‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 212 sur 439 · LONG · texte numérisé non relu

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sième personne de la Trinité eût-elle pu se faire homme (liv. III, disl. I™, ch. vi)?Dicu eût-il pu se revêtir de l'humanité sous la forme d'une, femme (liv. III, dist. 1", ch. h)? Ces subtilités téméraires lui attirèrent des ennemis, quelquesuns injustes et passionnés, Jean de Cornouaillcs. Gautier, prieur de Saint-Victor, Joachim, abbé de Flore en Calabre, etc.; d'autres plus modérés et plus équitables, au nombre desquels il faut compter les maîtres en théologie de Paris, qui se bornèrent à dresser, vers 1300, une liste des articles qu'ils n'approuvaient pas dans le livre des Sentences, et s'accordèrent à ne les point enseigner.

Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France ont donné, dans le tome XII, une liste des éditions des quatre livres des Sentences. Il est facile de voir par cette énumération qu'il devint comme un manuel des études théologiques. Nous y renvoyons le lecteur, nous bornant à indiquer l'édition que nous avons scus les yeux: in-8, Paris, 1557, Gilles Corbin. H. B.

LONGIN [Cassius Longinus) , plus célèbre comme rhéteur que comme philosophe, naquit vers l'an 210 ou 213 après Jésus-Christ. Sa patrie est inconnue : on l'a fait naître tour à tour à Émèse, à Palmyre, ou même à Athènes, sans motiver suffisamment ces suppositions. Un fragment de Longin, conservé par Porphyre, nous apprend qu'il employa sa jeunesse à voyager pour s'instruire dans les belles-lettres et la philosophie, en étudiant sous les maîtres les plus célèbres de son temps. A Alexandrie, il fut disciple d'Ammonius Saccas, fondateur du néoplatonisme ; il eut pour condisciples Origène, Herennius et Plotin. Tous les quatre s'étaient engagés à ne rien écrire, afin de conserver le caractère purement traditionnel de l'enseignement de leur maître. Mais Porphyre raconte qu'Herennius ayant violé son serment, Origène, Plotin et Longin se décidèrent à publier leurs leçons. Après de longs voyages, Longin s'établit à Athènes, y ouvrit une école de rhétorique et de philosophie qui attira de nombreux élèves. Sa renommée étant parvenue jusqu'à Zénobie, reine de Palmyre, elle l'appela auprès d'elle pour lui enseigner la littérature grecque, et, après la mort de son mari Odenat, elle en fit son principal conseiller et son ministre. Profitant des désordres de l'empire livré aux prétoriens, elle s'affranchit de la domination romaine, et prit le titre de reine de l'Orient. Cependant Aurélien, à son avènement, voulut rétablir l'unité de l'empire; il battit l'armée de Zénobie, près de la ville d'Émèse, et vint mettre le siège devant Palmyre, où cette reine s'était retirée. Il lui écrivit pour lui offrir la vie et un lieu de retraite si elle voulait se rendre. Elle répondit par une lettre pleine de fierté, que rapporte l'historien Vopiscus, et dont la rédaction fut attribuée à Longin. La ville de Palmyre ayant été prise quelques jouis après, Zénobie fut réservée pour orner le triomphe du vainqueur, et Longin fut mis à mort, en 273, par ordre d'Aurélien. Il supporta le dernier supplice avec une constance admirable.

