‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 200 sur 439 · LAN G · texte numérisé non relu

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i|Uii 6 ce séjour pour venir à Rouen, il s'arrêta au Bec, et lit profession de la vie monastique il us le couvent que venait d'y fonder l'abbé Hcrluin. 11 fut successivement prieur du Bec et abbé de Sainl-Étienne de Caen ; il fit fleurir le goût de l'étude dans ces deux monastères. Pendant qu'il exerçait les fonctions d'ahbé; il refusa L'archevêché de Rouen ; mais la confiance persévérante de Guillaume 1er le mit dans l'impossibilité de se soustraire plus tard à l'honneur d'occuper le siège primatial de Cantorbéry ; il y mourut le 28 mai 1089, après avoir toujours défendu en Angleterre les intérêts de l'Eglise de Rome, qui se confondirent longtemps avec ceux du conquérant.

La réputation de savoir dont jouit Lanfranc parmi ses contemporains, l'établissement de l'école du Bec dont il fut le fondateur, et qui devint la plus florissante qu'on eût vue depuis plusieurs siècles, le soin qu'il mit à former dans cette abbaye une bibliothèque où la philosophie avait sa place à côté des livres saints, sa liaison avec Bérenger, dont il combattit cependant les erreurs, sa liaison plus étroite et plus durable avec Anselme, son ami et son successeur, ne permettent pas de douter qu'il ne fût versé dans toutes les connaissances de son temps et qu'il ne participât au mouvement qu'il avait imprimé lui-même aux esprits; mais rien, dans ceux de ses écrits qui nous sont parvenus, moins encore dans ceux qu'on lui conteste avec raison, tels que les commentaires sur les épîtres de saint Paul, ne saurait nous faire connaître la part qu'if y prit. Le livre qu'il composa sur l'eucharistie contre Bérenger, les règles qu'il rédigea pour l'ordre, de Saint-Benoît, ses lettres et son Traité du secret de la confession n'ont rapport qu'à des sujets de controverse et de discipline étrangers à la philosophie.

Là meilleure édition de ses oeuvres (in-f°, Paris, Billaine. 1648) est due aux soins du savant bénédictin dôm Luc Cochéry. H. B.

LANGAGE, VOy. SIGNES.

LANGE (Jean-Joachim), né en 1670 à Gardelegen, dans la Vieille-Marche, mort en 1744, professeur de théologie à Halle, s'est rendu tristement célèbre par les persécutions qu'il attira sur Wolf. C'était, selon les uns, un piétiste exalté et tout à fait sincère; selon les autres, un envieux hypocrite qui, sous prétexte de défendre la religion et la morale outragées, ne songeait qu'à satisfaire une rancune personnelle. Les deux opinions sont également vraisemblables, car, bien avant sa querelle avec le célèbre disciple de Leibniz, Lange enseignait dans sa chaire de théologie le fanatisme le plus sombre et le plus hostile à la raison en général; d'un autre côté, il ne devait pas être animé d'une très-grande bienveillance pour Wolf, qui, devenu doyen de la Faculté de philosophie et mis en demeure de se choisir un adjoint, préféra un de ses disciples nommé Thummig au fils de son collègue. Ce (ju'il y a de certain, c'est que, par suite des manu:ii\ res de Lange auprès de la cour de Frédéric- Guillaume 1er, Wolf, accusé de fatalisme, d'athéisme cl d'immoralité, fut destitué de ses fonctions et obligé de quitter le territoire prussien dans l'espace de deux jours. Ce qui excita à ce point la colère du roi, qui ne se piquait point de décider des questions de métaphysique, c'est qu'on l'avait assuré que la doctrine de l'harmonie préétablie pouvait excuser les déserteurs de son armée. Lange ne s'est pas contenté d'ourdir contre Wolf des intrigues, il a aussi écrit contre lui, et c'est par ce motif que nous lui donnons une place dans ce recueil ; voici les titres de ses ouvrages : Causa Dei et reli'jionis nuluralis ad-

versus alhcismum cl, quoi eum gignil aut promovet, pscudo-pkilosophiam veterum cl reeentiorum e genuinis verœ philosophiez principii»

melhodo demonstrativa asserla, in-8, Halle, 1723; — Modcsta disquisilio novi philosophiez systematis de Deo, mundo cl homine, et pr.tserlim harmonia commercii inter animam et corpus prœslabilila, in-4, ib., 1723 (le but de cet écrit est de montrer que, dans la question des rapports de l'âme avec le corps, la doctrine de Leibniz ne diffère pas de celle de Spinoza) ; — Placidœ vindiciœ modeslœ disquisiiionis, in-4, ib., 1723; — la Fausse et dangereuse jjhilosophie dévoilée par une démonstration polie et complète, in-4, ib., 1724 (ail.) ; — Nova anatome, seu Idea anahjlica suslematis melaphysici Wolfiani, in-4, Francfort et Leipzig, 1726. — Nous indiquerons ici la Collection complète des ouvrages publiés dans le débat entre Wolf et Lange, in-8, Marbourg, 1737 (ail.). X.

