‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 244 sur 439 · MONE · texte numérisé non relu

MONE

écrit en latin sous ce titre : Papas Ullrajectinus, le Pape d'Utrecht (Londres, 1668). Il a donc contribué à faire connaître Descartes à ses compatriotes, et l'a défendu contre d'odieuses calomnies.

MOMENT (du latin momenlum, abréviation de movimentum, mouvement). Notre esprit n'ayant pas d'autre mesure applicable à la durée que le mouvement, on conçoit que ces deux idées aient été substituées l'une à l'autre, et qu'une expression qui ne s'applique proprement qu'à la première ait été employée à désigner la seconde, c'est-à-dire cette partie de la durée que nous mesurons par le moindre mouvement. Telle est la signification du mot moment dans le langage ordinaire. Mais dans le langage de la philosophie, ou plutôt de certains systèmes de philosophie, il a été rappelé à son sens primitif, le sens d'une action, d'un effet ou d'un certain déploiement de puissance. Ainsi, dans la doctrine de Kant, il exprime le degré de réalité ou d'intensité d'une cause de nos sensations, ou d'un phénomène quelconque perçu par nos facultés; dans le système de Hegel (voy. ce nom), toutes les existences ne sont que des moments, c'est-à-dire des mouvements divers du développement par lequel la pensée absolue, en produisant toutes choses, se manifeste elle-même.

MONADE, voy. Leibniz.

MONBODDO (James Burnett, lord) naquit en 1714, à Monboddo, dans le comté de Kinkardine, en Ecosse, d'une des plus nobles et plus anciennes familles de son pays, fit ses études au collège d'Aberdeen, apprit le droit dans l'université de Groningue, exerça pendant quelque temps, avec distinction, la profession d'avocat, fut nommé juge à la cour de session d'Edimbourg, et mourut dans cette ville en 1799, âgé de près de quatre-vingt-cinq ans. Monboddo est, avant tout, un érudit, mais il s'est occupé aussi de philosophie, surtout de philosophie ancienne, et il y a apporté cette même richesse de connaissances avec ce même esprit de paradoxe qui ont fait sa célébrité dans un autre genre. 11 est l'auteur de deux grands ouvrages, dont l'un a pour titre : De Vorigine et des progrès du langage (On theorigin and progress of language, 6 vol. in-8, Edimbourg, 1773-1792) ; l'autre : Métaphysique ancienne, ou la Science des universaux (Ancient metaphisic, or the Science of universals, 6 vol. in-4, ib., 1779-1799). Le premier est celui qui a le plus de réputation, et qui a soulevé aussi les plus vives clameurs, car il ne renferme pas seulement une théorie du langage, comme on pourrait le croire d'après le titre, mais toute une philosophie historique où les anciens et particulièrement les Grecs sont exaltés avec enthousiasme, et les modernes traités avec le plus injuste mépris. Dans cet étrange parallèle où les opinions les plus fausses sont défendues avec un rare talent et une science non moins remarquable, c'est surtout pour ses compatriotes que l'auteur a réservé sa sévérité. Quant au langage, il le considère comme l'expression la plus fidèle de l'esprit humain, comme une mesure infaillible à l'aide de laquelle on peut apprécier ses progrès et sa décadence. 11 n'est pour lui ni une faculté naturelle, ni un don de la révélation, mais la conquête de la réflexion et du travail. 11 a été inventé dans les lieux où la tradition religieuse a placé l'enfance de l'esprit humain, c'est-à-dire en Asie ; de là il s'est transmis aux Égyptiens en se perfectionnant beaucoup en route, et des Égyptiens il a passé aux Grecs, qui lui ont imprimé le cachet de leur inimitable génie. Cette solution de la question si controversée de l'origine du langage s'écarte également de l'opinion

religieuse développée par de Maistre et de Bonald, et de celle que défendaient, Condillac à leur tête, les philosophes du xvm° siècle. Il est à regretter que Monboddo n'ait pas su apporter plus de mesure dans son système. De même qu'il y a, selon lui, une race d'hommes pai qui le langage a été porté à la dernière perfection, îl y en a d'autres chez lesquelles il n'existe pas encore ou qui l'ont complètement perdu. Ainsi, il croit à un état de l'humanité bien inférieur à la vie sauvage ; il regarde l'orang-outang comme un être humain dégradé, et admet l'existence de ces êtres fabuleux, tels que les sirènes et les satyres, où l'imagination s'est plu à réunir la conformation de l'homme avec celle de la brute. Dans ce même ouvrage Monboddo s'occupe déjà de la philosophie des Grecs, et, comme on peut s'y attendre, il la regarde comme le dernier terme de la sagesse humaine. A l'en croire, les modernes n'ont jamais rien compris à lavéritaile philosophie ; jamais ils n'ont bien su quelle est la différence de l'homme et de la nature, de la nature et de Dieu. Newton, par exemple, le plus grand d'entre eux, détruit l'idée de la divinité par le rôle qu'il donne à la matière. C'est à Platon et à Aristote qu'il faut demander la solution de tous les problèmes philosophiques ; rien n'a échappé à ces deux merveilleux génies, pas même les mystères de la religion chrétienne : car Monboddo les voit tous expliqués dans leurs œuvres, sans en excepter le dogme de l'incarnation. Dans son second ouvrage, la Métaphysique ancienne, Monboddo ne fait que développer et étendre les idées que nous venons d'exposer, en les poussant à des conséquences encore plus forcées, s'il est possible, et en insistant avec affectation sur les paradoxes qui lui avaient attiré le plus de sarcasmes. Ce livre se compose de deux parties très-distinctes et d'inégale valeur : l'une, purement critique, est consacrée à la réfutation de Newton et de Locke : l'autre, historique, a pour hut de faire connaître tous les grands systèmes philosophiques de la Grèce, particulièrement celui d'Aristote. La seconde est incomparablement supérieure à la première. Elle se distingue par une connaissance approfondie des sources, et quelquefois par une véritable habileté d'exposition. C'est très-injustement qu'elle n'est mentionnée par aucun historien de la philosophie. Au reste, les œuvres et le nom de Monboddo sont peu connus hors de son pays. La traduction allemande d'une partie de son ouvrage sur l'origine et le développement du langage, par Schmidt (2 vol. in-8, Riga, 1784-1786), est peut-être le seul écrit étranger où il soit question de lui. Il faut ajouter que la traduction de Schmidt est précédée d'un discours préliminaire de Herder, où la partie vraiment solide des recherches de Monboddo est l'objet de l'appréciation la plus flatteuse. Au reste, dans sa patrie même, Monboddo est rarement pris au sérieux. On le verra cité, bien souvent, dans les publications périodiques, dans les recueils littéraires de l'Angleterre et de l'Ecosse, pour la singularité de sa vie et de quelques-unes de ses opinions; on y chercherait vainement une appréciation impartiale de ses idées et de ses travaux. On pourra consulter avec fruit sur cet écrivain, outre le discours de Herder, dont nous venons de parler, l'article qui lui a été consacré par M. Depping, dans la Biographie universelle.

monde, voy. Nature.

MONESTRIER (Biaise), né à Antezat, dans le diocèse de Clermont, le 18 avril 1717, fut élevé par les soins des jésuites, et appartint pendant quelque temps à leur ordre. Mais, quoique un des plus

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