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de sa théorie des catégories, qu'il distingue subtilement des formes de la pensée. Les formes de la pensée, selon lui, sont des rapports possibles entre des objets tout à fait indétermines, et les catégories sont ces mêmes rapports, en tant qu'ils sont considérés comme des rapports réels entre des objets indéterminés en soi, mais déterminables. Les formes sont la condition des catégories, celles-ci pour se réaliser supposant les formes. Les catégories sont les prédicats élémentaires ou nécessaires, déterminés apriori, de tous les êtres réels; les formes ne sont pas des prédicats, mais seulement des modes déterminés a priori de leur application à des sujets en général. Ainsi, par exemple, au point de vue de la qualité, la première forme de la pensée est celle de l'affirmation, à laquelle correspond la catégorie de la réalité.
Au reste, le tableau des catégories de Maimon, à l'exception de la catégorie de la relation, est, à peu de chose près, le même que celui de Kant ; seulement il ramène toutes les formes de la pensée, tous les modes du jugement, à un principe général unique, celui de la déterminabililé, que tout jugement suppose : c'est de là qu'il faut déduire immédiatement, selon lui, les catégories, parce que ce principe domine les formes ellesmêmes. Ces formes sont déterminées négativement par le principe de contradiction, et positivement par le principe de la déterminabililé, de la pensée d'un objet ou du jugement en général.
D'après Maimon, la forme du jugement hypothétique est au fond la même que celle du jugement catégorique ; Kant a donc eu tort de déduire de la première la catégorie de causalité, qui coïncide véritablement avec celle de substance. Mais, s'il n'y a pas une différence réelle entre le mode catégorique et le mode conditionnel, tous les jugements sont catégoriques, qu'ils soient affirmatifs ou négatifs, universels ou particuliers, etc. Il s'ensuivrait que tout acte du jugement, et par conséquent toute pensée, repose, en dernière analyse, sur l'idée de substance, de réalité, ou d'un objet de la conscience en soi, comme l'appelle Maimon, d'un objet détermina- Lie; et si l'on faisait, en outre, avec lui, abstraction de l'objet, on arriverait encore avec lui au concept de déterminabililé : c'est à peu près la marche suivie par Fiente.
Mais de quel droit appliquons-nous cette catégorie souveraine de réalité? De quel droit, en pensant, en jugeant, supposons-nous que notre
Eensée, notre jugement a pour objet une chose ors de nous, existant indépendamment de la pensée qui la détermine? Voilà la grande question, le fondement du scepticisme idéaliste. Maimon a résumé le sien dans ses lettres à Schulze, le nouvel Ënésidème. Schulze rejetait toute critique de la raison comme chimérique. Maimon admet une pareille critique; mais il ne pense pas que celle de Kant soit la seule possible. Le scepticisme de Schulze se réduisait à soutenir que la philosophie n'avait réussi à rien établir d'absolument certain sur les choses en soi, ni sur les limites des facultés intellectuelles, tandis que la philosophie critique prétendait avoir fixé ces limites. Du reste, Schulze admettait que les principes logiques étaient la mesure de toute vérin, avec la seule réserve que le syllogisme ne pouvait nous faire connaître la vraie nature des choses prises en soi. M lis, lui objecte Maimon, si les lois de la pensée sont valables quant aux objets en général, pourquoi ne le seraient-elles pas quant aux choses telles qu'elles sont en soi? Son scepticisme à lui Lus solide, plus profond, dit-il. Il admet avec la Critique qu'il y a des concepts etdes principes
a priori, une connaissance pure, qui s'applique à un objet de la pensée en général, comme le prouve la logique générale, et aux objets de la connaissance a priori, comme le prouvent les mathématiques pures; mais il nie que ces mêmes concepts a priori, ces principes purs, puissent s'appliquer absolument à l'expérience, tandis que Kant admettait cette application comme un fait de la conscience. Ce fait; selon Maimon, n'est qu'une illusion psychologique, et il déclare, en terminant, que les catégories ne peuvent être légitimement appliquées qu'aux objets des mathématiques pures.
Ces objections sceptiques, ainsi que nous l'avons dit, ne demeurèrent pas sans influence sur la marche ultérieure de la philosophie allemande, et la direction de la pensée de Fichte, dans ses commencements, fut en partie déterminée par elles. J. W.
