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là tant de grâces inefficaces, de la tant de réprouvés. Il eût pu sans doute remédier à ces suites fâcheuses et sauver tous les hommes en multipliant à l'infini les volontés particulières; mais il en est empêché par sa sagesse qu'il aime plus que son ouvrage, et par la règle immuable et nécessaire qui est la règle inviolable de sa conduite. C'est ainsi que son système sur la grâce se rattache à son système sur la nature. Maiebranche tend même à ramener à des lois générales les miracles dans l'ordre de la nature comme les miracles dans l'ordre de la grâce. Il est vrai que, comme chrétien et prêtre, il proteste de sa foi aux miracles : mais d'une autre part, entraîné pur la raison et par les principes de sa métaphysique, il tend à nier la chose pour ne conserver que le nom. Qu'on en juge par les passages suivants : « 0 mon unique maître, j'avais cru jusqu'à présent que les effets miraculeux étaient plus dignes de votre Père que les effets ordinaires et naturels ; mais je comprends présentement que la puissance et la sagesse de Dieu paraissent davantage, à l'égard de ceux qui y pensent bien, dans les effets les plus communs que dans ceux qui frappent et qui étonnent l'esprit à cause de leur nouveauté. Malheur aux impies qui ne veulent pas des miracles, à cause qu'ils les regardent comme des preuves de la puissance et de la sagesse de Dieu! Mais pour toi, ne crains point de les diminuer, puisqu'en cela tu ne penses qu'à justifier et à faire paraître la sagesse de sa conduite. » (7e Méditât.) Lorsque Dieu fait un miracle, dit-il ailleurs, ir agit en conséquence d'autres lois générales qui nous sont inconnues. Mais comment concilier la prière, qui sans cesse sollicite une intervention particulière de Dieu, avec ce système des volontés générales ? Malebranche ose la condamner comme n'étant bonne que pour les chrétiens qui ont conservé l'esprit juif. Demander les biens éternels et la grâce de les mériter, anéantir son âme à la vue de la grandeur et de la sainteté de Dieu, voilà en quoi consiste la vraie prière. (8e Médit.) Quant à ceux qui, non contents de cette providence générale, veulent être l'objet d'une providence particulière à leur profit, il les accuse de n'avoir une piété ni sage ni éclairée, une piété remplie d'amour-propre et d'un orgueil secret ; car le propre de l'orgueil est de rapporter à soi toutes choses, Dieu même et tous ses attributs, sa puissance, sa bonté, sa providence. Ce sont des hommes auxquels il semble que Dieu n'est bon qu'autant qu'il veut leur faire du bien, et que pour les secourir il ne doit pas s'arrêter aux règles delà sagesse. (8e Méditai.)
Où est ce Dieu que la raison nous révèle et dont nous venons, avec Malebranche, de déterminer les attributs? 11 n'est pas loin de nous, car il réside en chacun de nous, ou plutôt nous sommes tous en lui ; il est le lieu des esprits, de même que le monde matériel est le lieu des corps. C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être : Nû7i longe est ab unoquoque noslrum, in ipso enim vivimus, movemur et sumus. Malebranche lui-même présente toute sa philosophie comme un commentaire de ces paroles de saint Paul. Mais ce commentaire exagéré emporte avec lui toute la réalité des créatures en général, et la liberté de l'homme en particulier. Leur attribuer quelque causalité, c'est plus qu'une erreur, selon Malebranche, c'est une impiété et un retour au paganisme. C'est par là que, sans le savoir, il touche à Spinoza, et c'est à ce point de vue que M. Cousin a eu raison de dire : « Voir tout en Dieu et considérer Dieu comme la cause première de tous les mouvements, ou bien prendre Dieu pour le seul
et unique être véritable, dont tous les autres ne sont que des accidents, n'est-ce pas au fond à peu près la même chose, et sinon la même doctrine, au moins le même esprit?» Telle est d la grande erreur de la philosophie de Malebranche. Elle a son origine dans la philosophie de Descartes, qui avait séparé l'idée de force et de substance. Malebranche a péché surtout par l'exagération du sentiment profondément philosophique et religieux de la grandeur de Dieu et de la dépendance des créatures.
Voici la liste des ouvrages de Malebranche : Recherches de la vérité, in-12, Paris, 1674. Elle eut six éditions successives, auxquelles Malebranche ajouta des éclaircissements. Elle fut traduite en latin, en anglais, en grec moderne. — Conversations métaphysiques et chrétiennes, in-12, Paris, 1677 ; — Traité de la nature et de la grâce, Arnst., in-12, 1680; — Méditations métaphysiques et chrétiennes, in-12, Cologne, 1683; — Traité de morale, in-12, 1684; — Entretiens sur la métaphysique et sur la religion, in-12, 1688 ; — Traité sur l'amour de Dieu, pet. in-12, 1697 ; — Entrelie7is d'un pjhilosophe chrétien et d'un philosophe chinois, petit dialogue, 1708 ; — Réponses de Malebranche à Arnaulcl, 4 vol. in-12, 1709; — Réflexions sur la yjrémotion physique, in-12, 1715.
