‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 157 sur 439 · LIEGE · texte numérisé non relu

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la Phénoménologie de l'esprit, par laquelle, en 1807, il se sépara formellement de M. de Schelling. La seconde est marquée par la Logique et la première édition de V encyclopédie, et comprend les années de 1807 à 1818. Dans cette seconde période, Hegel jeta les fondements de son système, et en donna une esquisse complète. Dans la troisième, enfin, il le développa dans ses leçons publiques et dans de nouveaux ouvrages.

Il y a peu de variations dans la pensée philosophique de Hegel : elle se produisit lentement et avec effort, s'affermissant et s'enrichissant plutôt avec le temps que se modifiant dans ses développements successifs.

Aux premiers temps appartiennent, outre une thèse latine sur les Orbites des planètes, quatre dissertations qui forment le premier volume des Œuvres complètes.

La première est intitulée : Différence du système de Fichte et de celui de Schclling. Dans cet écrit, Hegel expose, pour la première fois, sa théorie sur l'histoire de la philosophie. Tous les systèmes, selon lui, sont des solutions vraies, quoique historiques. L'absolu, ainsi que la raison qui en est l'image, étant éternellement un et identique, toute raison individuelle, qui s'est reconnue elle-même, produit une philosophie vraie. Le caractère propre d'une doctrine est dans sa forme, forme passagère, tandis que l'essence de la raison demeure toujours la même.

La seconde de ces dissertations, dans l'ordre chronologique, a pour titre : de la Foi et du Savoir. C'est une critique des systèmes de Kant, de Fichte, de Jacobi, considérés du point de vue de M. de Schelling, et présentés tous ensemble comme autant de formes diverses d'une philosophie toute subjective, portant uniquement sur la nature du sujet pensant, et ne saisissant les choses que relativement au sujet. Hegel les regarde comme ayant épuisé toutes les formes possibles de cette philosophie de réflexion subjective, et préparé l'avènement de l'Idéalisme absolu el objectif de M. de Schelling, dans lequel le sujet renonce entièrement à lui-même, et se perd dans la pensée spéculative, dans l'intuition de l'éternelle unité.

Le troisième traité est intitulé : Du rapjporl de la philosophie de la nature à la philosophie en général. Reinhold avait reproché à la philosophie de M, de Schelling d'exclure la religion et la morale. Hegel soutient, au contraire, que cette doctrine peut seule fonder véritablement la religion et la moralité, et il renvoie le reproche d'irréligion aux philosophics de réflexion subjective, qui, dit-il, placent l'absolu hors du moi, et, par conséquent, n'ont point Dieu. La philosophie de Schelling n'est pas, selon lui, une simple théorie de la nature, mais une philosophie complète, la philosophie absolue. Elle est, du reste, d'accord avec le christianisme, dont tous les mystères expriment symboliquement l'identité de Dieu et de l'univers, et qui a pour but de donner à l'homme, par la foi, le sentiment de son unité avec l'infini, avec l'être divin. Cette foi, la philosophie de Schelling la convertit en savoir, et celle-ci est ainsi l'évangile définitif et absolu. C'est par des arguments semblables que Hegel établit crue cette même philosophie est très-favorable a la vraie moralité. Celle-ci consiste à n'être déterminée que par la seule raison, c'est-à-dire à délivrer l'âme de tout ce qui lui est étranger. Or, une philosophie puisée tout entière dans la raison pure et les idées, est fondée sur le même principe que la morale et tend au même but. (Cette dissertation, qui parut d'abord dans le Journal critique de la philosophie,

qu'ils publièrent en commun, a été récemment revendiquée par M. de Schelling comme son < uvrage. Cela prouve combien, à cette époque, lei deux philosophes étaient d'accord.)

C'est encore à déterminer la notion de la moralité absolue que Hegel s'applique dans la quatrième dissertation : Des diverses manières de traiter le droit naturel comme science. C'est un prélude très-curieux à la Plùlvsophie du droit, qu'il publia plus tard.