MAIMONIDE (Moïse ben-Maimoun, appelé en arabe Abou-Amran Mousa ben-Maimoun ben- Obeidallah, vulgairement connu sous le nom de) naquit à Cordoue, selon les documents les plus authentiques, le 30 mars 1135. Son père, talmudiste distingué et auteur d'un Commentaire sur V abrégé d'astronomie d'Alfarghâni, l'initia, dès ses plus tendres années, à l'étude de la théologie et des autres sciences, encore peu répandues chez les Juifs. Mais il fréquenta aussi les écoles arabes, où, comme il nous l'apprend dans son More nebouchîrn (2° partie, ch. ix), il eut pour maître un disciple d'ILn-Badja, plus connu sous le nom corrompu à'Aven-Pace, et pour compagnon d'études, pour ami de jeunesse, un fils du célèbre astronome Geber, ou Djâber ben- Aflah de Séville. Quant à ses rapports avec Ibn- Badja lui-même et avec Averroès, dont il passe généralement pour avoir été le disciple, il faut les reléguer parmi les fables avec les autres détails qu'on nous raconte de son enfance, sur la foi de la chronique juive, intitulée : la Chaîne de la traditioji (Schalscheleth hakabala), et l'histoire des médecins juifs et arabes de Léon l'Africain (de Medicis et philosophis arabibus et hebrœis, dans le tome XIII de la Bibliothèque grecque de Fabricius). Maimonide n'avait que trois ans quand Ibn-Badja mourut, en 1138; et, dans aucun de ses écrits, où il parle si souvent des philosophes arabes, il ne fait mention des leçons d'Averroès. Les œuvres même du célèbre commentateur, comme il le dit dans une lettre à son disciple bien-aimé Joseph ben-Iehouda, ne lui furent connues que très-tard vers 1191 ou
Il ne fallut rien moins que les facultés supérieures dont la nature l'avait doué, jointes à une volonté inflexible et à un désir insatiable de savoir, pour permettre à Maimonide d'achever son éducation dans les cii constances où il était placé il venait à peine d'atteindre sa treizième année, quand le fanatique Abdel-Moumen, fondateur de la dynastie des Almohades, fit la conquête de Cordoue. Sa domination, comme celle des princes de sa race, eut pour effet, partout où elle s'établit, la destruction des synagogues et des églises, et l'intolérance la plus absolue. Les juifs et les chrétiens turent mis en demeure de choisir entre l'islamisme et l'émigration. Parmi les premiers, il y en eut un grand nombre qui, ne pouvant se résoudre à quitter un pays si longtemps hospitalier, ou ne le pouvant pas aussi vite que le vainqueur l'exigeait, prirent le masque de la religion de leurs persécuteurs en pratiquant eu secret et en enseignant i à leurs enfants le culte de leurs pères. On sait que la même chose arriva, quelques siècles plus tard, sous le règne de L'Inquisition. C'est l'effet
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inévitable de la violence quand elle ne fait point des martyrs et des héros, de faire des hypocrites. Parmi les prosélytes de cette espèce se trouvait la famille de Maimonide. C'est un tait étrange, mais dont on ne peut pas douter devant la date de l'année où Maimonide quitta l'Espagne, devant le fanatisme inflexible d'Abdel-Moumen et le témoignage positif de plusieurs auteurs arabes, que le plus grand docteur de la synagogue, celui qu'on appelait le flambeau d'Israël, la lumière de l'Orient et de l'Occident, et qu'un adage bien connu chez les Juifs représentait presque comme un autre Moïse, a, pendant seize ou dix-sept ans, professé extérieurement la religion musulmane. C'est précisément dans cet intervalle que son esprit fut plus particulièrement occupé d'une étude approfondie du judaïsme, qu'il composa un traité sur le calendrier hébraïque, qu'il commenta plusieurs parties du Talmud, et commença, à vingttrois ans, son grand ouvrage sur la Mischna, celui dont Pococke a publié, dans le texte arabe et avec une traduction latine, plusieurs fragments pleins d'intérêt, sous le titre de Porta Mosia (in-4, Oxford, 1655).
