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pelle abstraire. Plusreurs idées ayant été successivement dégagées par l'abstraction, s'il y a entre elles quelque analogie, elles se rapprochent dans l'intelligence. L'esprit néglige les différences, ne tient compte que des ressemblances, et, les réunissant, en forme comme un total et une somme, qui est alors une conception abstraite générale. Les éléments en étaient dans la réalité épars et désunis; l'esprit leur donne l'unité, et cette unité artificielle, le mot qui l'exprime la conserve. Puis l'entendement, qui contient à la fois plusieurs conceptions générales, peut remarquer encore qu'elles enferment également plusieurs représentations particulières, et se distinguent par d'autres, ou qu'elles s'appliquent en commun à un certain nombre d'objets individuels. Il les assemble de nouveau, consacre et maintient par un mot le total artificiellement formé, et cette somme de conceptions générales, réunies par un nom, c'est l'idée d'un genre, d'une espèce, d'une classe, d'un ordre, d'une famille : il classe. L'esprit a d'ailleurs une pente naturelle à généraliser ainsi, c'est-à-dire à ne considérer les choses que par leurs côtés communs, et à en concevoir, pour ainsi dire, plusieurs en une. Nous n'avons pas plus besoin de vouloir pour généraliser que pour abstraire. Une fois en possession 'des idées générales de toute sorte, dans lesquelles il a comme transformé la matière de l'expérience, l'esprit est sans cesse occupé à les rapprocher les unes des autres, et à y ramener les objets divers et changeants de ses perceptions. Tout ce qui lui est donné, il le détermine, soit en l'enfermant sous un genre, et en lui attribuant par là tous les caractères constitutifs de ce genre ; soit en l'excluant d'un genre, ce qui revient à' le placer dans la sphère indéfinie de tous les autres genres. Cette opération s'appelle juger, quand le rapport des deux idées est aperçu immédiatement. Mais il se peut que ce rapport ne soit pas frappant, et que l'esprit ait besoin, pour s'en assurer, de recourir à l'expérience d'un terme moyen; alors il raisonne, ce qui est encore découvrir le rapport de deux idées, mais médiatement et par l'entremise d'une troisième. Il n'y a donc, entre le jugement et le raisonnement, que la différence d'une opération simple à une opération plus complexe. L'abstraction, la généralisation , le jugement, le raisonnement sont, si l'on veut, des facultés de l'intelligence; mais il faut bien entendre que ces facultés ne le sont pas au même titre que les précédentes, et qu'elles n'expriment guère que des opérations secondaires, qui s'appliquent à des matériaux amassés d'avance, et ne font que les mettre en œuvre, sans ajouter au fond de notre connaissance rien d'original et de nouveau.
Enfin, il faut placer au-dessus de toute cette diversité de notions et de facultés la conscience qui est dans toutes, et n'est précisément aucune d'elles, qui est la condition universelle de l'intelligence, la forme fondamentale de tous les modes de notre activité pensante, et un mode spécial de celle activité. L'âme perçoit, se souvient, prévoit, juge, raisonne. En même t< qu'elle fait tout cela, elle sait qu'elle le fait ; en iiiêiiic temps qu'elle accomplit tous ces actes, elle a conscience d'elle-même, qui les exécute. Mais cette conscience est-elle distincte et rable des opérations qu'il le ne? Celles-
ci srr.nent-elles sans celle-là, ou celle-là sans celles-ci? Non assurément. Vidée sans la conscience, que serait-ce? Une idée que nous aurions, sans savoir que nous l'avons, une pi pue nous ne penserions pas, c'est-à-dire quelque chose d'absurde et d'impossible, et non pas seulement un phénomène incomplet, mais un pur
rien. Connaître sans connaître que l'on connaît, c'est rigoureusement ne connaître pas; l'abstraction de la conscience, dans l'acte intellectuel, équivaut à la destruction même de cet acte. Ainsi, ces deux propositions : Je pense et Je sais que je pense, sont au fond identiques, puisque, si je l'ignorais, je ne penserais pas. D'un autre côté, peut-on avoir conscience sans penser? C'est demander si l'on peut avoir conscience de rien. L'àme ne se sent que modifiée ou agissante, et si la vie intérieure s'arrêtait, la conscience serait abolie. Elle n'est donc pas une faculté spéciale, distinguée des autres en nature, ayant son domaine propre et ses objets à elle. Son domaine est égal en étendue à celui de toutes les facultés intellectuelles prises ensemble ; ses objets sont les objets de toutes et de chacune. L'expérience a le présent, la mémoire a le passé, et l'induction l'avenir ; les sens connaissent la matière, et la raison va à Dieu ; la conscience a tout cela, embrasse tous ces objets, connaît tout ce qui est connaissable. Elle est la pensée même, saisissant tantôt l'être borné, tantôt l'être infini : ici les qualités et les phénomènes, là les causes et les lois. Tout acte de l'intelligence est une modification de la conscience, et la conscience est le terme général qui désigne l'ensemble de nos forces intellectuelles.
Telle est à peu près, autant qu'une si rapide esquisse peut la représenter, notre constitution pensante. Mais chacune de ces facultés, comme on l'a dit au commencement, est nécessaire à l'exercice de toutes les autres. La conscience est unie à toutes. La perception, de son côté, ou l'expérience des corps? est le point de départ obligé de tout acte ultérieur d'intelligence. Sans elle, point de souvenir, puisque le souvenir n'est que l'expérience reproduite; pas d'induction, puisque l'induction n'est que l'expérience étendue ; pas d'abstraction, ni de généralisation, car il faut avoir des idées complexes pour les diviser et ensuite les réunir ; enfin, pas de raison, car si la perception du contingent n'est que l'occasion de la conception du nécessaire, elle en est au moins l'occasion indispensable. La mémoire, à son tour, n'est-elle pas l'auxiliaire de tous les actes de l'esprit? Il n'y a pas même, à proprement parler, d'ex] érience sans la mémoire, il n'y en a pas. du moins, des phénomènes qui se produisent dans la durée, Or, tout ce qui est du ressort de la conscience est dans la durée, et toute espèce d'idée est du ressort de la conscience. Qu'est-ce que percevoir le mouvement d'un corps? C'est connaître ce corps, d'abord en un point de l'étendue, puis en un autre, et ainsi successivement dans chacun des points intermédiaires, jusqu'au point d'arrivée. Mais, lorsque je connais le corps au point d'arrivée, je ne saurais point qu'il s'est mû à moins que je n'ajoute mentalement à la perception actuelle le souvenir du même corps dans tous les points successifs de son parcours. Je ne connaîtrais même de l'étendue que la partie toujours très-bornée que mes organes peuvent embrasser à la fois, si je ne pouvais, la parcourant de la main et des yeux, joindre à chaque perception nouvelle que j'acquiers ainsi la coni de toutes les étendues partielles précées. Nécessaire à l'expérience, la mémoire l'est plus encore aux opérations discursives de l'esprit, à l'induction qui suppose plusieurs expériences successives, au jugement et au raisonnement qui assemblent des idées ieurementet séparément acquises. Lamême ive, faite sur l'induction, démontrerait la même solidarité d'action : c'est en effet par l'induction que nous rapportons aux mêmes oh et que nous apprenons à grouper ensemble les