Ouvrages à consulter : VElogede Malebranche, par Fontenelle ; — l'Histoire de la philosophie du dix-septième siècle, par M. Daiuiron; — le Cartésianisme, par M. Bordas-Démoulin; — Histoire de la philosophie cartésienne. 3e édition, par M. Bouillier; — Philosophie de Malebranche. par M. Ollé Laprune; — Malebranche, par l'abbé Blampignon. F. B.
MALEVILLE (Guillaume de), théologien français, né en 1699 à Domine dans le Périgord, mort vers 1770. Quelques-uns de ses écrits, aujourd'hui oubliés, traitent de questions philosophiques. Ce sont 1° La Religion naturelle et révélée, ou dissertations philosophiques, théologiques et critiques contre les incrédules, Paris, 1756-1758. Ce titre suffit pour indiquer quel est l'esprit du livre et le rôle effacé que la philosophie y doit jouer. 2° Histoire critique de l'éclectisme ou c/?.-; nouveaux platoniciens, 1766 (sans nom d'auteur ni de lieu). C'est un essai historique sur l'école d'Alexandrie, et ses rapports avec le christianisme. L'auteur constate que le panthéisme de cette école a son origine dans ce faux principe que rien ne se fait de rien; il prouve que la théorie de l'émanation est erronée, et qu'elle est tout à fait étrangère à la doctrine chrétienne, mais il nie qu'elle se trouve dans les écrits de Denys l'Aréopagite, suivant lui parfaitement orthodoxes. Le tout est animé par de fréquentes attaques contre Brucker, contre l'encyclopédiste qui a composé l'article Eclectisme, contre M. Deslandes « qui pensait peu favorablement sur la religion». Il n'est pas besoin de dire que cette histoire n'est pas à consulter pour son exactitude ni pour son équité.,
MAMERTUS ou Mame'rcus Claudianus, connu dans l'histoire de la philosophie comme auteur d'un traité sur la Nature de l'âme, était frère de saint Mamert, archevêque de Vienne. Né au commencement du va siècle après J. C. probablement dans cette même ville de Vienne, il se livra dès sa jeunesse à la vie religieuse, et parvint bientôt dans l'Eglise à d'éuiinentes fonctions. Mais le dévouement quïl y apportait ne nuisit en rien à l'activité de la pensée. C'est un esprit élégant et curieux. Le saint ministère et les lettres se partagèrent toujours sa vie : c'est le témoignage de Sidoine Apollinaire, son contemporain et son ami. Il reste même sous !e
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nom de Mamercus Claudianus quelques compositions d'un intérêt tout littéraire et tout profane, sans parler de pièces que sa réputation de poète chrétien lui a souvent fait attribuer, et qu'une critique plus clairvoyante restitue aujourd'hui à leurs véritables auteurs. Mais le principal ouvrage du savant gaulois est son traité de Statu ou de Substantiel animœ, monument de philosophie très-remarquable, à part la barbarie du langage, qui est le cachet d'une décadence alors commune à tous les arts dans l'Occident. Renouvelant une erreur qu'on trouve dans plusieurs systèmes de la philosophie païenne et dans les écrits de plusieurs Pères de l'Église, notamment de Tertullien, d'Arnobe, d'Irénée, de Tatien et d'Origène, mais qui venait d'être réfutée avec autant de force que d'éclat par saint Augustin, dans son traité sur l'Origine de Vâme humaine, Faustus, alors abbé de Lérins (vers 471), depuis évêque de Riez, soutenait que Dieu est la seule substance vraiment immatérielle, mais que ni l'âme de l'homme ni même celle des anges ne participent à ce glorieux privilège de la spiritualité. 11 allait jusqu'à nier que l'àme de Jésus-Christ, du Verbe incarné, fût un pur esprit tant que dura le miracle de Tincarnation. Le corps, disait-il, est ce qu'une action déplace et change, ce qui a une étendue divisible, des éléments susceptibles d'altération, des qualités variables, etc. Or, l'âme humaine a précisément tous ces caractères ; elle est tour à tour dans notre corps et hors de notre corps, elle est forte ou faible, grande ou petite, selon les qualités, les fonctions qu'elle acquiert ou qu'elle vient à perdre; elle jouit, elle souffre dans cette vie ou dans l'autre, d'une joie, d'une souffrance toute physique : l'âme est donc composée d'une matière plus subtile que celle de nos membres, mais enfin sujette aux mêmes conditions d'infirmité, et nulle créature en ce monde ne peut revendiquer, à titre de pure intelligence, une sorte de parenté avec son créateur. Entre Dieu et nous, il y a tout l'abîme qui sépare l'esprit de la matière. Telle est, en quelques mots, la doctrine du livre de Creaturis, publié d'abord sous le voile de l'anonyme, et auquel Mamertus, sans en connaître l'auteur, entreprit de répondre, sur les conseils de ses amis et particulièrement de Sidoine Apollinaire. La tâche ne semblerait pas difficile aujourd'hui: elle l'était sans doute à une époque où toute lutte n'était pas terminée entre les vieilles philosophies et la religion nouvelle, et où la métaphysique orthodoxe n'avait pas encore dégagé nettement des théories des philosophes grecs tous les éléments qui s'accordent avec elle, pour constituer l'ensemble du dogme chrétien. Aussi Mamertus ne parle-l-il de son travail qu'avec une grande modestie; loin d'avoir épuisé la matière, il croit n'avoir guère tracé qu'une ébauche qu'achèvera l'intelligence du lecteur. Ce livre, où sont combattues pied à pied toutes les erreurs de Faustus, n'en a pas moins une valcn e ; et quand il ne serait pas vrai