Quoique Longin ait composé un commentaire sur le Phédon, et un autre sur le commencement du Timée, quoiqu'il ait fait un livre Sur le souverainbien (Hepi téXgv;), dans lequel il critiquait la doctrine de Plotin, il paraît avoir cultivé la littérature plutôt que la philosophie. Son disciple Porphyre, qui l'appelle le meilleur critique de son siècle, le juge suprême des esprits, rapporte dans sa Vie de Plotin, le jugement que ce dernier

Fhilosophe portait de Longin; il dit, après avoir u le traite du Souverain bien : « Longin est philologue à la vérité; mais pour philosophe, il

ne l'est nullement. » Ce jugement a été roprofeit par Proclus, dans le livre I de son commen'rurr sur le Timée de Platon. Porphyre, dans • même Vie de Plotin, a conservé une lettre dans laquelle Longin porte à son tour sur les ouvrages de Plotin un jugement plus littéraire que philosophique. Eusèbe {Prép. évang., liv. XV, ch. xxi) a conservé un fragment de Longin, sur la question de la nature de l'àme, fragment cité presque en entier par M. Vacherot, dans son Histoire critique de l'école a" Alexandrie, t. I, p. 356, et M. Vacherot ajoute que cette «J 'monstration sent plus le rhéteur que le philosophe. On trouve encore dans quelques passages de Syrianus et de Proclus une mention des opinions philosophiques de Longin. Ces rares fragments, qui, sans nous faire connaître la philosophie de cet auteur, nous fournissent des indications précieuses sur la tendance de ses doctrines, sont indiqués par M. Vacherot {ubi supra, p. 359).

Des nombreux écrits de Longin, dont Suidas et d'autres nous ont conservé les titres, il ne nous reste que des fragments, et le Traité du sublime, qui a suffi pour le classer parmi les critiques les plus éminents de l'antiquité. Eunape {Vie de Porphyre) l'appelle une bibliothèque vivante, un musée ambulant, et sans doute ces éloges étaient justifiés par ses nombreux ouvrages, tels que Problèmes et solutions homériques, Lexique des mots attiques, Scolies sur le manuel métrique d 'Héphestion , Traité de rhétorique, Sur l'arrangement des mots dans le discours, etc.; mais le petit Traité du sublime est un chef-d'œuvre de bon sens, d'érudition et d'éloquence, qui décèle l'homme de goût consommé. L'auteur y développe philosophiquement la nature du sublime dans la pensée et dans l'expression; il en établit les lois, et les explique par des exemples si heureusement choisis et si habilement commentés, qu'on a pu dire sans exagération, que Longin se montre quelquefois sublime en parlant du sublime. Ne craignons pas de glorifier l'alliance intime qui s'était faite en lui des lettres et de la philosophie : ce tact fin et délicat, cette justesse de goût qui le distinguent, reposaient sur une profonde connaissance de la nature humaine. Voyez, par exemple, ce qu'il dit de Yhyperbate, qui n'est que la transposition de l'ordre naturel des mots et des pensées : « C'est là, dit-il, le caractère le plus marqué du trouble de la passion. En effet, voyez tous ceux qui sont émus de colère, de frayeur, de dépit, de jalousie, ou de toute autre passion ; leur esprit est dans une agitation continuelle : à peine ont-ils commencé un discours, qu'ils se jettent sur une autre pensée, et comme s'ils oubliaient ce qu'ils commençaient à dire, ils y mêlent hors de propos ce qui leur vient dans l'esprit, puis ils reviennent à leur première idée. La passion, comme un vent qui change sans cesse, les fait tourner de côté et d'autre ; et dans ce flux et ce reflux perpétuel de sentiments opposés, ils changent à tous moments de pensée et de langage, et ne gardent ni ordre ni suite dans leurs discours. » Et lorsqu'à la fin de son livre il cherche les causes de la décadence et de la stérilité des esprits, c'est encore le philosophe qui les trouve dans la perte de la liberté : « Nous, dit-il, qui avons été comme emmaillottéspar les mœurs et les usages de la monarchie, lorsque nous avions l'imagination encore tendre et ouverte à toutes les impressions, ce qui n us arrive, c'est de devenir de grands et magnifiques flatteurs.... la servitude est une espèce de prison où L'âme décroît et se rapetisse. »

Les plus anciens manuscrits du Trait''- d\ blime n'en indiquent pas l'auteur d'une manière précise • car leur titre porte un double nom, ce-

