‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 172 sur 439 · HYPO · texte numérisé non relu

HYPO

d'Hypatie au moment du cours, fut étonné de l'afiluence qui s'y dirigeait ou en sortait et ressentit un mouvement de jalousie ; mais si le fait est vrai, ce ne fut pas jalousie de bel esprit, ce fut dépit d'apôtre chrétien et d'homme politique. Le paganisme au commencement du ve siècle était encore vivace; et la philosophie, le néo-platonisme surtout, en le rajeunissant, en 1 interprétant, lui venait en aide de toutes ses forces, et gardait une attitude hostile en face de l'Église. D'autre part, l'énorme puissance des évêques d'Alexandrie dans la capitale de leur diocèse les mettait à tout instant en conflit de pouvoir avec les préfets, et ceux-ci, même lorsqu'ils étaient chrétiens, cherchaient partout, pour contre-balancer leurs rivaux, des auxiliaires. A ce titre, le judaïsme, le paganisme, le néo-platonisme trouvaient près d'eux accueil ou ménagement. Ce fut surtout ce qui arriva à partir de l'avènement de saint Cyrille à l'épiscopat (en 412). Saint Cyrille, dès l'abord, se montra bien autrement exigeant que son oncle, l'impérieux Théophile. Représentant à la fois la philosophie et le paganisme, Hypatie lui pesait donc comme ennemie delà foi j amie d'Oreste, le préfet, et ne manquant pas d'influence sur lui, c'était de plus une ennemie personnelle, puisqu'elle voulait des bornes à la toute-puissance de l'évêque. Les années 413 et 414 avaient été signalées par des collisions déplorables. Saint Cyrille en personne, avec des bandes à lui, avait occupé les synagogues, chassé les juifs et permis le pillage de leurs biens; saint Cyrille encore, après le supplice d'Ammonius (mis à mort pour avoir participé à l'émeute suscitée par les cinq cents moines de Nitria au nom de l'évêque, et pour avoir failli crever l'oeil au gouverneur), avait fait faire des obsèques solennelles au séditieux, et l'avait qualifié de martyr. Il est vrai qu'entre ces deux actes, il avait été trouver Oreste, les Évangiles à la main, et lui avait offert de vivre désormais en paix avec lui, et qu'Oreste avait refusé cette satisfaction, que n'accompagnait ni punition des coupables, ni réparation des dommages. Probablement c'est à l'influence d'Hypatie que Cyrille attribua la froideur d'Oreste. C'est aussi en vertu de ses conseils qu'on supposait avoir eu lieu la mort d'Hiérax, ce misérable maître d'école, espion de l'évêque, qu'Oreste fit un jour arrêter au théâtre et appliquer à la torture (413), ce qui avait été le point de départ des désordres. Quoi qu'il en puisse être, Cyrille avait tout fait pour passionner démesurément ses amis et la foule, et c'est lui plus qu'Oreste qui dominait dans Alexandrie lorsque, au commencement de 415, un jour de carême, Hypatie en voiture voit accourir à elle une fuie furieuse. On arrête son char, on l'en arrache, on l'entraîne; elle arrive ainsi en face de la grande église, dite V Impériale ; là. bientôt on lui enlève ses vêtements; les tuiles, les débris de poterie pleuvent sur elle : elle est lapidée. Sa mort même n'assouvit pas ses meurtriers; on se précipite sur son cadavre; on l'insulte, on le déchire, on promène par les rues d'Alexandrie ces restes sanglants comme des trophées du christianisme. Un peu plus tard, on les réunit, el on les brûle au Cinaron.

