‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 182 sur 439 · INST · texte numérisé non relu

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mais enfermés dans les limites de notre nature, qui s'étendent nécessairement à notre raison, nous ne pouvons pas nous substituer à lui, ou nous transformer en lui, pour sonder l'abîme de sa conscience, goûter sa béatitude, voir ce qui est présent à sa pensée, contempler à leur source les splendeurs qui illuminent notre âme et le monde extérieur. Nous nous arrêtons ici : car tout ce que nous pourrions dire sur ce sujet ne vaudrait pas la page éloquente que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.

« Oui, Dieu est vraiment infini, et par là en effet l'incompréhensibilité lui appartient ; mais il faut bien entendre dans quel sens et dans quelle mesure. Disons d'abord que Dieu n'est point absolument incompréhensible, par cette raison manifeste qu'étant la cause de cet univers il y passe et s'y réfléchit, comme la cause dans l'effet : par là nous le connaissons. «Les cieux «racontent sa gloire, » et «depuis la création. « ses vertus invisibles sont rendues visibles dans « ses ouvrages; » sa puissance dans les milliers de mondes semés dans les déserts animés de l'espace ; son intelligence dans leurs lois harmonieuses: enfin ce qu'il y a en lui de plus auguste, dans les sentiments de vertu, de sainteté et d'amour que contient le cœur de l'homme. Et il faut bien que Dieu ne nous soit point incompréhensible, puisque toutes les nations s'entretiennent de Dieu depuis le premier jour de la vie actuelle de l'humanité. Dieu donc, comme cause de l'univers, s'y révèle pour nous; mais Dieu n'est pas seulement la cause de l'univers, il en est la cause parfaite et infinie, possédant en soi, non pas une perfection relative qui n'est qu'un degré d'imperfection, mais une perfection absolue, une infinitude qui n'est pas seulement le fini multiplié par lui-même en des proportions que l'esprit humain peut toujours accroître, mais une infinitude vraie, c'est-à-dire l'absolue négation de toutes bornes dans toutes les puissances de son être. Dès lors, il répugne qu'un effet indéfini exprime adéquatement une cause infinie; û répugne donc que nous puissions connaître absolument Dieu par le monde et par l'homme, car Dieu n'y est pas tout entier. Songez-y : pour comprendre absolument l'infini, il faut le comprendre infiniment, et cela nous est interdit ; Dieu, tout en se manifestant, retient quelque chose en soi que nulle chose finie ne peut absolument manifester ni. par conséquent, nous permettre de comprendre absolument. 11 reste donc en Dieu, malgré l'univers et l'homme, quelque chose d'inconnu, d'impénétrable, d'incompréhensible. Par delà ces incommensurables espaces de l'univers, et sous toutes les profondeurs de l'âme humaine, Dieu nous échappe dans cette inlinilude inépuisable d'où sa puissance infinie peut tirer sans fin de nouveaux mondes, du nouveaux êtres, de nouvelles manifestations qui ne l'épuiseraient pas plus que toutes les autres. Dieu nous est par là incompréhensible; mais cette incompréhensibilité même, nous en avons une idée nette et précise, car nous avons l'idée la plus précise de l'inlinitude. Et cette idée n'est pas en nous un raffinement mépie; c'est une conception simple et primitive, qui nous éclaire dis notre entrée en ce monde, lumineuse et obscure tout en expliquant tout et n'étant expliquée par rien, parce qu'elle noua porte d'abord an faite el à la limite de toute explication. Quelque chose d'inex-

à la pensée, voilà où tend 1 1 elle môme; l'être infini, voilà le pri saire de tous les êtres relatifs et finis. La n'explique pas l'Inexplicable, elle le conçoit. Elle 1 •" i eul c imprcndrc d'une manière absolue l'in-

finitude; mais elle la comprend en quelque degré dans ses manifestations indéfinies qui la découvrent et qui la voilent; et de plus, comme on l'a dit, elle la comprend en tant qu'incompréhensible. C'est donc une égale erreur de déclarer Dieu absolument compréhensible. II est l'un et l'autre, invisible et présent, répandu et retiré en lui-même, dans le monde et hors du monde, si familier et si intime à ses créatures qu'on le voit en ouvrant les yeux, qu'on le sent en sentant battre son cœur, et en même temps inaccessible dans son impénétrable majesté, mêlé à tout et séparé de tout, se manifestant dans la vie universelle et y trahissant à peine une ombre éphémère de son essence éternelle, se communiquant sans cesse et demeurant incommunicable, à la fois le Dieu vivant et le Dieu caché, Deus vivus et Deus absconditus. » (Cousin, Histoire de la Philosophie morale au xvme siècle. Ecole écossaise.)

INFLUX PHYSIQUE {Influxus physicus).

On admettait généralement dans les écoles du moyen âge que l'âme exerce sur le corps une action naturelle effective et directe et non une influence seulement indirecte et idéale, comme le prétendirent plus tard Malebranche et Leibniz. C'est à cette simple opinion que l'on donne quelquefois la dénomination pompeuse de Système de l'Influx physique.

Voy. Euler, XIV" Lettre à une princesse d'Allemagne. X.

INSTINCT. Si l'on s'en rapporte à l'étymologie de ce mot ( 5Ev, dedans, truÇeiv, piquer), l'instinct est une excitation intérieure qui détermine l'animal ou l'homme à certains actes, sans participation de l'intelligence ou de la volonté. Telle est en effet l'idée qu'on se fait généralement de l'instinct, car on l'oppose dans le langage ordinaire à l'intelligence et à l'habitude et on le distingue aussi des forces de la nature qui agissent sur la matière brute ou organisée. Mais c'est précisément une question d'un grave intérêt et vivement controversée, que de savoir si tel est bien l'instinct, si le langage populaire n'a pas tort .d'en faire une force distincte de toutes les puissances précédemment nommées. L'histoire de la philosophie offre justement trois doctrines différentes, toutes trois soutenues par des autorités considérables, qui confondent l'instinct, l'une avec un pur mécanisme, une autre avec l'intelligence ou la raison, une dernière avec l'habitude. A ces trois doctrines s'ajoute et s'oppose l'opinion vulgiire qui a donne à l'instinct son nom et qui compte aussi dans la science de nombreux et illustres défenseurs.

La première doctrine est celle de Descaries et des cartésiens, c'est la conséquence nécessaire de l'hypothèse des animaux -machines. Si les bêtes n'ont point d'âme, l'instinct ne peut être ni l'intelligence, ni l'habitude, ni aucune autre puissance résidant dans une âme ou agissant sur une âme. Un des motifs les plus puissants qui conduisit Des artes à l'hypothèse de l'automatisme des bêtes fut une très-judicieuse appréciation de certains caractères de leurs actes instinctifs. 11 y remarquait une industrie tellement merveilleuse, sûre, délicate et prime-sautière, qu'il en concluait justement que l'intelligence ne saurait agir avec tant de précision, et, gratuitement cette fois, qu'une machine seule pouvait fonctionner avec cette régularité et cette raison apparente; surtout quand il rapprochait dans les mêmes animaux ces actes si Lien merles tout différents, attestant un i i omplet île raison. Les idées de BufTon sur PinslincI diffèrent naturellement assez peu de di D ! tes, puisque son hypothèse des

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