‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 228 sur 439 · MART · texte numérisé non relu

MART

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analyse, et depuis |M. Ad. Franck en a publié les premiers feuillets. On y trouve l'exposition d'une sorte de panthéisme mystique, affirmé comme an

dogme, sans démonstration, et servant de principe à des pratiques de théurgie. A l'origine, suivant Martinez, tous les êtres sont contenus lms le sein de Dieu, hors duquel rien ne peut exister sans détruire sa toute-puissance. Sa volonté les maintient dans cette unité primordiale, sa volonté les en fait émuner par une effusion perpétuelle et sous toutes les formes; puissances intellectuelles qu'on peut à peine nommer, chérubins, séraphins, archanges ; tous sortent du fond de cette inépuisable substance ; mais en sortir c'est tomber; l'être créé est par cela même un être déchu, et la naissance est un exil. Tous aspirent à une réintégration dans cette vie purement divine; et .elle' ne peut s'opérer que si leur volonté s'identifie de nouveau avec celle de Dieu, c'est-à-dire, sans doute, si elle s'annihile elle-même. Les esprits purs, (l'homme et la nature entière peuvent donc reconquérir l'existence divine. La réintégration sera universelle: elle renouvellera la nature, et finira par purifier le principe même du mal. Toutefois pour cette œuvre les êtres inférieurs ont besoin de l'assistance de ces esprits qui peuplent l'intermonde entre le ciel et la terre. Il faut donc entrer en commerce avec eux; établir des communications par degrés jusqu'à ce qu'on parvienne aux plus puissants et peut-être, à Dieu lui-même. Les moyens de pénétrer dans cette région surnaturelle constituaient sans doute la pratique de ce culte mystérieux, et l'on peut présumer qu'ils n'étaient pas tous de nature spirituelle. M. Franck reconnaît dans le mysticisme de Martinez les traditions de la kabbale, et la métaphysique du Zohar, qui admettait au même sens l'émanation, la chute, et la résipiscence de l'être pervers : il est moins difficile de qualifier l'art de faire agir les puissances invisibles et d'en obtenir les manifestations « par la voie sensible ».

Voir Matter : Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maître Martinez et leurs groupes, Paris, 1862; — Correspondance inédile de Saint-Martin, publiée par Schauer, Paris, 1862; —Ad. Franck, la Philosophie mystique en France à la fin du dixhuitième siècle, Paris, 1866. C'est à cet ouvrage qu'on a emprunté la substance de cette notice. MARTINI (Jacques), né à Halberstadt, vers la fin du xvie siècle, professa la philosophie à l'Université de Wittemberg. Ce fut un des plus habiles, un des plus intraitables adversaires des ramistes, un des plus ardents défenseurs d'Aristote et du péripatétisme scolastique. Nous connaissons plusieurs ouvrages de ce Jacques Martini. C'est d'abord un volume de mélanges : Jacobi Martini miscellanearum disputât ionum libri quatuor, in-8, Wittemberg, 1608; ibid., in-8, 1613. Les controverses, ou plutôt les dissertations que contient ce re.cueil ont pour objet la Logique, la Mélaphysique, la Physique et V Esthétique d'Aristote : l'auteur y a joint quelques thèses d'un autre docteur de son parti, Martin Bierman. On retrouve dans ce volume toute la doctrine de saint Thomas, avec quelques-uns des amendements proposés ; ar Zabarella. Nous y remarquons principalement le chapitre qui concerne les idées représentatives, ou, pour mieux parler, les représentations internes des choses du dehors. Ainsi que l'Ange de l'école, Martini n'admet pas que la perception puisse être expliquée sans l'hypothèse des espèces impresses, et il compare ces espèces, recueillies dans le trésor de la mémoire, aux images fiçonnées par les sculpteurs, par les peintres. Il ajoute que ces images, vicaires, substituts des objets