Cependant une situation aussi fausse ne pouvait pas durer toujours. Aussi Maimoun et sa famille quittèrent-ils l'Espagne pour se rendre en Afrique. Là ils se trouvaient encore dans l'empire des Almohades et dans la triste nécessité de se faire passer pour musulmans; mais moins connus et, par conséquent, moins surveillés que dans l'Andalousie, ils pouvaient remplir avec une sorte de liberté, dans leur vie intérieure, tous les devoirs de leur religion. Le Maghreb, à cette époque, était rempli d'Israélites placés dans la même position, et qui, se connaissant entre eux, occupés les uns des autres, et entretenant des correspondances avec leurs coreligionnaires des autres pays, formaient, sous le masque de l'islamisme, de véritables communautés. C'est là que Maimonide se rendit avec son père, et, comme le témoigne une de ses lettres par laquelle il cherche à consoler ses malheureux frères, il était, en l'an 1160, à Fez. Les juifs de Fez racontent encore aujourd'hui des légendes qui rappellent le séjour qu'il a fait dans leur ville. Après avoir passé quelques années dans cette partie de l'Afrique, Maimonide put enfin se soustraire à l'oppression qui pesait sur lui et s'embarquer pour Saint-Jean-d'Acre, où il arriva, avec toute sa famille, le 16 mai 1165. « Dès ce moment, dit-il en parlant de cette circonstance de sa vie, dès ce moment je fus sauvé de l'apostasie. » De Saint-Jean-d'Acre, où il ne s'arrêta que cinq mois, il alla avec son père et quelques amis en pèlerinage à Jérusalem, malgré les lois sévères qui interdisaient alors aux juifs l'accès de la ville sainte. Enfin il se rendit en Egypte et y choisit pour résidence la ville de Fostàt ou le vieux Caire.
Alors commencèrent pour lui des jours beaucoup meilleurs. En même temps qu'il assurait son indépendance par le commerce des pierres précieuses, il faisait des cours publics qui lui acquirent en peu de temps, comme théologien, comme philosophe, et surtout comme médecin, une immense réputation. Un événement important, dont sa nouvelle patrie était alors le théâtre, augmenta encore sa prospérité, et donna à sa renommée un nouvel éclat. Le fameux Saladin, après avoir renversé le khalifat des Fatimites, venait de faire reconnaître son autorité dans toute l'Egypte. L'ami et le ministre de ce prince, le kadhi Al-Fâdhel ayant eu l'occasion de connaître Maimonide et d'apprécier ses qualités érninentes, le prit sous sa protec-
tion, lui assura les moyens de renoncer à son industrie pour se vouer entièrement à la science, et le fit nommer médecin ou un des médecins de la cour. Il faut voir dans les lettres mêmes de Maimonide quelle était la vie qu'il menait alors, et quel degré de célébrité il avait acquis dans son art. Voici ce qu'il écrit à Samuel Ibn-Tibbon, le traducteur hébreu de plusieurs de ses ouvrages, qui lui avait exprimé l'intention d'aller le voir, afin de s'instruire dans ses entretiens : « Je te dirai franchement que je ne te conseille pas de t'exposer, à cause de moi, aux périls de ce voyage, car tout ce que tu pourras obtenir, ce sera de me voir ; mais, quant à en retirer quelque profit pour les sciences ou les arts, ou à avoir avec moi ne fût-ce qu'une heure de conversation particulière, soit dans le jour, soit dans la nuit, ne l'espère pas. Le nombre de mes occupations est immense, comme tu vas le comprendre.... Tous les jours, de trèsgrand matin, je me rends au Caire, et, lorsqu'il n'y a rien qui m'y retienne, j'en pars à midi pour regagner ma demeure. Rentré chez moi, mourant de faim, je trouve toutes mes antichambres remplies de musulmans et d'israélites, de personnages distingués et de gens vulgaires, de juges et de collecteurs d'impôts, d'amis et d'ennemis, qui attendent avidement l'instant de mon retour. A peine suis-je descendu de cheval et ai-je pris le temps de me laver les mains, selon mon habitude, que je vais saluer avec empressement tous mes hôtes et les prier de prendre patience jusqu'après mon dîner : cela ne manque pas un jour. Mon repas terminé, je commence à leur donner mes soins et à leur prescrire des remèdes. Il y en a que la nuit trouve encore dans ma maison. Souvent même, Dieu m'en est témoin, je suis ainsi occupé, pendant plusieurs heures très-avancées dans la nuit, à écouter, à parler, à donner des conseils, à ordonner des médicaments, jusqu'à ce qu'il m'arrive, quelquefois, de m'endormir par l'excès de la fatigue, et d'être épuisé au point d'en perdre l'usage de la parole. »
Ce haut degré de célébrité et de fortune ne manqua pas d'attirer à Maimonide des ennemis. Nous ne parlons pas encore de ceux que la hardiesse et l'élévation de ses opinions lui ont suscités parmi ses coreligionnaires. Un théologien musulman du nom d'Aboul-Arab ben-Moîscha et qui, arrivé d'Espagne, savait ce qui s'y était passé lors de la conquête de Cordoue, accusa le médecin de Saladin d'être retourné au judaïsme après avoir accepté la loi de Mahomet. C'est ce que, dans le vocabulaire de l'inquisition, on appela, plus tard, un hérétique relaps, et que les musulmans comme les chrétiens punissaient du dernier supplice. Mais le kadhi Al- Fàdhel sauva son protégé par cette sage observation, qu'on n'est pas coupable d'apostasie en abandonnant une religion qu'on n'avait jamais acceptée, et dont on n'avait pratiqué les cérémonies que sous l'empire de la violence et la menace de la mort. Maimonide parle souvent, dans ses lettres, d'une longue maladie qui avait brisé sa constitution. Il mourut, le 13 décembre 1204, laissant un fils unique appelé Abraham, qui, tout en restant loin de lui, se fit cependant un nom comme médecin et comme théologien.
