‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 216 sur 439 · MA LU · texte numérisé non relu

MA LU

MAIM

des phénomènes les plus éloignés de l'univers les actions et la destinée de l'homme. Ces deux excès contraires sont l'alchimie et l'astrologie, que l'on trouve réunies ensemble dans la médecine hermétique. Que l'on passe en revue les différents écrivains qui ont attaché leurs noms à ces rêveries, Jacob Boehm, Robert Fludd, Van Helmont, Saint-Martin, on les verra tous dominés par cette pensée, qu'il y a une corrélation parfaite entre l'homme et l'univers : par exemple, entre nos différents organes et les différents métaux ; entre les métaux et les principales constellations; entre la vie qui nous anime et la vie générale du monde. Ces idées se rattachent à un système plus général, panthéiste au fond et mystique dans la forme, qui n'admet qu'une substance se révélant dans l'univers par une variété infinie, et se concentrant ou plutôt se résumant dans l'homme. Voy. Kabbale, Boehm, Van Helmont, etc.

MAGNEN (Jean-Chrysostome), né à Luxeuil, en Franche-Comté, professait la médecine, à Pavie, vers le milieu du xvne siècle. Tennemann lui attribue quelque part d'influence dans le mouvement réformateur qui prépara la révolution cartésienne. A cette époque, où, pour renouveler la philosophie, on s'essayait à reproduire, à remettre en honneur tous les systèmes anciens que n'avait pas connus l'école du moyen âge, où Campanella ressuscitait les Alexandrins, et Bérigard les Ioniens, Magnen entreprit, à l'exemple de Sennert, de faire valoir les principes de la doctrine atomistiquo. On a de lui : Democritus revivisccns, sive de atomis, in-4, Pavie. 1646 ; in-12, ib., 1646; in-12, Leyde, 1648; in-12, la Haye et Londres, 1658. Le nombre de ces éditions atteste qu'en effet le livre de Magnen eut du succès. C'est un traité dans lequel la philosophie proprement dite occupe une moindre place que la physique, mais où se rencontre plus d'un théorème dont Gassendi n'a pas dédaigné de faire son profit. B. H.

MAIMON (Salomon)^ philosophe de l'école de Kant, était né en 1753, a Neschwitz en Lithuanie, fils d'un pauvre rabbin. L'étude du Talmud n'avait servi qu'à exciter en lui un vif désir de connaître. 11 vint en Allemagne sans moyens matériels et comprenant à peine la langue du pays. Il arriva dans le plus misérable état à Berlin, où Mendelssohn l'accueillit et le dirigea dans ses études philosophiques. Il vécut ensuite alternativement à Hambourg, à Amsterdam, à Breslau, à Berlin, jusqu'à ce qu'enfin il fût assez heureux pour trouver un asile dans une terre de Silésie appartenant au comte de Kalkreutb et où il mourut en 1800.

Maimon prit part à la rédaction de divers recueils périodiques, notamment à celle du Magasin de psychologie expérimentale, publié par Moritz, et donna un commentaire du More nebouchîm de Maimonide, Berlin, 1791, in-4. Sa vie, écrite par lui-même et mise au jour par Moritz, est pleine d'intérêt. Quoi de plus singulier, en effet, que de voir le fils d'un rabbin polonais, né au sein de l'indigence, passer du Talmud à la Critique de la raison pure, venir se placer parmi les penseurs de l'Allemagne, et exercer une influence marquée sur le mouvement philosophique do l'époque?

Il débuta par un Essai sur la philosophie Iranscendaniale.BerYm, 1790, in-8, qu'il fit suivre d'une Histoire des progrès de la Métaphysique en Allemagne depuis les temps de Leibniz et de Wolf, Berlin, 1793, in-8, et d'un Traité sur les Catégories d'Âristote, Berlin, 1794, in-8. Il publia encore des Recherches critiques sur l'esprit humain, ou Tableau des facultés de connaître et de vouloir, Leipzig, 1797, in-8. Son principal écrit, du reste, est celui qui a pour titre : Essai

d'une nouvelle logique, ou Théorie de la pensée, Berlin, 1794, in-8, suivi de Lettres de Philalèlhe à Enésidème. Dans cet ouvrage, Maimon déclare accepter la partie négative ou antidogmatique de Kant; mais il en rejette la partie positive ou doctrinale, et prétend en corriger les défauts et combler les lacunes. En même temps qu'il partageait avec Beck et Reinhold l'ambition de rectifier et de compléter la Critique, il professa un scepticisme plus absolu que celui de Schulze luimême. Au total, son œuvre ne fut qu'un simple incident entre la pensée de Kant et celle de Fichte.

Les chapitres ix et x de sa Logique sont surtout remarquables : ils traitent spécialement de l'origine des idées de temps et d'espace et des catégories. Quant aux premières, Maimon n'admet ni la doctrine de Leibniz et Wolf, selon laquelle l'espace et le temps sont les formes mêmes des choses en soi, et, par conséquent, entièrement objectifs, en tant que les choses sont perçues par les sens; ni celle de Kant qui les conçoit comme les formes a priori et purement subjectives de l'intuition sensible. Au jugement de Maimon, cette question est insoluble, parce que nous ne pouvons savoir ni ce que les choses sont en soi, ni ce qu'est en soi la faculté de connaître. On est libre, dit-il, de supposer le principe des idées de temps et d'espace soit dans celle-ci, soit dans celles-là. Selon lui, cependant, elles constituent ce qu'il y a d'objectif dans les choses sensibles, parce qu'elles expriment, non les rapports des objets au sujet qui les perçoit, mais les rapports extérieurs des objets entre eux ; elles sont la condition a priori de toute connaissance réelle, parce que ce n'est que par elles que les représentations sensibles sont différenciées entre elles. Elles ne sont pas la condition de la possibilité des objets extérieurs, et c'est par une illusion psychologique que nous les concevons ainsi, illusion qui provient de ce que nous ne pouvons nous représenter ces mêmes objets comme distincts qu'au moyen de ces idées

Maimon est plus sceptique qu'idéaliste; l'idéalisme est pour lui tout aussi douteux que le réalisme. L'idéalisme, dit-il, d'après lequel les objets dits extérieurs ne sont autre chose que des modifications de notre faculté de connaître ou du moi, est irréfutable ; ce qui ne veut pas dire qu'il soit conforme à la vérité. On peut bien concevoir d'une manière indéterminée une chose en soi comme existant en dehors de l'entendement; mais il est impossible de la déterminer comme telle : il y a contradiction à concevoir, en dehors de l'entendement, un objet déterminé, puisqu'il ne peut l'être que par la pensée; toutefois, ajoute Maimon, sans sortir de lui-même, l'entendement peut, en toute connaissance sensible, distinguer deux éléments, savoir: d'abord ce qui change en même temps que l'état de l'organe et, par conséquent, tient à l'état du sujet; et ce qui demeure invariable et, par conséquent, appartient à l'objet. Le premier de ces deux éléments est ce qu'il y a de purement subjectif dans la connaissance, le second constitue ce qu'il y a d'objectif. Les sensations dépendent du sujet et varient avec lui ; mais il nous est impossible de concevoir un corps autrement qu'étendu : l'idée d'espace est donc ce qu'il y a d'objectif dans la notion d'un corps; de même toute pensée déterminée suppose l'idée du temps. Maimon conclut de là qu'il n'y a de savoir réellement objectif que les mathématiques pures, et que la connaissance empirique est une pure illusion.

Cette doctrine de Maimon est moins une modification de celle de Kant qu'un raffinement, une exagération plutôt qu'une rectification de la pensée du maître. Il en est à peu près de même

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