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thode est supérieure aux résultats. 11 n'attache pas beaucoup d'importance aux doctrines philosophiques, mais il en attache une grande à la méthode philosophique, c'est-à-dire à la dialectique, qui n'est autre que l'art de discuter. Discuter ses propres opinions ou celles d'autrui, se rendre compte de ce qu'on pense, n'être dupe d'aucun préjugé, voir en toutes choses le pour et le contre, tirer de son propre esprit par la réflexion, de l'esprit des autres par l'enseignement et l'interrogation, ce qui y est sourdement, obscurément, voilà la méthode socratique, platonii ienne, philosophique par excellence : c'est la liberté d'examen. Par là, la philosophie est sans prix, mais elle ne va pas plus loin : c'est une méthode, c'est un instrument, c'est un stimulant d'activité ; ce n'est pas une doctrine. Cependant parmi les diverses philosophies, il y en a une pour laquelle M. Grote ne dissimule pas ses préférences : c'est la philosophie de l'expérience, et en morale la doctrine de l'utilité. Mais au-dessus de ses propres opinions, il place la méthode philosophique elle-même ou la libre discussion. Pour tout dire, en un mot, il n'admet pas qu'il y ait une vérité absolue ; mais chacun se fait sa vérité à ses risques et périls par le déploiement libre de sa propre activité ; et c'est ce déploiement même qui est important ; car la pensée est bonne par elle-même indépendamment de son contenu. — Grote se proposait d'appliquer la même méthode d'analyse aux écrits d'Aristote ; mais il n'a pu achever ce travail. Son ouvrage, publié après sa mort (Arisloteles, London, in-8. 1872), ne contient qu'un certain nombre d'écrits. Nous devons encore signaler ses Minod Works, publiés récemment (1873) par M. A. Bain, et qui, outre des essais de critique historique, contient quelques morceaux de philosophie, entre autres, un examen du livre de Mill sur la philosophie d'Hamilton, et quelques fragments inédits (Papers of philosophy), dont le dernier est un examen du livre de M. Taine sur l'intelligence. Enfin, pour ne rien oublier, citons un ouvrage qui vient de paraître en Angleterre, et qui a été rédigé par Grote. sur les papiers de Bentham, sous ce titre: Influence de la religion naturelle sur le bonheur temporel du genre humain. P. J.
GROTIUS (Hugo de Groot). Le nom et les ouvrages d'Hugo Grotius ne se rapportent qu'indirectement à la philosophie. Son livre sur la Vérité de la religion chrétienne appartient plutôt à la critique historique et théologique qu'à la philosophie proprement dite. Le célèbre traité du Droit de la paix et de la guerre, qui a fait si longtemps autorité dans les relations diplomatiques, est avant tout un ouvrage de droit international, où les cas les plus généraux de cette science sont résolus d'après certains principes empruntés, les uns au droit romain, les autres à la seule raison, c'est-à-dire au droit naturel; d'autres enfin à l'autorité de l'histoire. Mais, à l'époque où il écrivait, la renaissance comptait déjà plus d'un siècle, et la philosophie, renouvelée sous la forme antique, tendait à se faire jour dans les travaux de l'esprit. Né au sein du protestantisme, Grotius retenait quelque chose de la liberté qui avait donné naissance à la réforme, et qui, quoique timide encore, jetait dans la science un reflet de l'indépendance qui lui ét;iit commune avec le renouvel leincnt des études littéraires. C'est sous cette double impression de son génie et de son Biècle, que Grotius tenta de rattacher ses travaux à il- OS philoso-
phiques, et donna du droit naturel la définition suivante [du Droit de la guerre et de la paix, liv. I, ch. i, § 10): «Le droit naturel est une règle qui nous est suggérée par la droite raison,
d'après laquelle nous jugeons nécessairement qu'une action est injuste ou morale, selon sa conformité ou sa non-conformité avec la nature raisonnable, et qu'ainsi Dieu, qui est l'auteur de la nature, défend l'une et commande l'autre. »
Cette définition, trop peu circonscrite, puisqu'elle renferme à la fois l'idée du droit et celle de la morale, est avec raison abandonnée aujourd'hui. Mais si nous nous reportons à l'époque où elle fut introduite dans l'étude du droit, on reconnaîtra qu'elle marqua un progrès dans cette science. Grotius vécut de la fin du xvie siècle au milieu du xvne. Lorsqu'il naquit, le duc de Guise balançait en France l'autorité de Henri III; il avait un peu plus de vingt ans lorsqu'il fut mêlé, dans sa patrie, aux disputes des gomaristes et des arminiens, et manqua périr comme le grand pensionnaire. Ces temps, où la violence était partout maîtresse, ne pouvaient être favorables au droit. D'ailleurs, depuis plusieurs siècles, l'idée s'en était obscurcie ou tout à fait perdue en Europe. Aux notions, encore vagues peut-être que l'antiquité avait transmises à l'ère chrétienne, et que plusieurs Pères avaient recueillies pour les mettre en harmonie avec la loi nouvelle, avait enfin succédé un droit fondé sur quelques passages de la Bible. Il s'était peu à peu résolu dans la volonté absolue des souverains pontifes; la puissance royale avait sur plusieurs points réagi contre cet arbitraire, plutôt poussée par l'instinct de sa conservation que guidée par l'idée bien définie d'un droit quelconque. Lorsqu'à des peuples ballottés entre l'autorité pontificale et la puissance despotique des princes, on invoqua le principe absolu d'une règle qui nous est suggérée par la droite raison, ce principe dut éclairer, comme d'une lumière nouvelle, des esprits préparés d'ailleurs à l'accepter par la culture renaissante des lettres et de la philosophie.
On comprend donc que l'esprit philosophique de notre époque ait attribué à Grotius une part remarquable dans les progrès que les temps modernes ont vu faire à la science du droit naturel. Mais on peut se demander jusqu'à quel point le principe qu'il a émis lui appartient en propre, et s'il ne le doit pas aux siècles immédiatement antérieurs, ou à l'antiquité dont les trésors littéraires venaient de se rouvrir.
Il ne serait pas exact de croire que la philosophie du moyen âge ait méconnu ce qu'il y a d'absolu dans le droit et dans la morale, et qu'elle se soit humblement conformée aux prétentions despotiques des pouvoirs contemporains. C'est la gloire de la philosophie d'élever nécessairement l'esprit de l'homme jusqu'à l'absolu, aussitôt que sa lumière commence à le guider. C'est là son terme inévitable; elle y arrive, ou elle n'est pas. Aussi plus d'un grand esprit du moyen âge réagit-il par des idées généreuses contre les prétentions intéressées et capricieuses de l'autorité, et rappela les doctrines indépendantes et vraiment chrétiennes des premiers siècles de L'Église. Mais il faut reconnaître que plusieurs circonstances contribuèrent à empêcher les réformés du xvi" siècle de puiser à cette source. La scolastique était devenue suspecte à l'enthousiasme renaissant des admirateurs de l'antiquité, et d'un autre côté, quels que fussent les principes de la philosophie théologique des . ils n'avaient jamais exercé d'influence sur les actes de l'autorité religieuse; on était même tenté de les croire, dans certains cas, complices de ses écarts. Si donc la doctrine d'une raison universelle et absolue, appliquée au droit naturel, n'appartient pas en propre à Grotius, s'il n'a fait que la renouveler, c'tsf
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