‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 140 sur 439 · U1UM · texte numérisé non relu

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l'idée d'une qualité, d'une manière d'être : enfin l'opération de l'esprit qui attribue ou refuse la qualité à la substance, qui affirme que l'être est ou n'est pas d'une certaine manière, que le sujet possède ou exclut un certain attribut. Il devra donc y avoir trois espèces de mots essentielles à toutes langues : l'expression de la substance, celle de la qualité, celle de l'affirmation portée sur le lien qui les unit : ce sont le substantif ou nom, l'adjectif et le verbe. Verbe veut dire parole; c'est qu'en effet ce mot est celui qui constitue véritablement la parole : on ne parle que pour se comprendre, et sans le verbe, sans l'affirmation qu'il exprime, les mots n'auraient plus aucun sens, ou du moins aucune valeur; ce seraient des pierres sans ciment.

C'est précisément parce qu'il ne peut y avoir de proposition sans verbe, tout comme il n'y a point de jugement sans la perception d'un rapport entre deux idées, et parce qu'en réalité il n'y a qu'un verbe (être), toujours le même, exprimant ce rapport toujours le même, que le verbe peut très-souvent être sous-entendu. C'est ainsi que les enfants parlent assez longtemps sans faire usage du verbe et qu'il existe, dit-on, des langues à l'état d'enfance qui n'ont point de verbes, même le verbe être. Le substantif, l'adjectif, le verbe, exprimé ou sous-entendu, sont les seules parties vraiment essentielles du discours et par conséquent les seules espèces de mots absolument nécessaires. Les autres éminemment utiles ne sont cependant pas indispensables à l'expression grossière de la pensée. Aussi ne les trouve-t-on pas dans toutes les langues. Les autres espèces de mots expriment généralement certains rapports entre nos idées, autres et moins importants que celui qui constitue le jugement, ou certaines modifications de nos pensées, ou bien sont de simples auxiliaires. Voilà pourquoi différentes langues peuvent exprimer les mêmes eboses, les mêmes modifications de la pensée de manières très-différentes. C'est aussi la Grammaire générale qui étudie comment les principales modifications de la pensée sont représentées dans le langage. Elle peut même entrer dans le détail et expliquer par exemple le rôle des parties secondaires du discours dans les principales langues classiques ou européennes, ou particulièrement dans la langue française.

Le substantif, l'adjectif et le verbe suffiraient à exprimer toutes nos pensées, si les objets dont nous nous occupons étaient toujours considérés isolément; mais le plus souvent ils ont des rapports avec d'autres objets; il devient alors nécessaire d'exprimer ces rapports. Quand je dis : Dieu est bon, le sujet et l'attribut expriment chacun une seule idée, dégagée de tout rapport, et ils doivent alors être exprimés chacun par un seul mot ; niais si je dis : Les dieux des païens étaient indignes de respect, le sujet les dieux est en rapport avec les mots les païens qui le déterminent, et l'attribut indignes est en rapport avec les mots de respect qui en complètent l'idée. Ces rapports que les Latins exprimaient par un cas, sont ici exprimés par le mot de. Les imairiens ont nommés préposition cette nom ' parce qu'elle se place

alement avant le nom qui est en rapport avec le sujet ou l'attribut et qui en complète l'idée.

11 peut de même y avoir des liens entre les faits, entre les jugements, et par conséquent entre les propositions qui les expriment, et il faudra une cinquième espèce de mots pour exprimer ces rapports d'un nouveau genre : c'est l'office de la conjonction. La conjonction unit les propositions entre elles, comme la préposition unit les mots.

L'article, le pronom, le participe, l'adverbe, Vinterjection ne sont guère que des subdivisions ou des composés des autres parties du discours.

Varticle exprime une modification particulière du substantif; il annonce qu'il doit être pris dans un sens concret et non dans un sens abstrait, qu'en outre il doit être envisagé sous le rapport de son étendue, comme le nom d'un genre ou d'un individu. C'est ce qu'on sentira immédiatement en prenant quelque exemple où le même substantif soit employé avec l'article et sans l'article. V homme lâche n'est pas homme : dans cet exemple, l'article placé devant homme lâche, qui forme le sujet, indique que le mot homme est pris dans un sens déterminé; c'est le nom d'une classe, celle des hommes lâches ; dans l'attribut, homme est pris dans un sens abstrait, indéterminé, comme exprimant seulement l'ensemble des caractères qui font qu'un homme est homme : c'est ce qu'indique l'absence de l'article. On le voit, l'article ne fait qu'exprimer une face, une manière d'être des substances. Or c'est là l'office des adjectifs. Au reste, l'article est tellement loin d'être une partie essentielle du discours, que nombre de langues, à commencer par la langue latine, ne le connaissent pas ou le remplacent par des adjectifs, soit par l'adjectif numéral, soit par l'adjectif démonstratif; et pour les langues mêmes qui l'admettent, rien de plus arbitraire que l'usage qu'elles en font, les unes l'omettant quand les autres l'emploient, et la même langue pouvant à volonté l'omettre ou l'employer.

C'est à l'adjectif encore que doit se rapporter le participe. Il n'en est évidemment qu'une espèce ou une forme, et n'en diffère que par des circonstances d'origine tout à fait indifférentes ou par des propriétés purement accessoires. S'il vient du verbe, s'il participe jusqu'à un certain point de sa nature en ce qu'il admet des changements de temps et peut même avoir un régime, il remplit du reste toutes les fonctions de l'adjectif ; il en subit toutes les modifications, il est soumis aux mêmes règles grammaticales; il n'est donc qu'un adjectif.

Le pronom, comme le dit sa dénomination tient la place du nom ; il en remplit toutes les fonctions, il en subit toutes les modifications de genre, de nombre; seulement il joint à l'idée de la personne ou de l'objet dont il remplace le nom l'idée du rôle que cette personne ou cet objet joue dans l'acte de la parole. Or c'est là une fonction accessoire qui peut mériter d'être notée, mais qui ne change en rien la nature du nom ; c'est une nuance dans la manière d'exprimer la substance, mais ce n'est pas un caractère essentiel et distinctif qui puisse donner lieu à la création d'une nouvelle espèce de mot. Le pronom n'est donc qu'une forme du nom.

L'adverbe s'ajoute au verbe ou même à l'adjectif pour en modifier le sens; il est lui-même un véritable adjectif.

L'interjection n'est pas, à proprement parler, un élément de la proposition; c'est une proposition entière, c'est l'expression d'un sentiment vif, d'une pensée complète, mais qui est encore dans sa forme primitive, dans sa complexité, son indivisibilité natives.

La grammaire générale ne se borne pas à faire connaître les différentes espèces de mots dont se servent les langues pour exprimer la pensée sous ses formes principales; elle doit encore approfondir chacune d'elles, envisager chaque partie du discours dans les modili nt elle est sus-

ceptible, dans ses applications div< rses, dans les subdivisions qu'elle admet. Klle doit aussi traiter des combinaisons des mots, nous apprendre corn-

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