‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 242 sur 439 · MODE · texte numérisé non relu

MODE

plus particulièrement à nos jugements et aux rapports des objets avec les facultés de notre intelligence. Il considère nos jugements sous les quatre points de vue généraux de la quantité, de la qualité, de la relation, de la modalité. Sous le rapport de la modalité, ils sont problématiques , c'est-à-dire l'expression de ce qui est possible; ou asscrtoires, l'expression de ce qui est; ou apodic tiques, l'expression de ce qui ne peut pas ne pas être. De là aussi la catégorie de la modalité qui renferme ces trois degrés : le possible ou l'impossible, l'être ou le non-être, le contingent ou le nécessaire. On remarquera d'abord que cette classification est moins juste que celle d'Aristote: car le contingent et le nécessaire ne diffèrent en aucune façon de l'être, et, d'un autre côté, la notion de l'impossible a un caractère absolu qui ne permet pas de la placer en regard de celle du possible. De plus, Kant soutient que ces différentes idées nous représentent, non des qualités qui sont dans les choses, mais, comme nous venons de le dire, des rapports qui existent entre les choses et les facultés de notre intelligence. Ainsi tel objet qui, dans ce moment ou dans l'état actuel de nos connaissances, nous apparaît simplement comme possible, dans un moment différent ou avec des connaissances supérieures, peut se manifester à nous avec tous les attributs de l'existence; et ce que nous comptons aujourd'hui parmi les êtres contingents peut être qualifié demain d'être nécessaire. Cette opinion, qui contient en germe tout le scepticisme métaphysique de Kant, est manifestement contraire à Inexpérience. Quand nous croyons, par exemple, qu'un homme qui est né en telle année aurait pu naître quelques mois plus tôt ou plus tard, il nous est impossible d'admettre que dans un autre moment ou avec d'autres facultés nous pourrons nous assurer que cela est ainsi ; de même ne fera-t-on jamais entrer dans notre esprit que l'insecte ou le brin d'herbe qui vient de périr sous notre pied puisse être considéré, dans quelque état que ce soit de nos connaissances, pourvu que nous ne perdions pas la raison, comme une existence aussi nécessaire que celle des trois dimensions de l'espace ou de l'espace lui-même. La possibilité, l'impossibilité, la nécessité, la contingence, se trouvent donc dans la nature des choses, et non pas dans notre esprit seulement, ou dans les rapports de notre esprit avec les objets qu'il conçoit.

MODE (du latin modus, mesure, détermination, manière). On appelle ainsi toute forme variable et déterminée qui peut affecter un être, toute qualité qu'il peut avoir ou n'avoir pas, sans que pour cela son essence soit changée ou détruite, sans qu'il cesse d'être ce qu'il est. Ainsi, un corps peut être en repos ou en mouvement sans cesser d'être un corps ; un esprit peut douter ou affirmer sans cesser d'être un esprit : le mouvement et le repos sont donc des modes du corps ; l'affirmation et le doute sont des modes de l'esprit. On donnait autrefois le nom d'accïdents à ce que nous appelons des modes, mais cette expression, qui peut trouver en philosophie son emploi légitime, n'est pas juste dans ce cas, car elle nous donne l'idée d'un fait qui n'est pas prévu, qui n'a pas son principe dans le sujet où il est aperçu, tandis que les modes dérivent directement de la nature des êtres qui les éprouvent. On voit par là que le nom de mode ne peut pas non plus être remplacé par celui de phénomène. Un phénomène, c'est tout ce qui tombe sous l'observation, soit des sens, soit de la conscience; c'est un fait quelconque qui peut avoir ou n'avoir pas sa raison d'être dans l'objet qui nous le présente. Un mode, au contraire, ap-

partient en propre à un être d'une certaine espèce et ne saurait convenir à aucun autre; il a dans les qualités essentielles de cet être, ou, comme on dirait avec l'école, dans sa nature spécifique, son origine et sa cause. Par exemple, si les corps n'avaient point pour qualité essentielle d'occuper une place déterminée dans l'espace, ils ne pourraient pas passer d'un point de l'espace dans un autre, ils ne seraient susceptibles ni de mouvement ni de repos. De même, si l'intelligence n'était pas une faculté fondamentale des esprits, ils ne pourraient ni douter, ni affirmer, ni juger. Mais les qualités d'où découlent les modes, et sans lesquelles ils seraient absolument impossibles, se divisent en diverses classes ou forment plusieurs degrés dans l'existence des êtres. Les unes constituent le fond même de leur nature ou ce qu'on appelle leur substance : telle est, dans les corps, l'impénétrabilité, et l'unité et l'identité dans l'àme humaine. Ce sont les caractères de cette espèce qu'on désigne plus particulièrement sous le nom d'attributs (voy. ce mot), et de qualités essentielles. Les autres semblent comme attachées ou ajoutées aux premiers sans pouvoir cependant exister sans elles : ce sont les propriétés ordinaires ou les facultés, comme la couleur et les figures dans l'ordre physique, la sensibilité et l'intelligence dans l'ordre moral. Enfin, parmi les modes eux-mêmes, il y en a qui ont plus d'importance et de puissance les uns que les autres; il y en a qui sont des effets, et d'autres qui sont des causes. Il faut observer cependant qu'aucun être n'étant isolé dans la nature, un mode n'a pas seulement son principe dans les qualités diverses du sujet qui l'éprouve, mais aussi dans les propriétés ou les facultés actives d'une cause étrangère. Ainsi il ne suffit pas que notre âme soit douée de sensibilité, il faut encore qu'un agent extérieur fasse entrer cette faculté en exercice et détermine en nous la sensation. Considérés sous ce dernier point de vue; c'est-à-dire comme des effets d'une cause extérieure ou distincte du sujet, les modes prennent le nom de modifications. Tous les êtres qui forment cet univers se modifient les uns les autres, mais il n'y a qu'une âme douée de liberté qui se modifie elle-même, ou qui soit tout ensemble et dans le même mode, cause et substance, active et passive. Nous venons d'expliquer le sens métaphysique du mot mode, mais on l'a aussi employé dans un sens purement logique pour désigner les diverses manières dont on peut disposer les trois propositions du syllogisme, par rapport à leur quantité et à leur qualité (voy. Syllogisme). Enfin, on se sert encore de la même expression en grammaire pour désigner les divers accidents qui modifient la forme et la signification des verbes. De ces différentes sciences il a passé dans la musique avec une signification analogue.

MODERATUS de Gades ou Gadira, philosophe pythagoricien, ou plutôt l'un des restaurateurs du pythagorisme à l'époque où les divers systèmes de philosophie étaient moins une affaire de conviction que de science archéologique et d'ingénieuses restaurations. Nous ne savons rien de sa personne, si ce n'est qu'il était étranger à la fois à Rome et à la Grèce, et qu'il vivait sous le règne de Néron. Ses doctrines mêmes ne nous sont connues que par l'intermédiaire des philosophes de l'école d'Alexandrie, avec lesquels il a beaucoup de ressemblance. C'est surtout Porphyre, dans la Vie de Pythagore, qui parle de lui avec quelques détails. Il pensait que les nombres, dans le système de Pythagore, ne sont que des symboles par lesquels, en l'absence d'expressions plus exactes, le sage de Samos

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