MART
vrai philosophe, depuis les qualités du corps Jusqu'à la théurgie, ou puissance d'imiter Dieu par des miracles ; puis il montre comment son maître a parcouru tous ces degrés par où l'homme s'élève de la terre jusqu'au ciel, et il nous offre sa vie en modèle, comme un idéal du bonheur produit par la vertu. D'ailleurs^ aucun jugement sur les doctrines particulières a Proclus, aucune exposition de ces doctrines, pas même une liste de ses ouvrages. Outre l'imitation des auteurs païens que nous avons rappelés plus haut, on peut bien soupçonner chez Marinus l'intention de contrefaire certaines légendes chrétiennes, en racontant avec tant de complaisance les prédictions, les songes, les miracles dont est semée la vie de Proclus: il faut avouer du moins que nulle part cette intention ne se montre par une .seule mention des chrétiens, qu'il y a même dans le ton du biographe une sorte de réserve et de gravité pieuse bien différente du jargon emphatique qui caractérise le roman de Philostrate sur Apollonius de Tyane. Marinus semble ne vouloir pas même avouer qu'il y ait au monde une religion chrétienne. Ses dieux et les dieux de Proclus sont toujours Apollon, Minerve, Esculape. etc., les dieux de l'ancienne Grèce; l'abstinence de Proclus, ses combats contre les plaisirs, son mépris de la chair, tout cela est du pur pythagoréisme et n'a pas le moindre rapport avec l'Évangile. On dirait que jamais la philosophie ne s'est heurtée contre la religion nouvelle, ou que, toute lutte ayant cessé, une société de païens fidèles garde sa foi sereine et ferme dans les écoles d'Athènes et d'Alexandre, auprès de ces temples où se célébraient encore les vieux mystères, sous l'inspiration d'Orphée commentée par des hiérophantes tels que Syrianus et Proclus. C'est là un trait fort original du petit ouvrage de Marinus, et nous croyons d'autant plus devoir le signaler ici, qu'il paraît avoir échappé aux historiens. — Publiée dès le xvie siècle, mais d'après un manuscrit incomplet, la biographie de Marinus n'a été complétée que par Fabricius, dans une édition spéciale donnée à Hambourg en 1700. Le texte en a été revu et considérablement amélioré, d'après d'aulres manuscrits, par M. Boissonade, dont l'édition (1814) offre, avec un bon résumé de tout ce que les précédentes contenaient d'utile, d'excellentes notes de l'helléniste français. Consulter sur Marinus, outre les Prolégomènes de Fabricius, réimprimés par M. Boissonade, la Bibliothèque grecque, t. IX, p. 370, édit. d'Harles. E. E.
MARSILE d'Inghen (Marsilius ab Inghen, Ingenuus), né, suivant Vaière André, au bourg d'Inghen, dans le duché de Gueldres, passe pour avoir été l'un des auditeurs de Guillaume Ockam ; mais cette opinion nous semble mal fondée. Si l'on ignore la date de sa naissance, on sait qu'il mourut le 20 août de l'année 1394. A ce compte, il devait être bien jeune quand le prince des nominalistes s'en allait en exil, fuyant les ressentiments implacables de la cour d'Avignon. Marsile appartenait au clergé séculier, et n'a jamais été chartreux, comme Bosio le suppose (de Signis Ecclesiœ, lib. XXII, ch. v) ; il lut chanoine et trésorier de l'église de Cologne; et quand Rupert, duc de Bavière et comte palatin du Rhin, entreprit de fonder le collège d'Heidelberg, ce fut Marsile qu'il choisit pour premier instituteur de ce collège. Trithème lui attribue des gloses sur Aristote, une Dialectique et des Questions sur les sentences. Nous ne connaissons que le dernier de ces ouvrages : Commentarii in libros sententiarum, in-fol., la Haye, 1497. 11 était du parti des nominalistes modères. B. H.
MARTA (Jacques-Antoine), né à Naples. docteur en l'un et en l'autre droit, titre auquel il' ajoutait avec orgueil celui de philosophe, fut un des adversaires les plus véhéments de l'école cosentine. Son premier ouvrage est un opuscule sur l'immortalité de 'l'âme, dans lequel il soutient contre Alexandre d'Aphrodise, Cajetan, Pomponace et Simon Portius, que, suivant Aristote. l'àme est immortelle : Opuscula excellc?it. Sim. Portii Neapol., cum Jacobi Antonii Mario: Apologia, de Irnmortalitate animee, in-fol., Naples, 1578. A la suite de cette Apologie se trouve un opuscule de Marta, dont le titre indique assez l'objet : Digressio utrum intellectus sit unus, vel multiplicatus, contra Averrhoem. En psychologie, les opinions de Marta sont, pour la plupart, celles de saint Thomas : c'est un esprit plus résolu qu'original. On a encore de lui : Pugnaculum Aristotelis adversus principia Bernardini Telesii, in-4, Rome, 1587. Il s'agit ici plutôt de la physique que de la métaphysique cosentine. Telesio disait que les principes des choses sont la chaleur et le froid ; Marta prétend que la chaleur et le froid ne sont pas des principes, mais des formes opérantes, des qualités inhérentes aux sujets déterminés. Il est ensuite question du ciel, des éléments du composé, de la composition, du principe effectif, de la chaleur, du mouvement ; et l'auteur, reprenant l'une après l'autre toutes les thèses de la Physique d'Aristote, les interprète dans le sens thomiste ou péripatéticien. Une lettre d'Antonio Caro, qui se lit à la fin du Pugnaculum. nous fait connaître que Marta avait professé la jurisprudence à Naples et à Bénévent. B. H.
MARTIN (Corneille) nous est signalé par Tennemann comme un des adversaires principaux de Ramus. Né à Anvers, il professa la philosophie à l'Académie Julienne. On a de cet auteur : Metaphysica, brevibus quidem, sed melhodice conscripta, in-8, Helmsteedt, Rixnerus, 1638. Cet ouvrage est d'un intérêt médiocre : les grandes questions y sont trop sommairement résolues. 11 nous suffira de rappeler que Corneille Martin, opposant aux ramistes l'autorité d'Aristote, interprété par saint Thomas, le cardinal Cajetan et Suarez, doit être compté parmi les conservateurs de la scolastique plutôt que parmi les critiques indépendants. B. H.
MARTINEZ PASQUALIS, né vers 1715, en Portugal ou à Grenoble, d'une famille d'israélites portugais, est un illuminéplutôt qu'un philosophe. Il passa sa vie à propager dans les loges maçonniques et dans les sociétés mystiques un enseignement et des rites qu'il disait tenir d'une ancienne tradition. Il aurait voulu réunir toutes ces petites églises isolées, et peut-être devenir le grand prêtre d'une religion secrète ; et il employait à gagner des adeptes non-seulement les ressources de la parole, mais encore le prestige d'une puissance surnaturelle. 11 obtint de grands succès, s'affilia à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux un certain nombre d'élus, et parmi eux le célèbre Saint-Martin; et déjà l'on parlait à Paris, où il était arrivé en 1768, de la secte des martinisles. Mais il éprouva bientôt des résistances qui le découragèrent. Il disparut et alla mourir en 1779 à Port-au-Prince, dans l'île de Saint-Domingue. On n'avait jusqu'à ces dernières années que des renseignements assez incertains sur une doctrine que les initiés tenaient cachée. En publiant en 1862 un ouvrage sur Saint-Martin. M. Matter a annoncé qu'il avait entre les mains un manuscrit de Martinez intititulé : Traité sur la réintégration des cires dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines. Il en a donné une