C'est pendant cetle vie si agitée et si occupée, que Maimonide a pu se placer, comme écrivain, parmi les plus grands esprits du xne siècle, et ceux qui ont exercé l'autorité la plus étendue. En effet, tandis que chez les juifs il était presque universellement honoré comme un saint et écouté comme un oracle, deux illustres docteurs du christianisme, Albert le Grand et saint Thri-
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mas d'Aquin, le citaient avec respect dans leurs écrits, et les Arabes le regardaient tout à la fois comme le premier médecin et un des plus grands nvants de cette époque. « La médecine de Galien, dit le kadhi Al-Saïd, un des personnages les plus considérables de son temps, la médecine de Galien n'est que pour le corps, celle d'Abou-Amran convient en même temps au corps et à l'esprit. Si, avec sa science; il se faisait le médecin du siècle, il le guérirait de la maladie de l'ignorance. » Les ouvrages de Maimonide peuvent se ranger en trois classes qui nous signalent autant d'époques différentes dans sa carrière intellectuelle : les unes se rapportent exclusivement à la théologie, les autres à la théologie et la philosophie ; enfin les plus nombreux, mais non les plus célèbres, n'intéressent que la médecine. Nous avons déjà cité, parmi ceux de la première classe, un traité sur le calendrier, des commentaires particuliers sur divers traites du Talmud et un commentaire général sur la Mischna, commencé en Espagne, en 1 158, et terminé en Egypte sept ans plus tard ; il faut y ajouter le Livre des prêcejites (Sepher miçvolh), résumé méthodique et substantiel de toutes les prescriptions du judaïsme, les Consultalions talmudiques (Schaaloth oulheschoubolh), et l'œuvre qui lui a coûté dix années de sa vie. où se révèlent dans un sujet ingrat toute la lucidité de son esprit, la fermeté de sa méthode, l'étendue et la profondeur de son érudition, et qui l'a élevé au premier rang parmi les docteurs israélites : nous voulons parler de son abrégé du Talmud, publié sous le nom de Mischné-Thorah (la Seconde Loi, la Deutérose) ou Yad 'hazakah (la Main forte), parce que le premier mot de ce dernier titre rappelle les quatorze livres dont l'ouvrage se compose. Cet immense travail (il ne forme pas moins de deux volumes in-f°) est le seul que Maimonide ait rédigé en hébreu ; tous les autres l'ont été en arabe, d'où ils passaient presque immédiatement dans la langue hébraïque, et ce n'est que par ces traductions, dues pour la plupart à la plume de Samuel Ibn-Tibbon, qu'ils sont connus aujourd'hui.
Parmi les écrits de Maimonide qui intéressent à la fois la philosophie et la théologie, il faut citer en première ligne, le More nebouchîm (le Guide des égarés), en arabe Dalalat al hayirin, dédié à son disciple Joseph ben-Iehouda, et qui est son principal titre à l'estime de la postérité; mais on reconnaît aussi ce double caractère dans son petit Traité de la résurrection des morts, dans quelques-unes de ses lettres, particulièrement celles qu'il adresse aux rabbins de Marseille, sur l'astrologie, et dans plusieurs parties de ses ouvrages talmudiques, telles que les premier livre du Yad'hazakah, intitulé Sepher hamada (le Livre de la science), les huit chapitres de son Commentaire sur la Mischna, qui servent d'introduction au traité Abolh et qu'on appelle vulgairement les Huit chapitres de Maimonide (Schemouah Perakim le Rambam), son introduction au livre Zeraïm, et son Commentaire sur le x° chapitre du traité Sanhédrin. Mail nide est aussi l'auteur d'un petit traité, ou, comme il l'appelle, d'un Vocabulaire de la logique (Milolh higgaïon), traduit en hébreu par Moïse Ibn-Tibbon, et en latin par Sébastien Munster (in-4. Venise, 1550; Crémone, 1566; in-8, Bàle, 1527).
