‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 221 sur 439 · MAL M · texte numérisé non relu

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de Dieu que par l'union d'une personne divine avec lui. 11 n'y a que l'Homme-Dieu qui puisse joindre la créature au Créateur; de là la nécessité de l'incarnation. L'incarnation n'est pas un fait miraculeux subordonné par la bonté infinie de Dieu à la chute de l'homme, mais la condition nécessaire de la création. Arnauld, Bossuet et Fénelon ont combattu cette nouveauté théologique ; mais Malebranche ne se borne pas à fonder l'optimisme sur le dogme de l'incarnation, il le justifie par des arguments plus rationnels contre les objections ordinaires tirées du spectacle des choses de ce monde.

Si vous voulez apprécier le mérite d'un ouvrier, il y a deux points à considérer: l'ouvrage lui-même, et les voies par lesquelles il a été produit. II en est de même à l'égard de Dieu et du monde. Non content que l'univers l'honore par son excellence et sa beauté, il veut que ses voies le glorifient par leur simplicité, leur fécondité, leur universalité, leur uniformité, par tous les caractères qui expriment des qualités qu'il se glorifie de posséder. Il n'a pas voulu faire l'ouvrage le plus parfait possible considéré en lui-même, mais l'ouvrage le plus parfait joint aux voies les plus parfaites et les plus dignes de lui. «Dieu, dit Malebranche [ubi supra), a vu de toute éternité tous les ouvrages possibles et toutes les voies possibles de produire chacun d'eux, et, comme il n'agit que pour sa gloire, que selon ce qu'il est, il s'est déterminé à vouloir l'ouvrage qui pouvait être produit et conservé par des voies qui, jointes à cet ouvrage, doivent l'honorer davantage que tout autre ouvrage produit par toute autre voie. Il a formé le dessein qui portait davantage le caractère de ses attributs, qui exprimait le plus exactement les qualités qu'il possède et qu'il se glorifie de posséder.... Un monde plus parfait, mais produit par des voies moins fécondes et moins simples, ne porterait pas tant que le nôtre le caractère des attributs divins. » Malebranche revient sans cesse sur cette distinction de l'ouvrage et des voies. 11 a le tort de les opposer les uns aux autres, et même de sembler mettre la perfection des voies au-dessus de la perfection de l'ouvrage, au lieu de les confondre, comme a fait Leibniz, au sein du meilleur des mondes possibles. Mais un des plus solides arguments qu'il emploie en faveur de l'optimisme est celui de la généralité des voies. Agir par des volontés particulières est le propre d'une intelligence bornée qui ne voit ni la suite, ni l'enchaînement, ni l'ensemble des choses, mais seulement des détails et des circonstances actuelles. C'est, au contraire, le propre d'une intelligence infinie d'agir par des volontés générales, c'est-à-dire d'embrasser dans un décret unique toute la suite des choses. Quelle marque plus éclatante de puissance et de sagesse que de régler la diversité infinie des phénomènes et de maintenir l'harmonie du monde entier par deux ou trois lois générales du mouvement! Or. c'est ainsi que Dieu nous révèle sa puissance et sa sagesse, car il a fait et conserve l'univers par deux lois du mouvement les plus simples de toutes, la loi du mouvement i 11 ligne droite et la loi du choc. Malebranche a célébré avec une admirable éloquence cette divine providence qui se manifeste également par des lins générales dans l'infiniment petit et dans l'infiniment grand, dans la construction d'un insecte et dans les révolutions des astres, dans les merveilles de l'union de l'âme et du corps el des déterminations de l'unique cause efficiente i uses occasionnelles. Cependant Malebranche excepte tous les êtres organisés, toutes i pi mtes et tous les animaux de cette produc-

tion universelle des choses par les seules lois générales du mouvement; et, en ce point, il se sépare encore de Descartes auquel il reproche d'avoir vainement tenté d'expliquer mécaniquement la formation du fœtus. 11 se plaît à montrer les admirables desseins de ta sagesse de Dieu et les causes finales exclues par Descartes dans la construction des corps organisés. Suivant lui, Dieu a compris de toute éternité, dans le plan du monde, les germes de tous les genres d'êtres organisés. Il a créé pour chaque genre un premier germe contenant en lui, enchâssés les uns dans les autres à l'état d'infiniment petits, les germes de tous les êtres de même nature qui ont existé ou existeront dans le monde. Les lois de la communication des mouvements ne servent qu'à dégager ces germes et à leur donner l'accroissement qui les rend visibles à nos yeux. Cette hypothèse de la préexistence de tous les germes dans le plan du monde a été adoptée et développée par Leibniz. En même temps que le système des volontés générales donne la plus haute idée possible de la divine providence, il la justifie contre les objections tirées des imperfections de ce monde, imperfections qui ne sont qu'une suite nécessaire des lois admirables établies par Dieu. Dieu ne les a pas établies en vue de ces imperfections et de ces misères qui devaient en être la suite, mais parce que, étant extrêmement simples, elles ne laissent pas de former un ouvrage admirable. Si la providence de Dieu était particulière, au lieu d'être générale, elle ne porterait pas les caractères de sa sagesse, et son ouvrage serait digne du dernier mépris. Pourquoi la grêle qui détruit les moissons, pourquoi tant de monstres; pourquoi tant de fléaux, pourquoi la pierre qui écrase en tombant l'homme juste tout aussi bien que le méchant? Il n'est point de bonne réponse à toutes ces questions dans le système d'une providence particulière. Il est dangereux de dire que Dieu, par ces fléaux, veut punir les méchants lorsqu'une expérience de tous les jours démontre que les bons et les méchants en sont également les victimes. Mais, au contraire, dans le système d'une providence générale, tous ces fléaux s'expliquent et se justifient. Si la grêle brise les fruits, si le feu brûle les villes, si la peste enlève les populations, ce n'est pas l'effet d'une nature aveugle ni d'un Dieu inconstant et cruel, mais la suite nécessaire. de ces lois que Dieu a établies en vue de la plus' grande perfection possible de son ouvrage. Il ne les a point faites pour de semblables effets, mais pour le plus grand bien et la plus grande beauté de l'univers; il ne les a pas faites à cause de leur stérilité, mais à cause de leur admirable fécondité. Dieu fait tout sans doute, mais il ne fait pas tout de la même manière. Il veut positivement la perfection de son ouvrage, et il ne veut qu'indirectement l'imperfection qui s'y rencontre. 11 fait le bien et permet le mal, parce que c'est à cause du bien qu'il a établi des lois générales, uniformes et constantes, et parce que le mal n'arrive dans le monde que comme une conséquence inévitable de ces lois qui sont les meilleures possibles. Ainsi se concilient avec la bonté et la sagesse de Dieu tous les maux et

les imperfections de ce monde.

Malebranche s'efforce de transporter cette idée

providence générale jusque dans le domaine théologique de la grâce et du surnaturel, où il veut aussi faire agir Dieu ; des voies simples, générales et constantes. Dieu distribue la grâce, comme la pluie, par des lois générales; voilà pourquoi elle tombe tout aussi bien sur des urnes endurcies que sur des cœurs préparés. De

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