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qui ont été reconnues et condamnées, il en est de très-correctes. Pour n'en citer qu'un exemple, sur les dix modes sensibles de la première figure, les logiciens en condamnent six : deux entre autres parce qu'ils auraient une mineure négative, et qu'alors l'attribut de la conclusion nécessairement négative serait pris universellement, tandis qu'il aurait figuré dans la majeure, proposition affirmative, à titre d'attribut, c'est-a-dire de terme particulier. Mais cette règle tombe avec cet axiome que l'attribut d'une proposition affirmative est nécessairement particulier; et en fait, ce raisonnement, dont la mineure est négative, est très-correct : la modération est la condition de la vertu ; or, le fanatisme n'est pas la modération, donc le fanatisme n'est pas la condition de la vertu. Le majeur est dans la majeure avec toute son extension : la modération est toute la condition de la vertu ; il peut donc être dans la conclusion avec la même quantité. Niera-t-on cette proposition? On accordera du moins que la modération est quelque condition de la vertu, et alors rien n'empêche de conclure que le fanatisme n'est pas quelque condition de la vertu, en dépit de l'axiome qui décrète l'universalité de tout attribut d'une proposition négative. Ainsi au lieu de quatre modes concluants, Hamilton en compte trente-six, dont douze sont affirmatifs, et il en admet un égal nombre pour les deux autres figures, en excluant la quatrième qui n'a aucun fondement rationnel. On ne saurait passer sous silence, malgré l'aridité du sujet, cette tentative de réformer une science, si souvent proclamée parfaite : sans la discuter à fond, il est bon d'énoncer quelques réserves. Il y a dans ces subtiles analyses plus d'une erreur, et plus d'une illusion d'amour-propre, dans la prétention d'avoir causé une révolution en logique. Hamilton a voulu bannir de cette science tout ce qui concerne la matière de la connaissance, et la borner aux lois de la pensée ; il a poussé ce scrupule à l'extrême : voilà pourquoi il n'admet dans la logique qu'une induction stérile, un raisonnement par énumération complète, qui n'a rien d'instructif, et en tout cas ne mérite pas le nom de syllogisme ; voilà pourquoi il ne considère dans les termes d'une proposition que la notion formelle de leur quantité, leurs relations de tout et de partie, et veut oublier que nos affirmations portent sur des choses et non pas sur des rapports de contenant et de contenu : pour lui, parler et penser, c'est classer, et non pas connaître. De là des propositions si contournées que jamais l'esprit humain n'a songé à prononcer, et qui parfois ne sont ni intelligibles ni vraies. Aussi la réforme de la théorie du syllogisme, annoncée par lui en termes tranchants, ne doit pas être accueillie sans des corrections qui la réduiraient à un ingénieux complément de Yorganon; il est même à craindre qu'elle ne soit au fond très-opposée au progrès de la science, puisqu'elle complique hors de propos une doctrine qui tout au contraire aurait besoin d'être simplifiée. Les Leçons de logique ne remplaceront donc pas les Analytiques d'Aristote, et ne changeront rien d'important aux principes qui y ont été posés pour toujours ; mais Hamilton n'a pas eu cette ambition : il a voulu compléter ce monument et non le renverser; et si tout ce qu'il propose d'y ajouter ne peut être admis sans discernement, il y a un grand intérêt à connaître ses inventions, alors même qu'on les tient pour suspectes. La logique pure n'est pas en grand crédit; c'est faire preuve d'un grand caractère que d'y consacrer tant de talent; c'est aussi montrer une singulière puissance d'esprit
que de trouver des idées nouvelles dans une matière qui passe pour épuisée.
On peut consulter sur la philosophie d'Hamilton : L. Peisse. Fragments de philosophie par William Hamilton, Paris, 1840; — Préface. Ravaisson, Fragments de philosophie de Hamilton, Revue des Deux-Mondes, 1er novembre 1840; — Ch. de Rémusat, Hamilton, Revue des Deux- Mondes, 1er avril 1856, 1er mars 1860 ; — P. Janet, Hamilton et Sluart Mill, Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1869; — Stuart Mill, Examen de la philosophie de William Hamilton, traduit par M. Cazelle, Paris, 1869 ; — Baynes, Nouvelle analytique des formes logiques, Edimbourg, 1850 (anglais); — Ch. Waddington, Essais ds logique, Paris, 1857 ; — Ch. de Rémusat, Racon, sa vie, so7i temps, Paris, 1857, p. 316; — J. Lachelier, de Nalura syllogismi, Paris, 1871, p. 24; — Mansel, la Philosophie du conditionné, Londres (anglais) ; — Masson, Nouvelle philosophie anglaise, Londres, 1867 (anglais); — M' Cosh, État présent de la philosophie morale en Angleterre, Londres, 1868. E. C.
HARDOUIN (Jean) naquit en 1646, à Quimper, où ses parents avaient un commerce de librairie. Ses études terminées, il entra dans la Compagnie de Jésus après deux années d'épreuves et d'examen, professa quelque temps la rhétorique, succéda, en 1685, au P. Garnier, en qualité de bibliothécaire du collège de Clermont, et mourut dans l'exercice de cette fonction, le 3 septembre 1729, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
Le P. Hardouin s'était livré^ dès sa jeunesse, avec uhe incroyable passion a l'étude des langues savantes, de l'histoire, de la philosophie, de la numismatique et de la théologie. Son savoir était prodigieux, et son habileté comme critique non moins éminente. Il a laissé des éditions de Thémistius et de Pline le Naturaliste, qui sont de véritables chefs-d'œuvre d'érudition, et une collection des conciles, qui restera, malgré des lacunes regrettables, et bien que surpassée depuis par Mansi, comme un des plus beaux monuments élevés à la science ecclésiastique. Cependant, il faut le dire, ce qui a contribué le plus à perpétuer la mémoire du P. Hardouin, ce ne sont pas les services rendus par ce savant jésuite à la critique et à l'histoire, mais ses étranges hypothèses et son goût du paradoxe, qu'il a poussé jusqu'à [l'extravagance. C'est le P. Hardouin qui a découvert, dans sa Chronologie expliquée par les médailles, que l'histoire ancienne a été recomposée entièrement dans le xme siècle, à l'aide des ouvrages de Cicéron, de Pline, des Épîtres d'Horace et des Géorgiques, seuls monuments, à son avis, qu'on ait de l'antiquité. Il était persuadé, et il a essayé à diverses reprises d'établir que YËnéide n'est pas de Virgile; que le plan en est défectueux; que la versification y est hérissée d'épithètes mal choisies, de tournures vicieuses, et de solécismesqui seraient impardonnables chez un commençant, et qu'enfin la pensée mère du poëmeest odieuse : car il tend à glorifier le destin, dont il élève la fatale puissance au-dessus de celle de Vénus, de Junon, de JupUer lui-même, et de tous les dieux de l'Olympe. Le P. Hardouin se montrait tout aussi sévère à l'égard des Odes d'Horace, sinon qu'il ne les taxait pas, comme l'Enéide, d'impiété. Mais que de vers, à l'entendre, dénués d'harmonie, et plus voisins de la prose que de la poésie! Combien d'autres sans césure! Que de termes détournés de leur acception ! que de n^ologismes! que de tournures barbares 1 que d'erreurs! 11 est manifeste que ces chants apocry- ! pheSjObjel d'une admiration peu méritée n'ap-