Enfin on lui attribue jusqu'à dix-huit ouvrages de médecine, dont les plus importants sont: un Abrégé des seize livres de Galien, que les médecins arabes prenaient pour base de leurs études ; un autre abrégé, et aussi une version hé-
braïque des ouvrages d'Avicenne ou lbn-Sina, version inédite que Montfaucon assure avoir vue à la bibliothèque des dominicains de Bologne ; des Aphorismes de médecine extraits d'Hipnocrate, de Galien, d'Al-Razi, d'Al-Souzi et d'ibn- Massoué, traduits en hébreu sous le titre de Chapitres de Moïse (Pirké Mosché), et publiés en latin plusieurs fois (in-4, Bologne, 1489; Venise, 1500: in-8, Bàle, 1570); un Commentaire sur les Aphorismes cfllippocrale, traduit en hébreu par Ibn-Tibbon (manuscrit de la bibliothèque Bodléienne et de celle du Vatican), plusieurs fois publié en latin ; un traité de la Conservation ou du Régime de la santé (de Regiminc sanitatis), composé à l'usage de Malec- Afdhel, fils de Saladin, publié en latin en 1518 (in-4, Augsbourg), et dans la version hébraïque de Moïse Ibn-Tibbon, en 1519 (in-4, Venise), sous le titre de Hanhagoth ha-berioth. On trouve aussi dans la seconde partie du Sepher ha-mada, celle qui a pour titre Hilcholh Déoth (les Règles des mœurs), et que Ceorges Gentius a publiée séparément avec une traduction latine (in-4, Amst., 1640) ; un traité complet d'hygiène joint à un système de morale. Il faut ajouter à cela une toxicologie, une pharmacopée arabe, et quatre ou cinq traités sur des points secondaires de l'art de guérir.
Nous écarterons entièrement les œuvres médicales de Maimonide et nous ne ferons qu'une seule réflexion sur ses écrits talmudiques. Ces écrits portent, comme nous l'avons déjà remarqué, sur des sujets bien ingrats et qui peuvent sembler indignes d'un si grand esprit; mais en introduisant l'ordre et la lumière dans cet immense chaos qu'on appelle le Talmud, en mettant des principes et des règles à la place des sophismes qui l'obscurcissaient encore, et surtout en abrégeant le temps qu'on donnait jusqu'alors à cette stérile étude, ils ont puissamment contribué à développer chez les juifs le goût de la philosophie et des sciences en général, ils leur ont permis de sortir de l'horizon étroit où ils étaient renfermés et de jouer un rôle utile dans la civilisation. Ce résultat ne pouvait être obtenu qu'à une seule condition, celle de conserver ou de reproduire fidèlement la tradition rabbinique, et de donner l'exemple de la méthode, d'enseigner les lois de la saine logique, sans porter aucune atteinte au fond des choses. Aussi Maimonide ne s'est-il pas moins signalé par la rigidité de son orthodoxie dans le Yad'hazakah, que par la hardiesse de ses opinions dans le More nebouchîm.
11 ne nous reste donc plus à étudier dans Maimonide que le théologien et le philosophe, deux qualités inséparables chez lui, comme chez tous les penseurs éminents du moyen âge, à quelque croyance qu'ils appartiennent. En effet, le but que poursuit partout l'esprit humain à cette époque, et l'idée qui domine toutes les autres, chez les juifs comme chez les Arabes, chez les Arabes comme chez les chrétiens, c'est la conciliation de la raison avec la foi, de la tradition religieuse avec une sorte de tradition ] hilosophique. C'est précisément dans les efforts qu'il a faits pour accorder ensemble l'Ecriture sainte et les connaissances naturelles qu'il avait pu acquérir, ou le système dont il s'était pénétré, que se montre l'originalité de Maimonide. Il peut être regardé comme le vrai fondateur de la méthode que Spinoza enseigne dans son Traité théologico-politique et qu'on appelle aujourd'hui l'exégèse rationnelle. Les récits les plus merveilleux de la Bible et les doctrines qu'elle contient, les cérémonies qu'elle prescrit, il essaye de les expliquer par les lois de la nature et le»