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lui de Longin et celui de Dengs, et jusqu'ici aucun témoignage formel n'était venu décider le choix de la critique entre l'un et l'autre. Mais M. Egger, dans son cours de littérature à la Faculté des lettres (voy. Journal de l'Instruction publique, du 11 septembre 1847), a produit un témoignage historique qui offre une solution précise du problème. Jean le Siciliote, dans son commentaire sur le vie chapitre du Ier livre à'Hermogène sur les idées (Rhetores grœci, édit. Walz, t. VI, p. 211), rappelant le célèbre passage de Moïse : « Dieu dit que la lumière soit, et la lumière lut ! » nomme Longin comme un de ceux qui l'ont cité avec éloge. Il y a là une allusion évidente au ixe chapitre du Traité du sublime. La question paraît donc tranchée, et on ne pourra plus contester à Longin ses droits et sa gloire. M. Egger avait déjà publié, en 1837, une édition du Traité du sublime avec de nouveaux fragments, sous ce titre : Longini quœ sapersunt.

LOSSIUS (Jean-Christian), né en 1743 à Liebstedt, mort en 1813, professeur de philosophie et de théologie à Erfurt, a laissé quelques écrits consacrés à la philosophie et à son histoire. Sans aller jusqu'au matérialisme, il essaye de rattacher étroitement les phénomènes de l'esprit à ceux de l'organisme, et de faire dériver la loi suprême de la pensée, de la structure et du mouvement des nerfs. Tel est le but qu'il s'est proposé particulièrement dans ses Causes physiques du vrai, in-8, Gotha, 1774. Voici les titres de ses autres ouvrages : Enseignement de la saine raison, en deux parties, in-8, ib., 1776-1777 ; — Littérature philosophique moderne, 7 can. in-8, Halle. 1778-1782; — Revue de la littérature philosophique moderne, 3 cah. in-8, Géra, 1784 ; — Quelijues aperçus de la philosophie kantienne relativement a la démonstration de l'existence de Dieu, in-8, Erfurt, 1789; — Nouveau lexique universel des matières de la philosophie, ou Dictionnaire de toutes les sciences philosophiques, 4 vol. in-8, ib., 1803-1807. Tous ces ouvrages sont en allemand: il faut y joindre la dissertation suivante : de Arte obstetricia Socratis, in-4, ib., 1785. X.

LUCIEN, né à Samosate, en Assyrie, sur les bords de l'Euphrate, tour à tour rhéteur, sophiste, philosophe, satirique, polygraphej fut l'écrivain grec le plus spirituel et le plus brillant du ne siècle. On ne connaît la date précise ni de sa naissance ni de sa mort ; on sait seulement qu'il vécut environ de l'an 120 à l'an 200 de Jésus-Christ. C'est dans ses ouvrages qu'il faut chercher les plus sûrs renseignements sur sa personne : il nous apprend lui-même, dans le Songe, que, jeune encore, il fut mis en apprentissage chez son oncle maternel, sculpteur à Samosate ; mais, dès le premier jour, ayant eu le malheur de briser une table de marbre qu'on lui avait donnée à dégrossir, il fut rudement maltraité par son maître, ce qui le dégoûta pour toujours du métier qu'on voulait lui faire apprendre, et il se livra à l'étude des- lettres. La profession d'avocat le séduisit d'abord : il plaida devant les tribunaux d'Antioche; mais sa pauvreté dut lui rendre les débuts pénibles; d'ailleurs le barreau offrait alors peu de ressources à un homme d'esprit et de talent. La vogue était dans ce temps-là aux déclamations, à ces exercices oratoires dans lesquels les rhéteurs discouraient devant le public sur un sujet donné, et recueillaient en échange la célébrité et la richesse. Lucien cultiva donc avec ardeur ce genre d'éloquence sophistique, et ne tarda pas à s'y distinguer : il parcourut l'Asie Mineure, la Macédoine, la Grèce, l'Italie et la Gaule, s'arrêtant dans les grandes villes pour y donner des

