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?urtout chez les anciens que nous devons la trouver.
Et en effet, il est facile de s'en assurer. Le fragment des livres de la République de Cicéron, conservé par Lactance, nous offre la pensée de Grotius sous une expression beaucoup plus précise. Est quiclzm vera lex. dit le jurisconsulte romain, recla ratio, naturœ congruens, diffusa in omnes, conslans, sempiterna quœ vocet ad officium jubendo, vetando a fraude delerreat. Ainsi que l'auteur du Droit de la guerre et de la paix, c'est Dieu queCicéron considère comme donnant par sa volonté la légitimité à cette loi. Erit communis quasi magisler et imperator fleus ille, legis hujus inventor , disceptator, lalor, etc. 11 est facile, pour peu qu'on soit versé dans l'histoire de la philosophie, de reconnaître, dans ces paroles, la partie la plus élevée de la tradition stoïcienne, celle par laquelle cette école se rattache aux doctrines de Platon.
Grotius a donc le mérite d'avoir rappelé dans un temps favorable, et avec une indépendance d'esprit qui lui fait honneur, des principes trop longtemps oubliés; on ne saurait lui attribuer la gloire de les avoir découverts. Mais ces principes qu'il remit en lumière avec tant d'opportunité et de bonheur, ne les a-t-il pas quelquefois perdus de vue? Toutes ses conséquences en sortentelles rigoureusement? quelques-unes n'en sontelles pas la destruction? Ce serait trop demander au génie de Grolius, que d'exiger du même écrivain d'avoir réformé les principes, sans avoir faibli dans quelques-unes des conséquences. Cette insuffisance lui est commune avec tous les hommes qui ont porté la réforme dans quelque partie de la science. On doit reconnaître, cependant, que la rectitude des principes l'a souvent heureusement guidé dans les nombreuses applications qu'il a été appelé à en faire dans son traité du Droit de la guerre et de la paix, en convenant toutefois qu'il ne s'est pas toujours soigneusement gardé de quelque faveur pour le despotisme. Il obéissait en cela aux préjugés contemporains que l'on ne secoue jamais tout entiers. La réforme d'ailleurs avait eu besoin de l'appui de plusieurs princes temporels, et, si quelquesuns d'entre eux avaient accepté avec plaisir la force qu'ils y puisaient contre les prétentions de Rome, ils ne paraissaient pas y trouver un motif suffisant de renoncer à leur despotisme, et n'entendaient pas qu'on l'attaquât. De là la nécessité où se trouva plus d'un écrivain protestant, de ne pas désapprouver des mesures et des faits que le véritable esprit de la réforme ne pouvait cependant manquer de condamner.
Quels que fussent les liens qui pesaient sur le génie de Grotius et retenaient sa plume, il chercha sincèrement les solutions les plus équitables, et, s'il n'y parvint pas toujours, son siècle en est plus coupable que lui. La pureté de ses intentions et l'élévation de son esprit lui donnèrent le droit de s'adresser, en finissant son traité, aux princes chrétiens dans les termes suivants : « Je prie donc Dieu, qui seul en a le pouvoir. qu'il lui plaise de graver ces maximes dans le cœur de ceux à qui sont confiées les affaires de la chrétienté; qu'il lui plaise d'éclairer leurs esprits des lumières du droit divin et du droit humain, et de leur inspirer sans cesse cette pensée : qu'ils sont les ministres de Dieu, établis pour gouverner les hommes, les plus chères de ses créatures. »
Né à Delft, en Hollande, le 10 avril 1583, Grotius se distingua de bonne heure par sa science et son génie. Mêlé aux infortunes de Barneweldt, il fut condamné à une prison perpétuelle de laquelle il parvint à s'échapper, et de-
meura onze ans dans les Pays-Bas catholiques, vivant d'une pension que lui faisait le roi Louis XIII. Il rentra dans son pays vers l'année 1630, d'où, malgré la protection du prince d'Orange, il fut obligé de s'exiler de nouveau. Il se retira à Hambourg, qu'il ne tarda pas à quitter, sur l'invitation de la reine Christine, qui l'éleva dans ses États, à la dignité de conseiller ; elle l'envoya bientôt auprès de Louis XIII, où il resta encore près de onze ans. A la suite de cette ambassade, ayant revu Christine à Stockholm, et obtenu la permission de se retirer dans sa patrie, il s'embarqua pour revenir en Hollande; mais le vaisseau qui le portait échoua sur les côtes de Poméranie. Grotius continua sa route par terre, quoique infirme; et la fatigue ayant augmenté son mal, il mourut le 28 août 1645, à Rostock, où la maladie l'avait forcé de s'arrêter. Il était âgé de soixante-deux ans.
Beaucoup de ses ouvrages ont rapport à la polémique religieuse de son temps; aucun ne peut être rangé dans la philosophie proprement dite. Nous avons remarqué l'unique point où cette science est intervenue dans ses ouvrages ; l'application qu'il en a faite est assez importante pour marquer sa place dans l'histoire de la philosophie du droit.
Le traité de Jure belli et pacis a été publié à Paris, en 1626, in-4, et traduit en français par Barbey rac, Amsterdam, 1724, 2 vol. in-4. Une nouvelle traduction française du même traité a été publiée par Pradier-Fodère, le Droit de la guerre et de ta paix, 3 vol. in-8, Paris, 1865- 1866. — On peut consulter : Gaspard Branl, Vie de Grolius, en hollandais, Amsterdam, 1727; — Burigny, Vie de Grolius, Paris, 1750. H. B.
GUENARD (Antoine), né en 1726 à Daublani en Lorraine, entra en 1754 dans la compagnie de Jésus, et devint aussitôt préfet du collège de Pont-à-Mousson. En 1755 l'Académie française avait mis au concours cette question : « En quoi consiste l'esprit philosophique, conformément aux paroles de saint Paul, non plus sapere quam oportet sapere?» Guénard composa sur ce sujet un discours, qui fut couronné, et jugé supérieur à tous ceux qui jusqu'alors avaient obtenu cette distinction. Il a été publié la même année, et souvent réimprimé, notamment à Paris en 1843. Laharpe en fait un grand éloge, et s'étonne « qu'un homme qui écrivait si bien soit resté depuis dans une entière inaction, ou du moins dans un silence absolu, et qu'il se soit refusé à son talent ou au public. » En effet, Guénard ne paraît avoir rien écrit hormis ce discours et un abrégé de la doctrine du P. Berruyer. Il avait, disent les historiens de son ordre, préparé pendant trente ans une réfutation de V Encyclopédie; mais au milieu des dangers qu'il courut pendant la Révolution, il en brûla le manuscrit. Il mourut en 1806. Les mérites qui ont valu à son Mémoire l'admiration des contemporains ont un peu vieilli. L'éloquence de ce morceau nous paraît un peu emphatique, et on y voudrait moins de rhétorique et plus de science. Mais il faut louer les sentiments généreux qui y sont exprimés, le respect pour la philosophie et pour la liberté dépenser, et l'enthousiasme pour la doctrine de Descartes, d'abord si mal accueillie par les jésuites. On a souvent cité les pages où Guénard représente « le génie puissant et hardi qui vint dire aux autres hommes que pour être philosophe, il ne suffit pas de cioire, mais qu'il fallait penser. » Il est un peu embarrassé quand il rappelle « les cris et la fureur de l'ignorance », quand il représente Descartes persécuté « comme novateur et impie » ; mais il s'en tire en attribuant cette animosité « aux philosophes irrités contre le