‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 141 sur 439 · GRAM · texte numérisé non relu

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ment, en se combinant, ils influent les uns sur les autres, soit qu'ils s'accordent, soit qu'ils se gouvernent: comment enfin ils se coordonnent et se construisent. Ces diverses questions donnent naissance à deux parties de la science, dont la première a été nommée lexicographie et la seconde syntaxe. Nous ne pouvons ici qu'en indiquer la place.

Dans ces nouvelles recherches, la grammaire générale sera encore guidée par la psychologie. C'est en effet parce qu'il y a dans notre esprit des idées générales et des idées individuelles qu'il y a des noms communs et des noms propres ; c'est parce que nous avons des idées d'unité et de pluralité qu'il y a dans plusieurs espèces de mots des nombres (singulier, pluriel, duel): c'est parce que nous pouvons distinguer dans les êtres des qualités qui leur sont propres et d'autres qualités qui n'existent que par rapport à nous et naissent de la manière dont nous envisageons les choses, que l'on a divisé les adjectifs en qualificatifs et déterminatifs; c'est parce que notre esprit est fait pour connaître et diviser les parties de la durée que nous trouvons dans les verbes des temps ou des formes particulières pour distinguer le présent, le passé, l'avenir ou le futur; c'est enfin parce qu'en portant des jugements sur les faits, l'affirmation est différemment modifiée, selon que ces faits nous apparaissent comme positifs, comme conditionnels, comme dépendant les uns des autres, qu'il existe dans les verbes des modes correspondants (indicatif, conditionnel, subjonctif, etc.).

Nous en dirons autant de l'ordre dans lequel se rangent les mots, des constructions diverses qu'ils admettent, construction tantôt directe, tantôt inverse. Quoi de plus capricieux en apparence que ces changements perpétuels qu'offrent dans les différentes langues ou dans une même langue l'ordre et la disposition des mots? On ne s'en rendra compte encore qu'en remontant à l'esprit lui-même, qu'en reconnaissant l'ordre dans lequel se succèdent nos pensées, nos sentiments. L'esprit est-il calme, n'écoute-t-il que la voix de la raison : les mots s'ordonneront conformément à l'ordre naturel. L'âme est-elle au contraire agitée par quelque émotion vive, par quelque passion violente : cet ordre sera bouleverse et fera place à celui que prescrit la gradation des sentiments.

Sans mentionner Platon, chez lequel on ne rencontre que quelques vues sur le langage (notamment dans le Cralyle), c'est Aristote qui dans son traité de l'Interprétation et dans ses Analytiques, où il fait la théorie de la proposition et du raisonnement, a donné les premiers essais de grammaire générale. Ce sont ses disciples et ses commentateurs, Ammonius, ApolloniusDyscole, Boëce, Priscien, qui ont continué et développé son œuvre. Et dans les temps modernes, c'est aux solitaires de Port-Royal, aux auteurs de la Logique, que l'on doit la première Grammaire générale et raisonnce. Les écrivains qui après eux ont le plus fait pour cette science, sont Dumarsais, Duclos, Condillac, Destutt-Tracy, Thurot et Harris. Les Grammaires de Bcauzée, de Sacy, ne sont guère que le recueil et le résumé de leurs travaux. Cette dernière, ouvrage d'un des plus savants polyglottes des temps modernes, confirme d'une manière éclatante par la comparaison des idiomes les plus divers les principes adoptés jusque-là sur la foi de la philosophie.

Outre les ouvrages qui viennent d'être indiqués, on peut mentionner encore la Grammaire générale ou Philosophie des langues, par M. Albert -Montémont, 2 vol. in-8, Paris, 1845. N. B.

GRANDEUR, voy. Quantité et Mathémati~

QUES

GRATRY (Auguste), théologien et philosophe français, né à Lille en 1805, passa les premières années de son enfance en Allemagne, où son père avait dû suivre les armées françaises. Rentré en France avec lui après nos désastres, il fit se3 études au collège de Tours, puis a celui do Saint-Louis à Paris, et couronna son année de philosophie par un double succès au concours général. Jusqu'à l'âge de dix-sept ans, il était resté étranger à toute idée religieuse et particulièrement hostile au catholicisme. Une brusque révolution achevée en une seule nuit ramena son esprit à la foi. Lui-même nous a fait le récit « de ce grand événement » ; et on ne peut le lire sans songer aux pages célèbres où Jouffroy a laissé la confidence d'une crise qui eut un autre dénoûment. Des deux côtés, c'est la même question qui s'agite, ce sont les mêmes angoisses, la même horreur du doute; mais il n'y a nulle ressemblance entre ces deux âmes qui se tourmentent en face du même problème; les raisons qui les touchent et les décisions qu'elles prennent n'ont rien de commun. Jouffroy méditatif et patient, tout aussi désireux d'éviter l'erreur que d'atteindre la vérité, se résout de sang-froid^ avec une sorte de tristesse, et cède à l'autorité de sa raison, sans savoir encore où elle le mènera; Gratry ne doit pas sa vocation à de longues réflexions, mais à une vision qui sera suivie de beaucoup d'autres; il est emporté par le mouvement de son imagination et de son cœur vers un avenir qui n'a rien d'inconnu pour lui; et décidé à se faire le défenseur de la vérité chrétienne, il échappe au doute avec un enthousiasme qui rappelle « les pleurs de joie » de Pascal. Dès ce moment, il est assuré dans sa voie, et songe seulement a trouver les moyens d« la parcourir sans encombre. Il se prépare toutes les ressources que la littérature, la philosophie et la science peuvent lui promettre. Il commence par entrer à l'École polytechnique, pour y étudier ces sciences exactes, où il devait plus tard puiser des arguments contestables, et pour lesquelles il avait plus de goût que de véritables dispositions. Ses succès y furent médiocres, et il fut envoyé en qualité de sous-lieutenant d'artillerie à l'Ecole d'application de Metz. Il éprouve alors quelque défaillance dans sa ferveur : la discipline catholique l'effraye par sa rigueur; il se demande si elle ne sacrifie pas ce monde à l'autre, et si elle n'ajourne pas après la mort toute espérance de bonheur. Animé d'un amour ardent pour les hommes, il hésite à leur proposer une doctrine toute de renoncement. Mais une seconde vision vient dissiper ses doutes : il est ravi en esprit dans une ville idéale « celle dont tous les habitants s'aimaient », il y vit des mois entiers, et se donne le spectacle de la félicité d'un peuple soumis à la loi du Christ. Il est donc sûr en la défendant de satisfaire les deux grandes passions de son âme, le sentiment du devoir et l'amour de l'humanité; et malgré la résistance de sa famille. il va s'enfermer à quelques lieues de Strasbourg dans le couvent des rédemptoristes de Beichemberg où il reste jusqu'en 1830. Il se lie alors avec un autre prêtre éminent, comme lui sorti d'une grande école, l'abbé Bautain, et prend part avec lui à l'enseignement dans le petit séminaire de Molsheim. Les réformes que les deux amis méditaient pour rendre la vie à la théologie n'eurent pas l'assentiment de l'évêque de Strasbourg. L'abbé Gratry, après s'être soumis, comme il le fit toujours, à l'autorité ecclésiastique, se rendit à Paris, dirigea quelque temps le collège Stanislas et devint en 1846 aumônier de l'École normale.

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