. Où faut-il chercher ce berceau? Est-ce en Perse et en Chaldée, ou bien dans l'Inde et dans la Chine? On est allé jusquelà, mais on a été trop loin. Sans doute, il se trouve des éléments bouddhistes, chinois, indiens, persans et chaldéens dans les doctrines des gnostiques, comme il s'y trouve des éléments grecs, judaïques et égyptiens; mais d'abord ce n'est qu'en Syrie, qu'en Palestine, que ces éléments sont devenus des corps de doctrine ; ensuite c'est du sein du judiïsme que sont sortis les premiers fondateurs ou les précurseurs de la gnose. Simon, Ménandre, Dosithée et Cérinthe étaient juifs. C'est là ce qui explique les rapports primitifs de la gnose avec la kabbale (voy. ce mot). Les gnostiques d'Egypte ont modifié profondément les doctrines de leurs prédécesseurs de la Syrie et de la Palestine ; ils en ont fait de vastes systèmes, et quelques-uns de ces systèmes ont été hostiles au judaïsme; néanmoins les vestiges de la kabbale se retrouvent dans tous ces systèmes, et jusque dans celui de Valentin, qui paraît le plus s'éloigner du judaïsme.

Les noms de Cérinthe et de Simon, personnages que certains critiques traitent de simples précurseurs de la gnose, mais qui en furent les véritables fondateurs, indiquent suffisamment que ces doctrines sont à peu près contemporaines de celles des apôtres du christianisme; car les deux chefs que nous venons de nommer se sont trouvés en rapport d'antagonisme avec saint Pierre, saint Paul et saint Jean. On a relevé dans les Epîtres de ces derniers, aussi bien que dans VÉvangile de saint Jean, une série d'allusions qui mettent ce fait hors de doute (Histoire du Gnosticisme, t. I, p. 190, 2' édition). L'époque de la naissance du gnosticisme ainsi établie, nous passons à son enseignement.

IL Dès leur origine, les gnostiques, qui ont beaucoup varié et qui ont singulièrement développé leurs idées primitives dans le cours des siècles, professèrent néanmoins un certain nombre de principes auxquels la plupart de leurs écoles sont demeurées fidèles. Emanation du sein de Dieu de tous les êtres spirituels, dégénération progressive et affaiblissement commun de tous à chaque degré d'émanation, rédemption, et retour de tous dans le sein de leur Créateur, et par là rétablissement de la primitive harmonie et de la félicité divine : voilà les éléments constitutifs du gnosticisme à toutes les époques. A ces éléments essentiels, il s'en rattache d'autres qui sont plus secondaires, et qui varient d'une école à l'autre : tels sont, par exemple, ces dogmes, que la gnôsis est une tradition propre à une race sainte; qu'elle est une science supérieure à

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