que, '"; il eût inspiré Des-
cartes dans ses Méditations, il garderait encore une place assez considérable dans l'histoire de la philosophie. Le résumé que l'auteur en donne, dans sa dédicacé à Sidoine Apollinaire, c térisc bien et l'esprit philosophique qui y ri et le style étrange qui dominait alors dans les livres comme d..ns les écoles. « Le premier livre, dit ce résumé, commence par établir brièvement que la Divinité est impassible et étrangère à toute affection ; puis il engage l'adversaire une lutte variée sur l'état de l'âme : cnsui'1'. pour préparer le lecteur à des doctrines
obscures, il effleure quelque chose des doctrines de la géométrie, de l'arithmétique el même do la dialectique, et, selon le besoin, des règles de l'art de philosopher : tout cela avec modestie et réserve, dans la plus juste mesure qu'il a été possible, non sans en venir aux mains de temps à autre avec la partie adverse. — Le second livre, après un préambule, disserte utilement et à bonne intention sur la mesure, le nombre et le poids, de manière qu'un lecteur attentif, avec l'aide de la piété, en suivant les degrés de la création, soit conduit, sinon au bonheur de contempler la Trinité créatrice de l'univers, du moins à une conviction plus ferme de son existence. Depuis là jusqu'à la fin, tout le livre s'appuie sur des témoignages. — Le troisième revient d'abord un peu sur quelques discussions du commencement ; puis il poursuit dans leur fuite les adversaires blessés au précédent combat. Il déclare enfin ne pas dédaigner la paix, mais ne pas craindre davantage les attaques de l'adversaire inconnu. » On voit là une méthode de philosophe et de théologien, où les raisonnements alternent avec les élans d'une foi vive, les arguments avec les autorités. Ainsi écrivait Faustus ; ainsi écrit son docte et pieux adversaire, traitant d'ailleurs avec un égal respect l'autorité de la Bible et celle des sages païens, citant quelquefois les disciples de Pythagore, Platon, Cicéron, mais s'effurçant de concilier leurs subtiles théories avec les traditions du Nouveau Testament, comme l'apparition de l'ange Gabriel à la Vierge Marie, les visions de saint Paul, etc.; c'est une image originale de cette société demi-païenne et demi-chrétienne, demi-savante et demi-barbare, qui rappelle encore l'antiquité en même temps qu'elle annonce le moyen âge. La théologie du moyen âge se montre dans le raisonnement par où commence le livre de Mamertus : Dieu, étant une substance spirituelle, n'a pu créer l'homme^ son image sans lui donner une âme immatérielle ; notre âme n'est pas pour cela égale à celle de son Créateur ; il suffit d'admettre qu'elle lui soit semblable. Un peu plus bas, la mauvaise physique des anciens défraye plusieurs pages de discussions subtiles sur la différence de l'âme qui sent et des organes de la sensation; puis la métaphysique des pythagoriciens et de Platon vient en aide à l'auteur pour tirer de la pensée même les preuves de l'immatérialité du principe pensant. Sur ce fonds d'érudition mixte qui caractérise à peu près tous les écrivains de son siècle, l'auteur a mis les qualités et les défauts d'un esprit pénétrant, exercé sous la discipline d'Aristote et de Platon; aux manœuvres les plus difficiles de la dialectique, il a uni les mouvements d'une passion parfois éloquente. C'est avec son esprit qu'il argumente, lorsqu'il prouve, comme Descartes, la spiritualité de l'àme par son indivisibilité, ou lorsqu'il adresse à Faustus ce singulier dilemme : « Tu prétends que l'àme se compose d'une substance corporelle, mais plus subtile que celle de nos corps. Qui dit cela, je te prie? Évidemment ton ame. L'âme dit donc d'elle-même : le corps de l'àme est plus subtil que mon corps. Mais qu'est-ce que l'àme peut appeler son corps, si ce n'est elle-même, puisqu'elle est corps? Ou Lien donc l'àme est corps, el elle ne peut justement appeler sien ce - de chair; ou, si ce corps de chair est le l'âme elle-même en est distincte. » lirais son cœur quand il SOUtienl s1' e peut être déterminée par le lieu [localis esse), car elle est capable de l'idée de Dieu, et l'idée de Dieu est trop grande pour subir une telle condition; ou quand il