LANGESTEIN (Henri de), plus souvent nommé Henricus de Hassia, docteur en Sorbonne, professa la philosophie scolastique dans l'université de Paris vers l'année 1365, et laissa un grand nombre d'ouvrages dont on peut voir les titres chez Casimir Oudin (Commenlarius de scriptoribus ecclesiœ antiguis, t. III, p. 1252). Le seul de ces ouvrages qu'il nous importait de connaître, un commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard, est demeuré manuscrit.

Il faut consulter, sur Henri de Langestein : Trithemius, de Viris illustribus, la bibliothèque de Gesner, celle de Sixte de Sienne, Possevin, et surtout Casimir Oudin. X.

LANGUET (Hubert) est un des plus hardis écrivains politiques du xvie siècle, un des publicistes courageux connus sous le titre de monarchomachisles, c'est-à-dire adversaires du pouvoir absolu.

Né en 1518 à Vîteaux en Bourgogne, il fit ses principales études en Allemagne et en Italie, à Wittemberg et à Padoue, les deux uuiversités qui rivalisaient alors le plus avec Paris. L'admiration que Milanchthon et Camérarius inspirèrent au jeune docteur en droit le détermina à embrasser la réforme et à s'attacher, comme diplomate, aux chefs du protestantisme;ailemand. Il servit cette cause avec autant d'éclat que d'utilité, tour à tour comme négociateur et comme ministre d'État : il devint un des fondateurs du droit des gens et un des modèles de la diplomatie. C'est à grand'peine qu'il sut échapper au massacre de la Saint-Barthélémy, auquel le caractère d'ambassadeur n'aurait pas sulfi à le soustraire. Il ne mourut que dix ans après, en 1581, à Anvers, au service de Guillaume d'Orange, qu'il avait défendu de sa plume acérée contre Philippe II.

: Il serait difficile de décrire la vaste influence que Languel exerça sur ses contemporains par ses discours, ses lettres, ses mémoires, ses opinions, et surtout par ses voyages. Il jouissait justement de la réputation d'un homme très-savant, aussi respectable qu'habile, non moins tolérant que dévoué aux intérêts du parti dont il était l'organe. Dans la foule d'amis de tout âge et de tout rang qu'il comptait par toute l'Europe, il répandait le goût de l'investigation libre elle besoin du progrès philosophique. Il se plaça à la tète des esprits supérieurs qui commençaient à méditer sur l'organisation des Etats, sur les relations naturelles et invariables des nations, sur les rapports des princes et des peuples, sur les sources et les marques de la souveraineté, sur les fondements et les limites du contrat social. I! s'efforça d'introduire l'esprit d'exa men et de réflexion dans ces matières délicates,

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et le spectacle des règnes abominables de Philippe II et Catherine de Médicis lui conseilla de recommander le culte des principes démocratiques. Sous le nom de Junius Brutus, il publia ces sentiments dans un ouvrage qui a eu un grand nombre d'éditions et a souvent été traduit: Vindiciœ contra tyrannos, sive de prineipis in populum, populique in principem légitima potestale, in-8, 1579. François Estienne intitula la version française de cet écrit : de la Puissance légitime du prince sur le peuple, in-8, 1581.

Le titre des Vindiciœ rappelle le livre non moins fameux d'Etienne La Boëtie, Contre un. Le contenu ne diffère guère des opinions de l'ami de Montaigne ni de celles de François Hotman et Buchanan, les amis et les coreligionnaires de Languet : on y voit discutées tour à tour et résolues affirmativement ces quatre questions :

1° Les sujets sont-ils dispensés d'obéir aux princes qui leur commandent quelque chose contre la loi de Dieu ?

2° Est-il loisible de résister à un prince qui veut enfreindre la loi de Dieu ou qui ruine l'Église?

3" Peut-on résister à un prince qui opprime ou qui ruine l'État, et jusqu'où s'étend cette résistance "?

4° Les princes voisins peuvent ou doivent-ils donner des secours aux sujets insurgés à cause de la vraie religion?

Bien que la couleur générale de cet écrit soit plutôt religieuse que philosophique, et que, pour cela, il ait été attribué à Théodore de Bèze et à Duplessis-Mornay, il est cependant visible que l'auteur l'ait sans cesse appel à la raison et à la nature, qu'il considère aussi comme des lois de Dieu, comme la vraie religion et la bonne politique. C'est sur les exigences de la raison et sur la nature de l'homme qu'il s'appuie pour réclamer la liberté individuelle et le respect de la propriété, l'inviolabilité de la conscience et de la pensée, et qu'il s'élève énergiquement contre tous les genres de persécution, montrant avec éloquence que Dieu n'a accordé à nul homme la permission d'opprimer un autre homme. Il discute en philosophe plutôt qu'en sectaire, avec la gravité et la lucidité de Machiavel, ces questions de droit naturel et de philosophie politique dont il a été un des plus audacieux et plus fermes promoteurs. Languet ne fut pas utopiste comme Thomas Morus et Campanella, ni même comme Mariana, et voilà pourquoi il mérite d'être salué comme l'un des précurseurs et des créateurs de l'école libérale en philosophie politique.

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