‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 187 sur 439 · ISID · texte numérisé non relu

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laisser l'être, ils ne lui octroient que le devenir. Les deux partis, Théétète, se livrent sur ce point d'interminables combats. » Ces deux partis, que Platon ne nomme pas, nous paraissent être, sur le second point, le pythagorisme; et, sur le premier, l'ionisme. Toutefois, en attribuant à cette philosophie le rôle de représentant de l'esprit sensualiste durant la première période de la philosophie grecque, il faut savoir tenir compte de toutes les exceptions et de toutes les réserves qui doivent être admises. Or, parmi les successeurs de Thaïes, il en est qui résolvent en un sens plus éléatique que véritablement ionien le problème de la légitimité de nos connaissances sensibles, en disant que le témoignage des sens ne peut en aucune façon nous conduire à la certitude, et en posant la raison comme le critérium unique du vrai. Cette doctrine est celle d'Heraclite, au rapport de Sextus (Adv. Malhem., lib. VII), et également celle d"Anaxagore, d'après le témoignage du même Sextus, et d'après celui de Cicéron (Acad.. liv. II, ch. ni).

Consultez sur l'école ionienne en général, outre les principaux historiens de la philosophie : Tiedemann, Premiers philosophes de la Grèce, in-8, Leipzig, 1780 (ail.) ; — Fr. Bouterweck.'de Primis philosophorum grœcorum décret is physicis, Comment. Soc. Gotting., t. II, ann. 1811 ; — Henri Rittcr, Histoire de la philosophie ionienne, in-8, Berlin, 1821 (ail.); — C. Mallet, Histoire de la philosophie ionienne, in-8, Paris, 1842; — Rzewuski, de Ionica philosophia, in-4, Paris, 1824. — Voyez, pour compliment de bibliographie, les articles consacrés aux principaux philosophes ioniens. C. M.

IRWING (Charles-François d'), né à Berlin en 1728, et mort dans la même ville en 1801, après avoir rempli diverses fonctions ecclésiastiques et universitaires, a laissé sur plusieurs sujets de morale et de psychologie des ouvrages assez estimés. En voici les titres : Recherches et expériences sur les hommes. 2 vol. in-8, Berlin, 1772 et 1777. Deux autres volumes ont été publiés en 1779 et en 178ô : Pensées sur les diverses théories de la méthode reçue en philosophie, in-8, H)., 1773; Essai sur* Vori<jine de la connaissance de, la vérité et des sciences, in-8, ib., 1781; Fragment de la morale naturelle, ou Co?isidérations sur les moyens que la nature indique pjour arriver au bonheur, in-8, ib., 1782. Tous ces ouvrages sont écrits en allemand.

ISIDORE, l'un des derniers philosophes de l'école néo-platonicienne, successeur de Marinus et maître de Damascius, florissait vers la fin du v* siècle de notre ère. Il semble résulter des textes de Damascius, son biographe, qu'il était d'Alexandrie, et non de Gaza; comme on le suppose communément sur la foi de l'historien Agathias. Damascius dit que Syrianus d'Alexandrie était son concitoyen, et plus loin il ajoute qu'Isidore avait, comme tous les alexandrins, une foi aveugle dans les révélations des songes. Ce témoignage positif d'un disciple qui a longtemps vécu dans la familiarité d'Isidore doit prévaloir sur l'autorité assez contestable de l'historien byzantin. Rien ne prouve d'ailleurs que l'Isidore de Gaza, cité par Agathias comme une îles victimes du décret de Justinien contre les philosophes (529), doive être confondu avec le chef de l'école athénienne, surtout Bi que ce dernier jouissail déjà d'une certaine réputation sous le règne de Vibius Sévère, c'est-àdire oixante dii : ans auparavant.

que prodigue D imascius à Isidore d'Alexandrie déguisent assez mal l'in- Mifiis ir.ee du philosophe Esprit vif et pénétrant

caractère mobile et inquiet, il avait tout d'abord séduit Proclus par la noblesse de son visage et l'expression de son regard inspiré. Enthousiaste jusqu'au fanatisme, comme la plupart des alexandrins, étranger aux habitudes studieuses de l'école d'Athènes, plus passionné qu'instruit, il se fit cependant remarquer parmi les disciples de Proclus et de Marinus par son imagination ardente et l'ascendant de son éloquence. Mais ces brillantes qualités du disciple étaient loin de suffire au chef d'une école qui depuis longtemps suppléait au génie par la science, à l'originalité par le culte des modèles antiques. Le dédain qu'il affectait pour les livres et pour toute étude sérieuse choquait même ses disciples les plus dévoués. Marinus avait essayé, mais sans succès, de contenir et de régler son imagination par l'étude d'Aristote; Isidore, fidèle aux leçons d'Asclépiodote, son premier maître, n'eut jamais que du mépris pour les procédés rigoureux et la sévère méthode des péripatéticiens. Exclusivement adonné à l'interprétation des songes et à la théurgie, versé dans la connaissance des mystères égyptiens, il ressemblait plutôt (Damascius lui-même l'avoue) à un inspiré qu'à un philosophe. D'un autre côté, son excessive irritabilité, sa sévérité outrée pour la faiblesse d'autrui, excluaient le tact et la prudence nécessaires pour traverser des temps d'orage et de persécution. Il eut toujours beaucoup plus d'ennemis que de partisans : aussi s'empressat-il de rejeter le fardeau que Marinus lui avait imposé, sur le refus d'Hermias. Marinus meurt quelque temps après l'avoir nommé son successeur, et aussitôt Isidore se hâte de retourner à Alexandrie, laissant à Zénodote la direction de l'école dont il n'avait jamais été que le chef nominal.

