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son Témoignage du sens intime contient tout un mémoire contre le P. Roche, oratorien comme lui, qui défendait la doctrine de la vision en Dieu et des idées innées. L'ouvrage du P. Roche a pour titre : Traité de la nature de l'âme et de l 'origine de nos connaissances, contre le système ère A/. Locke et de ses partisans (2vol. in-12. 1759). Lignac soutient contre lui que toutes nos idées sont d'abord enveloppées dans des perceptions particulières et qu'il faut la réflexion pour les en dégager ; que l'essence de l'àme ne consiste pas seulement dans la pensée, ce qui ferait de nous une simple collection de pensées, c'est-àdire de modalités; mais que nous percevons en lui-même et sentons immédiatement le fond de notre être, et que c'est là ce qui nous autorise à croire à notre identité; enfin, il défend aussi contre lui l'indépendance de la raison en matière de philosophie, et la nécessité de séparer le domaine de cette science de celui de la théologie. Il veut bien qu'on cite les Pères de l'Église, mais uniquement comme philosophes, et quand ils sont dignes de ce titre.
Outre les ouvrages que nous avons cités, Lignac a publié aussi un Examen sérieux et comique des discours sur l'esprit (d"Helvétius), 2 vol. in-12, Amst., 1759; un autre de ses écrits a pour titre Avis paternel d'un militaire à son fils, jésuite, in-12, 1760. On peut consulter Le Golf, de la Philosophie de l'abbé de Lignac, Châlons,1863, in-8;
— V. Cousin, Cours de ihisloirede la philosophie moderne, lre série, t. I; — Fr. Bouiliier, Histoire de la philosophie cartésienne, t. II, ch. xxxvi;
— Ollé Laprune, la Philosophie de Mulebranche, t. II.
LIPSE (Juste), ou plutôt Joost Lipss, né dans le bourg d'Isch, près de Bruxelles, le 18 obtobre 1547, passe encore pour 'e prince des érudits de son siècle : il composait, avec Casaubon et Scaliger, un tiiumvirat dans lequel ses illustres collègues lui accordaient eux-mêmes le premier rang. Ses écrits ont été recueillis en quatre volumes in-8, Anvers, 1637. Il en a été donné une autre édition dans un même nombre de volumes, et de même format à Vesel, en 1675. Des traités nombreux dont Juste Lipse est l'auteur, il y en a plusieurs dont il nous appartient de rendre compte.
Les grandes controverses qui avaient agité l'école vers la fin du xve siècle avaient eu lieu, d'une part, entre les derniers tuteurs du péripatétisme scolatisque, et d'autre part, entre des novateurs enthousiastes, téméraires, interprètes plus ou moins fidèles de la doctrine platonicienne : dans le cours de ces débats animés, personne n'avait pris la parole pour faire valoir les titres de celte philosophie stoïcienne qui avait eu, chez les anciens, tant de notables partisans. Juste Lipse s'efforça le premier de la remettre en honneur. Comme le fait judicieusement observer Tennemann,H était moins philosophe que lettré. Si donc il préféra l'école du Portique à toutes les autres, cette préférence fut moins une affaire de raisonnement que d'inclination; c'est en lisant Sénèque qu'il apprit à connaître les stoïciens, et, passionné pour l'écrivain, iJ le fut pour sa doctrine. Juste Lipse publia d'abord quelques amplifications morales dans le goût des rhéteurs latins : la plus remarquable est son traité sur la Constance, qui parut à Francfort en 1591, in-8. Ayant, dans ce traité, offert plus d'un gage à la secte de Zenon, il crut alors devoir motiver son parti pris, et, dans ce dessein, il fit une scrupuleuse enquête dans les archives stoïciennes. On attendit longtemps le résultat de ce labeur souvent interrompu; enfin, en l'année 1604, d<jux ans avant sa mort, il publia les deux opuscules dont
voici les litres : Jusli Li)>sii Manuduchonis ad sloicam philosophiam libri très; — Jusli Lipsii physiologiœ stoicorum libri 1res, Anvers et Paris, in-4 et in-8. Nous analyserons en peu de mots ces deux ouvrages.