La Phénoménologie de l'esprit, qui fut terminée au bruit du canon d'Iéna, bien que plus tard il en ait reproduit les principaux traits dans la troisième partie du système, peut servir d'intruduction à la philosophie de Hegel. 11 l'a luimême appelée son voyage de découvertes. On se tromperait si l'on s'attendait à trouver dans ce livre quelque chose de semblable à la psychologie ou à l'ancienne pneumatologie. Ce n'est pas, non plus, une sorte de critique de la raison ou une théorie de la connaissance dans le sens ordinaire. «L'esprit, dit Hegel dans la préface, qui en se développant apprend à se savoir comme tel, est la science même; la science est sa vie, la réalité qu'il se construit de sa propre substance. Or, cette genèse de la science en général est le sujet de la Phénoménologie. Le savoir immédiat, la conscience sensualiste, n'est pas encore esprit ni savoir réel. Pour y arriver, l'esprit a une route longue et difficile à parcourir. « C'est cette route que décrit l'ouvrage dont il s'agit. Tandis que M. de Schelling posait tout d'abord et comme d'inspiration l'identité de l'esprit avec la substance absolue, et que, selon lui, cette identité résultait de l'idée même qu'on doit se faire de la science, Hegel veut montrer comment, par quel développement, à travers quelles métamorphoses, l'esprit arrive à se donner la conscience de luimême. La Phénoménologie est donc une démonstration historique du principe suprême de la philosophie de M. de Schelling, l'histoire et la reproduction par la pensée individuelle des manifestations par lesquelles l'esprit est parvenu à se reconnaître, à comprendre qu'il est lui-même l'absolu. Il ne s'agit pas seulement de préparer l'individu à la science de l'absolu, mais de considérer l'esprit en général, ce que Hegel appelle l'individu universel, l'esprit du monde, dans son travail progressif, afin de comprendre sa forme définitive. Pour l'individu, l'étude philosophique est l'effort qu'il l'ait pour s'approprier tout ce que l'esprit universel a successivement produit ; et par ce même travail de la pensée individuelle, l'esprit général acquiert la conscience de lui-même. En d'autres termes, il s'agit, d.ins la phénoménologie, de reproduire individuellement, à l'aide de la dialectique spéculative, tous les mouvements successifs et nécessaires sur lesquels l'esprit universel, qui est la substance, le substralum des esprits particuliers, est arrivé à se savoir comme substance unique et absolue dans le système de Schelling et de Hegel.

Au lieu de toutes ces vaines discussions qui ont pour objet la nature et les limites de la connaissance, il faut montrer, dit notre philosophe, comment la conscience naturelle devient conscience véritable, par quelle série nécessaire de manifestations l'âme devient esprit. Par là même se produit le savoir absolu, qui n'est autre chose que la conscience de l'identité de l'idée et de l'être.

La l'Iiénomènologie de l'esprit se partage entre les six titres suivants : la Conscience, la Conscience de soi, la Raison, l'Esprit, la Religion, le Savoir. Ces termes représentent les divers degrés de développement intellectuel, les diverses époques de la genèse de la science: chacune est

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subdivisée selon les faits particuliers qui se produisent à chaque époque.

La psychologie ordinaire est tout, autre chose : elle est, selon Hegel, le résultat de l'observation de la conscience de soi dans ses rapports^ avec la réalité extérieure. Elle est à la phénoménologie ce que la description d'une plante, dans un moment donné, est à l'histoire de son complet développement.

Ainsi la phénoménologie conduit l'esprit jusqu'au moment où s'évanouit pour lui l'opposition de l'être et du savoir, et où il reconnaît son identité avec la substance absolue. A partir de là, l'esprit se développe comme pensée pure, comme savoir absolu. Le mouvement de l'esprit dans la première sphère , dans l'élément de l'existence immédiate ou de l'expérience, est l'objet de la phénoménologie ; son mouvement dans la seconde sphère est l'objet de la logique ou de la philosophie spéculative.

La Logique de Hegel, qui parut de 1812 à 1816, est une nouvelle philosophie première, qui se met à la place de l'ancienne métaphysique et de la logique traditionnelle. Partant de la supposition de l'identité de la pensée et de l'être, elle considère le mouvement de la pensée en luimême, dialectique immanente, qui part du concept vide en soi de l'être pur ou du néant logique pour aboutir à Vidée concrète absolue, dont le développement produit l'univers.

La préface de cette Logique peut donner une idée de l'immense différence qui sépare cette nouvelle manière de philosopher de l'ancienne. « La métaphysique, dit Hegel, ce qu'on appelait ainsi avant Kant, a disparu du rang des sciences. Qui oserait parler encore de ce qu'on nommait autrefois ontologie, psychologie, cosmologie, théologie rationnelles? Qui s'intéresse encore a des recherches sur l'immatérialité de l'âme, sur les causes finales, etc.... La logique, sans partager le sort misérable de sa sœur, est restée ce que la tradition l'a faite. L'esprit nouveau, qui anime la science et la vie, ne s'est pas encore donné la peine de se transformer extérieurement ; mais lorsqu'il s'est métamorphosé substantiellement, c'est en vain que l'on voudrait conserver les formes du passe et résister à un nouvel avènement. Il est temps de transformer la science logique, qui constitue la vraie métaphysique, la philosophie spéculative pure. »

La Logique forme, en abrégé, la première partie de {Encyclopédie des sciences philosophiques, qui parut en 1817. Hegel donna, en 1830, une troisième édition de ce dernier ouvrage, qui est le résumé substantiel et systématique de sa pensée.