Hypatie avait écrit deux Commentaires : l'un sur le Canon astronomique de Ptolémée, l'autre sur les Sections coniques d'Apollonius de Perga. I.i s deux ouvrages sont perdus, et U ne nous reste de leur auteur qu'un Canon, ou table i tronomique. inséré dans les Tables manuelles attribuées a Tûéon. On lui a. mais faussement, attribué une. Lettre à suint Cyrille, qui nous la montrerait assez disposée à embrasser le chris-

tianisme, si elle n'était arrêtée par ce dogme que Dieu est mort pour les hommes, et les malheurs de Nestorius, condamné, banni pour avoir soutenu des idées plus conformes à la raison. Nestorius n'ayant été condamné qu'en 431, il est trop clair que la pièce est apocryphe ; mais elle est curieuse en montrant que la mémoire de l'illustre néo-platonicienne survivait même parmi les chrétiens. Pendant longtemps en effet on donna le nom de seconde Hypatie aux femmes qui se distinguaient par l'étendue et la profondeur de leurs connaissances, et on lit dans l'Anthologie une épigramme en son honneur, probablement de Paul le Silentiaire. Synésius nomme Hypatie en plusieurs passages, lorsqu'il écrit à son frère, et de plus ses lettres 10, 14, 15, 33, 80, 124, 153 (édit. Petau) lui sont adressées. Le ton qui y règne est celui d'une respectueuse amitié. Avec la dernière de ces lettres, il lui envoie deux ouvrages (son Dion et son Traité des Songes), les soumettant à son examen, et déclarant qu'il ne les publiera que s'ils ont son approbation. Les sept lettres et le fragment authentique ont été publiés par Wolf dans son Mulierum grœcarum.... Fragmenta, etc. Socrate, Somozène, Philostorge, dans leurs Histoires ecclésiastiques, Saxius, Brucker, Montucla, Fabricius et une foule d'autres, dois leurs grands Recueils, ont parlé d'Hypatie. Il faut surtout y joindre Tillemont {Hist. ecclésiast., t. XIY, Vie de saint Cyrille, art. 3). Mais, de plus, il^ existe plusieurs monographies sur cette femme célèbre Ménage d'abord, ensuite Schmid (Deatrib. de Hipparcho, 2 Theon, atque Hypatia, in-4, Iéna, 1691), donnèrent l'exemple. Toland le suivit, dans le n° 3 de son Tetradymus; mais l'emportement avec lequel il s'exprime sur saint Cyrille nuit à l'effet qu'il veut produire. L'abbé Goujet, sous les initiales M. G., a, au contraire, tenté de justifier le prélat dans sa Continuation des Mémoires du P. Desmolets, § 138-187 et 187-191. Enfin Wernsdorf a donné quatre Dissertations sur Hypatie, in-4, Wittemberg, 1747 et 1848.

HYPOTHÈSE (diroOeirtç, littéralement supposition). Aristote, en créant la logique, a été obligé d'en composer aussi la langue, et c'est lui qui s'est servi pour la première fois du mot que nous essayons de définir. Ayant donné le nom de thèse (ôé^u) à toute proposition qui, sans être un axiome, sert de base à la démonstration et n'a pas besoin elle-même d'être démontrée; il distingue deux espèces de thèses, l'une qui exprime l'essence de la chose, et l'autre son existence ou sa non-existence. La première est la définition (ôptapiôç), et la seconde ['hypothèse, c'est-à-dire ce qui est subordonné à la thèse {Dem. Analyt., liv. I, ch. n). Mais il n'emploie jamais cette expression que par rapport à l'argumentation syllogistique, en considérant à la fois la position de celui qui parle et de celui qui écoute. « Tout ce que l'on prend comme démontré, dit-il {ubi supra, ch. x), sans l'avoir démontré soi-même, et qui est accepté par celui à qui l'on démontre, est une hypothèse, non point absolue, mais relativement à celte personne seule. » Si, au contraire, celui qui écoute refuse de croire à une proposition de ce genre, alors le mot d'hypothèse est remplacé par celui de postulat. « Le postulat, pour nous servir encore de ses propres termes {ubi supra), est ce qui est à demi contraire à la pensée de celui qu'on instruit, ou ce que l'on prend pour démontré et qu'on emploie comme tel. sans l'avoir soi-même démontré. » A cette définition purement scolastique on a substitué depuis longtemps un sens à la fois plus précis et

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