11 csl utile, suivant Juste Lipse, d'étudier la philosophie; mais enti philosophi-
ques, qui toutes prétendent posséder le dernier mot de la science humaine, pour laquelle fautil opter? La voix commune, dit-il, condamne les épicuriens; les académiciens, c'est-à-dire les sceptiques, ont toujours rencontré peu de partisans; les péripaléticiens ont beaucoup plus de crédit, et ne permettent pas, à bon droit, crue l'on parle mal de leur illustre maître : cependant, si grand qu'ait été le génie d'Aristote, il faut reconnaître qu'il ne s'est pas toujours exprimé sur les questions morales. en des termes satisfaisants. 11 importe donc de rechercher s'il n'existe pas une doctrine qui supplée à l'insuffisance de l'éthique péripatéticienne. Ce n'est pas, au jugement de Juste Lipse, celle de Platon : entraîné bien au delà des voies suivies par la foule, Platon n'est pas un guide sûr pour la conscience. On comprend mieux Sénèque et les autres disciples de Zenon. Cela dit. Juste Lipse aborde les thèses premières de l'éthique, disserte avec abondance sur la question du souverain bien, et, consacrant un chapitre spécial à l'examen des aphorismes, des sentences paradoxales qui sont le fonds commun de toutes les amplifications stoïciennes, il conclut en recommandant la pratique de la vertu. Dans le second des opuscules dont nous nous sommes proposé de rendre un compte sommaire, Juste Lipse ne se contente pas d'exposer et de commenter les prescriptions morales du Manuel d'Épictète : il s'agit, en effet, dans ce traité, de la physiologie, ou, pour parler le langage de notre temps, de l'ontologie stoïcienne, de Dieu, de la Providence, du mal, du monde, et de l'homme. Les docteurs protestants, aussi bien que les catholiques, purent trouver téméraires et nouvelles plusieurs assertions développées dans cet ouvrage ; mais, pour n'être pas une occasion de scandale, Juste Lipse avait déclaré par avance qu'il ne voulait pas être jugé comme solidairement responsable des opinions diverses reçues dans l'école stoïcienne.
Ainsi, bien qu'il fasse à voix basse confession de ses sympathies pour cette école, Juste Lipse a la prudence de se donner plutôt comme historien que comme sectaire. Acceptons donc les deux traités que nous avons sous les yeux comme formant une introduction à l'étude'de la philosophie stoïcienne. Appréciés à ce point de vue, ils méritent toute l'estime que leur a:corde Tennemann. Nous ne parlerons pas en des termes aussi favorables d'un ouvrage plus connu de Juste Lipse qui a pour titre Politicorum, sive civilis doctrinœ, libri sex, in-8, Leyde, 1589. Ce livre, composé de fragments d'Aristote, de Tacite, de Cicéron, semble être tantôt un manifeste en faveur de la monarchie, tantôt une protestation contre le droit divin des rois : on l'entend dire ici que le gouvernement d'un seul esl « la baguette de Circé qui subjugue les hommes et les bêtes, et qui, de tant de gens farouches, fait que chacun, frappé de crainte, s'assujettit au devoir»; ailleurs, il ne donne pas d'autre base à ce gouvernement que l'adhésion libre, éclairée, de ces brutes indociles. S'agit-il de faire un choix entre l'élection et la succession? il hésite et passe outre, sans donner son avis. Cet écrit est bien loin de valoir ceux dVEgidio Colonna, de Claude de Seyssel et surtout celui de Bodin, On n'y trouve, pour ainsi parler
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qu'une maxime à laquelle Juste Lipse n'admet pas qu'on puisse opposer une maxime contraire. Il s'agit de la liberté de conscience. Sur ce point l'auteur déclare expressément que le devoir des rois est d'exterminer par le 1er et par le l'eu quiconque ose, en matière de religion, penser autrement que l'État. 11 convenait d'autant moins à Juste Lipse de tenir un tel langage, qu'il avait tour à tour fait profession d'être catholique, luthérien, calviniste, et qu'en fait il n'avait jamais été sincèrement d'aucune communion. B. H.
LOCKE (John) naquit à Wrington, dans le comté de Bristol, le 29 août 1632. Il passa son adolescence et les premières années de sa jeunesse d'abord au collège de Westminster, puis à l'université d'Oxford, où la lecture des écrits de Descartes éveilla chez lui, comme chez Malebranche, une vocation philosophique. En 1666, une rencontre fortuite le mit en rapport avec lord Ashley, depuis comte de Shafteshury, qui le retint auprès de lui et se l'attacha comme ami. Devenu, en 1672, grand chancelier d'Angleterre, Shafteshury nomma Locke secrétaire des présentations aux bénéfices, emploi qu'il exerça pendant une année, tant que Shafteshury garda lui-même ses fonctions. Plus tard, en 1679, le comte de Shafteshury, nommé président du conseil, rappela Locke auprès de lui ; mais, bientôt disgracié pour s'être opposé aux mesures despotiques de la cour, Shafteshury se vit contraint de s'exiler en Hollande, où il mourut en 1683. Locke l'y avait accompagné. Les relations qu'il y contracta, notamment avec Limborch et Leclere, jointes au dévouement dont il avait fait preuve envers le comte de Shafteshury, achevèrent de le rendre suspect au gouvernement anglais, et amenèrent contre lui une persécution qui eut pour résultat sa dépossession d'un bénéfice accordé par l'université d'Oxford. Locke séjourna en Hollande pendant environ huit ans, jusqu'en 1689, époque à laquelle la révolution, qui plaça Guillaume III sur le tronc d'Angleterre, le ramena dans sa patrie. Il avait d'abord songé à recouvrer son bénéfice de Christ-Church ; mais il sacrifia généreusement à l'intérêt et à la sécurité de celui qu'on lui avait donné pour successeur les droits qu'une injuste persécution n'avait pu lui faire perdre, et accepta une place de commissaire aux appels. Des missions diplomatiques lui furent, dit-on, proposées à diverses reprises; mais sa santé, devenue très-faible, le contraignit à refuser. Ce fut vers cette époque qu'il commença à séjourner alternativement à Londres et à la maison de campagne du comte de Peterborough; bientôt même, il forma le projet de se retirer complètement à Oates, dans le comté d'Essex, chez le chevalier Masham ; et cette résolution l'amena à se démettre, en 1700, des fonctions très-lucratives de commissaire du commerce et des colonies. Le roi voulait les lui conserver en le déchargeant de tout travail et en le dispensant d'assister au conseil, par conséquent, de venir à Londres dont le séjour lui était nuisible; Locke répondit que sa conscience ne lui permettait pas de toucher le traitement d'un emploi qu'il ne pouvait remplir, et, dès cet instant, il ne quitta plus sa retraite d'Oates. Il y mourut le 28 octobre de l'année 1704, dans des sentiments de religion et de piété chrétiennes qui se révélèrent dans ses dernières paroles et dans ses derniers actes.
