‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 197 sur 439 · LACT · texte numérisé non relu

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vous nous avez faits pour vous, et c'est pour cela que notre cœur n'est jamais sans inquiétude, jusqu'à ce qu'il se repose en vous. » C'est là une démonstration fondée sur une vérité de fait, et c"e>t aussi où nous appelle le prophète royal David, quand il dit : « Goûtez, et voyez combien Je Seigneur est doux! Quiconque a une fois goûté Dieu, ne doutera jamais de son existence. »

Lacroze apportait un esprit philosophique dans ses nombreux et vastes travaux de philologie, dans ses Dictionnaires arménien, cophte, esclavon, syriaque, etc.. dans ses études sur le chinois; mais cet esprit se manifeste particulièrement dans ses Entreliens sur divers sujets d'histoire, de littérature, de religion et de critique, in-12, Cologne (Amst.), 1771 et 1733. L'ouvrage qui contient sa polémique avec le P. Hardouin est intitulé : Vindiciœ velerum scriptorum contra llarduinum, Rotterdam, 1708. — Voy. Jordan, Histoire de la vie et des ouvrages de M. de Lacroze, in-8, Amst., 1741. C. Bs.

LACTANCE est un de ces païens convertis au christianisme, qui mettaient au service de la religion nouvelle des lumières et des talents puisés à des sources profanes; mais l'hostilité dont il est animé envers la philosophie ne l'empêche pas d'en conserver l'esprit et l'indépendance, et, tout en lui faisant une guerre acharnée, il la sert encore par son érudition.

Avant de se convertir au christianisme, Lactance avait longtemps exercé la profession de rhéteur, et, à ce titre, il avait acquis une érudition assez étendue dans la littérature profane et dans la connaissance des systèmes de la philosophie antique. Les ouvrages qui nous restent de lui sont postérieurs à sa conversion et sont tous empreints de l'esprit nouveau; mais il y reste aussi des traces nombreuses de son ancienne profession. Nourri de l'antiquité, par un reste d'habitude, il cite les auteurs païens plus souvent que l'Évangile, Ovide particulièrement, pour lequel il semble avoir une sorte de prédilection, et fréquemment aussi les poèmes sibyllins, qu'il, regardait comme l'œuvre authentique des sibylles de Cumes et d'Erythrée.

Sous quel aspect envisage-t-il les systèmes de la philosophie antique? Le christianisme, pendant les premiers siècles, s'est montré animé envers la philosophie de sentiments très-divers : d'abord il ne fit pas difficulté de s'approprier les vérités découvertes par la philosophie ; tout ce qu'il y avait de bon dans les philosophes, la religion le revendiqua comme emprunté aux livres saints. Mais, avec le temps, cette disposition changea ; cette espèce d'alliance se tourna en hostilité déclarée : surtout après que certaines sectes, les néo-platoniciens entre autres, se furent déclarées les fauteurs de la vieille religion, et eurent entrepris de restaurer le vieux paganisme, les chrétiens ne virent plus dans la philosophie qu'une ennemie déclarée, et ils la poursuivirent de leurs anathèmes. De ces deux dispositions, c'est la dernière qui prédomine chez Lactance; c'est surtout comme une mer d'erreurs et une source de corruption, c'est comme l'ennemie des vérités saintes qu'il envisage la philosophie.

Si donc Lactance n'est pas, à proprement parler, un historien de la philosophie, on peut trouver dans ses ouvrages une espèce d'inventaire des torts et des erreurs de la philosophie antique, particulièrement en ce qui concerne la notion de Dieu et les vérités religieuses. Toutefois, il ne faudrait pas le considérer comme un guide très-sûr; on risquerait fort de s'égarer en suivant ses traces avec trop de confiance.

Lactance, né en Afrique au milieu du ni* siècle, étudia à Sicca, en Numidie, où il eut pour maître Arnobc.Vers l'an 290. il fut choisi par Dioclétien pour enseigner les lettres à ISicomédie ; il embrassa le christianisme vers l'an 300, et se voua dès lors à la défense de sa nouvelle religion ; en 317 ou 318, l'empereur Constantin l'appela dans les Gaules, et lui confia l'éducation de son fils Crispus. On croit qu'il mourut à Trêves, vers 323, dans un âge avancé. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages, tous écrits en latin : l'élégance de son style l'a fait surnommer par saint Jérôme le Cicéron chrétien, bien que certaines locutions barbares témoignent çà et là qu'il écrivait à une époque de décadence.

Son principal ouvrage, les, Institutions divines, a pour objet de combattre le polythéisme et la philosophie païenne pour élever le christianisme sur leurs ruines : il se compose de deux parties, l'une polémique, l'autre dogmatique ; la première est une apologie, la seconde une exposition de la doctrine chrétienne. Saint Jérôme, tout en se déclarant l'admirateur de l'éloquence africaine de Lactance, le trouve moins habile à fonder la vérité qu'à combattre l'erreur ; il lui manque la connaissance approfondie du dogme; son christianisme passe pour être peu orthodoxe. Dans ce livre destiné à exposer les vérités de la religion chrétienne, les opinions hétérodoxes abondent : on a fait une liste de quatre-vingtquatorze erreurs qui lui sont reprochées ; ses livres ne font pas autorité en matière de foi, et ils ont été mis au rang des apocryphes par le concile tenu à Rome en 475.

Les Institutions divines se composent de sept livres : les trois premiers contiennent la réfutation du paganisme; ils traitent successivement de la fausse religion, de l'origine de l'erreur et de la fausse sagesse des philosophes; les trois suivants exposent le dogme, la morale et le culte des chrétiens; enfin le septième livre, intitulé de lu Vie heureuse, traite de l'état de l'homme après cette vie et de l'état de l'univers après sa période actuelle d'existence. Le plan de Lactance n'est pas moins philosophique que chrétien ; son but est de montrer l'accord de la religion el de la philosophie. Dès le début (liv. I, ch. i), il pose ce principe : « Pas de religion sans sagesse, pis de sagesse sans religion. » C'est là sans doute un magnifique programme ; mais la réalisation en est difficile, et Lactance n'était ni assez métaphysicien ni assez théologien pour le remplir. Les idées les plus diverses se mêlent dans son esprit sans se concilier entre elles : cet assemblage de philosophie et de théologie, de vérités chrétiennes et d'erreurs païennes, d'aspirations religieuses et de souvenirs profanes offre un objet curieux d'étude et caractérise une époque de tâtonnements, où les dogmes n'étaient pas encore fixés avec la précision rigoureuse que l'Église a exigée depuis. Plus d'un passage de Lactance sur l'existence de Dieu trahit le prosélyte inexpérimenté; par exemple (liv. I, ch. vu, et liv. II, ch. vm), il raisonne ainsi : « Tout ce qui est a commencé d'être : Dieu est, donc il a commencé d'être ; mais avant Dieu il n'existait rien d'où il ait pu naître ; donc Dieu s'est créé lui-même. » Ailleurs (liv. VII), parlant de la vie future, il dit que si l'on osait nier l'existence des âmes après la mort, le magicien nous en convaincrait bientôt en les faisant paraître. Souvent il confond le petit nombre de vérités physiques devinées par la philosophie antique avec les erreurs mêlées à ces vérités : ainsi il cite les antipodes comme un exemple de leurs absurdités; il emprunte lui-même plus d'une opinion à ces philosophes qu'il combat à outrance, el il n'est

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