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ébranlements organiques n'est guère différente de celle des esprits animaux. Naturellement aussi cette théorie de l'instinct ne vaut exactement que ce que vaut l'automatisme lui-même dont elle est la conséquence.
Une seconde doctrine confond l'instinct avec l'intelligence, sinon même avec la raison; c'est celle que soutiennent jusque dans ses excès Rorarius (auteur d'un traité intitulé : Quod animalia brûla sœpe ratione utantur melius homine), le sceptique Montaigne; en se moquant sans doute, et avec plus de modération Réaumur et G. Leroy. Esse apibus divinœ particulam aurœ, dit le poëte ancien en admiration devant les travaux des abeilles. Cette doctrine, quand elle ne se réfute pas d'elle-même par son exagération, n'établit aucune différence d'origine entre les actions que produisent en foule les derniers des animaux, les insectes, dent la perfection même faisait croire à Descartes qu'elles ne pouvaient être accomplies que par des machines, et ces actes plus imparfaits, moins précis, plus généraux dont presque seuls sont capables les animaux supérieurs. Réaumur attribue par exemple la prévoyance aux abeilles et G. Leroy la réflexion aux bêtes en général.
La troisième doctrine qui confond l'instinct avec l'habitude est celle de LocKe et surtout de Condillac; modifiée, corrigée, fortifiée, elle compte aujûurd*hui encore de nombreux défenseurs. L'opinion de Condillac se résume nettement dans ces mots : « L'instinct n'est que l'habitude privée de réflexion. » La réflexion, dit-il, préside à la naissance des habitudes, mais, à mesure qu'elles se fortifient, elle s'en retire peu à peu et finit par disparaître complètement. C'est le contre-pied du vieil adage : Consuetudo est altéra natura. Ici l'instinct qui passe généralement pour naturel, en un mot, la nature, dérive de l'habitude. A cette doctrine on oppose que les insectes, qui n'ont pas connu leurs parents et qui naissent le plus souvent sous une autre forme et avec d'autres besoins qu'eux, exécutent leurs travaux dès le premier jour avec la même perfection et n'ont pu en acquérir l'habitude ni par leur propre expérience, ni par imitation. Mais Pascal demandait déjà si ce qu'on appelle nature ne serait pas une primitive et antique accoutumance contractée dans le long cours des siècles. Bon chien chasse de race, dit encore un proverbe. Les partisans de cette doctrine répondent en effet que l'instinct est bien le résultat d'une habitude acquise, non pas par chaque individu, mais par toute la suite des générations d'une même e-pèce. Si on leur objecte qu'à ce compte chaque génération devrait augmenter le patrimoine et transmettre par héritage des habitudes plus parfaites, ce que contredit l'invariabilité des mœurs des animaux depuis Aristote et Pline, ils répondent que ce perfectionnement ne s'accomplit qu'avec une extrême lenteur, et que s'il est des espèces réellement stationnaires, c'est qu'elles ont dû atteindre les limites du progrès dont elles sont capables. En définitive c'est encore l'intelligence qui dans cette théorie est le principe de l'instinct, puisqu'elle est celui de l'habitude.
La doctrine qui définit l'instinct selon le sens étymologique, en le distinguant à la fois et de l'intelligence et de l'habitude, est représentée glorieusement dans la science par Frédéric Cuvier et M. Flourens. Comparant l'intelligence et l'instinct, ils donnent pour caractères distinefifs de l'une et de l'autre que, dans l'instinct, tout est aveugle, nécessaire, invariable, particulici • que tout, dans l'intelligence, est électif, conditionnel, modifiable, général. Le castor bâtit sa
DICT. PUILOS.
cabane par instinct, poussé par une force irrésistible et constante, agissant toujours de la même manière, et alors même qu'il est placé dans des conditions où elle lui est inutile; et cette industrie admirable, il ne la peut déployer que pour bâtir. Ce n'est pas à dire que cette doctrine refuse aux bêtes l'intelligence; elle la leur accorde au contraire dans des proportions qui varient selon les espèces, mais comme une faculté qui s'ajoute à l'instinct sans se confondre avec lui. Si c'est à l'instinct par exemple qu'elle rapporte, avec l'architecture du castor, l'acte du chien qui enfouit dans la terre les restes de son repas, c'est à l'intelligence qu'elle attribue les actions variables, individuelles et pour ainsi dire personnelles de ce même chien, du singe ou de l'éléphant. M. Flourens établit même comme une loi dont Fr. Cuvier avait posé les principaux faits, que l'instinct et l'intelligence sont, dans les animaux, en raison inverse l'un de l'autre, que les animaux qui ont les instincts les plus développés sont précisément les moins intelligents, par exemple, les abeilles, les araignées ou les castors, que les plus intelligents ont au contraire les instincts les moins prononcés, sans excepter de cette loi l'homme lui-même, chez qui l'intelligence atteint le degré suprême, la raison, et qui n'a que de vagues et rares instincts. Comparant l'habitude et l'instinct, Fr. Cuvier reconnaît que, dans les actes d'habitude comme dans les actions instinctives, il existe une telle dépendance entre les besoins et les organes, que l'acte suit immédiatement le besoin, sans l'intervention de l'intelligence pour commander ou combiner les mouvements. Mais, tandis que cette dépendance provient, dans l'habitude, de la retraite d'abord insensible, puis définitive, de l'intelligence qui a commencé par intervenir, elle est naturelle et primitive dans l'instinct.
Quand on confond l'instinct avec l'intelligence ou avec l'habitude, il n'y a pas lieu de se demander quels sont les instincts chez l'homme. Mais c'est une question toute naturelle quand on fait de l'instinct une puissance spéciale. C'est encore une question de savoir si les instincts ne se rapportent qu'aux actes qui ont pour fin la conservation de la vie et la propagation de l'espèce, ou si l'homme a des instincts dans l'ordre moral. La solution de la première question dépend nécessairement de celle qu'on donne à la seconde. Il est des philosophes qui prétendent que l'instinct n'a rapport qu'à la vie organique et réduisent à un très-petit nombre les instincts ' de l'homme. On cite par exemple l'instinct de la succion, de la déglutition, de la conservation. Si courte que l'on fasse cette liste, elle est toujours assez mal déterminée. 11 en est qui introduisent l'instinct dans la sensibilité morale et même dans l'intelligence, entre autres Th. Reid et M. A. Garnier. Ainsi le premier reconnaît un instinct de la croyance et la second trouve dans un instinct particulier le principe de tous les actes moraux que l'homme accomplit plus tard avec réflexion. Selon cette manière de voir, les instincts de l'homme sont innombrables, et le mot instinctif devient synonyme de spontané. Partout où la réflexion n'intervient pas, à moins qu'il ne s'agisse d'un fait d'habitude, l'acte devrait être rapporté à l'instinct; et, comme la réflexion ne commence rien, comme un acte a toujours été spontané avant d'être accompli avec réflexion, il s'ensuit qu'il y aurait un instinct à l'origine de toutes les manifestations de l'activité de l'âme.
On pourra consulter : Descartes, Discours de la Méthode, ô" partie; — Buffon, Discours sur la nature des animaux; — Montaigne, Apologie de liaimond de Sebonde ; — Réaumur, Mémoires
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