représentations, c'est-à-dire pour réciter des discours préparés ou pour improviser sur les questions qui lui étaient proposées. Cette industrie paraît avoir été très-profitable à sa fortune : dans un de ses écrits les plus intéressants, la Double accusation, où la rhétorique l'accuse d'ingratitude pour les bienfaits dont elle l'a comblé, elle dit : « Quand il voulut voyager pour faire briller à tous les yeux les richesses que lui avait procurées son mariage avec moi, je le suivis partout et fus son guide; le soin que je prenais de sa parure et de ses vêtements attirait sur lui tous les regards.... Je l'accompagnai jusque dans les Gaules, où je lui procurai des richesses considérables. » A cette première moitié de sa vie appartiennent en effet un assez grand nombre de déclamations et de petits morceaux de littérature sophistique, tels que Hérodote ou Actéon, leScylère ou le Proxène, lus en Macédoine ; Zeuxis ou Antiochus, le Tyrannicide, le Fils déshérité, plaidoyer pour une cause imaginaire ; deux discours sur Phalaris, jeu d'esprit où il fait l'apologie du tyran d'Agrigente ; Bacchus , Toxaris , l'Éloge de la Mouche, petit chef-d'œuvre descriptif, etc. Toutes ces compositions se recommandent par un tour facile et spirituel, par un style élégant, et par cet atticisme dont l'auteur paraît avoir étudié à fond les secrets. Toutefois, si Lucien n'eût pas traité d'autres sujets, ses titres littéraires seraient assez minces aux yeux de la postérité, et, comme rhéteur, il atteindrait à peine au rang de Libanius ou de Dion Chrysostome. Mais il ne tarda pas à sentir lui-même le vide et la frivolité de ce genre d'écrire ; son esprit plein de sens éprouva le besoin d'aborder des sujets plus sérieux, et, en se justifiant de l'accusation dirigée contre lui par la rhétorique dans ce même traité cité plus haut, il répond : « Je ne fus pas longtemps à m'apercevoir que la rhétorique avait perdu sa première pudeur, ce maintien noble et décent, cet extérieur simple qu'elle avait quand Démosthène l'épousa. » Il s'aperçut qu'elle se prostituait au premier venu; c'est alors qu'il se réfugia auprès du dialogue. « D'ailleurs, ajoutet-il, ne m'était-il pas permis, à près de quarante ans, de me retirer du tourbillon des affaires et du tumulte du barreau, de laisser reposer les juges, de renoncer à ces accusations de tyrans, à ces éloges des grands hommes, d'aller à l'Académie ou au Lycée, me promener avec le dialogue et de causer familièrement avec lui? »

Là, en effet, commence une nouvelle époque pour le talent de Lucien. En renonçant aux futilités de l'art des rhéteurs, il entreprit une guerre infatigable contre les préjugés et les vices de son temps ; il poursuit sans relâche l'ignorance, les superstitions; il démasque les charlatans de toute espèce et accable les imposteurs sous les traits du ridicule. C'est surtout comme tableau fidèle des mœurs que ses ouvrages sont précieux aujourd'hui : il nous retrace en traits à la fois comiques et vivants l'état moral et religieux de l'empire romain au ne siècle. Comme peintre de cette société en dissolution, il n'a point de rival : ses Dialogues des morts, le plus populaire de ses ouvrages, tournent autour de quelques sujets connus, tels que les parasites, les captateurs de testaments, l'incertitude delà vie, les mécomptes d'un jeune homme qui meurt avant le vieillard dont il convoitait l'héritage, l'égalité de toutes les conditions devant la mort. Mais la piquante variété des sujets qu'il a traités dans ses autres écrits, les bons mots, les saillies dont il les a semés, la verve de son style, le ton léger et railleur qu'il conserva toujours en parlant des choses 1rs ]ilus graves, lui ont valu le renom du plus spirituel écrivain de l'antiquité. On l'a comparé à

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