Jusque-là l'école d'Athènes avait puisé une partie de sa force dans les souvenirs de l'ancienne philosophie, qu'elle avait ravivés, et dans le respect qu'elle affectait pour les croyances populaires : Isidore répudie également les traditions religieuses et philosophiques, la poésie même ne, trouve pas grâce à ses yeux. Il prend au sérieux son rôle de thaumaturge, et s'y renferme : chaque matin il raconte et commente les songes de la nuit; il ne va pas au temple, sous prétexte qu'il porte la Divinité en luimême; il rejette la dialectique, en disant qu'il ne veut ni conduire ni être conduit en aveugle par le syllogisme; en un mot, il ne voit dans les livres qu'une source d'opinions et d'erreurs, et va jusqu'à déclarer que la science est inutile pour découvrir la vérité. Aristote et Chrysippe ne sont pour lui que des érudits sans profondeur, dépourvus de la véritable science, la science révélée et intuitive. A quoi bon, en effet, les longs travaux, quand on peut, comme Isidore, « voir d'inspiration la vérité d'un ouvrage ». Proclus, avant lui, avait mis la science au-dessous de la foi; mais il la maintenait du moins comme moyen de perfection; Isidore supprima cet intermédiaire inutile.

La fin de sa vie, à partir du moment où il quitte Athènes pour Alexandrie, est fort obscure ; on sait seulement qu'il épousa une femme du nom de Domna, et qu'il en eut un fils appelé Proclus. Son mariage avec Hypathie est une fable qui ne repose que sur une fausse interprétation du texte de Damascias.

On cite parmi ses disciples le solitaire Séra-

pion, el Théodora, platonicienne ardente, à l'in-

[uelli Damascius composa le Pa-

négyrique ds Isidore, dont Photius nous a oon-

i un fragment. Consultez Photius, ch. c.i.xxxr

,i. Agathias, Hist., liv. Il, ch. xxx; —

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Fabricius, Bibliot. grecque, t. IX; — Suidas, aux mots Isidore, Marinus, Syrianus, Serapion • Simon, Histoire de l'ccole d\\ lexandrie,

2 vol.' in-8, Paris, 1845, t. II, p. 593; — Vacherot, Histoire critique de V école d'Alexandrie, Paris, 1846-51. 3 vol. in-8. C. Z.

ITALIENNE (Philosophie). Si cette expression devait désigner tous les essais philosophiques qui se sont produits à dater du vi« siècle avant l'ère chrétienne, sur le sol de l'Italie, il faudrait commencer par distinguer quatre époques successives. La première embrasserait les écoles de Pythagore, de Xénophane. d'Empédocle, la gloire de la Grande Grèce. La seconde contiendrait les œuvres spéculatives et morales des Romains, depuis Lucrèce jusqu'à Boëce et Cassiodore. La troisième comprendrait les diverses formes de la philosophie scolastique. La quatrième s'étendrait de la chute des institutions du moyen âge aux systèmes qui régnent actuellement.

Mais Tusage a réservé le titre de philosophie italienne aux doctrines qui se sont développées après le réveil des études classiques. Quant aux théories et aux événements qui appartiennent à l'antiquité, ils portent des noms en quelque sorte consacrés : l'une de ces périodes est appelée italique, l'autre latine. A l'égard des pensées et des enseignements qui caractérisent l'enfance de l'esprit moderne, le moyen âge, ils n'ont pas d'empreinte nationale : conçus et propagés sous la discipline tutélaire de l'Église, ils sont universels, européens plutôt qu'italiens; du moins ont-ils pour théâtre principal, non une ville italienne, mais Paris. C'est Paris, en effet, que saint Thomas intitule la cité des philosophes, civitas }>hilosophorum.

Ce n'est pas à dire que l'Italie n'ait pas donné à la scolastique autant de célèbres docteurs qu'en produisirent les autres parties de la chrétienté : non ! Elle est la patrie de Thomas d'Aquin et de Bonaventure, deux personnages aussi grands dans l'histoire de la philosophie que dans celle de la religion. Mais il est notoire que la plupart de ses lumières allaient instruire les peuples étrangers, dès qu'elles s'étaient levées. Le dialecticien Lanfranc, Anselme le métaphysicien furent l'un après l'autre primats de Cantorbéry, Pierre Lombard fut évêque de Paris, Jean Italus enseigna à Constantinople, et Gérard de Crémone charma par son érudition les Arabes de Tolède.