Les Principes de la philosophie du droit (1821) sont le développement de cette partie de V Encyclopédie qui est intitulée l'Esprit objectif, et qui forme une des subdivisions de la Philosophie de l'esprit. C'est dans la préface de la Philosophie du droit que se rencontre, pour la première fois, cette formule, d'abord si mal interprétée de la philosophie hégélienne : « Ce qui est rationnel est réel, et, réciproquement, ce qui est réel est rationnel;» formule qui n'est qu'une autre version du principe de l'unité, et qui ne peut se soutenir qu'aux dépens de la réalité de toutes les existences finies et individuelles. « Ce traité, dit Hegel, ne doit être autre chose, dans sa partie politique, qu'un essai de comprendre l'État comme rationnel en soi. Il ne s'agit pas de le construire a priori, ni de lui enseigner ce qu'il doit être, mais de le faire comprendre comme monde social. Donnsr l'intelligence de ce qui est, tel est le problème de toute philosophie; car ce qui est, est la raison réalisée. »

Tels sont les seuls ouvrages publiés par Hegel lui-même; les autres volumes de l'édition de ses Œuvres complètes renferment, outre quelques discours, quelques critiques et la correspondance, ses leçons publiques sur la Philosophie de l'histoire, sur l'Esthétique, la Philosophie de la religion, et l'Histoire de la philosophie. Ces leçons sont le développement et l'application de son système.

Il n'est guère possible de donner, en un petit nombre de pages, une idée complète de ce système : nous allons l'essayer cependant, en suivant pas à pas l'exposé que Hegel en a fait dans l'Encyclopédie; mais, auparavant, il faut caractériser suffisamment la méthode qu'il a suivie, et nous placer au point de vue de sa philosophie.

Cette philosophie est essentiellement un système, dans un sens plus rigoureux et plus complet encore que celle de Spinoza. La méthode et le savoir qu'elle produit sont identiques, et coïncident si parfaitement, qu'ils se supposent et se produisent réciproquement.

Hegel relève de Fichte pour la méthode, de Spinoza et de M. de Schelling pour le fond de la doctrine. Pour avoir la clef de son système, il suffit de voir ce que, selon Hegel, ces deux philosophes ont laissé à désirer, et de se rappeler quelle idée Fichte se faisait de la science.

Aux yeux de Hegel, il n'a manqué à Spinoza que de concevoir la substance absolue comme sujet, comme esprit, et de considérer l'esprit de l'homme comme identique avec elle, au lieu de le présenter comme une simple modification de la substance divine, sans liberté et sans une existence qui lui soit propre. Quant à la philosophie de M. de Schelling, elle est vraie au fond, et définitive quant à son contenu ; mais elle n'est pas suffisamment justifiée, et n'est pas présentée sous une forme vraiment scientifique : elle manque de méthode, et cependant en philosophie la méthode est l'essentiel, puisque c'est par elle seulement que le contenu est compris. De son côté, M. de Schelling a reproché à Hegel d'avoir, par sa manière de l'établir, dénaturé sa doctrine. Dans la philosophie de Hegel, la méthode est le système même, puisqu'elle est l'imitation, la reproduction par la pensée du mouvement par lequel se produit incessamment l'ordre universel. C'est l'effort le plus puissant de la pensée moderne de s'élever à l'omniscience, à la science universelle et absolue; elle suppose l'esprit de l'homme égal à l'esprit divin et l'identifie avec lui.

Il n'y a qu'une méthode en toute science, dit Hegel ; la méthode est l'idée se développant, et cette idée est une. L'idée est le commencement; elle est en même temps la chose, la substance, comme le germe d'où sort l'arbre.

Il y a nécessairement en Dieu, dit Spinoza (Ethic, liv. II, prop. 3-4), l'idée de son essence, aussi bien que de tout ce qui découle nécessairement de cette essence ; cette idée est une comme la substance divine elle-même. Telle est l'idée absolue concrète de Hegel ; mais au lieu de dire que cette idée est en Dieu, c'est chez lui cette idée qui renferme Dieu. C'est l'idée des idées, la notion éternelle de M. de Schelling, qui n'est pas dans la raison, mais qui est virtuellement la raison même. Cette idée est à la fois le toutun des éléates, le voù; d'Anaxagore, le Àôyo; des néo-platoniciens, l'être tout réel desscolastiques, la substance unique de Spinoza, l'absolu de Fichte et de Schelling. Son essence est la pensée, le mouvement par la pensée; c'est par la pensée qu'elle fait évolution; la pensée est à la fois la substance et le principe générateur de l'univers physique et moral; et la dialectique du philo-

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