Le traducteur français de l'Essai sur l'entendement humain, Coste, était à Londres au moment de la mort de Locke ; et voici comment,
dans une lettre adressée à l'auteur des Xuu-
vclles de lu république des lettres, et insérée dans ce recuxil (février 170â, p. lo4), il rend compte des derniers moments du grand philosophe : « Vers cinq heures du soir (27 octobre 1704), il lui prit une sueur accompagnée d'une extrême faiblesse,- qui fit craindre pour sa vie; il crut lui-même qu'il n'était pas loin de son dernier moment : alors il recommanda qu'on se souvînt de lui dans la prière du soir; là-dessus, Mme Masham lui dit que, s'il le voulait, toute la famille viendrait prier Dieu dans sa chambre; il répondit qu'il en serait fort aise, si cela ne donnait pas trop d'embarras. On s'y rendit donc, et l'on pria en particulier pour lui. Après cela, il donna quelques ordres avec une grande tranquillité d'esprit, et, l'occasion s'étant présentée de parler de la bonté de Dieu, il exalta surtout l'amour que Dieu a témoigné aux hommes en les justifiant par la foi en Jésus- Christ. Il le remercia en particulier de ce qu'il l'avait appelé à la connaissance de ce divin Sauveur; il exhorta tous ceux qui se trouvaient auprès de iui de lire avec soin l'Écriture sainte et de s'attacher sincèrement à la pratique de tous leurs devoirs, ajoutant expressément que, par ce moyen, ils seraient plus heureux dans ce monde et qu'ils s'assureraient la possession d'une éternelle félicité dans l'autre. Quelques jours avant sa mort, il avait écrit à Collins, son pupille et son ami, qu'il ne trouvait de consolation que dans le bien qu'il avait fait; que deux choses en ce monde pouvaient seules donner une véritable satisfaction : le témoignage d'une bonne conscience et l'espoir d'une autre vie. »
Quelque temps avant la mort de Locke, le docteur Hudson, administrateur de la bibliothèque Bodléienne à Oxford, avait prié le philosophe de lui envoyer tous les ouvrages qu'il avait publiés, tant ceux qui portaient son nom, que ceux où' son nom ne paraissait pas. Locke ne lui avait envoyé que les premiers d'entre ce s ouvrages; mais, par un article de son testament, il légua au docteur Hudson, pour la hiblio thèque Bodléienne, un exemplaire de chacun d : ses écrits anonymes. Nous ferons connaître plu> loin quels étaient ces ouvrages de Locke; maid'abord nous nous occuperons du plus important de tous ses écrits, de celui qui est resté et demeurera son véritable titre de gloire.
VEssai sur l'entendement humain {Essay concerning human understanding) fut composé, ainsi que l'auteur le déclare lui-même dans sa préface, pour sa propre instruction et pour la satisfaction de quelques-uns de ses amis : « S'il était à propos de faire ici l'histoire de cet Essai, je dirais que cinq ou six de mes amit s'étant assemblés chez moi et venant à discouru sur un point fort différent de celui que je traite en cet ouvrage, se trouvèrent bientôt poussés à bout par les difficultés qui s'élevèrent de différents côtés. Après nous être fatigués quelque temps sans nous trouver en état de résoudre les doutes qui nous embarrassaient, il me vint dans l'esprit que nous prenions un mauvais chemin, et qu'avant de nous engager dans ces sortes de recherches, il était nécessaire d'examiner notre propre capacité, et de voir quels objets sont à notre portée ou au-dessus de notre compréhension.... Il me vint alors quelques pensées indigestes sur cette matière que je n'avais jamais examinée auparavant; je les jetai sur le papier; et ces pensées, que j'écrivis a la hâte pour les communiquer à mes amis à notre prochaine entrevue, fournirent la première occasion de ce traité, qui, ayant été commencé pa^ hasard et continué à la sollicitation de ces mômes personnes, n'a été écrit que par pièces déta-