Ce n'est pas à dire non plus que ces différentes phases, parcourues par l'esprit philosophique dans cette presqu'île en hantée, n'aient pas entre elles certaines analogies. Ces ressemblances sont même telles qu'on s'est plu quelquefois à considérer les quatre époques dont nous venons de parler, comme autant de transformations d'un seul et même système, comme autant de variétés d'une grande et constante opinion. Le génie de Pytlngore eût plané en ce cas, sans interruption, durant plus de deux mille ans, sur tous ces esprits si divers, et inspiré à la fois l'idéaliste et le matérialiste, le panthéiste et le déiste. Il faut admettre sans doute une perpétuité de tradition ; mais il ne faut pas prétendre en montrer le fil partout, ni soutenir que ce fil a été toujours respecté, ou même soigneusement entretenu par les invasions des barbares et par les irruptions d'idées nouvelles.

S'il est vrai que la pensée a besoin du langage, non-seulement pour se communiquer, mais pour se former, la philosophie, à proprement parler, italienne n'est pas antérieure à l'idiome italien. Ce sont les maîtres de Dante et de Pétrarque, Brunetto Latini et Guido Cavalcanti, l'éternel

honneur de Florence, qu'il faut envisager comme les précepteurs des philosophes d'Italie. Dante et Pétrarque eux-mêmes furent les plus brillants, les plus énergiques précurseurs de ces mêmes philosophes. Us n'exposent pas seulement, en vers mélodieux, les conceptions de cet Aristote qui était devenu l'instituteur des plus savants docteurs de l'Église,

.... Il maestro di color che sanno;

ou de ce divin Platon dans lequel plusieurs Pères révérés avaient salué un disciple de Moïse, un devancier et un messager du Christ; mais ils impriment à leurs expositions un cachet d'originalité, qui s'explique autant par l'imagination et la sensibilité propres à leur nation, que par leur génie individuel. En les lisant, on voit que les habitants de la péninsule ont appris, non-seulement à parler une langue admirable, mais à penser dans cette langue, et à vivre selon les mœurs qui semblent s'y réfléchir. Les ouvrages de ces deux héros de la parole ont donc servi à préparer le terrain aux semences que le siècle suivant apporta de Constantinople. Ils ont éveillé le désir de rêver et de méditer dans l'idiome maternel ; et le courage de préférer à l'étude des abstractions, au jargon de l'école, la vive admiration des œuvres de Dieu, le culte de tout ce qu'il y a de beau et de relevé dans la création et parmi les hommes. C'est la poésie, c'est l'enthousiasme de l'art, et non la critique, ni la controverse, qui disposa les Italiens à la philosophie.

Le moment est parfaitement connu où ces étincelles se changèrent en flammes, où l'Italie fit un gigantesque effort pour s'approprier la culture littéraire et scientifique des anciens, merveilleusement secondée par un instrument ignoré des anciens, l'imprimerie. Les malheurs et les faiblesses du Bas-Empire aidèrent, plus que tout le reste, à cette révolution qu'on est convenu d'appeler la renaissance. C'est vers le temps où vivait Jean de^Ravenne, c'est en 1360. que Boccace obtient a Florence pour Léonce Pilati la première chaire de littérature grecque en Occident. En 1395 le sénat de Venise en érige une seconde, en faveur de Manuel Chrysoloras. En 1438 le Byzantin Gémiste Pléthon, envoyé avec l'empereur Jean Paléologue au concile de Florence, y fait mieux connaître et aimer davantage les dogmes de Platon, et se forme un disciple dans ce Bessarion qui depuis fut élevé à la dignité de cardinal. Voici enfin, en 1453, les derniers restes de la civilisation hellénique, les Argyropule, les Chalcondyle, les Lascaris, chassés de Byzance par les Ottomans, et forcés d'implorer l'hospitalité italienne.

A la faveur de ce concours de personnages éminents et de mémorables événements, il se développa dans les classes élevées entre les divers foyers d'études, une émulation qui avait eu peu d'exemples. Libéralement secouru par de nombreux souverains, infatigablement entretenu par des talents aussi variés que nombreux, ce mouvement devint une ère intellectuelle du premier ordre. La philologie, l'érudition, c'est-àdire la connaissance et l'imitation des modèles légués par le monde ancien, tel fut le point de départ. Une recherche indépendante de la nature et des fins des choses, de ce qui esta la fois ancien et nouveau, de tout temps et de tout lieu, voilà quel fut le résultat, et parfois le but. L'esprit humain est fait de telle sorte, qu'il ne peut s'adonner longtemps à l'étude dos mots et des formes, sans être conduit à l'examen des pensées, à la comparaison des systèmes; et s'il déLute par la grammaire, il finit par la mêla-

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