absents, deviennent ensuite la maln-re de tous les actes intellectuels. Ce sont les propositions que l'auteur développe avec une certaine abondance. Elles avaient été combattues par Ockarn avec un succès incontesté, et, dans lUniver de Paris, il s'élevait chaque jour quelque nouvel ennemi des espèces, quelque partisan résolu de la perception immédiate. Si Martini détend avec tant de zèle l'idéologie thomiste, c'est qu'il se trouve en présence de toute une école. L'ouvrage le plus intéressant de notre auteur est celui qui a pour titre : Jacobi Martini Exercitalionum melaphysicarum libri duQj, Nous n'en connaissons que la troisième édition publiée par Hclwichius, in-8, Wittemberg, 1613; mais nous supposons que la première est de l'année 1608, puisque c'est la date de la dédicace. Jacques Martini plaçait la logique hors de la philosophie, avec la grammaire et les sciences mécaniques : c'était un métaphysicien. Il n'y a, toutefois, rien de nouveau dans sa métaphysique. Sectateur enthousiaste d'Aristote, qu'il appelle summus ille et unicus prope philosophus , il le commente sur tous les points, au profit de ce nominalisme trèsmitigé dont saint Thomas avait été, au xm* siècle, le plus intelligent interprète. S'il parait faire quelque concession à Duns-Scot, en déclarant que la matière en soi, la matière prise à l'écart de tel ou tel composé, n'est pas, comme l'avaient soutenu saint Thomas et le cardinal Cajetan, une pure puissance, mais bien suivant la définition scotiste, un sujet subsistant, existant hors de ses causes et du néant, extra causas et extra nihil (Exercit. metaph., lib. I, exercit. 4, theor. 3), il se retourne bientôt avec vivacité contre l'école réaliste, pour réduire cette matière au fonds matériel de toute composition, combattre la thèse de la matière informe, et expliquer qu'il entend par matière première cet élément du composé qui, nécessairement revêtu de quelque forme, demeure toutefois le même sous les formes diverses qu'il reçoit et peut recevoir dans le temps. C'est assez dire que Martini n'admet pas l'universel a parte rei des scolisles : sur ce point, il est, en effet, très-résolu (Exercit. metaph., lib. I, exercit. 8, theor. 7, 8). En somme, la Métaphysique de Jacques Martini est un livre estimable, qui n'est pas exempt de détails frivoles, mais qui atteste chez l'auteur une connaissance approfondie de la controverse scolastique. Ce sont les mêmes opinions et, pour ainsi parler, les mêmes thèses qu'il a développées dans l'ouvrage suivant : Jacobi Martini Partitiones et quœstiones melaphysicœ, in quibus omnium fere lerminorum metaphysicorum distinct io7ies accuratius enumerantur et explicantur, in-12, Wittemberg, 1615. — Nous ne connaissons pas l'ouvrage de Jacques Martini, qui nous est désigné par quelques bibliographes sous ce titre : Problematum philosophicorum disputationes tredeciih, in-8, Wittemberg, 1610; mais ils ont omis de mentionner celui-ci : De loco liber unus contra quosdam ncotericos : accessit ejusdem de Commun icatione propni liber unus, in-8, Wittemberg, par Schurer. Les modernes, contre lesquels Martini s'élève dans cet ouvrage, sont quelques disciples de Ramus, et, en particulier, Barthélémy Keckermann, de Dantzig, mort en 1609. Nous ne voulons pas rappeler ici les débats scolastiques auxquels la définition de la nature du lieu a servi de prétexte : qu'il nous suffise de dire que personne n'a traité cette question si délicate avec autant de subtilité que Jacques Martini. B. H.

MASSIAS (le baron Nicolas), né le 2 avril 1764 à Villeneuve-d'Agen (Lot-et-Garonne), est mort à Bade le 23 janvier 1848. Il entr;i. en 1777, dans la congrégation de l'Oratoire, mais ne prit

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