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défaut de précision sont un des traits qui caractérisent l'école sentimentale. C'est aussi un des reproches les plus fondés qu'on a pu articuler contre les doctrines d'un des principaux représentants de cette école, Jacobi, dont les ouvrages offrent plus d'une analogie avec ceux de Hemsterhuys; et ces deux philosophes éprouvaient d'ailleurs l'un pour l'autre une vive sympathie.
Deux autres opuscules, publiés en 1787, Alexis, ou de l'Age d'or, et Lettre de Diodes à Diotime sur l'athéisme, complètent les écrits de Hemsternuys. C'est dans le premier qu'il a dit : « L'homme est comme le poisson tiré de l'eau, qui s'agite, se démène; il ne jouira complètement de son existence que lorsqu'il sera replongé dans les eaux d'où il est sorti, et où seulement il aura toute la plénitude de ses facultés. »
Sans pénétrer jamais à une grande profondeur, Hemsterhuys a un sentiment assez vif du monde moral. En lisant ses ouvrages, on sent comme L'émanation d'une belle âme.
Tous ses opuscules ont été réunis en 2 vol. in-8, par Jansen, Paris, 1792 et 1809.
Une autre édition qui renferme en outre quelques lettres a été publiée par L. S. P. Meyboom, Leuwarde, 1850, 6 vol. in-8. — Consultez E. Grucker, Fr. Hemsterhuys, sa vie et ses œuvres, Paris, 1866, in-8. A...D.
HENNINGS (Juste-Christi), né en 1731 à Gebïitaedt, dans le duché de Weimar, et mort en 1813, professeur à Iéna, est un philosophe éclectique. Son histoire des âmes des hommes et des animaux n'est proprement qu'une exposition historique des propositions et opinions spéculatives, ou une sorte de recueil des preuves diverses données par les philosophes en faveur de la simplicité et de l'immortalité de l'âme. Il dit néanmoins, dans la préface de son livre, que tout ce que nous savons de science certaine sur l'âme pourrait tenir dans un très-petit nombre de feuilles d'impression. La psychologie, dit-il, est le terrain par excellence des hypothèses. Et cependant il a voulu fortifier la preuve de l'immatérialité de l'âme. Cet ouvrage n'est qu'une compilation pédintesque. Ce qu'il y a de mieux, c'est une foule de notices littéraires très-intéressantes. Dans un autre de ses écrits, Hennings admet, avec Bonnet, que les êtres forment entre eux une série indéfinie, et affirme, en conséquence, que les âmes des bêtes ont une espèce de raison, celle qui convient au degré qu'elles occupent dans l'échelle de la création.
Cet auteur a laissé de nombreux ouvrages, dont voici les principaux ; les autres ne sont yuère que des discours de circonstance : Logique pratique, in-8, Iéna, 1764; — Morale et politique d'accord avec la sagesse et la prudence, in-8, ib., 1766; — Compendium melaphysicum, in-8, ib., 1768; — Histoire pragmatique des âmes des hommes et des animaux, in-8, Halle, 1774; — Manuel critico- historique de la philosophie Lhcorclique, in-8, Leipzig, 1764; — Aphorismes anthropologiques et p?icumalologiques, in-8, Iéna, 1777 ; — Des pressentiments et des visio7is, in-8, Leipzig, 1777 ; — De la prévision des animaux, expliquée par des exemples, etc., in-8, ib., 17813 (cet ouvrage est comme la seconde partie du précédent); — Préjuges surannés combattus, en cinq dissertations, in-8, Riga, 1778 (ces préjugés sont : l'étiquette, la moralité des actions, les sépultures, les monstres, les tribunaux ou cours d'honneur); — L'unité de Dieu, examinée sous différents points de vue, et prouvée même par des témoignages de païens, in-8, Altenb., 1779; — Des esprits et de ceux qui les voient, in-8, Leipzig, 1780; — Visions, principalement celles
de notre siècle et de nos jours, mises en lumière, etc., in-8, Altenb., 1781 ;— Des rêves et de* somnambules, in-8, Weimar, 1784; — Morale de la raison, in-8, Altenb., 1782; — Bibliothèque philosophique, 6 vol. in-8, Leipzig, 1774. Hennings a aussi donné la quatrième édition du Lexique philosophique de Walch, 2 vol. in-8, ib., 1775. J. T.
HENRI de Gand, dont le nom de famille était Goethals et qui fut surnommé le Docteur solennel. naquit, selon l'opinion générale, en 1217, dans la seigneurie de Mude, près de Gand. d'où il fut appelé aussi Henri de Mude. Il étudia d'abord à G.md, puis à Cologne, où il se rendit pour suivre les leçons d'Albert le Grand. De retour à Gand avec le grade de docteur, il fut le premier qui y enseigna publiquement la philosophie et la théologie. Mais ses talents l'appelaient sur un plus grand théâtre : aussi le voit-on à Paris, en 1247, enseignant à l'Université, après y avoir conquis de nouveau les honneurs du doctorat. On remarque qu'il fut un des premiers à professer dans le collège fondé par Robert de Sorbon. Henri de Gand ne paraît pas avoir joué un rôle très-actif dans les longues et orageuses querelles de l'Université et des ordres mendiants ; mais il n'en fut pas de même des débats qui s'élevèrent entre ces ordres et les prêtres séculiers. Le Docteur solennel prit hautement la défense de ces derniers, et son intervention fut pour beaucoup dans les décisions qui mirent un frein aux envahissements des franciscains, et des dominicains surtout. Cette opposition, qui fait honneur au bon sens et aux talents de Henri de Gand, lui serait plus honorable encore, s'il était vrai, comme tout porte à le croire, que lui-même fût membre de l'ordre des servîtes. Il mourut archidiacre de Tournay, en 1293.
Placé entre saint Thomas qui le précède et Duns-Scot qui le suit presque immédiatement, Henri de Gand, malgré son mérite réel, dut quelque peu souffrir d'un si dangereux voisinage . car son platonisme, beaucoup plus apparent que réel, n'avait rien d'assez ferme pour lutter avec succès contre l'étendue d'esprit du premier et la puissante originalité du second. Une indication sommaire de ses doctrines fera connaître à la fois ses qualités et ses défauts.
Ses premiers écrits furent les Quodlibeta et la Somme. Dans ces deux ouvrages, et notamment dans la Somme, il commence par se poser la question de la certitude. Or, Henri de Gand ne rejette pas absolument les sens comme moyen de connaître, mais à la condition qu'on ne leur demandera que les simples apparences, les signes des réalités ; quant à la réalité elle-même, a ce qui fait véritablement l'objet de la science, c'est à la raison seule qu'il faut la demander ; c'est par elle que l'homme peut s'élever jusqu'à la source de toute vérité, c'est-à-dire à Dieu. Cette raison toutefois paraît n'avoir rien d'humain dans la pensée de Henri de Gand, car il déclare (Soynme, art. III, quest. 3) que la connaissance pure de la vérité n'est pas naturelle à l'homme dans son et it terrestre, et qu'un rayon divin doit descendre dans notre intelligence pour que nous puissions atteindre à cette connaissance suprême. Ici l'inspiration du platonisme est manifeste, et on la voit plus évidente encore dans ces lignes où Henri affirme que l'homme ne peut apercevoir de vérité que « dans la pure lumière des idées, qui est l'essence divine », et que •< l'essence, la raison d'être de chaque chose est une idée de Dieu ». (Somme, art. XXIV, quest. 6; Quodl.,\\U, quest. 13.) A la théorie de la certitude se lie naturellement celle de la connaissance, et à celle-ci l'inévitable question des universaux.
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