‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 156 sur 439 · HAUS · texte numérisé non relu

HAUS

HEGE

Maintenant la question est de savoir si l'idée du hasard, telle que nous venons de la [définir, c'est-à-dire telle qu'elle existe dans le langage et dans l'histoire de la philosophie, correspond à quelque chose de réel. Autant vaudrait demander s'il y a des faits, nous ne dirons pas sans cause, car jamais cette idée ne nous abandonne, mais sans raison et sans loi; s'il y a des causes, et, par conséquent, des êtres, sans identité et sans permanence, sans aucune qualité ni aucun attribut déterminé, ou, ce qui revient au même, sans durée. Posé dans ces termes, le problème est bientôt résolu: car l'idée de loi, et par suite l'idée d'ordre ou de raison, n'est pas moins essentielle à notre esprit que l'idée de cause, dont elle est inséparable. La cause ne se distingue des effets que parce qu'elle est identique, parce qu'elle est permanente, parce qu'elle est une dans sa nature, tandis que les effets sont multiples, fugitifs et divers. Or, cette unité de nature dans une cause, c'est la loi qui préside à son activité, c'est l'ordre qui en règle tous les résultats. Il n'y a donc point et il ne peut pas y avoir de hasard dans le monde. Le hasard, comme on l'a remarqué depuis longtemps, n'est qu'un mot sous lequel nous cachons notre ignorance relativement à la nature des choses. Yoilà pourquoi le sens de ce mot, comme nous l'avons l'ait voir plus haut, est purement négatif. Si nous connaissions exactement les propriétés des objets avec lesquels nous sommes en relation; si nous pouvions nous rendre compte des motifs qui agissent sur nos semblables et sur les êtres libres en général, tous les événements que nous qualifions de fortuits dans l'état présent de notre intelligence, pourraient être prévus ou du moins expliqués ; l'idée et le nom du hasard disparaîtraient aussitôt. On conçoit d'après cela que les progrès de la science diminuent d'autant l'empire du hasard, comme dans le cours ordinaire de la vie la prudence et la réflexion diminuent les chances de la mauvaise fortune. Même dans les faits que la science ne peut pas atteindre, il y a des retours qui peuvent être prévus d'une manière presque infaillible. La statistique et le calcul des probabilités ont donné et donneront encore des lois aux choses qui nous paraissent les moins susceptibles d'en recevoir. On peut consulter sur le Hasard la Physique d'Aristote, et l'Essai sur les fondements de nos connaissances de M. A. Cournot, Paris, 1851, 2 vol. in-8.

HAUSCH (Michael Gottlieb), philosophe allemand, né en 1683, à Muggenhahl, près de Dantzick. Il étudia, comme on le faisait de son temps, toutes les sciences à la fois, fut reçu en 1709 docteur en théologie, et enseigna quelque temps à l'université de Leipzig, où il avait fait ses études. 11 devint un assez grand personnage, puisqu'il s'intitule en tête de l'un de ses livres, chevalier de l'Ordre royal de Prusse, conseiller intime du roi, chambellan, ministre plénipotentiaire à la cour de l'empereur, etc., etc. Sa vie, du reste peu connue, présente trois circonstances intéressantes. D'abord il eut la bonne fortune d'afheter les manuscrits inédits de Kepler, et essaya de les publier, mais s'arrêta après le premier volume qui parut en 1718. Ensuite il eut avec le célèbre Wolf une querelle assez vive à propos de logique, et s'attira une semonce, monitum, de la part de cet orgueilleux personnage. Enfin, et c'est là son titre principal, il fut l'ami et le correspondant de Leibniz, qui lui écrivit plusieurs lettres sur divers sujets de philosophie, et il s'attacha à propager sa doctrine. On sait que Leibniz n'a jamais écrit un seul livre où ses idées fussent ordonnées en un sys-

tème régulier, et qu'il est même difficile de reconstruire dans son ensemble cette grande philosophie, dont les différentes parties ont été disséminées. Hausch entreprit de réunir ces fragments épars, et pour en rendre l'unité visible, il les disposa, à l'imitation de Spinoza, à la manière géométrique. Tel est le but de son principal ouvrage: Leibnilii principia philosophiœ, more geometrico demonstrata..., Francfort et Leipzig, 1728. Il y a là, comme dans l'éthique, des définitions, des axiomes et des démonstrations. Les définitions y sont bien nombreuses, et l'on n'en compte pas moins de 275 ; les axiomes au contraire sont réduits à deux, le principe de contradiction, et celui de la raison suffisante, et le tout est terminé par cent quarante-quatre théorèmes. « Il n'y a rien de moi dans ces démonstrations, dit l'auteur, tout est de Leibniz. » Il n'est pas sûr pourtant que la doctrine un peu flottante du maître s'accommode de ces formes rigoureuses; il y a des idées qu'on ne peut poser en théorèmes sans les dénaturer. Mais cet essai n'en est pas moins remarquable, et on peut en conseiller la lecture à ceux qui connaissent déjà Leibniz. Le volume contient de plus des théorèmes sur l'être infini et une méditation sur l'union du corps et de l'âme. Outre ce traité, Hausch a publié: Dialriba de enthusiasmo Platonico cum epistola Leibnizii, Leipzig, 1716 ; et encore : Trias meditationum logicarum. Vienne, 1734. C'est un traité de syllogisme en trois parties, où l'on traite successivement de l'usage des modes utiles, de leur réduction, et de la conversion de tous les raisonnements en syllogismes réguliers. C'est à propos de cet ouvrage que Wolf accusa Hausch de plagiat et d'ignorance. E. C.

HEGEL (Gaorges-Guillaume-Frédéric) , le fondateur de la dernière grande école de philosophie en Allemagne, naquit à Stuttgart le 27 août 1770. Après avoir fait de bonnes études au gymnase de cette ville, il alla étudier la théologie à l'université de Tubingue. Entré au séminaire protestant, il s'y lia d'amitié avec le jeune Schelling, dont il fut le disciple d'abord, puis le continuateur et l'émule. Après avoir été précepteur pendant quelques années, il s'établit à Iéna, auprès de M. de Schelling, et y enseigna, jusqu'en 1807, comme privatim docens et comme professeur extraordinaire. Après les mauvais jours de 1806, et après avoir quelque temps rédigé un journal politique à Bamberg, Hegel accepta la direction du gymnase de Nuremberg, et se maria dans cette ville avec une jeune patricienne, qui lui donna deux fils. En 1816, il fut appelé à l'université de Heide.lberg, et, en 1818, il alla occuper à Berlin la chaire illustrée par Fichte. Désormais, sa vie s'écoula paisible et glorieuse, sans autres incidents que quelques excursions de vacances et la publication de ses ouvrages. 11 visita les Pays-Bas en 1822, Vienne en 1824, Weimar et Paris en 1827. A Weimar, il fut reçu avec distinction par Goethe, et, à Paris, M. Cousin put lui rendre l'hospitalité qu'il avait reçue de lui à Berlin. Il était encore plein de force, lorsqu'il fut atteint du choléra. Il mourut le 14 novembre 1831.

De l'aveu même de ses admirateurs, Hegel manquait, dans sa chaire ainsi que dans la conversation, de cette facilité et de cette chaleur d'élocution qui peuvent quelquefois se trouver au service de la médiocrité, mais qui ajoutent à l'ascendant du génie. Son succès, cependant, comme professeur, fut immense.

On peut diviser la carrière philosophique de Hegel en trois périodes. La première comprend son séjour à Iéna, et vajusquala publication de

Page 1